Quant au vin, il faut le chercher aux _Bouteilles_, devant le Palais, ou

au _Barillet_, devant Sainte-Opportune. Au banquet, les rois et les

reines boiront à la _Coupe d’Or_, de la Savonnerie, ou à la _Coupe

d’Argent_, du marché Palu, et les autres convives boiront au _Grand

Godet_, rue de la Lanterne, en la Cité; aux _Gobelets_, en Grève; au

_Voirre_ (verre), rue de Jouy. On cuira le pain, les tartes, pâtés et

flans, au _four Ganquelin_, rue de l’Arbre-Sec.

Venons-en aux apprêts du banquet. On trouvera le _Queux_ (cuisinier), au

bout de la rue aux Anglais; le _Chaudron_, devant l’Hôtel-Dieu et à la

Vieille-Monnaie; la _Poële_, au bout de la rue des Parcheminiers; le

_Pot de Cuivre_, devant le parvis Notre-Dame; le _Gril_, rue de la

Mortellerie, ou bien près de l’église Saint-Benoît, en la rue

Saint-Jacques; le _Jaunet_ (lard jaune), rue Saccalie; le _Lard taillé_,

au carrefour Guillory; le _Trépied_, au carrefour du Temple; le

_Soufflet_, à la bastille Saint-Denis, ou rue des Deux-Portes; le

_Mortier_, rue Saint-Josse, ou rue Aubry-le-Boucher, et le _Pestel_

(pilon), devant le Palais; le _Verjus_, à la _Treille_, rue de la

Calandre; l’eau, pour faire le potage, à la _Fontaine de Jouvence_, et

l’eau, pour laver la vaisselle, au _Puits_, lequel appartient à sœur

Colette, qui fait si bien les bonnes saucisses, rue d’Arsis.

Or, comme il importe de faire compte des pots de cuivre et d’étain, on

ira chercher les _Tableaux_ en la rue Saint-Merry. Quant à la vaisselle

d’étain, on prendra les _Plats_ rue Tirechappe; les _Quatre Ecuelles_,

en la rue des Prêcheurs; le _Pot d’étain_, à la porte aux Peintres, et à

l’enseigne des _Déchargeurs_, rue Geoffroi-le-Sueur.

A présent, les viandes pour les rois et les reines, comme pour le

commun. On prendra le _Lièvre_ devant l’église du Saint-Sépulcre; le

_Veau_, devant Saint-Merry; le _Taureau_, devant Saint-Bon; les _Deux

Moutons_, rue de l’Hirondelle, derrière le collège d’Autun; le _Chapon_,

devant Saint-Antoine; le _Coq_ et la _Géline_ (poule), rue des

Lavandières; les _Connins_ (lapins), rue de la Mortellerie, et rue de la

Juiverie; les _Coulons_ (pigeons), devant la _Tête-Noire_,

Grande-Rue-Saint-Martin. Et, pour faire les entremets, on prendra le

_Paon_ à la pointe Sainte-Eustache; les _Deux-Cygnes_, rue de la Harpe;

le _Faisan_, rue Tirechappe; les _Perdrix_, rue Hautefeuille, devant les

Cordeliers; les _Tourterelles_, en la rue du Four.

Tous ceux qui serviront les rois et les reines seront vêtus de draps,

qui se vendent aux _Poulies_, rue des Blancs-Manteaux, et ils

trancheront avec des _Couteaux_, qui sont devant Sainte-Croix en la

Cité. On mettra le relief du repas de noces aux _Trois Corbillons_, rue

de la Tannerie, pour distribuer ce relief aux _Quinze-Vingts_, rue

Maudetour.

On se pourvoira des meubles nécessaires pour la salle du banquet: la

_Table roulante_, rue de la Saunerie; les _Tréteaux_, en la

Grande-Rue-Saint-Jacques; la _Chaire_ (siège), au Petit-Pont; le linge,

au _Fardel_ (fardeau), rue Saint-Denis; le _Chandelier_, rue

Saint-André-des-Arts, afin d’y mettre les _Chandelles_ de la rue

Mauconseil.

