XII

_Robert Dimeux de Fousseron à Tony Vatinel._

Fousseron.

«Voici faites, mon cher Tony, les réparations à notre château de

Fousseron. Pierre Meglou m'avait alarmé; il ne s'agissait que de

quelques tuiles à remettre. Le mois d'avril va finir, et avec lui le

froid, la neige et la pluie; je suis sûr qu'à Paris on s'étonne, cette

année comme tous les ans, qu'il fasse mauvais au mois d'avril.

»Le temps s'est tout à coup radouci, les sureaux et les sorbiers sont

en feuilles et seront bientôt en fleurs; les églantiers de mes haies

ont déchiré l'enveloppe qui emprisonnait leurs feuilles dans les

bourgeons. Tout le jour, le ciel a été gris; mais, à cette heure, deux

heures avant de se coucher, le soleil a remporté la victoire sur les

nuages, le printemps commence. Une petite fauvette grise à tête noire

chante sur la plus haute branche d'un de _mes_ pommiers. Il y a presque

un an qu'on n'a entendu cette voix pleine et vibrante. La voix de la

fauvette, c'est aussi printanier que la première violette qu'on trouve

sous la mousse; mais cela vous remue encore plus le coeur. Quelle

touchante chanson! Charmant héraut qui annonce que la fête de la nature

commence; que le soleil et les frais ombrages, et les fleurs et les

amours vont reparaître. Douce chanson qui réveille les pensées du

printemps endormies dans le coeur, comme les pâquerettes étaient

cachées sous la terre noire, et qui refleurissent avec elles.

»Viens ici, mon Vatinel, viens avec moi voir fleurir nos pommiers. Que

fais-tu à Paris? Tu m'as donné, de ne pas aimer madame de Sommery, des

raisons auxquelles j'ai dû me rendre. Paris s'attriste, les gens qui

ont dépensé trop d'argent à Paris pendant l'hiver ont déjà fait comme

moi, ils ont fait semblant de prendre un moineau pour la première

hirondelle, et ils sont partis pour la campagne; la saison du

Théâtre-Italien est finie; viens voir fleurir nos pommiers.

»ROBERT.»

Clotilde · 第 108 / 169 题