Lady Morgan, ci-devant miss Owenson, qui visitait la France en 1816, a

formulé des critiques analogues sur les enseignes de Paris[283]: «Je ne

connais véritablement rien de plus amusant, à Paris, que les allusions

classiques et les devises sentimentales qu’on trouve dans les enseignes,

et l’absurdité de leur application ajoute beaucoup au ridicule de leur

effet. Je remarquai au-dessus de la porte d’un boucher, dans la rue

Saint-Denis, une enseigne représentant un bouquet d’œillets fanés, avec

ces mots: _Au Tendre Souvenir_. La _Tentation de saint Antoine_, en

relief, est suspendue à côté de la _Fille mal gardée_, et les _Trois

Pucelles_ figurent sur les fenêtres d’un tailleur pour l’armée, qui,

pour attirer des pratiques, s’intitule _Tailleur civil et militaire_,

tandis que _saint Augustin_ promet de «reblanchir à neuf les vieilles

plumes». _L’Ange gardien_ s’annonce pour «faire des envois à

l’étranger», et la _Religieuse_ offre son «magasin de nouveautés, au

plus juste prix». Au _Bienvenu_, au _Revenant_, aux _Bons Enfants_, aux

_Amis de la Paix_, sont des enseignes arborées bien souvent pour attirer

le chaland. La _Belle Hélène_ et les _Trois Sultanes_ étalent leurs

charmes dans tous les quartiers pour séduire les gens et intéresser le

goût ou le sentiment du passant imprudent. La morale même est appelée à

l’aide du sentiment, et les marchandises les plus chères sont achetées

au _Gagne-Petit_ ou mises en vente à la _Conscience_.» Les observations

critiques de Lady Morgan sont moins justes quand elle suppose que les

enseignes des boutiques pourront un jour fournir des armoiries aux

futurs parvenus; que la noblesse s’élèvera du comptoir à la pairie, et

que ces nouveaux mystères héraldiques défieront la sagacité des Œdipes

du blason: «Le plus habile généalogiste n’expliquera pas aisément un

écusson portant sur champ d’argent une Vache habillée à la mode de 1816,

ou sur champ de gueules deux Mandarins se donnant la main en signe de

fraternité. Comment devinera-t-on, en voyant ces étranges armoiries, que

les ancêtres de la nouvelle noblesse vendaient du bœuf à la mode, à

l’enseigne de la _Vache parée_, rue du Lycée, et des cachemires de

l’Inde, à l’enseigne des _Deux Magots_, rue de Seine?»

En 1825, les enseignes étaient parvenues au plus haut point de leur

splendeur et de leur prospérité. Le moment parut bon à Balzac pour faire

la nomenclature et la description des plus remarquables, en rassemblant

ainsi les matériaux de leur histoire sous la Restauration. Son _Petit

Dictionnaire critique et anecdotique des Enseignes de Paris_, volume

in-32, de 160 pages, est devenu fort rare, quoiqu’il ait été tiré et

vendu à un grand nombre d’exemplaires. On l’a réimprimé intégralement

dans la dernière édition des Œuvres complètes de Balzac. Nous ne jugeons

donc pas utile de l’analyser et d’en extraire les passages les plus

piquants, après l’avoir souvent cité dans le cours de notre travail.

C’est pourtant le répertoire le plus considérable qu’il y ait des

enseignes de Paris, en 1826. Il nous a semblé, toutefois, nécessaire et

intéressant de donner une simple liste des enseignes qui y sont

décrites, et de classer ces enseignes par ordre de profession et de

commerce, pour faire ressortir autant que possible les analogies plus ou

moins bizarres qui peuvent exister entre les différents corps d’état et

leurs enseignes.

Commençons par les marchands de nouveautés, qui, comme Balzac le fait

remarquer, ont la plus grande part dans cette longue liste de tableaux

d’enseignes.

MAGASINS OU MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.

A l’_Assomption_, rue Saint-Honoré, nº 375.

Aux _Bayadères_, boulevard des Italiens, nº 9.

A la _Belle Ferronnière_, rue du Faubourg-Saint-Antoine.

A la _Belle Jardinière_, rue de la Lanterne, nº 13.

Aux _Bonnes d’Enfants_, rue Saint-Honoré, nº 279.

Au _Coin de Rue_, au coin de la rue des Bons-Enfants.

A la _Clochette_, place de l’École.