Pour les convives qui ne mangent que du poisson, on aura les _Deux

Saumons_, de la porte Montmartre; le _Gournau_ (gournal, espèce de

rouget), de la rue de la Saunerie; le _Turbot_, de la rue

Saint-Julien-le-Pauvre; le _Barbeau_, de devant les Béguines, en la rue

Geoffroy-l’Anier; la _Raie_, de la rue Geoffroy-Langevin; la _Lamproie_,

sous les piliers des Halles, où l’on fabrique la cervoise (bière) pour

ceux qui ne boivent pas de vin.

Pour issue de table, on prendra le _Cerf_, en la rue Baillehoé, ou en la

rue de la Calandre; le _Sanglier_, devant l’église Saint-Julien, en la

rue Saint-Martin. Quant aux fruits, on les trouvera à la _Pomme_, devant

le Saint-Sépulcre; le _Poirier_, au bout de la rue du Temple; le

_Noyer_, aux Fossés-Saint-Germain; le _Figuier_, au bout de la rue des

Nonaindières, et le _Mûrier_, au Champ-Gaillard.

Précautions à prendre pour garder la fête: on aura _Ysoré_ et _Guillaume

au court nez_, en la place Maubert; puis, nous tiendrons l’_Huis de

fer_, de la rue de la Saunerie, et celui de la rue Aubry-le-Boucher. Les

champions seront armés de l’_Haubergeon_, de devant Saint-Michel, en la

Cité; des _Deux Heaumes_, de la porte Baudet, le petit et le grand; des

_Gantelets_, du carrefour Saint-Séverin, et du _Gantelet_, de la rue de

Georges-la-Mer, à la Barre-du-Bec; de l’_Épée_, de la rue Saint-Denis;

de l’_Écu de France_, de la rue Neuve-Notre-Dame, ou de celle de la

Vannerie, ou de celle de la porte de Paris; et, pour se mieux défendre,

n’ont-ils pas la _Massue_, de la rue Jean-Tison?

Il y aura quelques joyeux ébattements pendant le dîner, savoir: l’_Homme

sauvage_, de la rue aux Fèvres, ou celui de la Bûcherie, au Petit-Pont;

les _Trois Mores_, de la rue Saint-Martin, qui danseront et feront

danser l’_Ours_ et le _Lion_, de la rue Michel-le-Comte, ou ceux de

devant l’église Sainte-Marine, et les _Singes_, en la rue de

Vieille-Pelleterie; ils montreront la _Grimace_, de la rue Saint-Denis,

la _Truie qui file_, des Halles, et la _Truie qui vole_, de la rue des

Lombards.

Après le dîner, les convives pourront s’amuser à l’_Échiquier_, qui est

auprès de l’église de la Madeleine, et avec les _Dés_, en la rue

Thibaut-aux-Dés.

Et qui voudrait aller en chasse au gibier, pourrait avoir le _Grand

Cornet_, du chevet de l’église Saint-Jean; le _Cheval blanc_, de la rue

Neuve-Notre-Dame; le _Cheval rouge_, de la rue de la Verrerie; le

_Cheval noir_, de la rue Regnault-le-Fèvre; le _Cheval vert_, de la rue

Pierre-au-Lard. Il faudrait, en outre, la _Selle_, en la rue de la

Tabletterie, ou celle de la rue Saint-Denis; la _Heuse_ (botte), de la

porte Baudet, et celle de la rue Saint-Martin; les _Éperons_, de la rue

Saint-Denis; les _Brides_ et les _Freins_, de la rue Perrin-Gasselin.

Et, s’il pleut, ils auront contre la pluie la _Housse-Gilet_, de la

porte Saint-Denis, et celle de la rue de la Harpe; le _Chapeau rouge_,

de devant Saint-Jean-en-Grève, et les _Moufles_ (gants de chasse), du

pont Perrou, pour porter le _Faucon_, qui est devant le petit

Saint-Antoine, ou pour aller prendre les _Trois Canettes_, devant les

Moulins du Temple.

Que si les reines et les dames veulent s’ébattre à la promenade, elles

auront le _Chariot_, de la porte Saint-Honoré. Quand elles voudront se

promener par eau, elles auront la _Nef d’argent_, au bout de la rue des

Poulies, et celle de devant l’hôtel d’Anjou, pour voir pêcher à la

_Nasse_, en la rue de Darnetal, et pour prendre les _Trois Bequets_

(brochets), près l’église Saint-Magloire, et les _Trois Poissons_, de la

Savonnerie.

