Si cette inscription eût été signée du nom de son auteur, l’enseigne

aurait fait la fortune de l’horloger et de ses successeurs. Les vers

d’enseigne, en effet, n’étaient pas toujours faits par des poètes. Ainsi

l’enseigne d’un boulanger, qu’on voyait encore, il y a peu d’années,

entre la rue Saint-Paul et l’église Saint-Paul-Saint-Louis, représentait

deux mitrons en costume à qui le maître boulanger montrait un de ses

pains, et l’on ne pouvait guère attribuer les vers suivants qu’à un

boulanger ou à un mitron:

Plus léger et plus blanc, meilleur et davantage,

D’un système nouveau voilà le résultat

Qu’un ancien boulanger présente à votre usage:

Voyez la vérité, vous êtes de l’état.

Si les boulangers se mêlaient de faire des vers pour leurs enseignes,

les _artistes décrotteurs_, comme ils se qualifiaient depuis le

Directoire, rimaient aussi pour attirer le client. Voici un échantillon

de leur poésie, tel qu’on l’admirait, en 1804, sur l’enseigne de leur

boutique du passage des Panoramas:

O vous qui redoutez les taches et la crotte,

Amateurs de journaux, de propreté, de vers,

Entrez ici, qu’on vous décrotte,

Et livrez à nos soins la botte et les revers[258].

Les enseignes avec inscriptions en vers, à Paris, étaient encore au

nombre de dix à douze, en 1826. C’est Balzac qui a pris la peine de les

recueillir lui-même, pour les faire passer à la postérité, dans son

curieux _Petit Dictionnaire des Enseignes_[259]. On sait combien Balzac

s’intéressait aux enseignes et avec quel soin il les mentionnait dans

ses romans, quand il les jugeait dignes d’y figurer. Nous n’avons donc

plus qu’à faire ici quelques emprunts à la monographie alphabétique

publiée par Balzac.

Il y avait alors, en 1826, un artiste en cheveux, c’est-à-dire un

coiffeur, qui, pour s’assurer la clientèle des étudiants en droit et en

médecine, avait fait peindre, sur la devanture de sa boutique de la rue

Saint-Jacques, nº 121, deux vers grecs, que Balzac n’a pas cités, et

deux vers latins, qui ne prouvent pas que le patron, M. Chatelet, avait

fait ses humanités:

Hic fingit solers hodierno more capillos,

Dexteraque manu novos addit ars honores.

Ce qui a la prétention de vouloir dire: «Ici un art ingénieux façonne

les cheveux à la mode du jour, et d’une main habile y ajoute de nouveaux

agréments.» Cet affreux latin était mis là pour justifier l’enseigne:

_Au savant Perruquier_; l’une et l’autre inscription, la grecque et la

latine, se voyaient encore vers 1840. Deux autres coiffeurs avaient fait

aussi un touchant appel, en vers, aux dames et aux messieurs. Lambert,

qui s’intitulait perruquier-coiffeur, rue Notre-Dame-de-Nazareth, nº 28,

était certainement l’auteur de ce double distique, écrit des deux côtés

de sa boutique; ici, côté des hommes:

Vous satisfaire est ma loi,

Pour vous attirer chez moi.

Là, de l’autre côté, côté des dames:

Aux dames, par mon talent,

Je veux être un aimant.

«C’est une chose convenue, dit Balzac, qu’en fait de poésie il n’y a que

les coiffeurs, et nous n’hésitons pas à dire qu’en fait de vers M.

Lacroix a mis le sceau à la réputation du corps.» Lacroix,

perruquier-coiffeur, rue Basse, Porte Saint-Denis, nº 8, avait mis ce

quatrain au bas de son tableau d’enseigne représentant Absalon pendu par

les cheveux aux branches d’un arbre:

Passans, contemplez la douleur

D’Absalon pendu par la nuque.

Il eût évité ce malheur,

S’il eût porté perruque.

Balzac a oublié un coiffeur de ce temps-là, Michalon, père du peintre de

ce nom, demeurant alors rue Feydeau et faisant des vers enragés de

coiffeur, qu’il exposait en tableaux à tous les coins de ses salons de

coiffure.