Au _Croissant_, rue Dauphine, nº 44.

Au _Château d’Eau_, boulevard Saint-Martin, nº 27.

A la _Caravane_, rue de Richelieu, nº 82.

Au _Chaperon rouge_, rue Saint-Honoré, nº 326.

A la _Curieuse_, rue de la Monnaie, au coin de la rue Baillet.

Au _Drapeau libérateur_, rue du Petit-Carreau, nº 26.

Au _Diable boiteux_, rue de la Monnaie, nº 23.

Aux _Deux Magots_, à l’angle des rues de Seine et de Buci.

Aux _Deux Cousines_, rue Coquillière.

Aux _Dames françaises_, rue de Buci, nº 2.

A la _Dame du Lac_, rue Saint-Martin, nº 257.

A l’_Éclipse de 1820_.

A la _Fille d’honneur_, rue de la Monnaie, au coin de la rue Boucher.

A la _Frileuse_, rue Saint-Denis, nº 370.

Au _Gagne-Denier_, rue Saint-Antoine, nº 219.

Au _Général Foy_, rue Poissonnière, nº 44.

Au _Grand saint Michel_, rue de la Vieille-Bouclerie, nº 9.

A la _Fontaine de Jouvence_, rue des Moineaux, nº 3.

A _Jean Bart_, rue Royale, marché Saint-Martin, nº 20.

A _Joconde_, rue Saint-Denis, nº 191.

Au _Lien des Nations_, rue du Faubourg-Montmartre, nº 87.

Au _Mariage enfantin_, rue Sainte-Anne, nº 55.

Au _Nœud gordien_, Palais-Royal, galerie de pierre, nº 233.

Au _Pauvre Diable_, rue Montesquieu, au coin du Passage.

Au _Petit Matelot_, quai et île Saint-Louis.

A la _Petite Jeannette_, boulevard des Italiens, nº 3.

Au _Polichinel vampire_, rue Saint-Martin, en face le Conservatoire.

A _Monsieur Pigeon_, rue de Seine.

A _Pygmalion_, rue Saint-Denis, au coin de la rue de la Heaumerie.

A la _Pucelle d’Orléans_, rue Saint-Honoré.

A _Saint-Denis de la Châtre_, rue de la Juiverie, nº 21.

Au _Serment_, rue Saint-Denis, nº 408.

Au _Soldat cultivateur_, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 77.

Au _Soldat laboureur_, rue Saint-Denis, nº 110.

Au _Solitaire_, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 68.

A _Valérie_, rue Saint-Denis, nº 309.

Au _Vampire_, rue Saint-Antoine.

Aux _Vêpres siciliennes_, rue Saint-Denis.

A la _Vestale_, rue Montmartre, au coin de la rue de Cléry.

Au _Zodiaque de Paris_, rue du Temple, nº 47.

Combien en reste-t-il aujourd’hui de ces magasins qui ont dû leur

renommée et leur vogue à des enseignes habilement peintes, empruntées la

plupart à des pièces de théâtre, dont l’immense succès avait coïncidé

avec l’ouverture des maisons qu’elles recommandaient au public?

LINGÈRES. A l’_Ange gardien_, rue Saint-Honoré, nº 359.

A la _Baigneuse_, rue Montesquieu, nº 5.

A la _Bonne Ouvrière_, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 1.

Au _Frère de la Charité_, rue Saint-Denis, nº 171.

A la _Négresse_, rue Saint-Honoré, nº 285.

Au _Paysage_, rue Saint-Martin, nº 144.

A la _Parisienne_, rue Saint-Denis, nº 289.

A la _Religieuse_, rue Saint-Lazare, nº 72.

A la _Somnambule_, rue Saint-Honoré, nº 242.

Aux _Trois Sultanes_, au coin des rues Vivienne et Colbert.

BONNETIERS. A la _Barque à Caron_, rue du Bac.

Au _Bon Fabricant_, au coin des rues de la Calandre et de la Barillerie.

Au _Bon Henri_, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 30.

Au _Cotonnier_, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 67.

A _Monsieur Dumolet_, rue Montesquieu.

Au _Grand Mogol_, rue Saint-Martin, nº 287.

A la _Mère de Famille_, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 8.

Au _Moine saint Martin_, marché Saint-Martin.

Au _Saint Nom de Jésus_, rue Vieille-du-Temple, nº 62.

