et les libraires, du moins à la fin du XVᵉ siècle et au commencement du
XVIᵉ. Jean Philippi, imprimeur allemand, établit ses presses, en 1495,
rue Saint-Jacques, à l’_Image de Sainte Barbe_; puis, il les transporta
bientôt, rue Saint-Marcel, à l’enseigne de la _Sainte-Trinité_. Un autre
imprimeur allemand, Jean Higman, imprimait d’abord, en 1489, dans la
maison de Sorbonne, cet asile tutélaire de l’imprimerie; il alla
demeurer, au Clos-Bruneau, près les Écoles de Décret, à l’enseigne des
_Lions_; ensuite, il se fixa rue Saint-Jacques, à l’_Image Saint
Georges_. La rue Saint-Jacques sera désormais, comme au moyen âge, le
grand marché de la librairie. Jean Driart s’y installe, à l’enseigne des
_Trois Pucelles_, en 1498, pour y imprimer la plus belle édition du
_Mystère de la Destruction de Troie la grant_. Antoine Nidel, qui était
maître ès arts avant de se faire imprimeur, ne s’éloigne pas du collège
Coqueret et du collège de Montaigu en créant une imprimerie, à
l’enseigne de la _Cathédrale_, dans le quartier des relieurs, qu’on
appelait le Mont Saint-Hilaire, entre la rue Saint-Hilaire et la rue des
Sept-Voies. Deux imprimeurs s’établissent, la même année, Félix
Baligant, sur la montagne Sainte-Geneviève, près le collège de Reims, à
l’_Image Saint Étienne_, et Geoffroy de Marnef, rue Saint-Jacques, près
l’église Saint-Yves, à l’enseigne du _Pélican_. Ce dernier s’était
associé à ses deux frères Jean et Enguilbert, en réunissant leurs trois
enseignes dans une marque collective, qui représentait leur association
«par trois symboles, dit La Caille, des grues qui font leur nid en
volant, un perroquet qui parle, un pélican qui donne la vie à ses
petits, avec trois bâtons» où sont les initiales de leur trois prénoms.
Il faut maintenant citer les imprimeurs et les libraires qui ouvrent
leurs ateliers et leurs boutiques, avec enseignes, sous le règne de
Louis XII. C’est, en 1498, le libraire Jean Petit, rue Saint-Jacques, à
l’enseigne du _Lion d’Argent_, et dans la même rue, près des Mathurins,
à la _Fleur de lys d’Or_. Ce libraire est un de ceux qui, de son temps,
ont fait imprimer le plus de livres, puisqu’il entretenait, à lui seul,
les presses de quinze imprimeurs. Il avait réuni, dans sa marque de
libraire, le lion et la fleur de lis, qui figurèrent l’un après l’autre
dans les deux enseignes de ses boutiques. Thomas du Guernier, qui exerça
pendant plus de vingt-six ans comme imprimeur et comme libraire, et qui
imprima un grand nombre de romans de chevalerie, demeurait d’abord, rue
de la Harpe, à l’_Image Saint Yves_; il resta dans la même rue, en
transportant son établissement près le _Pilier vert_, à l’enseigne du
_Petit Cheval blanc_. Denis Roce, qui ne fut que libraire, demeurait rue
Saint-Jacques, près l’église Saint-Benoît, où la plupart des libraires
avaient leur sépulture; il prit pour enseigne l’_Image Saint Martin_, et
pour marque, par allusion à son nom de _Roce_, un rosier portant des
roses, avec son écusson armorié, soutenu par deux griffons.
Les imprimeurs allemands et belges qui venaient s’établir à Paris y
faisaient encore fortune. Jodocus Badius Ascensius, après avoir été
professeur au collège de Lyon, se fit imprimeur à Paris, vers 1502, rue
Saint-Jacques, «au-dessus de l’église Saint-Benoît, près du Gril», à
l’enseigne des _Trois Luxes_ (brochets); il devint libraire, pour vendre
les excellentes éditions de classiques latins, qu’il publiait lui-même.