Le _Petit Dictionnaire des Enseignes de Paris_ cite trois magasins de

nouveautés (non pas des livres, mais des chiffons), avec des enseignes

en vers:

Primo: _Au Nœud gordien_, Palais-Royal, galerie de pierre, nº 233:

Du nœud gordien vous connaissez l’histoire:

Un conquérant sut le trancher.

Bien plus adroit que lui, vous aurez plus de gloire,

Si vous savez le former.

C’est là ce que dit la demoiselle de magasin, peinte sur l’enseigne, à

un élégant jeune homme qui achète une cravate et qui ne répond pas en

vers.

Secundo. _Au Soldat cultivateur._ M. Marchandon, marchand de nouveautés,

faubourg Saint-Antoine, nº 77, avait fait faire à prix réduit, dans

l’atelier du peintre Vigneron, la copie de son tableau du _Soldat

laboureur_, dans lequel le soldat est représenté bêchant son champ et

faisant sortir de terre des débris d’armes et d’ossements qui annoncent

que l’agriculture a repris possession d’un ancien champ de bataille. Les

vers explicatifs sont pris dans les _Géorgiques_ de Virgile, traduites

par Delille:

Un jour, le laboureur, dans ces mêmes sillons

Où dorment les débris de tant de bataillons,

Heurtant avec le soc leur antique dépouille,

Trouvera sous ses pas des dards rongés de rouille,

Entendra résonner les casques des héros,

Et d’un œil étonné contemplera leurs os.

C’était peu réjouissant pour les demoiselles du faubourg, qui allaient

acheter manchettes, cols et foulards.

Tertio. _A la Pèlerine._ Magasin de mercerie, rue Saint-Honoré, nº 275,

avec ces petits vers imités d’une chanson en vogue:

Allez au magasin

Faire un pèlerinage:

Une fillette sage

Sourit au pèlerin.

Enfin, Balzac avait découvert deux sages-femmes, outre la _fillette

sage_ de la Pèlerine, lesquelles osaient appliquer chacune deux vers à

leur délicate profession. La première, qui ne se nommait pas sur son

enseigne, demeurait rue Jean-Jacques-Rousseau, nº 23: cette enseigne

représentait une belle accouchée et son _accoucheuse_ très élégante et

fort jeune; puis, le papa tout fier de sa progéniture, et le petit frère

caressant le nouveau-né. La morale de cette scène intime est exprimée

dans ces deux vers inscrits en tête du tableau:

Grâce à l’art, ô mon fils, enfin tu vois le jour;

Nos vœux sont exaucés, je dois bénir l’amour.

Chez la seconde sage-femme, Mᵐᵉ Vachée, rue de Buci, nº 2, on restait

interdit devant une enseigne dont la description ne saurait être plus

complète qu’elle l’est dans le _Petit Dictionnaire_ de Balzac: «Cette

dame, dit-il, voit s’échapper d’une machine qu’on ne peut mieux comparer

qu’à un four, une nuée d’enfants habillés des costumes de différents

états, et elle leur adresse ces vers:

Sortez, mes chers enfants, et d’une ardeur commune,

Par des chemins divers, courez à la Fortune.

«Dans le lointain, la déesse elle-même, un pied sur une roue, emblème de

sa mobilité, semble inviter à la suivre la foule des jeunes mortels

auxquels Mᵐᵉ Vachée vient de donner la lumière. Mais des juifs, des

usuriers, des nymphes folâtres les séparent.» Nous avons donné plus haut

(p. 292), le dessin à peu près semblable, d’une autre enseigne de

sage-femme.

Une des dernières enseignes en vers qu’on ait vues à Paris était celle

d’un tailleur, au coin de la rue d’Ulm et de la rue des Postes; mais

nous ne savons pas si le peintre était venu en aide à la poésie, car

nous n’en connaissons que ce quatrain, qui vaut tout un poème:

Accourez tous à l’abordage!

Je fais tous les raccommodages;

J’apporte grand soin aux coutures,

Aux accrocs, comme aux déchirures.

Nous regrettons de n’avoir pas parlé des écriteaux poétiques, qui sont

de véritables enseignes sans figures: ainsi toute la jeunesse du

quartier latin a connu ce facétieux brocanteur de la rue de

l’École-de-médecine, qui, chaque matin, apposait sur les objets

hétéroclites de son commerce les plus étranges annonces en prose et en

vers; la prose était de sa façon, les vers sortaient de la fabrique d’un

poète crotté, qui ne manquait pas d’originalité et qui trouvait les plus

incroyables drôleries relatives à l’origine des marchandises d’occasion.

