XXVI

«Ah çà! demanda Robert à Tony quand ils furent seuls, quelle maîtresse

as-tu?--Comment, quelle maîtresse? répondit Vatinel, quelle maîtresse?

Je n'ai pas de maîtresse; je suis amoureux et je ne suis pas

amant.--Ah! oui, la grande passion; mais aussi... la chair est faible

et, qui pis est, elle est forte. Il y a des fidélités qui n'en sont

pas, qui ne partent ni du coeur ni de l'âme, ni de rien de ce que les

femmes prétendent seules se réserver, en affichant le plus profond

mépris pour le reste. Il est vrai que le reste est ce qu'elles

pardonnent le moins de donner à d'autres. Tu as bien une, comment

dirai-je?... une habitude.--Moi, nullement.--Ah! tu préfères

peut-être?... C'est plus prudent; mais pourquoi alors n'as-tu pas

accompagné ces messieurs? Il est vrai que tu as une raison: les maris

ne manquent jamais de raconter à leur femme les équipées des hommes qui

leur ont fait la cour.--Tu te trompes encore.--Ah çà! mais alors...

Voilà bien les exigences des femmes mariées!... Pendant la lune de

l'amour pur, fraternel et immatériel, elles exigent des pauvres

amoureux une sagesse, un soin de ne pas offrir à d'autres le genre

d'amour qu'elles refusent comme un outrage... Pendant ce temps, elles

ont à remplir des devoirs odieux, il est vrai, mais qui cependant

aident un peu à supporter l'abstinence. Leur affaire est parfaitement

arrangée comme cela. Il n'y a rien de si désagréable pour elles que

d'être désirées, surtout lorsque, grâce à ce devoir, odieux, comme je

disais tout à l'heure, on ne souffre pas trop de n'être que désirées.

Il y a de quoi rendre un pauvre homme fou ou bête. Il est forcé

d'attribuer à une seule femme l'amour qu'il ressent pour le sexe

entier; malheureusement, mon cher Tony, tu n'es pas assez bête pour ne

pas devenir fou.»

Clotilde · 第 122 / 169 题