Nicolas Wolff, de Bade, qui mettait sur ses éditions: _Impressi arte et
industria ingeniosissimi viri N. W. Allemani_, imprima d’abord dans le
cloître Saint-Benoît, aux _Trois Tranchoirs d’Argent_; ensuite rue de la
Harpe, à l’enseigne des _Rats_. Thomas Kées, de Wesel, imprimait à
l’enseigne du _Miroir_, près le collège des Lombards. Alexandre Aliate,
Belge, n’exerça que quelques mois, en 1500, rue Saint-Jacques, devant le
Collège de France, à l’_Image Sainte Barbe_. Thielman Kerver, arrivé
d’Allemagne en 1500, fonda une des plus importantes maisons d’imprimerie
et de librairie, qui devait durer plus d’un siècle; il demeurait d’abord
sur le pont Saint-Michel, à l’enseigne de la _Licorne_; ensuite, rue des
Mathurins et rue Saint-Jacques, toujours avec la même enseigne, qu’il ne
changea que vers la fin de sa vie, pour prendre celle du _Gril_; mais
ses successeurs reprirent celle de la _Licorne_, qu’ils faisaient
figurer dans leur marque typographique. Berchtold Rembolt, de
Strasbourg, avait adopté l’enseigne d’Ulric Gering, le _Soleil d’Or_, en
créant son imprimerie rue Saint-Jacques; mais, en allant s’établir près
du Collège de France, il prit pour enseigne l’_Image Saint Christophe_.
Sa veuve, qui épousa en 1513 Claude Chevallon, rentra, avec le _Soleil
d’Or_, dans la maison que son premier mari avait habitée rue
Saint-Jacques. Claude Chevallon était si fier de son enseigne, qu’il la
mit dans sa marque, au-dessus de son écusson, soutenu par deux chevaux
dressés debout, pour faire allusion par un rébus à son nom de Chevallon
(cheval long).
Les autres imprimeurs et libraires qui parurent du temps de Louis XII
étaient tous Français, mais ils n’exercèrent pas longtemps, à
l’exception de quatre ou cinq. Gaspard Philippe imprimait, en 1502, rue
de la Harpe, aux _Trois Pigeons_; Nicolas de la Barre, en 1509, rue de
la Harpe, devant l’_Écu de France_, aux _Trois Saumons_; puis, rue des
Carmes, devant le collège des Lombards, à l’_Image de Saint Jean
l’Évangéliste_; Antoine Bonnemère, en 1508, rue Saint-Jean-de-Beauvais,
devant les grandes Écoles de Décret, à l’_Image Saint Martin_; Guillaume
le Rouge, en 1512, rue Saint-Jean-de-Latran, à la _Corne de Daim_;
Nicolas des Prez, en 1508, rue Saint-Étienne-du-Mont, au _Miroir_. Il y
eut plusieurs imprimeurs célèbres dont les débuts datent de ce règne-là,
mais qui n’acquirent toute leur réputation que sous le règne suivant.
François Grandjon, très habile graveur et fondeur de caractères, de même
que ses deux frères Jean et Robert, demeurait rue Saint-Jacques, près
l’église Saint-Yves, à l’_Image Saint Claude_, et devant le couvent des
Mathurins, à l’_Éléphant_; Gilles de Gourmont, le premier qui imprima du
grec à Paris, et qui devint imprimeur du roi, habitait rue
Saint-Jacques, aux _Trois Couronnes_, mais il remplaça cette enseigne
par celle de _l’Écu de Cologne_, sans changer de domicile. Ses deux
frères, Jean et Robert, imprimeurs comme lui, demeuraient au
Clos-Bruneau, près le collège Coqueret, à l’enseigne des _Deux Boules_.
Guillaume Anabat, demeurant rue Saint-Jean-de-Beauvais, depuis 1500
jusqu’en 1505, à l’enseigne des _Connils_ (lapins), imprimait de
superbes livres d’heures, remplis d’images gravées sur bois, pour Gilles
Hardouyn, demeurant au bout du Pont-au-Change, à l’enseigne de la
_Rose_, et pour Germain Hardouyn, qui avait sa boutique de libraire
devant le Palais, à l’_Image Sainte Marguerite_. Enfin, Guillaume
Nyverd, successeur de Pierre Le Caron, en 1516, conserva cette fameuse
imprimerie, dans le même local, rue de la Juiverie, à l’enseigne de la
_Rose_, qui céda la place, on ne sait pourquoi, à _l’Image Saint
Pierre_.