Quant aux gens du commun peuple, ils pourront aller voir le _Jeu de

Paume_, de Braque, au Poncelet, et celui de la rue Grenier-Saint-Ladre.

Ils viendront jouer aux _Billes_ et au _Billard_, en la rue

Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. Ils peuvent encore aller veiller aux

champs et souper à la _Pierre de Bailly_, devant le _Beau roi Philippe_.

Ils peuvent aussi aller se mettre au _Lit_, à l’abreuvoir Popin: c’est à

savoir qu’il faut chercher la coulte (couvre-pied) et le coussin

(oreiller), les draps et les couvre-chefs (bonnets), au _Fardeau_, déjà

nommé, et le lit sera couvert de la _Penne_ (édredon), d’auprès l’église

Saint-Séverin, et nos gens iront coucher, quand l’_Horloge_, devant

Sainte-Catherine, sonnera.

Aucune description ne donnerait une idée plus complète et plus

pittoresque des enseignes de Paris, si nombreuses et si variées en ce

temps-là. On a remarqué que les mêmes enseignes se trouvaient dans des

quartiers différents. On a pu constater aussi que la plupart des

enseignes de marchand étaient analogues à leur genre de commerce et à

leur profession. Mais, dans cet ingénieux _Mariage des quatre fils

Hémon_[58], il n’est fait mention que de cent cinquante enseignes[59],

entre lesquelles il n’en est que trois ou quatre plaisantes, comme la

_Nonnain qui ferre l’oie_, la _Truie qui file_, la _Truie qui vole_,

etc. Or, on doit estimer à plus de trois mille le nombre des enseignes,

qu’on voyait à Paris en ce temps-là, relatives à l’industrie, au

commerce et à la marchandise.

IV

NOMS DES RUES, PROVENANT DE LEURS ENSEIGNES

C’est le peuple, le bas peuple surtout, qui a baptisé les rues de Paris

au moyen âge, et leurs parrains sont restés tout à fait inconnus. Le

nom, une fois trouvé et donné, n’était pas toujours accepté par les

habitants de la rue, que la voix publique avait dénommée sans demander

leur avis. Il arrivait aussi que le premier passant venu changeait ce

nom de son autorité privée, si le nom n’était pas à son gré et ne lui

semblait pas convenir à la rue qui le portait. De là, les différents

noms attribués simultanément à la même rue, qu’il n’est pas toujours

aisé de reconnaître sous ces noms multiples qu’on rencontre dans des

actes authentiques de la même époque. Voilà pourquoi l’histoire des

anciennes rues et ruelles de la capitale est si difficile à éclaircir

complètement, aux XIVᵉ et XVᵉ siècles, comme aux XVIᵉ et XVIIᵉ. Les

rues, en effet, ne reçurent en quelque sorte leur état civil que vers

l’année 1728, lorsque René Hérault, lieutenant général de police,

s’occupa non seulement de créer le numérotage des maisons, mais encore

de fixer d’une manière définitive les noms des rues. C’est lui qui

commença, en cette année-là, à faire poser, à l’entrée et à la sortie de

chaque rue, des plaques de tôle sur lesquelles étaient inscrits les noms

que l’usage paraissait avoir consacrés. Ces noms avaient été peints en

gros caractères noirs sur des feuilles de fer-blanc découpées de la même

grandeur et clouées à l’angle des rues, sur la première et la dernière

maison de chaque rue ou ruelle. Quant aux numéros, ils étaient également

peints, au-dessus des portes des maisons, en couleur blanche sur fond de

couleur bleue ou rouge. On n’avait pas adopté, dès l’origine, la

division des numéros pairs et impairs; les numéros se suivaient d’un

bout à l’autre de la rue, revenant ensuite par l’autre côté, de façon

que le dernier se retrouvait en face du premier.

