Il y avait, dans le vieux Paris, beaucoup de maisons d’encoignure,

construites entre deux rues et s’avançant à angle droit sur une petite

place ou un carrefour. L’encoignure de ces maisons, généralement bâties

en bois, était formée par une grosse pièce de charpente, simplement

équarrie ou sculptée avec plus ou moins de soin, laquelle s’élevait

toujours jusqu’au premier étage et quelquefois montait jusqu’à la

toiture. Cette pièce de bois s’appelait _cornier_ ou _poteau cornier_.

On comprend que ce poteau, faisant face à une place sur laquelle

débouchaient plusieurs rues, était l’endroit le plus favorable pour

l’exhibition d’une enseigne, que cette enseigne fût celle d’une maison

ou bien celle d’une boutique. Cette enseigne était de différente

espèce, selon la fantaisie du propriétaire ou du marchand. Tantôt on y

posait une _image_ ou statue de saint, sur un piédestal pendentif ou

dans une niche; tantôt on n’y mettait qu’un buste en pierre, ou en bois,

ou en plâtre, doré ou colorié de couleurs éclatantes; tantôt on y

appendait, à l’extrémité d’une potence en fer, une enseigne ordinaire

représentant les armes parlantes d’un commerce ou caractérisant le nom

de la maison du coin. On sait combien ces maisons d’encoignure furent

recherchées par certaines industries qui s’adressaient directement au

bas peuple et aux passants. On peut assurer que l’enseigne en rébus: _Au

bon Coing_, fut une de celles qui répondaient le mieux à la position

avantageuse d’un cabaret ou d’une rôtisserie, occupant une maison

d’encoignure. C’est ce genre d’enseigne qui est indiqué dans un des

articles de l’édit de 1693, relatif aux enseignes de Paris: les bustes,

_aux maisons en encoignure_, indiquant la profession, ne payaient qu’un

seul droit de 4 livres. Quant aux maisons d’encoignure où il y avait des

images de saint dans des niches, si ces images, devant lesquelles on

allumait, la nuit, une lampe ou une lanterne, n’existent plus, leurs

niches sont restées vides, en grand nombre, dans les vieux quartiers.

Mais nous ne voyons pas que les ordonnances de police aient distingué

nominativement les poteaux corniers, qui étaient de véritables enseignes

de maison, enjolivées de sculptures et présentant quelquefois des sujets

pieux ou allégoriques qui se déroulaient sur toute la hauteur du poteau

ou du pilier. Ils étaient cependant fort nombreux, et, dans notre

jeunesse, nous nous rappelons en avoir vu couverts de figures en ronde

bosse peintes ou dorées; malheureusement il n’en subsiste plus, à notre

connaissance, qu’un seul dans la rue Saint-Denis, dont nous allons

parler tout à l’heure. Il y en avait un, plus curieux que tous les

autres, et le plus remarquable par son exécution, comme par le sujet

qu’il représentait: c’était celui de la maison des _Singes_; mais la

destruction de ce rare et précieux monument remonte à la fin de l’année

1801.

La _Décade philosophique_, dans sa livraison du 10 nivôse an X (31

décembre 1801), publiait la note suivante, dont nous ne citons qu’une

partie:

«On travaille, à Paris, dans la rue Saint-Honoré, à la démolition d’une

ancienne maison, dont on fait remonter la date au XIIᵉ siècle. Elle est

construite en bois, à la manière du temps, et a servi plus d’une fois de

modèle à nos peintres, lorsqu’ils avaient à traiter des sujets puisés

dans l’histoire de France des temps reculés. Le citoyen Vincent l’a

représentée dans son beau tableau du président Molé.

»Cette maison a été quelquefois décrite, mais on n’a point fait assez

d’attention à un _poteau cornier_, tout couvert de sculptures, qui forme

l’angle de l’édifice. Cependant le sujet qui y est représenté est très

curieux. Le lecteur nous saura gré sans doute d’entrer dans quelques

détails sur ce poteau que l’on peut regarder comme un _monument_.