Au _Sabot fourré_, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 51.

Au _Tableau des Samoïèdes_, rue des Deux-Ponts, nº 22.

MAGASINS DE SOIERIES ET D’ÉTOFFES. A la _Belle Anglaise_, rue

Saint-Denis, nº 94.

Au _Grand Turc_, rue Saint-Honoré, nº 248.

A l’_Irlandaise_, rue Vivienne, nº 17.

A la _Perle_, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 35.

A la _Reine Mathilde_, rue Feydeau, nº 17.

A _Jean de Paris_, rue du Bac, nº 4.

A la _Toison de Cachemire_, rue Vivienne, nº 14.

DRAPIERS. Au _Bourgmestre de Saardam_, rue Saint-Honoré, nº 53.

Au _Buste de Henri IV_, rue Saint-Honoré, nº 3.

Aux _Deux Frères_, rue Montesquieu, nº 5.

Aux _Deux Edmond_, rue Saint-Denis, nº 220.

A l’_Invariable_, rue Dauphine, près de la rue d’Anjou.

Aux _Médecins français_, rue Saint-Martin, nº 262.

Aux _Montagnes russes_, rue Neuve-des-Petits-Champs, au coin du Perron.

MERCIERS. A la _Barbe bleue_, rue du Four-Saint-Germain, près l’Abbaye.

Aux _Décorations françaises_, rue Saint-Denis, nº 8.

A la _Fileuse_, rue Saint-Denis, nº 80.

A la _Gasconne_, rue Saint-Honoré, nº 21.

A la _Lilliputienne_, rue Montmartre, nº 104.

A l’_Oiseau bleu_, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 69.

A la _Pèlerine_, rue Saint-Honoré, nº 275.

Au _Petit Petro_, rue Saint-Denis, nº 150.

A la _Villageoise_, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 27.

FOURREURS. Au _Grand Hercule_, rue des Fourreurs, nº 18.

Au _Manteau d’Hermine_, rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés, nº 17.

Au _Renard_, rue des Fourreurs, nº 19.

Au _Roi de Danemarck_, rue Saint-Honoré, nº 213.

MARCHAND DE TULLES. Au _Roi d’Angleterre_, rue Vivienne, nº 11.

MARCHANDE DE MODES. A la _Glaneuse_, Palais-Royal, galerie de bois, nº

225.

BOUTIQUES DE CORSETS. Aux _Deux Sœurs_, boulevard des Panoramas, nº 13.

A _Ninon_, boulevard Poissonnière, nº 14.

PLUMASSIERS. A l’_Autruche_, rue Saint-Denis, nº 354.

Au _Lever de l’Aurore_, rue Saint-Denis, nº 293.

TAILLEURS. Au _Triomphe de Trajan_, rue de Richelieu, nº 72.

Au _Roi de Cœur_, rue du Temple.

CHAPELIERS. Aux _Architectes canadiens_, rue Dauphine, nº 3.

Au _Chapeau sans pareil_, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 11.

A l’_Ermite de la chaussée d’Antin_, rue Caumartin, au coin de la rue

Neuve-des-Mathurins.

A l’_Observateur des Modes_, boulevard des Italiens, nº 11.

Aux _Véritables Chasseurs canadiens_, rue Dauphine, nº 63.

CORDONNIERS, BOTTIERS. A la _Belle Indécise_, boulevard Bonne-Nouvelle,

nº 33.

A la _Botte sans couture_, Palais-Royal, galerie de pierre.

A l’_Hortensia_, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 15.

A la _Pantoufle verte_, rue de Richelieu, en face le Théâtre-Français.

A _Saint Crépin_, rue Saint-Honoré, nº 242.

COIFFEURS. A _Absalon_, rue Basse, Porte Saint-Denis, nº 8.

Au _Savant Perruquier_, rue Saint-Jacques, nº 121.

Aux _Templiers_, rue Feydeau, nº 16.

A la _Toilette Psyché_, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, nº 5.

BIJOUTIERS. A la _Belle Anglaise_, Palais-Royal, nº 156.

Au _Cheval indien_, Palais-Royal, galerie de pierre, nº 146.

A la _Juste Balance_, rue Saint-Martin, nº 196.

Au _Mouton blanc_, quai Lepelletier, nº 10.

Aux _Trois Agneaux d’Or_, quai Lepelletier, nº 5.