Les contemporains de la révolution de 1830 se rappellent aussi les

affiches en vers que le marquis de Chabannes, pair de France,

chansonnier, journaliste et rimeur politique, improvisait tous les jours

pour annoncer ses brochures, ses chansons, ses prospectus, qu’il

distribuait et vendait lui-même, au Palais-Royal, dans sa boutique de la

galerie d’Orléans, que la police eut tant de peine à faire fermer, après

avoir cent fois saisi, enlevé et déchiré les affiches, au milieu des

éclats de rire des spectateurs.

Enfin, en faisant appel à nos souvenirs personnels, nous revoyons

encore, vers 1840, rue Neuve Saint-Augustin, non loin de la place de la

Bourse, une boutique mystérieuse qui étalait au-dessus de son vitrage

dépoli un grand tableau représentant un monsieur mis à la dernière mode,

prenant vivement congé d’une dame non moins élégante. Au bas, se lisait

ce distique révélateur:

Ah! ah! Madame, il faut que je vous dise adieu.

Certain besoin pressant m’appelle en certain lieu!

XXV

ENSEIGNES RELATIVES A DES PIÈCES DE THÉATRE

Cette espèce d’enseignes est tout à fait moderne, car elle ne date que

de l’époque où les grandes enseignes, peintes comme des tableaux et

quelquefois rivalisant avec eux, furent adoptées par la mode avec une

sorte de passion essentiellement parisienne. On peut fixer une date

précise pour le commencement des enseignes qui reproduisirent quelque

scène de la pièce en vogue. Ce fut seulement sous l’Empire que parurent

les premiers essais de ce genre nouveau d’enseignes, qui ont attiré

presque exclusivement l’attention des curieux de ce qu’on appela dès

lors le _Musée des rues_. Il n’y a que les pièces de théâtre, à grand

succès, qui aient mérité la consécration de l’enseigne. C’étaient donc,

chaque année, quatre ou cinq enseignes nouvelles, qui rappelaient au

public les grands succès récents. Le type de l’enseigne devenait ainsi

populaire, et la vogue de la pièce profitait à l’industriel qui l’avait

adopté. Les enseignes théâtrales firent fureur pendant plus de cinquante

ans; elles s’étaient, pour ainsi dire, emparées de la ville entière, et

le succès d’une pièce de théâtre n’était jamais mieux constaté que par

l’apparition d’une enseigne qui en portait le nom.

On peut affirmer que l’idée de faire des enseignes de ce genre n’était

jamais venue à l’esprit des marchands avant le Directoire; du moins n’en

connaissons-nous qu’une seule, l’enseigne du _Huron_, consacrant, en

1769, le succès d’un opéra-comique de Grétry, et dont nous parlerons

plus loin, au chapitre XXIX. Les succès les plus extraordinaires, comme

celui de _Jeannot, ou les Battus paient l’amende_, le

proverbe-comédie-parade de Dorvigny, représenté trois cents fois de

suite chez Nicolet, ou comme celui du _Mariage de Figaro_, qui fit

autant de bruit qu’une révolution, ces succès ne donnèrent pas lieu à la

création d’une seule enseigne. Le moment n’était pas venu, quoique

depuis 1761 les enseignes, appliquées contre le mur des maisons, au lieu

d’être suspendues à des potences en fer dans des cadres mobiles, se

prêtassent mieux à l’exposition de tableaux. On comprend que le goût du

spectacle, si décidé et si général chez les habitants de Paris, se soit

traduit par cette innovation dans le système des enseignes, en un temps

où le nombre des théâtres avait triplé. Il faut dire aussi qu’avant ce

temps-là les marchands menaient une vie très retirée et très

parcimonieuse, sans songer à imiter les habitudes des autres classes de

la société, qui ne se faisaient pas faute d’aller à la comédie. Les

enseignes des boutiques ne subirent l’influence du théâtre que quand les

boutiquiers commencèrent à se montrer et à s’acclimater dans les salles

de spectacle.