»La masse du poteau a la forme d’un grand arbre, duquel s’élèvent des

branches garnies de fruits. On voit plusieurs singes qui cherchent à

l’envi à grimper autour, pour atteindre les fruits. Mais un vieux singe,

tranquille et tapi au bas de l’arbre, présente d’une main un des fruits

que les jeunes ont fait tomber par les secousses qu’ils ont données à

l’arbre.

»En parcourant les Fables de La Motte, on en trouve une sur le

gouvernement électif, dont la vue du poteau semble lui avoir suggéré

l’idée; nous n’en citerons que les derniers vers:

On dit que le vieux singe, affaibli par son âge,

Au pied de l’arbre se campa;

Qu’il prédit, en animal sage,

Que le fruit ébranlé tomberait du branchage,

Et dans sa chute il l’attrapa.

Le peuple à son bon sens décerna la puissance:

L’on n’est roi que par la prudence.

»On voit que c’est absolument la même allégorie que celle représentée

sur le _poteau cornier_. L’architecture de nos pères était sans doute de

bien mauvais goût, si nous la comparons à l’architecture actuelle, mais

convenons pourtant qu’elle parlait à l’imagination.

»Nous apprenons, à l’instant même, que le gouvernement a donné l’ordre

de déposer le _poteau cornier_ au musée des Monuments français.»

Plaignons les vandales révolutionnaires qui ne savaient pas ce qu’ils

faisaient. Ils détruisaient là non seulement un monument unique des

anciennes enseignes de Paris, mais encore la maison où Molière était né,

le 15 janvier 1622.

On connaissait mal en 1801 la maison natale de Molière, qu’on était allé

chercher rue de la Tonnellerie, parce que Jean Poquelin, le père de

notre grand comique, habitait une maison, qu’il avait achetée seulement

en 1633, sous les Piliers des Halles, devant le Pilori, maison qui

portait alors pour enseigne l’_Image de Saint Christophe_. C’est à

Beffara que l’on doit la découverte de la véritable maison dans laquelle

naquit Molière. «Cette maison, dit Eudore Soulié[77], était connue sous

le nom de _maison des Cinges_, à cause d’une très ancienne sculpture qui

la décorait, et elle se trouvait à l’angle des rues Saint-Honoré et des

Vieilles-Étuves.» L’extrait d’un manuscrit de la Bibliothèque nationale

contenant les noms des propriétaires et locataires des maisons de la rue

Saint-Honoré, est venu prouver que Jean Poquelin, malgré l’acquisition

de la maison à l’enseigne de _Saint-Christophe_ sous les Piliers des

Halles, n’avait pas quitté la _maison des Singes_, qu’il occupait

antérieurement à la naissance de J.-B. Molière, en 1622. C’était là

certainement que se trouvait sa boutique de tapissier. Voici l’extrait

relatif à cette maison natale de notre illustre parisien: «Année 1637.

Maison où pend pour enseigne le _Pavillon des Singes_, appartenant à M.

Moreau et occupée par le sieur Jean Pocquelin, maistre tapissier, et un

autre locataire; consistant en un corps d’hôtel, boutique et cour,

faisant le coin de la rue des Étuvées (Vieilles-Étuves): taxée huit

livres.[78]» On ne nous dit pas si la taxe avait pour objet l’enseigne

pendante du _Pavillon des Singes_, que Jean Poquelin y fit sans doute

ajouter, parce que le poteau cornier de la maison ne lui paraissait pas

suffire pour annoncer sa boutique de tapissier. On peut croire que cette

maison si curieuse, qui datait du XIIᵉ ou du XIIIᵉ siècle, était

représentée, avec son poteau cornier, dans l’enseigne peinte du

_Pavillon des Singes_.

Le poteau cornier de la maison natale de Molière fut donc transporté

dans les magasins du musée des Monuments français, mais on ne trouva pas

sans doute le moyen de l’utiliser dans l’organisation définitive du

musée. On avait bien eu l’idée de reconstruire cette maison, comme un

intéressant spécimen de l’architecture en pans de bois du moyen âge;

mais les entrepreneurs ou les charpentiers qui travaillaient pour le

musée employèrent ce vieux bois sculpté, dans leurs constructions, comme

bois de charpente. «Il se perdit là où on avait voulu qu’il se

conservât, avons-nous déjà dit dans un de nos ouvrages[79]. Lorsqu’au

mois de janvier 1828, Beffara voulut le voir et le faire dessiner, on

lui répondit qu’il avait été détruit et employé dans les bâtiments[80].»