Le nombre des libraires augmentait à mesure que diminuait celui des
imprimeurs. Il y eut un libraire du roi, Guillaume Eustace, qui
demeurait, en 1508, rue de la Juiverie, à l’enseigne des _Deux
Sagittaires_, qui furent reproduits dans toutes les marques de ce
libraire, jusqu’à ce que sa boutique fût transférée, dans la rue
Notre-Dame, à l’enseigne de l’_Agnus Dei_. Il faut citer, parmi les
autres libraires de ces temps-là, Poncet Lepreux, qui fit imprimer à ses
frais une immense quantité de livres en tous genres, depuis 1498
jusqu’en 1552; pendant 55 ans, il n’eut que deux domiciles, rue
Saint-Jacques, devant les Mathurins, à l’enseigne du _Loup_, et même
rue, au _Croissant_. Citons encore deux autres libraires de la même
époque, Jean Lefèvre, rue Saint-Jacques, à l’enseigne du _Croissant_;
Jacques Ferraboue, en 1514, sur le Petit-Pont, devant l’Hôtel-Dieu, à
l’enseigne du _Croissant_. Galiot du Pré, chef d’une nombreuse famille
de libraires qui se succédèrent jusqu’en 1570, ouvrit boutique, sur le
nouveau pont Notre-Dame, en 1512, à l’enseigne de la _Galée_, par
allusion à son prénom de Galiot, qui signifiait aussi un navire à voiles
et à rames. Il avait donc fait poser son enseigne dans sa marque, avec
cette devise de bon augure: _Vogue la Galée_.
Sous François Iᵉʳ, où le nombre des livres imprimés se multiplie à
l’infini, la place est prise et disputée par les fils et les descendants
des anciens imprimeurs et libraires; nous n’avons donc à mentionner que
les nouveaux venus dans l’imprimerie et la librairie, avec de nouvelles
enseignes. Commençons par les imprimeurs, qui la plupart travaillaient
pour les libraires et ne publiaient plus de livres. On ne peut imaginer
combien de poésies et de vieux romans de chevalerie, d’ouvrages de
morale et de philosophie, furent mis au jour sous le règne de François
Iᵉʳ. Guillaume Lebret imprimait, avec Jean Réal, en 1538, dans le
Clos-Bruneau, à la _Corne de Cerf_, puis à la _Rose rouge_. Jean Réal se
sépara de son associé en 1548, et imprima seul, rue du Mûrier, à
l’_Image Sainte Geneviève_; puis, rue Traversine, au _Cheval blanc_.
Pierre Gromors imprimait, à l’enseigne de la _Cuillère_, près l’église
Saint-Hilaire, en 1521; au _Phénix_, près le collège de Reims, en 1538.