BIJOUX FAUX. A l’_Écrin_, rue Notre-Dame-de-Nazareth, nº 15.

QUINCAILLIERS. A _Charles VII_, rue de l’École-de-médecine, nº 35.

Au _Cheval d’Or_, rue Saint-Denis, nº 371.

A l’_Espérance_, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 11.

A la _Flotte d’Angleterre_, rue de la Barillerie, nº 5.

Aux _Forges de Vulcain_, au coin de la rue de la Barillerie et du Marché

aux fleurs.

Au _Pilote_, rue de Seine, nº 79.

Au _Vaisseau marchand_, rue Saint-Martin, nº 186.

ORNEMENTS D’ÉGLISE. A _Fénelon_.

ARMURIER. _Au Faisceau_, rue de Richelieu, nº 64.

SELLIERS. Au _Courrier français_, rue de Grenelle-Saint-Honoré, nº 63.

Aux _Jockeis_, boulevard Montmartre, nº 14.

Aux _Courses de Newmarket_, boulevard de la Madeleine, nº 15.

A la _Renommée_, rue du Bac, nº 28.

EPINGLIER. Au _Désir de la France, la Paix_, rue Saint-Denis, nº 298.

OPTICIEN. A la _Longue vue_, place des Victoires.

BUREAU DE LOTERIE. A la _Clef du bonheur_, rue de Richelieu, nº 87.

PAPIERS PEINTS. Au _Comédien d’Étampes_, rue de Grenelle-Saint-Germain,

nº 5.

Aux _Deux Chinois_, boulevard Saint-Martin, nº 8.

Aux _Deux Indiens_, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 47.

Aux _Innocents_, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 7.

Aux _Orientaux_, boulevard des Italiens, nº 15[284].

Aux _Quatre Saisons_, rue Saint-Denis, nº 126.

MARCHANDS DE MEUBLES. A la _Borne d’Or_, Faubourg-Saint-Antoine, nº 20.

Au _Griffon_, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 26.

FAÏENCIERS. Aux _Chiens de fayence_, rue du Petit-Lion Saint-Sulpice, nº

22.

Au _Désespoir de Jocrisse_, rue du Bac, nº 33.

Au _Petit Poucet_, rue Montfaucon, nº 4.

CHAUDRONNIER. Au _Mouton d’Or_, rue de Saintonge, nº 8.

LAMPISTE. A la _Lampe merveilleuse_, rue Vendôme, nº 25.

TOURNEUR SUR MÉTAUX. A la _Tête d’Archimède_, rue de Ménilmontant, nº

54.

TEINTURIER. Au _Grand saint Maurice_, quai du Marché-Palu.

BANDAGISTE. A la _Culotte_, rue du Four-Saint-Germain, nº 55.

AUBERGISTE. A la _Conquête de la Toison d’or_, rue du

Faubourg-Saint-Antoine, nº 66.

OISELIER. A l’_Arche de Noé_, boulevard du Temple, nº 47.

MARCHAND DE CHIENS. _Au Chien fidèle_, boulevard des Italiens, au coin

de la rue de la Grange-Batelière.

HORLOGER EN BOIS. _Au Petit Moulin à vent_, rue des Coquilles, nº 10.

MARCHAND DE PARAPLUIES. A l’_Ombrelle à Jocko_, rue de la

Chaussée-d’Antin, nº 4.

IMPRIMEUR. A la _Presse royale_, rue Saint-Denis, nº 317.

CARTIER. Au _Roi Salomon_, rue Sainte-Anne, nº 39.

SAGES-FEMMES. A l’_Accouchée_, rue Jean-Jacques-Rousseau, nº 23.

A la _Fortune des Enfants_, rue de Buci, nº 2.

PHARMACIENS. Au _Mortier d’Or_, rue des Lombards.

Au _Polygone_, rue du Four-Saint-Germain, nº 37.

PARFUMEUR. A la _Belle Athénienne_, rue Saint-Honoré, nº 198.

DÉBITS DE TABAC. Aux _Bons Bretons_, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie,

nº 13.

A la _Civette_, rue Saint-Honoré, au coin de la galerie de Nemours.

A la _Carotte d’Or_, quai Saint-Michel, nº 44.

Au _Diable à quatre_, rue Saint-Denis, nº 381.

Au _Fumeur sans pareil_, rue du Temple, nº 61.