On ne tarda pas à s’apercevoir que l’emploi des plaques de tôle portant

le nom des rues était sujet à bien des accidents. Ici, les gens du

quartier, mécontents de ce qu’on avait donné la préférence à un nom qui

leur plaisait moins qu’un autre, arrachaient ces plaques ou les

mutilaient, en effaçant le nom qu’elles portaient. Là, le propriétaire

de la maison à laquelle on avait attaché, sans son consentement, une

plaque nominative, la faisait disparaître, sous prétexte de faire

réparer, ou gratter, ou badigeonner cette maison. Le lieutenant général

de police crut devoir intervenir, et publia une ordonnance, en date du

30 juillet 1729, défendant d’endommager les plaques qu’on avait apposées

aux deux extrémités de chaque rue, et enjoignant aux propriétaires des

maisons où ces plaques seraient attachées, de faire mettre, en leur lieu

et place, de grandes tables de pierre de liais, où seraient gravés en

creux les noms des rues, dans le cas où ces propriétaires auraient à

faire enlever lesdites plaques pour des travaux à exécuter aux façades

de leurs maisons, ou bien si ces plaques avaient été détériorées par

quelque cause que ce fût. Le continuateur de De La Mare constate, en

1738, que les propriétaires se prêtèrent volontiers à l’exécution de

cette sage ordonnance et prirent même l’initiative de poser des plaques

aux encoignures intermédiaires entre les deux extrémités de la rue[60].

Plusieurs de ces plaques sont aujourd’hui conservées au musée

Carnavalet. Il y a quarante ans, on voyait encore, au coin de bien des

rues de Paris, l’ancien nom gravé sur une pierre de liais encastrée dans

le mur de la première maison de ces rues-là, car, depuis que la rue

avait eu son nom inscrit sur la pierre, avec approbation du lieutenant

de police, personne n’avait plus songé à changer ce nom officiel, si

bizarre, si étrange, si incompréhensible qu’il pût être. Ces noms de rue

séculaires se trouvaient ainsi placés sous la sauvegarde de la

tradition.

Combien d’anciennes rues devaient leurs noms à des enseignes qui, la

plupart, n’existaient plus depuis longtemps, mais dont quelques-unes

étaient encore à la même place depuis deux ou trois siècles! Il n’est

peut-être pas sans intérêt de rechercher aujourd’hui ces noms de rue,

qui sont comme des épitaphes sur des tombeaux. Beaucoup de rues n’ont

pas même laissé de trace, et c’est à peine si l’on parvient à préciser

l’endroit qu’elles occupaient; mais il suffira de rappeler ici leurs

noms, en rapprochant ces noms des enseignes qu’ils représentent et qui

ont été quelquefois la cause de leur renommée populaire. Dans cette

rapide nomenclature on verra que les enseignes et les rues qu’elles ont

nommées vivent un peu plus longtemps que les simples mortels; en

revanche, les unes et les autres sont oubliées encore plus vite que les

hommes qui ont eu des enfants et des amis. On peut dire d’une enseigne

fameuse et d’une rue plus ou moins fréquentée, qu’on supprime tout à

coup, selon le bon plaisir du service de la voirie: _Sic transit gloria

mundi_. Voici donc, par ordre alphabétique, quelles étaient et quelles

sont encore les rues qui ont dû leurs noms à des enseignes[61]:

* _Rue des Deux-Anges_, quartier Saint-Germain-des-Prés. Deux images

d’anges, placées aux extrémités de cette rue, lui avaient donné ce nom.

* _Rue de l’Arbalète_, quartier Saint-Benoît. Elle a pris son nom d’une

enseigne de l’_Arbalestre_, qui était au coin de cette rue, nommée, au

XIVᵉ siècle, rue des Sept-Voies, antérieurement à l’enseigne.

* _Rue de l’Arbre-Sec_, quartier du Louvre. Ce nom, que la rue portait

déjà au XVᵉ siècle, lui venait d’une enseigne de maison, qu’on y voyait

encore du temps de Sauval, près de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois.

_Rue de l’Arche-Dorée_, quartier Saint-Paul, ancien nom de la rue de

l’Étoile: selon Jaillot, elle devait son nom à une enseigne de

l’_Arche_, qui pendait à une maison appartenant à un sieur Dorée.

