XLVIII

Le samedi, Tony Vatinel trouva Clotilde dans le jardin; elle le prit

par la main et le conduisit dans sa chambre. «Vous voyez que je suis

bonne, lui dit-elle; aussi dois-je espérer que vous serez plus

raisonnable que l'autre soir; sans quoi, il me faudrait renoncer à vous

voir tout à fait. Et qu'avez-vous, dit-elle en souriant, à me regarder

ainsi?--Laissez-moi, répondit Tony. Quelque fidèle que soit mon

imagination à vous représenter à moi, elle oublie toujours quelque

chose, et, quoique je n'aie pas cessé un moment, depuis l'autre nuit,

de vous avoir devant les yeux, il me semble qu'il y a un siècle que je

ne vous ai vue. Tenez, il y a une impression que je n'ai pu retrouver,

et pour un instant de laquelle je donnerais ma vie: c'est la douce

odeur de votre peau. Quand, l'autre nuit, j'avais la bouche sur votre

cou, j'aspirais ce parfum et j'en étais enivré.»

Clotilde sourit doucement, et pencha son cou, sur lequel Tony posa ses

lèvres; mais, cette fois, ce baiser porta sur une partie du cou douée

d'une grande sensibilité chez les femmes, et Clotilde tressaillit.

«Enfin, dit Tony, ce n'est donc pas à une statue que s'adressent mes

désirs et mes caresses; voilà la première fois que je te sens

animée.--Tony, dit-elle, ne m'embrassez plus ainsi, je vous en prie.»

Tony, assis près de Clotilde, passa le bras autour de sa taille, et

Clotilde, troublée au plus haut degré, laissa pencher sa tête sur la

poitrine de Tony.

Elle paraissait endormie, bercée par les violents battements du coeur

de Vatinel, qui n'osait faire un mouvement et posait doucement ses

lèvres sur les cheveux de Clotilde.

Elle ne tarda pas à revenir à elle; elle releva la tête et regarda

Vatinel; elle rencontra ses yeux si pleins d'amour, que, penchant sa

tête vers lui, elle lui dit: «Ah! Tony, je vous aime!» Et ses lèvres

s'unirent à celles de Tony, qui, ne pouvant résister à une semblable

émotion, tomba sur le carreau sans connaissance.

Clotilde se jeta à genoux près de lui, l'appela des noms les plus

tendres, dénoua sa cravate, lui fit respirer des sels; il ouvrit les

yeux.

«Marie, dit-il, Marie, où es-tu?» Il se releva, regarda autour de lui

pour reconnaître et pour se rappeler. «Est-ce un rêve? Oh! non; je sens

mon coeur plein de bonheur, non, ce n'est pas un rêve. Marie, Marie,

tu es à moi.» Et il l'enlaça dans ses bras; mais Clotilde s'échappa de

ses bras comme un serpent, et, avec l'air très-effrayé, lui dit: «Tony,

allez-vous-en, sauvez-vous, j'entends du bruit, je suis perdue!»

Tony s'enfuit, et, au lieu de passer par la porte, franchit une

muraille du jardin et disparut dans la nuit.

Clotilde · 第 145 / 169 题