GRAINETIERS. Au _Capousta ou Chou de Sibérie_, boulevard des Capucines,

nº 13.

A la _Renommée des bonnes semences_, rue de Sèvres, nº 1.

BOULANGER. A la _Providence_, rue du Faubourg-Saint-Honoré, nº 40.

ÉPICIERS. Aux _Trois Maures_, rue de la Harpe, nº 27.

A la _Truie qui file_, marché aux Poirées, nº 24.

A la _Providence_, rue d’Enfer, au coin de la rue Saint-Dominique.

SOUDE ET POTASSE. A la _Dame Jeanne_, rue Boucherat, nº 10.

DISTILLATEUR. A la _Maison gothique_, rue Saint-Martin, nº 40.

ESTAMINETS. Au _Jardin des Épiciers_, Faubourg-Saint-Denis.

Au _Jardin de l’Écu_, même rue.

Au _Jardin du Cheval blanc_, même rue.

CHARCUTIERS. Au _Grand saint Antoine_, Porte Saint-Denis.

A la _Hure d’Or_, rue des Boucheries-Saint-Germain, nº 5.

A l’_Homme de la roche de Lyon_, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 5.

A _Ypsilanti_, rue du Gros-Caillou, nº 27.

MARCHANDS DE COMESTIBLES. Au _Bon Vivant_, rue de Richelieu, nº 15.

Aux _Deux Perdrix rouges_, place de la Pointe-Saint-Eustache, nº 13.

Aux _Deux Gastronomes_, boulevard Poissonnière, nº 9.

Au _Gourmand_, Palais-Royal, galerie du Lycée.

Au _Pique-Assiette_, rue du Bac, nº 15.

A _Sainte Geneviève_, place de la Pointe-Saint-Eustache, nº 2.

CONFISEURS. A la _Belle Angélique_, boulevard des Italiens, nº 23.

A la _Belle Marraine_, boulevard du Temple, nº 47.

Au _Cacaotier_, boulevard des Italiens, nº 20.

Au _Chat noir_, rue Saint-Denis, au coin de la rue de La Reynie.

Au _Chocolatier_, passage de l’Ancre.

Au _Fidèle Berger_, rue des Lombards.

A la _Fidélité_, rue de la Paix, nº 5.

Au _Paradis terrestre_, rue Montorgueil, nº 21.

A la _Petite Gourmande_, rue Neuve-Saint-Augustin, nº 13.

Aux _Petites Danaïdes_, boulevard Saint-Martin, nº 57.

A _Vert-Vert_, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 91.

RESTAURATEURS. A l’_Amiral Coligny_, rue Béthisy, nº 18.

Au _Bœuf à la Mode_, rue du Lycée, près du Palais-Royal.

Au _Banquet d’Anacréon_, boulevard Saint-Martin, nº 53.

Au _Cadran bleu_, boulevard du Temple, au coin de la rue Charlot.

Au _Capucin_, rue des Fossés-du-Temple, au coin de la rue d’Angoulême.

A la _Flotte de commerce_, rue Saint-Denis, nº 271.

Au _Réveil-Matin_, rue des Cordiers, nº 9.

Au _Veau qui tette_, rue de la Vrillière, place du Châtelet.

MARCHANDS DE VIN. A la _Bonne Fontaine_, rue de Charonne, nº 1.

Aux _Bons Enfants_, place de Grève, nº 2.

Au _Cocher_, quai des Célestins.

Aux _Contents_, place du Palais-de-Justice, nº 8.

A la _Côte d’Or_, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 86.

Au _Cardinal_, rue Vieille-du-Temple, nº 94.

A l’_Épi scié_, boulevard du Temple, nº 4.

A la _Fontaine de l’Éléphant_, rue Saint-Antoine, au coin de la rue du

Petit-Musc.

Au _Grenadier français_, rue de la Ferme, nº 7.

Au _Jocko de la Montagne_, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, nº 33.

Au _Lion d’Or_, rue Saint-Denis, nº 371.

Au _Mât de Cocagne_, rue du Maure, nº 44.

Au _Mont Blanc_, rue Saint-Lazare, en face de la rue de la

Chaussée-d’Antin.

A la _Partie de chasse de Henri IV_, rue de Saintonge, au coin du

boulevard.

Au _Père Noé_, rue Mandar, nº 6.

Au _Port Saint-Paul_, rue des Barrés, nº 4.