_Rue Aumaire_, quartier Saint-Martin-des-Champs. Cette rue se

prolongeait jadis au-delà de la rue Frépillon et prenait, à cet endroit,

le nom de _rue de Rome_, à cause de l’enseigne d’une maison.

_Rue du Pont-aux-Biches_, quartier Saint-Martin. Ce nom lui venait d’un

petit pont ou ponceau, construit sur un égout, et d’une enseigne des

_Biches_.

_Rue du Bout-du-Monde_, quartier Saint-Eustache. Ainsi nommée d’une

enseigne en rébus, où l’on avait représenté un _bouc_, un _duc_, sorte

d’oiseau, et un globe terrestre figurant le _monde_.

_Rue de la Calandre_, quartier de la Cité. «Le plus grand nombre des

auteurs, disent Hurtaut et Magny, conviennent qu’elle a pris son nom

d’une enseigne, mais ils ne s’accordent point sur la représentation de

cette enseigne. Les uns disent que c’était un de ces insectes qui

rongent le froment et qu’on nomme aussi _charançon_; les autres, une

espèce de grive que les Parisiens appellent _calendre_; d’autres disent

que c’est une espèce d’alouette, nommée _calandre_; d’autres enfin, que

c’est une machine avec laquelle on tabise et on polit les draps, les

étoffes de soie, et Sauval dit que c’est là la véritable origine du nom

de cette rue.»

* _Rue des Canettes_, quartier du Luxembourg. Elle tire son nom de

l’enseigne des _Trois Canettes_.

* _Rue des Petits-Carreaux_, quartier Saint-Denis. Elle tire son nom

d’une enseigne qu’on y voyait encore à la fin du dernier siècle.

* _Rue du Cherche-Midi_, quartier de la Croix-Rouge. Selon Sauval,

c’était le nom d’une enseigne, où l’on avait peint un cadran et des gens

qui y cherchaient midi à quatorze heures. «Cette enseigne, ajoute-t-il,

a semblé si belle, qu’elle a été gravée, et mise à des almanachs tant de

fois, qu’on ne voyait autre chose. On en a fait un proverbe: _Il cherche

midi à quatorze heures_, _c’est un chercheur de midi à quatorze

heures_.» L’enseigne fut remplacée depuis par une enseigne sculptée en

pierre, qui subsiste encore.

* _Rue du Gros-Chenet_, quartier Montmartre. L’enseigne d’une maison,

située au coin de la petite rue Saint-Roch, lui avait donné son nom.

* _Rue Cloche-Perce_, quartier Saint-Antoine. Nom altéré de

_Cloche-percée_, que la rue portait autrefois à cause d’une enseigne

qu’on y voyait encore en 1636.

_Rue du Cœur-Volant_, quartier du Luxembourg. Elle devait son nom à une

enseigne peinte, qui représentait un cœur avec des ailes, dit le _Cœur

volant_.

_Rue du Coq_, quartier du Louvre. Cette rue a tiré son nom de la maison

du _Coq_, qui avait pour enseigne un coq en bas-relief, armes parlantes

de l’ancienne famille Le Coq.

_Rue des Coquilles_, quartier de la Grève. Elle fut ainsi nommée à cause

de l’hôtel des Coquilles, situé en cette rue et décoré, sur la façade,

de coquilles sculptées figurant l’enseigne de la maison; il existe

encore, à l’alignement de la rue de Rivoli.

_Rue de la Corne_, quartier du Luxembourg. Ainsi nommée de la corne de

cerf qui pendait pour enseigne d’une maison, au coin de la rue du Four.

* _Rue du Croissant_, quartier Montmartre. Une enseigne représentant la

lune dans son croissant lui avait fait donner ce nom.

_Rue de la Croix-Blanche_, quartier Sainte-Avoie. Nom d’une enseigne.

* _Rue du Cygne_, quartier des Halles. Nom d’une enseigne au XIIIᵉ

siècle.

_Rue des Cinq-Diamants_, quartier Saint-Jacques-de-la-Boucherie. Nom de

l’enseigne d’une maison de cette rue.

_Rue de l’Écharpe_, quartier Saint-Antoine. Nom d’une enseigne.

