Pour quelqu'un moins amoureux que Tony Vatinel, il eût été facile de
voir que Clotilde ne négligeait rien pour exalter sa passion et le
tenir dans la dépendance la plus absolue. Clotilde, de son côté,
croyait avoir jeté au dehors d'un seul coup tout ce qu'il y avait
d'amour dans son coeur, avec les émotions qu'elle avait ressenties à
Trouville, émotions qui ne s'étaient jamais renouvelées dans sa vie.
Elle en avait conclu que, pour certaines organisations, l'amour est la
fleur de l'âme qui doit s'effeuiller au vent pour faire place aux
fruits qui mûrissent lentement. Aussi n'avait-elle nullement redouté de
jouer avec l'amour, pour lequel elle se croyait invulnérable.
D'ailleurs, une autre passion, exclusive autant que l'amour, la haine,
s'était emparée de ses facultés. Néanmoins, il y avait des moments où
cette passion si vraie et si profonde de Vatinel la touchait au fond
de l'âme et lui faisait craindre que l'amour fût contagieux. Puis elle
se rassurait en se rappelant qu'elle avait payé son tribut, et en
pensant que l'amour, comme la petite vérole, ne _s'attrape_ pas deux
fois.
A peine était-elle rassurée, que Tony Vatinel tirait de son coeur
quelqu'une de ces paroles puissantes qui ouvraient le sien
invinciblement, comme les paroles mystérieuses: «Sésame, ouvre-toi!»
ouvrent, dans _les Mille et une Nuits_, la porte de la caverne à
l'heureux Ali-Baba.