A la _Porte Saint-Honoré_.

A la _Pucelle d’Orléans_, rue du Faubourg-Saint-Martin, nº 3.

A la _Renommée de la Bonne Friture_, rue de Charonne, nº 4.

_Au Rocher_, rue Basse-Saint-Denis, nº 22.

Au _Roi Clovis_, rue Descartes, au coin de la rue Saint-Victor.

Au _Tambour-Major_, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 36.

Au _Temple de Bacchus_, rue d’Ulm, nº 4.

Aux _Trois Lurons_, rue Bourbon-Villeneuve, nº 18.

Aux _Vignes de Tonnerre_, rue Saint-Jacques, nº 145.

A _Xantippe_, rue de l’Oursine, nº 294.

Cette nomenclature, classée par ordre systématique, des plus notables

enseignes de Paris en 1826, permettra d’établir les rapports plus ou

moins éloignés qui existaient entre le sujet de l’enseigne et le

commerce du marchand qui l’avait choisi. Un très petit nombre de ces

enseignes était antérieur à la Révolution; quelques-unes dataient du

Directoire. Souvent le titre de l’enseigne ne donnait aucune idée du

sujet représenté: ainsi l’_Invariable_ était Atlas portant le globe du

monde; la _Dame Jeanne_ n’était qu’une cruche de

[Illustration]

grès, destinée à contenir de l’eau de Javelle; la _Belle Indécise_

laissait flotter son indécision entre deux paires de souliers; le

_Réveil-Matin_ était tout simplement un coq annonçant le point du jour;

la _Belle Angélique_, pour faire un rébus digne d’un confiseur,

attendait Médor à côté d’un beau pied d’angélique, qui ne figure pas

dans le poème de l’Arioste; le _Lien des Nations_, c’était le commerce

qui réunissait des marchands venus des quatre parties du monde; les

_Architectes canadiens_, c’étaient des castors construisant leur

habitation aquatique; le _Bon Fabricant_, c’était un capucin tissant au

métier une paire de bas. Quant aux enseignes des magasins de nouveautés,

ces enseignes, les plus belles, les mieux peintes et les plus agréables

à voir, n’offraient aucune analogie avec le genre de commerce qu’elles

recommandaient aux chalands, puisqu’elles étaient empruntées la plupart

à des pièces de théâtre qui avaient eu la vogue et dont le souvenir

n’était pas encore effacé.

Balzac n’a pas manqué de signaler, dans son _Petit Dictionnaire_, celles

de ces enseignes qui se distinguaient par un mérite d’exécution

artistique et qui pouvaient être considérées comme de bons tableaux

décoratifs. L’_Assomption_ passait pour une véritable peinture de

maître: on la laissait couverte d’un rideau, lorsqu’on croyait devoir la

préserver des intempéries de l’air, soit de la pluie, soit du soleil. Le

_Banquet d’Anacréon_ n’avait aucun caractère d’imitation de l’art

antique, mais les femmes qui entouraient le vieux poète de Téos étaient

représentées avec tout l’éclat du coloris de l’école de Girodet et

semblaient avoir été peintes, à moitié ivres, d’après nature, dans un

souper au Rocher de Cancale. La _Barque à Caron_ était une très bonne

toile, où l’on reconnaissait aussi le pinceau d’un élève de Girodet.

L’enseigne des _Bayadères_ offrait un groupe gracieux de trois jolies

personnes, que l’artiste avait très habilement costumées à l’orientale.

L’enseigne du _Château d’Eau_ était un charmant paysage qui avait

peut-être figuré au Salon et qui dans tous les cas y eût été remarqué.

L’enseigne du _Général Foy_ exposait un portrait fort ressemblant de

l’illustre orateur que le parti libéral avait perdu l’année précédente.

Quant aux _Forges de Vulcain_, c’était «un beau tableau d’enseigne, dit

Balzac; la figure de Vulcain ne manque ni d’expression ni de _chaleur_.»

Le _Grand saint Michel_ était une copie convenable du chef-d’œuvre de

Raphaël, que les jeunes peintres ne se lassaient pas de copier au musée

du Louvre, et le _Soldat laboureur_ pouvait passer pour une ingénieuse

réminiscence d’un tableau de Vigneron, reproduit partout en gravure, en

lithographie, et même en peinture de devant de cheminée.

