Nous avons imprudemment laissé entrer dans notre livre une petite Zoé
Reynold, qui maintenant a le droit d'y paraître et d'y vivre aussi bien
que nos autres personnages. Mademoiselle Zoé Reynold nous impose son
cousin et futur mari, M. Charles Reynold. Je suis réellement effrayé de
voir à combien de personnages j'ai donné une dangereuse hospitalité,
moi qui, ennemi de la foule, ai toujours eu un si grand soin de
n'admettre que deux ou trois personnes dans ma retraite. Car, ces
personnages évoqués, ils vont demeurer avec moi pendant un mois et
demi. Ils vont être ma société intime, ils ne me quitteront pas, ils
se promèneront pendant six semaines dans mon jardin. Bienheureux
serai-je encore s'ils veulent bien ne marcher que dans les allées; ils
parleront et bourdonneront sans cesse à mes oreilles, et, le vendredi,
à cette table où ne s'assied que l'ami Gatayes, ils viendront pendant
six semaines manger notre gigot et nos haricots. Plus de calme, plus de
solitude! Passe encore quand je ne donne asile qu'à d'honnêtes
personnes, à des gens selon mon coeur; j'ai eu parfois d'excellentes
relations, et je ne regrette pas le temps que j'ai passé avec
quelques-uns des héros de mes livres précédents. Je ne me plains ni de
Stéphen ni de Magdeleine. Wilhem Girl a toujours été bon compagnon.
Antoine Huguet et ses amis m'ont bien amusé. Geneviève, Rose et Léon,
ont été pour moi d'excellents amis, sans parler de plusieurs centaines
d'autres enfants qui me doivent le jour, et dont je n'ai pas trop à me
plaindre. Mais, cette fois, cette petite Clotilde me gêne étrangement.
Il y a en elle je ne sais quoi de sinistre et de menaçant; c'est ce qui
m'explique la faiblesse qui m'a fait donner accès à Zoé Reynold et à
son cousin, dont nous allons un peu nous occuper, tandis que Tony
Vatinel voyage, que Clotilde et Alida s'enveniment l'une contre
l'autre, que M. de Sommery et l'abbé Vorlèze jouent aux échecs et se
disputent, et que madame de Sommery existe, car elle n'a pas autre
chose à faire dans la vie.