On trouvera, à la page 27 du tome III du _Musée des Monuments français_,

par Alexandre Lenoir, une gravure au trait de ce poteau cornier,

dessinée par Bureau et gravée par Guyot. Une autre gravure, à

l’eau-forte, par Chauvel, a été publiée dans le _Moliériste_ (juillet

1879), avec un intéressant article de M. Romain Boulenger.

Nous avions remarqué autrefois, avons-nous dit il n’y a qu’un instant,

dans des maisons d’encoignure, un certain nombre de poteaux corniers

qui représentaient des sujets allégoriques ou religieux, entre autres la

généalogie de la famille du roi David, commençant à son père Isaïe et

finissant à son dernier descendant Jésus-Christ. On appelait ces poteaux

des _arbres de Jessé_, mais ils ont tous été détruits, croyons-nous,

avec les diverses maisons dont ils formaient l’enseigne, à l’exception

d’un seul, cité par Viollet-le-Duc dans son _Dictionnaire raisonné de

l’Architecture française_, situé au coin d’une maison qui faisait

l’angle de la rue Saint-Denis et de celle des Prêcheurs: «Ces poteaux

corniers sont souvent façonnés avec soin, ornés de sculptures, de

profils, de statuettes, choisis dans les brins les plus beaux et les

plus sains. On voit encore des poteaux corniers, bien travaillés, dans

certaines maisons de Rouen, de Chartres, de Beauvais, de Sens, de Reims,

d’Angers, d’Orléans. On en voit encore un, représentant l’_Arbre de

Jessé_, à l’angle d’une maison de la rue Saint-Denis, à Paris, datant du

commencement du XVIᵉ siècle[81].» Cet arbre de Jessé, de grande

dimension, monte jusqu’au faîte de la maison.

[Illustration]

VII

ENSEIGNES DES CORPORATIONS, DES CONFRÉRIES ET DES MÉTIERS

Les corporations de métier remontaient à la plus haute antiquité,

puisque les artisans et les marchands de l’ancienne France étaient

groupés par associations distinctes, ayant leurs statuts et leur

organisation spéciale, avec des insignes et des costumes particuliers.

Le même état de choses a dû exister, dès les premiers temps de l’ancien

Paris, lorsque Lutèce, après la conquête des Gaules par Jules César,

devint une ville gallo-romaine; mais les renseignements historiques font

défaut à ce sujet, jusqu’au XIIᵉ ou XIIIᵉ siècle, là où apparaissent de

rares et incertains documents sur l’histoire des enseignes. Si, comme

nous le supposons, les enseignes, au XIIᵉ siècle, n’étaient que les

_insignes_ des métiers, ces insignes ou enseignes devaient être

distribués, comme des armes parlantes ou des indications figurées, entre

les différentes rues consacrées aux métiers et qui en portaient les

noms. Mais déjà, à cette époque reculée, telle rue, qui conservait un

nom de métier et, par conséquent, de corporation, avait laissé

s’échapper et se transporter ailleurs la plupart des artisans ou des

marchands, qui, ne pouvant plus trouver assez de place pour leur

commerce ou leur industrie dans la rue où avait été originairement

concentré ce commerce ou cette industrie, s’étaient répandus, de proche

en proche, dans les rues voisines et dans tous les quartiers de la

ville. Ainsi, nous ne doutons pas que primitivement la rue affectée à un

métier et qui lui devait une dénomination usuelle n’ait eu, à chacune de

ses extrémités, une enseigne unique caractérisant le métier, lequel y

avait pris naissance, et qui l’avait, pour ainsi dire, baptisée.

