XXXVIII

_Tony Vatinel à Robert Dimeux._

«Je suis retourné à Trouville. Comme l'autre jour, je me suis arrêté

sous la _niche de la Vierge_, et j'ai regardé se coucher le soleil à

travers les fenêtres vertes formées par les haies et les arbres.

»A l'horizon, à l'endroit où venait de disparaître le soleil, il y

avait une place sans nuages; c'était un petit lac de feu; au-dessus

s'étendaient de longues bandes de nuages noirs et de nuages gris; mais

les noirs étaient couverts d'une sorte de vapeur ou de fumée violette;

sur les gris, cette vapeur était amarante; plus loin, au-dessus des

nuages, la couleur de feu se dégradait et passait de l'orange à des

tons gris-jaune et presque verdâtres.

»Les arbres et les haies étaient devenus noirs, et à travers les ogives

qu'ils formaient je vis passer un berger avec ses chiens et ses

moutons; ils marchaient sur une partie de falaise qui est entre les

arbres et la mer; cette partie est assez étendue pour que je pusse les

voir tout entiers; le berger, les chiens et les moutons semblaient des

silhouettes noires sur le ciel enflammé.

»La nuit vint; j'attendis encore, et, quand je pensai que tout le monde

dormait dans Trouville, j'y descendis et j'allai devant le château;

j'ignorais quelle était la chambre de Marie; deux pièces étaient

éclairées encore; je m'en retournai, et je lui écrivis le lendemain.

Maintenant, je sais bien où est sa chambre; je vais plier ta lettre et

me remettre en route.

»Te rappelles-tu, près de la niche de la Vierge, à un carrefour, une

boîte aux lettres est attachée à un gros arbre; c'est là que je mettrai

ta lettre.

»TONY.»

Clotilde · 第 135 / 169 题