Nous trouvons cependant que les ballets de cour eurent, dans la première

moitié du XVIIᵉ siècle, certaines analogies avec plusieurs enseignes de

Paris. Ainsi l’enseigne primitive du _Cherche-Midi_, qui a précédé celle

dont nous avons parlé plus haut, page 84, était sans doute bien

antérieure au ballet des _Chercheurs de midi à quatorze heures_, ballet

qui fut dansé, au Louvre, en présence du roi, le 29 janvier 1620. Ce

ballet[260], que nous ne connaissons que par un petit programme en vers

très libres, a peu de rapport avec l’enseigne qui représentait des gens

de diverses conditions, cherchant l’heure de midi sur un cadran dont les

aiguilles marquaient quatorze heures, comme dans les horloges d’Italie.

Les chercheurs de midi à quatorze heures, qu’on appelait des

_cherche-midi_, étaient de pauvres hères faméliques en quête du dîner,

qu’ils ne trouvaient pas à quatorze heures, car on dînait partout à

midi. Un roman picaresque d’Oudin, sieur de Préfontaine[261], nous

apprend le véritable rôle d’un cherche-midi, que le ballet mit en scène

sous les traits du joueur de gobelets, du batteur de fusil, du ramoneur,

du vendeur de lunettes: «La grande nécessité où j’estois m’ayant pourveu

d’un office de _cherche-midy_, j’allois parfois en des couvents, mais

j’y trouvois petite chance, au moins pour moy, car, pour les moynes, ils

faisoient une telle chère, que, si la fumée de leurs bons morceaux qui

me passoient devant le nez avoit esté rassasiante, cela m’auroit bien

nourry.» Un autre ballet de cour, qui a pour titre _la Fontaine de

Jouvence_[262], imprimé en 1643 et par conséquent dansé cette année-là

au château de Saint-Germain, pourrait bien avoir été inspiré par la

jolie enseigne du XVIᵉ siècle dont nous avons parlé et qui attirait tous

les regards dans la rue du Four-Saint-Germain. Enfin, dans un ballet du

roi, à la naissance du Dauphin, en 1643, les Enseignes de Paris

faisaient leur entrée sous la figure d’une femme qui se plaignait des

dégâts que les grands vents lui avaient causés dans les derniers orages.

Voici deux strophes que Dassoucy avait mises dans la bouche de cette fée

des enseignes[263]:

Je suis cette aimable Syrène,

Qui, des orages précédents,

Vient faire une plainte à la Reyne,

Contre l’insolence des vents,

Afin que leur Dieu se retire,

Et qu’il trouble les flots plutôt que mon empire:

Ce monstre, plein d’insolence,

A causé, par nostre débris,

Que l’on trouve plus d’assurance

A Saint-Germain qu’à Paris.

Aussi, pour éviter sa rage,

Nous nous rendons ici à l’abry de l’orage.

A partir de là, comme si toutes les enseignes de Paris avaient été

décrochées et brisées par l’ouragan, elles ne reparaissent plus au

théâtre que dans deux chétifs vaudevilles: l’un, de Martainville:

_Pataquès, ou le Barbouilleur d’enseignes_, joué en 1803; l’autre, de

Brazier, Moreau et La Fortelle, _Tout pour l’enseigne_, représenté le 18

avril 1815. Ces deux petites pièces ne réussirent pas. C’est que les

marchands et leurs commis ne souffraient pas qu’on se gaussât de leurs

enseignes. Scribe et Saint-Georges l’apprirent à leurs dépens, quand

leur opéra-comique, en trois actes, _le Fidèle Berger_, dont Adolphe

Adam avait fait la musique, fut outrageusement sifflé, à la première

représentation, le 11 janvier 1838. Les auteurs n’avaient pas trop

ménagé la confiserie parisienne, mise en scène sous la bannière de la

vieille enseigne du _Fidèle Berger_: on se battit au parterre, et les

perturbateurs qui furent arrêtés étaient tous des confiseurs: «Ces

gaillards-là, dit Scribe, seraient capables de m’empoisonner avec leurs

dragées de baptême.» Il ne fit pas imprimer sa pièce, qui n’a paru que

dans la dernière édition de ses _Œuvres complètes_; le musicien essaya

de la faire jouer à Bruxelles, où elle fut traitée en douceur[264]. Les

confiseurs du _Fidèle Berger_ n’étaient plus là. Marchands à enseignes

et auteurs dramatiques furent depuis en parfaite intelligence, lorsque

les enseignes des premiers contribuèrent grandement à la renommée des

seconds.