Simon de Colines, qui était à la fois imprimeur et libraire, de 1510 à
1550, changea souvent de demeure et d’enseigne: en 1526, il avait sa
boutique, près le collège de Beauvais, au _Soleil d’Or_; en 1527, sa
marque de libraire nous fait supposer qu’il avait pris pour enseigne:
_aux Connils_ (lapins); en 1531, son enseigne représentait le Temps,
barbu et poilu, maniant sa faux, avec
[Illustration]
cette devise: _Hanc aciem sola retundit virtus_. Jean Messier, associé
d’abord avec Jean du Pré, imprimait en 1517, rue des Poirées, près le
collège de Cluny, à l’_Image Saint Sébastien_; Nicolas Savetier, rue des
Carmes, à l’_Homme sauvage_; Guillaume de Bozzozel, rue Saint-Jacques,
près des Mathurins, au _Chapeau rouge_; Nicolas Prévost, rue
Saint-Jacques, à l’_Image Saint Georges_; Pierre Leber, rue des
Amandiers, à l’enseigne de la _Vérité_; Gilles Couteau, rue
Grenier-Saint-Ladre, à l’enseigne du _Grand Couteau_; Pierre Regnault,
rue Saint-Jacques, aux _Trois Couronnes de Cologne_; Pierre Sergent, rue
Notre-Dame, à l’_Image Saint Nicolas_; Denis Janot, qui fut nommé
imprimeur du roi, en 1543, rue Notre-Dame, contre l’église
Sainte-Geneviève-des-Ardents, à l’_Image Saint Jean-Baptiste_. Enfin,
Michel Vascosan, qui fut libraire et imprimeur, de 1530 à 1576, et qui
peut être considéré comme le plus excellent imprimeur du XVIᵉ siècle,
demeurait rue Saint-Jacques, à l’enseigne de la _Fontaine_, là où
Jodocus Badius avait établi sa presse, à son arrivée à Paris, en 1502;
aussi, Vascosan avait-il représenté dans sa marque d’imprimeur cette
presse avec l’inscription: _Pressum ascensianum_.
Voici maintenant les enseignes de quelques-uns des meilleurs libraires
de cette époque: Alain Lotrian, de 1518 _à_ 1539, rue Notre-Dame, à
_l’Écu de France_; Regnault Chaudière, 1516-1551, rue Saint-Jacques, à
l’_Homme sauvage_; Pierre Bridoux, rue de la Vieille-Pelleterie, à
l’enseigne du _Croissant_; Jean Hérouf, rue Notre-Dame, à l’_Image de
Saint Nicolas_; Nicolas Chrestien, près le collège de Coqueret, à
l’_Image Saint Sébastien_; Jean Roigny, rue Saint-Jacques, au _Basilic_,
et ensuite aux _Quatre Éléments_; Ambroise Girauld, 1526-1546, rue
Saint-Jacques, au _Lion d’Argent_; même rue, au _Roi David_; même rue,
au _Pélican_; Jean Macé, 1531-1582, au Mont Saint-Hilaire, à l’_Écu de
Bretagne_; puis au Clos-Bruneau, à l’_Écu de Guyenne_; Vincent Sertenas,
1538-1554, rue Notre-Dame, à l’_Image Saint Jean l’Évangéliste_; puis,
même rue, à la _Corne de Cerf_; Étienne Robert, dit le Faucheur,
libraire et relieur du roi, sur le pont Saint-Michel, à la _Rose
blanche_. Geoffroy Tory, peintre, graveur et libraire, 1512-1550, le
premier qui obtint un privilège du roi pour l’impression d’un nouveau
livre d’heures, demeura successivement sur le Petit-Pont, joignant
l’Hôtel-Dieu, rue Saint-Jacques, devant l’_Écu de Bâle_ et, même rue,
devant l’église de la Madeleine, et conserva toujours sa fameuse
enseigne du _Pot cassé_, qu’il avait dessinée lui-même sur sa marque de
libraire, avec cette touchante devise: _Non plus_, qui rappelait sa
douleur à la mort de sa fille, etc.
[Illustration]
Je m’arrête ici, en me reprochant de m’être laissé entraîner trop loin
dans cette aride et monotone énumération d’imprimeurs et de libraires,
sans autres détails que leurs adresses et leurs enseignes. J’ai tenu à
montrer ainsi que ces enseignes et ces adresses changeaient souvent,
dans l’exercice de leur profession; que leur industrie et leur commerce
étaient concentrés dans un petit nombre de rues du quartier de
l’Université, et que leurs enseignes différaient souvent de leurs
marques typographiques. On nous permettra[137] d’ajouter à ces
renseignements un peu arides, malgré leur intérêt, une nomenclature
sommaire des marques ou enseignes que certains imprimeurs et libraires
de Paris ont mises sur des livres sortis de leurs presses ou de leurs
boutiques, quoique ces livres ne portent pas leurs noms, ni l’indication
du lieu d’impression. Ce n’étaient pas là des éditions clandestines,
mais c’étaient bien des éditions anonymes, et nous avouons ne pas
comprendre le but et l’intention des éditeurs, qui se cachaient ainsi
sous leurs enseignes.