Cinq ans avant la publication du _Petit Dictionnaire des Enseignes_,

Dufey de l’Yonne[285] avait donné une assez triste idée de celles qu’on

voyait alors dans les faubourgs de Paris. «La réforme, disait-il, qui

s’opère depuis quelques années dans le choix et l’exécution des sujets

d’enseigne, ne s’est pas encore étendue au faubourg Saint-Antoine. On

n’y trouve pas même le facile mérite de la variété. Les _Têtes noires_

et les _Boules blanches_ y sont souvent répétées, et il doit en résulter

de singuliers quiproquos pour les marchands qui se sont partagé

l’honneur d’en bigarrer leurs boutiques. Il n’y a pas de quartier où les

enseignes soient plus multipliées. Elles présentent parfois d’assez

bizarres rapprochements: j’ai vu au-dessus du tableau d’une sage-femme

un _Ours dansant_.» Dufey s’étonne plus loin de rencontrer, dans la même

rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 11, un magasin de bustes et de figures

en pied, coloriés, ayant pour enseigne: _Au Grand Frédéric_. «Ces

figures coloriées, dit-il, pourraient être fort prisées à Berlin, mais

j’aime à retrouver le goût français dans l’atelier du nº 7; point de

couleur sur les plâtres; un meilleur choix dans les objets exposés en

montre, et pour enseigne: _Au Rendez-vous des artistes_.»

[Illustration: AU COQ HARDI]

La rue Saint-Antoine avait sa _Truie qui file_, sculptée en relief,

comme celle du marché aux Poirées, mais à cette époque, paraît-il,

rehaussée d’or et de couleurs. «Quel est, disait Dufey, ce grand

écusson, tout éclatant de dorure, qui décore un magasin, à main gauche,

en descendant la rue Saint-Antoine? J’approche, et je distingue la

_Truie qui file_[286]. C’est l’enseigne la plus riche et la plus bizarre

de ce quartier. Les monstruosités ont été longtemps à la mode pour les

sujets d’enseigne.»

On essaya alors de revenir aux enseignes sculptées, statuettes ou

bas-reliefs, dans le genre du _Pêcheur_, du _Galant Jardinier_ et du

_Coq hardi_, qui décorent encore trois boutiques du quai de la

Mégisserie; comme celles du _Saint Michel_, de l’_Homme armé_ et de

l’_Arbre sec_, qui avaient donné leur nom à des rues. On voit paraître

successivement le _Nègre_, du boulevard Saint-Martin, et le _Chinois_,

de la rue Lafayette, dont les abdomens renferment des horloges, et, plus

tard, le _Vélocipède_, du boulevard de Sébastopol. Mais les enseignes

peintes gardèrent longtemps la préférence. «Cette fureur, dit Amédée

Berger[287], dura jusqu’à 1830 et au delà; on changea d’enseigne selon

la vogue du moment, et les héros de la mode, les lions du jour, virent

tous leur image reproduite sur les murailles de la ville. Les _Montagnes

russes_, _Jocko_, _Cadet Roussel_, _Jocrisse_, la _Girafe_, firent

fureur tour à tour, et chaque marchand les adopta. C’est de cette époque

(l’Empire et la Restauration) que datent les enseignes artistiques et

théâtrales, qui, prenant le titre des tableaux célèbres et des pièces

applaudies, reproduisirent les scènes fameuses et retracèrent le costume

et jusqu’aux traits des artistes aimés du public. L’opéra, la tragédie,

le drame, le vaudeville, le roman, toute notre littérature, en un mot,

sont représentés dans cette immense galerie, qui n’a fait que

s’accroître, chaque jour, depuis le commencement du siècle.» De ce

temps-là aussi date l’enseigne du _Grand Condé_, de la rue de Seine, au

coin de l’ancienne rue des Boucheries, aujourd’hui absorbée par le

boulevard Saint-Germain, enseigne qui va disparaître à son tour.

Les causes principales qui amenèrent la décadence des enseignes en

tableaux peints furent l’augmentation prodigieuse du nombre des omnibus

et des voitures de toute sorte; puis les révolutions de la rue, 1830,

1832, 1848, etc. Les enseignes n’avaient pas été ménagées dans ces

commotions révolutionnaires, qui, dans l’espace de dix-huit ans, avaient

si souvent changé les rues en champ de bataille.

[Illustration]

Histoire des enseignes de Paris · 第 21 / 27 段