_Tony Vatinel à Robert Dimeux._
«Je suis retourné à Trouville. Comme l'autre jour, je me suis arrêté
sous la _niche de la Vierge_, et j'ai regardé se coucher le soleil à
travers les fenêtres vertes formées par les haies et les arbres.
»A l'horizon, à l'endroit où venait de disparaître le soleil, il y
avait une place sans nuages; c'était un petit lac de feu; au-dessus
s'étendaient de longues bandes de nuages noirs et de nuages gris; mais
les noirs étaient couverts d'une sorte de vapeur ou de fumée violette;
sur les gris, cette vapeur était amarante; plus loin, au-dessus des
nuages, la couleur de feu se dégradait et passait de l'orange à des
tons gris-jaune et presque verdâtres.
»Les arbres et les haies étaient devenus noirs, et à travers les ogives
qu'ils formaient je vis passer un berger avec ses chiens et ses
moutons; ils marchaient sur une partie de falaise qui est entre les
arbres et la mer; cette partie est assez étendue pour que je pusse les
voir tout entiers; le berger, les chiens et les moutons semblaient des
silhouettes noires sur le ciel enflammé.
»La nuit vint; j'attendis encore, et, quand je pensai que tout le monde
dormait dans Trouville, j'y descendis et j'allai devant le château;
j'ignorais quelle était la chambre de Marie; deux pièces étaient
éclairées encore; je m'en retournai, et je lui écrivis le lendemain.
Maintenant, je sais bien où est sa chambre; je vais plier ta lettre et
me remettre en route.
»Te rappelles-tu, près de la niche de la Vierge, à un carrefour, une
boîte aux lettres est attachée à un gros arbre; c'est là que je mettrai
ta lettre.
»TONY.»