L’_Abel_, de l’Angelier.--L’_Abraham_, de Pacard.--L’_Amitié_, de
Guillaume Julien.--Le _Basilic_ et les _Quatre Éléments_, de Roigny.--Le
_Bellérophon_, de Perier.--La _Bonne Foi_, de Billaine.--Le _Caducée_,
de Wechel.--Le _Cavalier_, de Pierre Cavalier.--Le _Cordon du Soleil_,
de Drouart.--Le _Chêne vert_, de Nicolas Chesneau.--Les _Cigognes_, de
Pâris.--Le _Saint-Claude_, d’Ambroise de la Porte.--Le _Cœur_, de
Huré.--Le _Compas_, d’Adrien Perier.--La _Couronne d’Or_, de Mathurin du
Puis.--L’_Éléphant_, de François Regnault.--Les _Épis mûrs_, de Du
Bray.--L’_Espérance_, de Gorbin.--L’_Étoile d’Or_, de Benoît
Prevost.--La _Fontaine_, de Vascosan.--Autre _Fontaine_, des Morel.--La
_Galère_, de Galiot du Pré.--L’_Hercule_, de Vitré.--La _Licorne_, de
Chappelet.--Autre _Licorne_, de Kerver.--Le _Loup_, de Poncet le
Preux.--Le _Lys blanc_, de Gilles Beys.--Le _Lys d’Or_, d’Ouen
Petit.--Le _Mercure arrêté_, de David Douceur.--Le _Mûrier_, de
Morel.--Le _Grand_ _Navire_, de la Société des libraires de Paris, pour
les impressions des Pères de l’Église.--_L’Occasion_, de
Fouet.--L’_Olivier_, des Estienne.--Autre _Olivier_, de
Chappelet.--Autre _Olivier_, de Patisson.--Autre _Olivier_, de Pierre
l’Huillier.--La _Paix_, de Jean Heuqueville.--La _Palme_, de Courbé.--Le
_Parnasse_, des Ballard.--Le _Pégase_, de Wechel.--Autre _Pégase_, de
Denis du Val.--Le _Pélican_, de Girault.--Le _Phénix_, de Michel
Joly.--La _Pique entortillée d’une branche et d’un serpent_, de Frédéric
Morel.--Autre, de Jean Bien-né.--Le _Pot cassé_, de Geoffroy Tory.--La
_Presse_ ou _l’Imprimerie_, de Badius Ascencius.--La _Rose dans un
cœur_, de Corrozet.--La _Ruche_, de Robert Fouet.--La _Salamandre_, de
Denis Moreau.--La _Samaritaine_, de Jacques du Puis.--Le _Saturne_, ou
le _Temps_, de Colines.--Le _Sauvage_, de Buon.--Le _Serpent mosaïque_,
de Martin le Jeune.--Le _Soleil_, de Guillard.--La _Toison d’Or_, de
Camusat.--La _Trinité_, de Meturas.--La _Vérité_, de David.--La _Vertu_,
de Laurent Durand.--Les _Vertus théologales_, de Savreux.--La _Vipère de
saint Paul_, de Michel Sonnius.
Cette liste aurait pu être aisément doublée, mais, telle qu’elle est,
elle doit suffire pour indiquer des enseignes qui étaient alors
tellement bien connues, qu’elles suppléaient en quelque sorte aux noms
des imprimeurs et des libraires qui les avaient adoptées et mises en
honneur.
