_Robert Dimeux de Fousseron à Tony Vatinel._
Fousseron.
«Voici faites, mon cher Tony, les réparations à notre château de
Fousseron. Pierre Meglou m'avait alarmé; il ne s'agissait que de
quelques tuiles à remettre. Le mois d'avril va finir, et avec lui le
froid, la neige et la pluie; je suis sûr qu'à Paris on s'étonne, cette
année comme tous les ans, qu'il fasse mauvais au mois d'avril.
»Le temps s'est tout à coup radouci, les sureaux et les sorbiers sont
en feuilles et seront bientôt en fleurs; les églantiers de mes haies
ont déchiré l'enveloppe qui emprisonnait leurs feuilles dans les
bourgeons. Tout le jour, le ciel a été gris; mais, à cette heure, deux
heures avant de se coucher, le soleil a remporté la victoire sur les
nuages, le printemps commence. Une petite fauvette grise à tête noire
chante sur la plus haute branche d'un de _mes_ pommiers. Il y a presque
un an qu'on n'a entendu cette voix pleine et vibrante. La voix de la
fauvette, c'est aussi printanier que la première violette qu'on trouve
sous la mousse; mais cela vous remue encore plus le coeur. Quelle
touchante chanson! Charmant héraut qui annonce que la fête de la nature
commence; que le soleil et les frais ombrages, et les fleurs et les
amours vont reparaître. Douce chanson qui réveille les pensées du
printemps endormies dans le coeur, comme les pâquerettes étaient
cachées sous la terre noire, et qui refleurissent avec elles.
»Viens ici, mon Vatinel, viens avec moi voir fleurir nos pommiers. Que
fais-tu à Paris? Tu m'as donné, de ne pas aimer madame de Sommery, des
raisons auxquelles j'ai dû me rendre. Paris s'attriste, les gens qui
ont dépensé trop d'argent à Paris pendant l'hiver ont déjà fait comme
moi, ils ont fait semblant de prendre un moineau pour la première
hirondelle, et ils sont partis pour la campagne; la saison du
Théâtre-Italien est finie; viens voir fleurir nos pommiers.
»ROBERT.»