* _Rue des Deux-Écus_, quartier Saint-Eustache. Elle tire son nom de

l’enseigne d’une maison.

* _Rue de l’Épée-de-bois_, quartier de la place Maubert. Nom d’une

enseigne.

_Rue de l’Étoile_, quartier Saint-Paul. Elle doit son nom à l’enseigne

d’une vieille maison qu’on appelait le Château de l’Étoile.

_Rue de la Femme-sans-tête_, quartier de la Cité. Elle avait pris son

nom d’une enseigne satirique, qui représentait une femme sans tête,

tenant à la main un verre de vin, avec cette légende: _Tout en est bon_.

* _Rue des Quatre-Fils_, quartier du Temple. Ainsi nommée à cause de

l’enseigne des _Quatre Fils Aimon_, représentés, en costume de guerre,

sur le même cheval.

_Rue de la Fontaine_, quartier de la place Maubert. Ainsi nommée de

l’enseigne d’une maison.

_Rue des Fuseaux_, quartier Sainte-Opportune. Elle avait pris son nom de

l’enseigne d’une maison, représentant trois fuseaux.

* _Rue de la Harpe_, quartier Saint-André-des-Arts. On l’appelait déjà,

au XIIIᵉ siècle: _vicus Citharæ_. Son nom lui vient de cette enseigne,

qu’on voyait encore, il y a un siècle, à la seconde maison à droite,

au-dessus de la rue Mâcon.

* _Rue de l’Hirondelle_, quartier Saint-André-des-Arts. Ce nom lui vient

de l’enseigne d’une vieille maison qu’on appelait l’hôtel de l’Arondale.

* _Rue de la Huchette_, quartier Saint-André-des-Arts. Ce nom lui vient

de l’enseigne d’une maison au XIIIᵉ siècle.

_Rue de la Lanterne_, quartier de la Cité. Nom d’une enseigne, en 1397.

Cette enseigne, qui était celle d’une maison située au coin de la rue

des Marmousets, paraît avoir été mentionnée, en ces termes, dans la

_Taille_ de 1292: «Agnès, de la Lanterne, regrattière.»

* _Rue du Petit-Lion_, quartier du Luxembourg. Nom de l’enseigne du

_Petit Lion_.

_Rue des Trois-Maures_, quartier Saint-Jacques-de-la-Boucherie. Elle

doit son nom à l’enseigne d’une auberge, fameuse au XVIᵉ siècle.

_Rue du Petit-Moine_, quartier de la place Maubert. Elle tirait son nom

d’une enseigne.

_Rue du Noir_, quartier de la place Maubert. Cette rue devait son nom

populaire à l’enseigne du _More_ ou _Maure_.

* _Rue des Oiseaux_, quartier du Temple. Elle doit son nom à une

enseigne.

* _Rue du Paon_, quartier Saint-André-des-Arts. Nom d’une enseigne. Il y

avait dans le quartier de la place Maubert une autre rue du Paon,

nommée aussi par une enseigne.

* _Rue de la Perle_, quartier du Temple. Elle devait son nom à

l’enseigne d’un jeu de paume.

* _Rue du Plat-d’étain_, quartier Sainte-Opportune. Elle a pris son nom

de l’enseigne d’un hôtel qu’on y voyait encore au XVIᵉ siècle.

_Rue du Poirier_, quartier Saint-Martin-des-Champs. Nom d’une enseigne.

* _Rue des Prêcheurs_, quartier des Halles. Ce nom lui a été donné, au

XIVᵉ siècle, à cause de l’enseigne d’une maison qu’on appelait l’hôtel

du Prêcheur.

_Rue de Rats_, quartier de la place Maubert. Nommée ainsi, dès le XIIIᵉ

siècle, à cause d’une enseigne.

_Rue du Roi-Doré_, quartier du Temple. Ce nom lui vient d’un buste du

roi Louis XIII, qu’on avait placé à l’entrée de cette rue et que le

peuple appelait le _roi doré_, parce que ce buste était doré.

* _Rue du Sabot_, quartier Saint-Germain. Nom d’une enseigne. Cette rue

s’était d’abord appelée rue de l’Hermitage, qui fut également le nom

d’une enseigne.