Il est impossible d’entrer ici dans quelques détails sur les pièces de

théâtre auxquelles on accorda les honneurs de l’enseigne depuis

cinquante ou soixante ans; nous nous bornerons donc à citer, d’après le

_Petit Dictionnaire critique et anecdotique des Enseignes de Paris_,

celles de ces enseignes inaugurées sous les titres mêmes des pièces de

différents genres, aux succès desquelles les marchands avaient attaché

celui de leur commerce. Il suffit de rappeler que ces pièces étaient

encore très connues en 1826, bien que quelques-unes remontassent aux

premières années de l’Empire; plusieurs, d’une date plus ancienne, comme

_le Diable à quatre_ de Sedaine, _les Trois Sultanes_ de Favart, et _la

Partie de chasse de Henri IV_, par Collé, avaient été reprises avec

éclat et étaient restées au répertoire.

Les tableaux dont on faisait des enseignes furent souvent composés et

exécutés par de véritables peintres. Nous parlerons, dans le chapitre

XXIX, _Musée des enseignes_, de ceux qui sortaient de l’atelier des

meilleurs artistes.

L’Académie royale de musique reconnaissait des opéras et des ballets de

son répertoire dans les enseignes suivantes: _Aux Bayadères_, boulevard

des Italiens, nº 9, Nouveautés. _Les Bayadères_, opéra en trois actes,

paroles de Jouy, musique de Catel, représenté le 8 août 1810.--_A la

Vestale_, rue Montmartre, au coin de la rue de Cléry, Nouveautés. _La

Vestale_, tragédie lyrique de Jouy, musique de Spontini, fut représentée

le 11 décembre 1807.--_A la Lampe merveilleuse_, Demarais, lampiste,

illuminateur du Gouvernement. _Aladin, ou la Lampe merveilleuse_,

opéra-féerie en cinq actes, par Étienne, musique de Nicolo et de

Benincori, fut représenté le 6 février 1822.--_Au Triomphe de Trajan_,

M. Payen, tailleur, rue de Richelieu, nº 77. Le _Triomphe de Trajan_,

tragédie lyrique en trois actes, par Esmenard, musique de Lesueur et de

Pertuis, fut représenté le 23 octobre 1807.

Passons au Théâtre-Français, qui avait vu, en plein Directoire,

apparaître l’enseigne des _Trois Sultanes_, un des plus beaux tableaux

d’enseigne de Paris, pour annoncer le magasin de mesdames Delatour,

lingères, rue Vivienne, au coin de la rue Colbert.--_A Marie Stuart_,

Nouveautés, rue Saint-Denis, nº 392. _Marie Stuart_, tragédie de Pierre

Lebrun, représentée en 1820.--_Aux Templiers_, rue Feydeau, nº 16,

Michalon, coiffeur. _Les Templiers_, tragédie de Raynouard, représentée

en 1805.--_A la Fille d’honneur_, rue de la Monnaie, au coin de la rue

Boucher. _La Fille d’honneur_, comédie en cinq actes et en vers, par

Alexandre Duval, représentée en 1819.--_A Valérie_, rue Saint-Denis, nº

309, magasin de nouveautés. _Valérie_, comédie, en trois actes et en

prose, par Scribe et Melesville, représentée en 1822.--_Aux Deux

Cousines_, magasin de nouveautés, rue Coquillière. _L’Éducation, ou les

Deux Cousines_, comédie en cinq actes et en vers, par Casimir Bonjour,

fut représentée en 1824.

Le théâtre de la porte Saint-Martin avait fourni, à lui seul, deux fois

plus d’enseignes que l’Opéra et le Théâtre-Français: _Au Vampire_,

magasin de nouveautés, rue Saint-Antoine.--_Au Bourgmestre de Saardam_,

Grisard, drapier, rue Saint-Honoré, nº 53.--_Aux Petites Danaïdes_,

Potier, confiseur, boulevard Saint-Martin, nº 57. (Il ne faudrait pas

confondre l’acteur avec le confiseur, malgré la similitude du nom: le

fameux comédien Potier avait créé le rôle du Père Sournois, dans _les

Petites Danaïdes_, de Gentil et de Désaugiers.)--_Au Solitaire_, Malard,

marchand de nouveautés, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 68.--_A Joko, ou

le Singe du Brésil._--_A Polichinel_ (sic) _vampire_.--_A la Fille mal

gardée._--_Aux Ramoneurs._--_Au Déserteur_, etc.