Mais ces rues, dans lesquelles chaque métier avait été centralisé dès

l’origine[82], n’étaient déjà plus, à la fin du XIIIᵉ siècle, réservées

exclusivement aux métiers dont elles gardaient le nom. Nous en trouvons

la preuve incontestable dans la Taille de 1292: la rue de la _Saunerie_

n’avait plus qu’un saunier, sur onze sauniers qui demeuraient alors à

Paris; la rue de la _Charronnerie_, trois charrons sur dix-huit; la rue

de la _Ferronnerie_, deux ferrons sur onze; la rue de la _Savonnerie_,

trois savonniers sur huit; la rue des _Plâtriers_, un plâtrier sur

trente-six; la rue de la _Poulaillerie_, onze poulaillers sur

trente-six; la rue de la _Pelleterie_, quatre pelletiers sur deux cent

quatorze; la rue de la _Sellerie_, vingt-cinq selliers sur cinquante et

un; la rue de la _Petite-Bouclerie_, quinze boucliers, ou fabricants de

boucles, sur cinquante et un; la rue de la _Barillerie_, un barillier

sur soixante et dix; la rue de la _Buffeterie_, pas un seul buffetier ou

marchand de vin sur cinquante-six; la rue des _Écrivains_, un écrivain

sur vingt-quatre, etc. Ce tableau comparatif prouve d’une manière

incontestable que les métiers avaient abandonné leur centre natif et

s’étaient dispersés dans Paris, ce qui semblerait indiquer la nécessité

des enseignes individuelles pour les gens de métier qui s’éloignaient du

quartier général de leur commerce. Cependant, à cette époque, les

enseignes des maisons et des boutiques étaient à peine employées. Le

savant M. Franklin n’en parle même pas, en décrivant les rues de Paris

au XIIIᵉ siècle: «Les marchands, dit-il, se retrouvaient, au seuil de

leurs sombres boutiques, guettant les passants et s’efforçant, par mille

moyens, d’attirer leur attention; aussi les règlements de police leur

interdisaient-ils d’appeler l’acheteur avant qu’il eût quitté la

boutique voisine. Les marchandises étaient étalées devant la fenêtre,

sur une tablette faisant saillie au dehors; un auvent de bois, accroché

en l’air, protégeait les chalands contre la pluie.» Guillot de Paris, en

effet, ne fait aucune allusion aux enseignes, dans son _Dit des Rues de

Paris_, composé et rimé en 1300[83].

Il est bien certain, toutefois, que les corporations, les communautés et

les confréries de métier existaient alors, avec leurs bannières, qui

n’étaient, à vrai dire, que des enseignes portatives, puisque chacune

représentait les armoiries ou le patron, le saint protecteur de la

corporation, de la communauté ou de la confrérie. La corporation

comprenait l’ensemble de tous les artisans d’un même métier, maîtres,

compagnons et apprentis; la communauté n’était qu’un groupement

charitable et religieux d’une partie de ces artisans, en vue d’un

travail localisé ou d’une œuvre collective; la confrérie était

l’association fraternelle de tous les membres de la corporation,

vis-à-vis de l’Église et de la société civile. L’enseigne, qui n’était

encore que l’_insigne_ public des trois fractions d’un même corps de

marchands, avait passé, de la bannière que l’on portait, dans toutes les

cérémonies publiques, en tête de la corporation ou de la confrérie, aux

écussons des flambeaux, qui ne servaient que pour les enterrements des

associés; le même _insigne_ reparaissait sur les médailles à l’effigie

du saint patron, sur les jetons de présence aux assemblées de la

confrérie et sur les _enseignes_ de pèlerinage, qui s’attachaient au

chapeau ou à la coiffure de chaque confrère. Ce fut là l’enseigne

patronale, que les maîtres de la corporation faisaient placer en

sculpture ou accrocher en peinture à la porte de leurs maisons. Ce

furent là, en dehors des nombreux insignes de saints indiquant

l’invocation d’un patronage particulier, les maisons qu’on distinguait

sous le nom de _maisons de l’enseigne_ de tel saint ou de telle sainte.

On ne les trouve ainsi indiquées qu’à partir du XIVᵉ siècle, où elles ne

cessèrent plus de se multiplier jusqu’en 1600.