_Rue de Venise_, quartier de la Cité. Nommée ainsi à cause d’une

enseigne _à la Ville de Venise_.

* _Rue des Quatre-Vents_, quartier du Luxembourg. Nom d’une enseigne.

Ce n’étaient pas là les seules rues qui tirassent leurs noms des

enseignes de maison ou de boutique, et l’on pourrait en citer un certain

nombre d’autres qui sont évidemment nommées par les enseignes, quoique

la tradition se taise à leur égard. Il était aussi tout naturel que le

nom de la rue, emprunté à une enseigne, ne survécût pas à cette

enseigne quand celle-ci avait disparu. Voici encore quelques rues

signalées par J. de La Tynna comme ayant des noms qui provenaient

également des enseignes[62].

Le pont aux Meuniers, qui traversait le grand bras de la Seine à côté du

pont au Change, fut reconstruit à la fin du XVIᵉ siècle par un

entrepreneur nommé Marchand, qui lui donna son nom; mais le peuple, qui

baptisait volontiers les rues de Paris, changea le nom de ce nouveau

pont et le nomma le _pont aux Oiseaux_, parce qu’on avait peint, sur la

façade de chacune des maisons élevées de chaque côté dudit pont, un

oiseau différent pour servir d’enseigne.

La rue du Chaudron, dans le faubourg Saint-Martin, devait son nom à une

enseigne qui existait encore en 1816.

* La rue de la Clef, dans le quartier Saint-Médard, avait pris ce nom

d’une enseigne de maison à la fin du XVIᵉ siècle.

Le passage de la Croix-Blanche, dans la rue Saint-Denis, était ainsi

nommé à cause d’une enseigne.

* La rue de l’Éperon, quartier Saint-André-des-Arts, avait porté

successivement plusieurs noms, avant le dernier, qui lui vint d’une

enseigne, en 1636.

La place des Trois-Maries, sur le quai de l’École, portait ce nom, dès

1554, à cause de l’enseigne d’une maison.

Le passage de la Marmite, dans la rue des Gravilliers, avait le nom

d’une enseigne, qu’on voyait encore, en 1816, rue Phelipeau, en face de

ce passage.

* La rue du Petit-Lion-Saint-Sauveur, dans la rue Saint-Denis, avait

subi de nombreuses variations de nom, dans lesquelles le lion se

trouvait toujours, pour rappeler l’enseigne d’une maison, qui subsiste

encore au nº 4 et représente un lion sculpté au-dessus de la porte.

Le passage du Panier-Fleuri, dans le cul-de-sac des Bourdonnais, portait

le nom de l’enseigne d’un marchand de vin voisin.

* La rue Servandoni, quartier Saint-Sulpice, eut d’abord deux noms,

provenant l’un et l’autre de deux enseignes: rue du Pied-de-biche et rue

du Fer-à-cheval.

La rue du Pot-de-fer, quartier Saint-Sulpice, devait aussi son nom à une

enseigne, comme une autre rue du quartier Saint-Marceau, laquelle avait

pris, en 1586, le même nom, à cause d’une enseigne analogue.

Le passage et la cour du Puits-de-Rome, dans la rue des Gravilliers,

étaient ainsi nommés, parce que l’enseigne d’une maison voisine leur

avait donné ce nom-là. C’est ainsi que, dans la rue Montorgueil, le

passage du Saumon conserve encore le nom de l’ancienne enseigne de la

maison qui lui sert d’entrée.

Il y avait, au XIVᵉ siècle, dans la rue Saint-Denis, une ruelle de

l’Ane-Rayé, qui devint le cul-de-sac des Peintres. L’enseigne de l’_Ane

rayé_ représentait un zèbre.

* La rue Cloche-Perce, qui devait son nom, comme nous l’avons dit, à

l’enseigne de la _Cloche percée_, eut à subir, pendant huit ou dix ans,

du temps de Sauval, un changement de nom, par le fait d’une autre

enseigne de la _Grosse Margot_, «qu’avoit mis là un tavernier fameux

pour son bon vin»; on l’avait nommée rue de la Grosse-Margot[63].

Histoire des enseignes de Paris · 第 4 / 27 段