Me voici désagréablement arrêté par un mot. Ma plume vient de harponner
dans l'encrier une pensée pleine de finesse, d'observation et de
vérité, et je ne puis l'exprimer. Je ne puis l'exprimer, parce que j'ai
besoin pour cela d'un mot choquant. Puisque je ne la dirai pas, je puis
bien au moins la regretter et dire que c'était la plus belle, la plus
neuve, la plus grande, la plus noble, la plus inouïe des pensées; que
c'était... Allons toujours, je ne risque rien, personne ne pourra me
démentir, puisque je vais rejeter la pensée dans l'encrier, faute d'un
mot, ou plutôt par la faute d'un mot. C'était une pensée d'une
délicatesse, d'une...
Mais l'éloge que j'en fais m'exalte moi-même, et je vais la risquer. Il
convient donc de prendre des allures plus modestes, et de dire
simplement que c'est un aperçu à la portée de tout le monde, que cent
mille personnes ont trouvé avant moi, que ce n'est presque rien, que ce
n'est même absolument rien. Alors je n'ai presque plus envie de la
dire; et puis, il y a ce mot, ce maudit mot... Ma foi, les personnes
qui ne voudront pas le lire passeront le chapitre suivant.