XII
ENSEIGNES DES ACADÉMIES, DES THÉÂTRES, DES LIEUX PUBLICS, DES TRIPOTS ET
DES MAUVAIS LIEUX
En rassemblant les notes qui m’ont servi à préparer mon édition du
_Livre commode des Adresses de Paris_, publié en 1691 et 1692 par le
sieur de Blegny, sous le pseudonyme d’Abraham du Pradel, je m’étais
beaucoup préoccupé de rechercher quelles étaient les enseignes des lieux
publics de Paris, tels que les étuves, les théâtres, les jeux de paume,
car ces enseignes devaient exister encore, du moins la plupart, à la fin
du XVIIᵉ siècle; et il est certain que, dans le siècle précédent, il n’y
avait pas à Paris une seule maison qui n’eût son enseigne, soit
nominale, soit figurée. Ainsi les académies (nous ne parlons pas des
Académies royale des sciences, des inscriptions et belles-lettres, des
beaux-arts ou de sculpture et de peinture, encore moins de l’Académie
française), si nombreuses depuis le règne de Louis XIII, eurent
incontestablement des enseignes, et pourtant nous n’avons pas réussi à
les découvrir, soit pour les académies des jeux ou des brelans publics,
soit pour les académies proprement dites, instituées par des
particuliers pour l’éducation de la noblesse. Ces académies n’étaient
que des manèges d’équitation, des salles d’escrime, des écoles de
musique, de danse, etc., et par conséquent elles s’annonçaient aux
passants par des enseignes permanentes et par des écriteaux indicatifs.
Notre édition du _Livre commode_[138], où les enseignes des marchands ne
sont signalées qu’en très petit nombre, ne donnera donc pas les
enseignes des académies, ni celles des autres lieux publics, enseignes
qu’une enquête plus heureuse que la nôtre parviendra peut-être à mettre
au jour.
Il en est une, cependant, que je viens de découvrir en feuilletant la
_Bibliothèque de l’École des Chartes_ et qui a été commune à toutes les
académies de danse au XVIIᵉ siècle. Quand Louis XIV, qui aimait la danse
au point de la pratiquer en maître, eut créé l’Académie royale de danse,
en 1662, le roi des ménétriers, Guillaume du Manoir, joueur de violon du
cabinet du roi et l’un des vingt-cinq de la grande bande, intenta un
procès aux maîtres à danser, et ce, au nom de la communauté et de la
confrérie de Saint-Julien des ménétriers. Ce procès en Parlement ne dura
pas moins de trente ans et fut terminé par une déclaration du roi, du 2
novembre 1692, en vertu de laquelle la communauté de Saint-Julien fut
maintenue dans la jouissance de son privilège de donner, concurremment
avec l’Académie royale de danse, soit des lettres de maîtrise de joueur
d’instruments, soit des leçons de danse. Voici un curieux extrait du
factum pour Guillaume du Manoir: «De tous temps, la plupart des maîtres
à danser ont eu et ont encor un violon pour enseigne, non pas pour
désigner qu’ils montrent à jouer de cet instrument, mais pour marquer
qu’ils montrent la danse et la liaison qu’il y a entre la danse et le
violon; et, de fait, au-dessous du violon qui leur sert d’enseigne on
écrit toujours ces mots: _Céans on montre à danser_, et, de plus encor,
lorsqu’on veut exprimer qu’un écolier va apprendre cet exercice ou celui
de l’épée, on dit vulgairement qu’il va à la salle[139].»
Cette citation nous permettra de supposer l’existence d’une autre
enseigne pour les académies où l’on apprenait l’escrime. Leur enseigne
avait été une épée tenue par une main gantée, et cette enseigne était
placée sans doute au-dessus de la porte de toutes les maisons où il y
avait une salle d’armes pour l’exercice de l’épée. Nous avions remarqué,
en effet, dans les notes de Berty sur la topographie des quartiers du
Louvre et du bourg Saint-Germain, plusieurs _maisons de l’Épée_, et même
une _maison de l’Épée rompue_. Il en devait être de même des enseignes
de tous les maîtres joueurs d’instruments, qui avaient une salle de
musique: les joueurs de luth exposaient pour enseigne un luth; les
joueurs de cor de chasse, un cor; les joueurs de hautbois, un hautbois,
etc. D’après ce système, une académie pour l’équitation prenait pour
enseigne un cheval ou une tête de cheval, sinon une selle, un mors, une
bride. Quant aux académies des jeux, comme elles avaient été défendues,
la plupart n’avaient garde de se trahir par quelque autre signe
extérieur qu’une simple lanterne, qui devait être indispensable en un
temps où les rues de Paris n’étaient pas éclairées.
