_Tony Vatinel à madame Clotilde de Sommery._
«Oh! loin de vous, je n'ai pas la crainte de vous déplaire et de
vous offenser. Loin de vous, j'ose donner plus d'amour à ce que je
me rappelle, que je n'ose vous en laisser voir à vous-même.
»Dans l'ombre de la nuit, je reçois votre doux regard, et je le
vois mieux que quand je suis auprès de vous, parce que j'ose le
regarder. Je sens votre tête brûler la mienne. J'ai emporté un
mouchoir avec lequel vous avez essuyé mes yeux; et ce mouchoir, du
moins, j'ose lui donner des baisers que je ne pense qu'à modérer
sur vos mains et sur vos genoux.
»Mais pourquoi de si charmantes images m'oppressent-elles ainsi, et
me serrent-elles le coeur?
»Que je suis heureux de tout ce que je sens de noble et d'élevé
dans mon âme, qui est votre temple! Comme je vous appartiens!
»Mon hôtesse vient d'entrer dans ma chambre pour me demander pardon
du bruit qu'on a fait toute la nuit dans la maison; elle m'assure
que cela n'arrivera plus à l'avenir. Je lui ai dit que ce n'était
rien; mais la vérité est que je n'ai absolument rien entendu, et
que, cependant, je n'ai pas dormi un instant et ne me suis pas
couché. Je suis entouré d'une atmosphère d'amour qui ne laisse rien
arriver jusqu'à moi; toutes mes facultés, tous mes sens vous sont
consacrés. Je ne vois que vous, et je vous vois toujours et
partout. N'importe qui me parle, c'est votre douce voix que
j'entends, et qui me redit quelques-unes de ces bonnes paroles que
vous m'avez dites et que j'ai enfouies dans mon coeur, comme un
avare son trésor dans la terre.»