Voici maintenant quelles étaient les principales corporations et

confréries qui avaient des maisons à enseigne[84]: Saint Yves: les

avocats et les procureurs.--Saint Antoine: les vanniers, les bouchers,

les charcutiers et les faïenciers.--Saint Michel: les boulangers et les

pâtissiers.--Saint Éloi: les orfèvres, les bourreliers, les carrossiers,

les ferblantiers, les forgerons et les maréchaux ferrants.--Saint

Laurent: les cabaretiers et les cuisiniers.--Sainte Barbe: les

artilleurs et les salpêtriers.--Saint Simon et Saint Jude: les

corroyeurs et les tanneurs.--Saint Joseph: les charpentiers.--Sainte

Catherine: les charrons.--Saint Cosme et Saint Damien: les

chirurgiens.--Saint Crépin et Saint Crépinien: les cordonniers et les

bottiers.--Saint Jacques: les chapeliers.--Saint Blaise: les

drapiers.--Saint Gilles: les éperonniers.--Saint Maurice: les fripiers

et les teinturiers.--Saint Clair: les lanterniers et les

verriers.--Saint Louis: les maquignons et les barbiers.--Saint Nicolas:

les mariniers, les épiciers.--Sainte Anne: les menuisiers, les tourneurs

et les peigniers.--Saint Martin: les meuniers.--Sainte Cécile: les

musiciens.--Saint Roch: les paveurs.--Saint Pierre: les

serruriers.--Sainte Marie-Madeleine: les tonneliers.--Saint Vincent: les

vinaigriers.

Quelques métiers avaient mis leurs confréries sous les auspices de

certaines grandes fêtes de l’Église. Par exemple: les tailleurs

célébraient leur fête patronale à la Trinité et à la Nativité de la

Vierge; les chandeliers et les épiciers, à la Purification; les

couvreurs, à l’Ascension; les rôtisseurs, à l’Assomption, etc.

On s’explique ainsi combien il y avait de maisons à l’image de

Notre-Dame. Nous n’en ferons pas le relevé, dans la _Topographie

générale du vieux Paris_, par Adolphe Berty, mais nous croyons

intéressant de rechercher, dans les trois premiers volumes de ce grand

ouvrage, la plupart des maisons qui eurent des images de saint et de

sainte pour enseignes, avec les dates que l’auteur avait soigneusement

recueillies dans les Archives de la ville de Paris[85]. On remarquera

que, sauf quelques exceptions, ces maisons à image sont du XVᵉ et du

XVIᵉ siècle. Nous commençons par dépouiller les deux articles de Berty

sur _Trois Ilots de la Cité_[86].

CITÉ. RUE DE LA JUIVERIE. Saint Pierre, 1455.--Saint Michel,

1600.--Sainte Catherine, 1503.--Saint Julien, 1575.--Saint Nicolas,

1519.--Saint Jacques, 1415.--Saint Pierre, 1430.--Saint Christophe,

1528.--Sainte Marguerite, 1502.

RUE AUX FÈVES. Saint Antoine, 1574.--Saint Jean-Baptiste, XVᵉ siècle.

RUE DE LA CALANDRE. Images Saint Marcel et Sainte Geneviève,

1507.--Saint Christophe, 1385.--Saint Nicolas, 1450.

RUE DE LA LICORNE. Image Notre-Dame, 1525.

RUE DE LA LANTERNE. Image Sainte Barbe, 1534.--Saint Yves, 1513.

QUARTIER DU LOUVRE. RUE CHAMPFLORY. Image du Saint-Esprit, 1489.--Saint

Nicolas, 1489.--Notre-Dame, 1575.--Saint Eustache, 1530.--Saint Julien,

1624.

RUE DU CHANTRE. Image Sainte Anne, 1687.--Saint Claude, 1687.--Sainte

Barbe, 1515.--Sainte Geneviève, 1603.

RUE DU COQ. Image Saint Martin, 1440.--Saint François,

1687.--Notre-Dame, 1687.--Saint Jacques, 1687.

RUE FROMENTEAU. Image Saint Hugues, 1582.--Notre-Dame,

1427.--Saint-Béal, 1550.--Notre-Dame, 1567.--Saint Louis, 1491.--Saint

Simon et Saint Jude, 1550.--Saint Jacques, 1700.--Saint Nicolas,

1477.--Saint Jacques, 1406.

RUE SAINT-HONORÉ. Image Saint Jean-Baptiste, 1489.--Saint Claude,

1637.--Saint Martin, 1378.--Saint Jacques, 1508.--Saint Jean,

1408.--Notre-Dame, 1489.--Sainte Barbe, 1530.--Saint Michel, 1439.