Si l’Académie royale de danse, dont nous venons de parler plus haut,
avait au moins un violon pour enseigne, on peut supposer que l’Académie
royale de musique se donna aussi le luxe d’une enseigne et y mit en
montre tous les instruments de son orchestre, lorsque cette académie,
créée par Lully en vertu des lettres patentes que le roi lui avait
accordées au mois de mai 1672, s’établit d’abord dans une salle
provisoire, qui n’était qu’un jeu de paume, «près Luxembourg, vis-à-vis
Bel-Air», suivant l’adresse que nous fournit l’opéra des _Fêtes de
l’Amour et de Bacchus_, représenté et imprimé en 1672. Lully avait
attribué certainement une enseigne à son théâtre, puisqu’il en avait
appliqué une à sa maison, qu’il bâtissait simultanément au coin de la
rue Sainte-Anne et de la rue Neuve-des-Petits-Champs. Cette vieille
maison existe encore, avec sa décoration que nous avons appelée une
_enseigne lyrique_: «Au-dessus de la haute fenêtre qui occupe le milieu
de la principale façade, disons-nous dans un de nos ouvrages[140], se
voient comme sculptés dans la pierre plusieurs des attributs qui
rappellent le premier propriétaire. Ce sont des instruments de musique,
une timbale, des trompettes, une guitare, etc. Des masques de théâtre
servent de clefs de voûte aux cintres du rez-de-chaussée et sont une
allusion à l’origine de la fortune de celui qui fit bâtir cette
demeure.»
[Illustration]
L’enseigne d’un théâtre était aussi un éclairage de lanternes, mais ces
lanternes portaient peut-être une inscription qui devenait lumineuse le
soir des représentations. Le Duchat avait dit, dans une note de la
préface de son édition des œuvres de Rabelais, commentées par lui
(1711), que le nom du Théâtre ou _Jeu des Pois pilés_ venait d’une
enseigne: «Espèces de farces morales connues sous le nom de _Poids
pilés_, et appelées de la sorte parce qu’à la maison où on les
représentoit, à Paris, pendoit pour enseigne une pile de poids à peser.»
(Voir _Fœneste_, liv. III, chap. X.) Mais Le Duchat s’est démenti
lui-même dans une note sur ce passage des _Aventures du baron de
Fœneste_, par Agrippa d’Aubigné, où il représente les pois pilés comme
une purée de pois, à laquelle on faisait allusion avec dédain en
parlant des premières et grossières farces du théâtre français. Nous ne
sommes pas éloigné de croire que Le Duchat avait raison dans sa première
interprétation du nom de ce théâtre des Poids pilés, qui avait son siège
aux Halles et probablement dans une grande maison, une espèce de halle
fermée où était le Poids du Roi. Cette halle ou maison était située dans
la rue de la Buffeterie ou des Lombards. Il suffira de citer un seul
document contemporain de l’époque où le _jeu des pois pilés_ fut établi
dans le quartier des Halles par la joyeuse bande des _Enfans sans
souci_: «Lettre de l’an 1471, du quatorzième octobre, par laquelle
Marguerite de la Roche-Guyot vend au Chapitre le Poids le Roi, avec le
lieu où il se tient en la rue de la Buffeterie, _alias_ des Lombards,
avec le Poids de la Cire, deux mille sept cens soixante-quatorze livres,
12 sous[141].»
On peut donc dire avec certitude que l’enseigne du _Poids du Roi_ était
une pyramide de poids empilés, par ordre de grosseur, en commençant par
les plus gros et en finissant par les plus petits. Il y avait d’ailleurs
plusieurs maisons du même genre pour le pesage des marchandises. Berty,
dans sa _Topographie du vieux Paris_, cite une maison des Balances, en
1372, dans la rue du Coq. La rue des Billettes avait aussi pris son nom
de l’enseigne des billes, ou du billot, qu’on pendait à la maison où se
payait quelque péage au profit du roi ou de la ville[142].