[Illustration]

Les enseignes drôlatiques se rapportaient surtout à des pièces du

théâtre des Variétés, dans lesquelles avaient figuré les premiers

acteurs de ce théâtre, Brunet, Potier, Odry, Vernet, Bouffé, etc., comme

_le Désespoir de Jocrisse_, _le Ci-devant Jeune Homme_, etc. Le théâtre

du Vaudeville inspirait des sujets d’enseignes gaies et plaisantes, sans

être bouffonnes, comme _les Deux Gaspard_ du faubourg Saint-Denis, dont

nous avons donné la figure page 197, _les Deux Edmond_, _le Petit

Matelot_, _Monsieur Dumolet_, _Monsieur Pigeon_ (le héros d’_Une Nuit de

la Garde nationale_), dans la rue de Seine, etc. Il y avait aussi les

enseignes patriotiques, ou chauvinesques, que le Vaudeville, les

Variétés, le Cirque Olympique, et même le Gymnase, auraient dû fournir

en plus grande quantité, mais que la crainte de la Censure interdisait

souvent aux commerçants les plus paisibles; nous en pourrions néanmoins

citer une vingtaine, entre autres, _les Deux Sergents_, dans la rue

Saint-Honoré, en face la rue du Coq, aujourd’hui Marengo; _Fanfan la

Tulipe_, _Michel et Christine_, _le Soldat laboureur_, _le Chien du

Régiment_, _François les Bas-bleus_, à l’angle du faubourg Montmartre et

de la rue Fléchier, etc.

[Illustration]

Presque tous les grands succès du Gymnase dramatique, dus la plupart à

l’infatigable fécondité du talent de Scribe, furent signalés par

l’apparition de nouvelles enseignes, qui augmentaient et prolongeaient

la vogue de _Malvina, ou le Mariage d’inclination_, du _Mariage

enfantin_, de _la Carotte d’Or_, du _Gamin de Paris_, du _Comédien

d’Étampes_, etc.[265].

[Illustration]

Les spectacles du boulevard du Temple, la Gaîté,

[Illustration]

l’Ambigu-Comique, le Cirque Olympique, les Funambules, etc., avaient eu

aussi de grands succès populaires, et, par conséquent, ces succès

s’étaient affirmés par un grand nombre d’enseignes boutiquières, qui

duraient beaucoup plus longtemps que ces pièces de différents genres,

[Illustration]

telles que _l’Oiseau bleu_, _les Deux Pierrots_, qui sont toujours en

place, au coin de la rue Saint-Jacques et de la rue de la Huchette (voir

figure p. 349), _les Innocents_, _les Quatre Sergents de la Rochelle_,

du boulevard Beaumarchais, etc. Mais, comme tout passe ici-bas, les plus

beaux drames, les plus merveilleuses féeries, les plus amusantes

pantomimes, les mimodrames les plus éblouissants n’avaient qu’un temps,

et, après cent ou deux cents représentations, étaient absolument

oubliés, en sorte que les enseignes nées de leur vogue pouvaient à peine

leur survivre. Voilà comment la plupart des enseignes qui rappelaient à

la foule les mélodrames de Guilbert de Pixérécourt disparurent avant le

célèbre auteur de _la Femme à deux maris_, de _Cœlina, ou l’Enfant du

Mystère_, du _Chien de Montargis_ et de _Latude_.

[Illustration]

Les pièces en musique, les opéras-comiques, dont les airs deviennent si

populaires, quand l’orgue de Barbarie les propage, multiplièrent les

enseignes peintes d’après nature, avec les portraits des plus célèbres

chanteurs et chanteuses du théâtre de l’Opéra-Comique: _A la Clochette_,

_Au Chaperon rouge_, _A Joconde_, _A la Somnambule_, _A la Dame

blanche_, etc.

[Illustration]

Histoire des enseignes de Paris · 第 19 / 27 段