RUE SAINT-JEAN-SAINT-DENIS. Image Saint Jean, 1700.--Sainte Geneviève,

1623.--Saint Louis, 1603.--Saint Claude, 1603.--Saint François, 1700.

RUE SAINT-THOMAS-DU-LOUVRE. Image Saint Jacques, 1450.--Sainte Anne,

1575.

QUARTIER DU BOURG SAINT-GERMAIN. RUE DES BOUCHERIES. Image Saint

Jacques, 1467.--Saint Michel, 1420.--Sainte Catherine, 1429.--Saint

Jacques, 1319.--Saint Jean, 1509.--Saint Pierre, 1411.--Sainte

Marguerite, 1595.--Saint François, 1522.--Saint Martin, 1523.--Saint

Antoine, 1523.--Sainte Geneviève, 1435.--Saint Nicolas, 1475.

RUE DE BUSSY. Image Saint Claude, 1535.

RUE DES CANETTES. Image Notre-Dame, 1446.

Ces images de Notre-Dame, de saints et de saintes étaient, pour la

plupart, les enseignes des maisons appartenant à des membres de

corporation et de confrérie, ou louées et habitées par eux. Les

confréries furent supprimées et abolies, à plusieurs reprises, pendant

le XVIᵉ siècle, mais on les rétablit sur de nouvelles bases, et elles

continuèrent à subsister en conservant toujours les mêmes patrons, qui

n’avaient pas quitté leurs enseignes. Les corporations furent changées

en jurandes, sous le règne de Louis XVI, pour donner satisfaction aux

économistes du XVIIIᵉ siècle; mais ces réformateurs impitoyables

dédaignèrent de faire la guerre aux saints et aux saintes, qui avaient

été, durant plus de quatre siècles, les gardiens respectés des métiers

et de la marchandise. Les enseignes qui rappelaient ces saints patrons

ne disparurent que pendant la Révolution, ce qui ne les empêcha pas de

reparaître plus tard dans toute leur gloire sur les enseignes. Mais c’en

était fait des corporations, des communautés et des confréries, qui

n’avaient pas laissé d’autres traces que ces enseignes commémoratives,

que les artisans et les marchands eux-mêmes ne comprenaient plus.

Les confréries marchandes, dont l’histoire est encore à faire, car le

rarissime _Calendrier des Confréries de Paris_, par J.-B. Le Masson, ne

nous en offre qu’une nomenclature très abondante, ces confréries avaient

chacune des administrateurs, des officiers, des revenus, des rentes et

des propriétés. Elles avaient aussi, outre leurs bannières à l’image du

saint patron ou portant leurs armoiries, des enseignes grotesques ou

plaisantes, pour les maisons où elles tenaient leur siège et leur

bureau. La fameuse _Truie qui file_ était une de ces enseignes de

confréries. «Celle de la _Truie qui file_, qu’on voit à une maison du

marché aux Poirées, rebâtie depuis peu, dit Sauval[87], est plus

remarquable et plus fameuse par les folies que les garçons de boutique

des environs y font à la mi-carême, comme étant sans doute un reste du

paganisme.»

Mais Sauval ne nous dit pas quelles étaient ces folies[88]. L’enseigne

des _Sonneurs des Trépassés_ était aussi une enseigne de confrérie,

enseigne peu décente à une époque où l’on sonnait dans les rues la mort

des bourgeois de Paris. Cette enseigne en rébus représentait une pluie

de _sous neufs_ et brillants, tombant sur des poulets tués[89]. La

maison où pendait cette enseigne (Sauval ne nous dit pas où elle était

placée) servait sans doute aux joyeux repas de la confrérie. C’est aussi

dans les Comptes de la Prévôté de Paris, publiés à la suite de l’ouvrage

de Sauval, que nous trouvons quelques indications sur les confréries et

sur leurs maisons. La confrérie de la Madeleine, fondée en l’église

Saint-Eustache, touchait, en 1421, dix sols parisis de rente sur une

maison de la rue Montorgueil, qui avait appartenu à maître Jean de la

Croix.

Histoire des enseignes de Paris · 第 6 / 27 段