Cependant rien de tout cela ne contribua autant que la lecture des
Écritures elles-mêmes à me renseigner sur la valeur positive des titres
de Rome. De tous côtés mes amis me disaient d’étudier la parole écrite
de Dieu; et, en vérité, c’était le meilleur conseil que l’on pût me
donner, car mes amis et moi étions d’accord pour accepter les Écritures
comme l’œuvre inspirée de Dieu. Mais eux, dans ces Écritures
interprétées par ce qu’ils croyaient être l’Église, ils trouvaient la
confirmation de leurs propres vues, tandis que moi, depuis que j’avais
perdu confiance dans l’Église à laquelle j’appartenais, ou plutôt depuis
que j’avais cessé de recevoir de cette Église la moindre interprétation
positive qui eût de quoi me satisfaire, je me trouvais réduit aux
Écritures toutes seules. Je pouvais lire indéfiniment des livres de
controverse, et échouer à découvrir les erreurs et faiblesses humaines
qui les viciaient de part et d’autre; certes, je ferais mieux de
m’adresser à des écrits où l’erreur n’existait pas. Et ainsi, une fois
de plus, je me tournai vers le Nouveau Testament, en essayant d’y
trouver un fil qui rassemblerait toutes mes croyances, une autorité
vivante qui me renseignerait sur les titres authentiques de cette autre
autorité que des motifs tout humains me montraient comme la plus
consistante de toutes, l’autorité du successeur de saint Pierre
prétendant au droit d’être le Précepteur et le Maître de tous les
chrétiens.
On m’a dit alors, naturellement, que j’avais trouvé dans le Nouveau
Testament ce que j’espérais y trouver; que j’avais déjà accepté
entièrement les titres de Rome, que, par suite, je m’étais entraîné à
conclure que les Écritures les confirmaient aussi. De telle sorte que
l’on me prescrivait de m’adresser de nouveau aux théologiens pour
l’interprétation de l’Écriture, c’est-à-dire, en fait, de revenir à ce
même chaos de témoignages qui d’ailleurs, dans l’ensemble, m’avaient
paru plutôt appuyer la position romaine, mais dont on m’avait conseillé
auparavant de me dégager pour ne plus interroger que la propre parole de
Dieu. Et cependant que pouvais-je faire, sinon de tâcher honnêtement à
rechercher, dans le livre divin, les preuves des seuls titres qui me
semblaient à la fois cohérents, raisonnables, historiques, pratiques, et
même nécessaires d’une nécessité intrinsèque?
Après quoi je n’ai pas besoin de dire que j’ai trouvé dans les Écritures
une confirmation bien plus évidente et facile des titres de l’autorité
du pape que de bien d’autres doctrines que j’étais pleinement disposé à
accepter comme m’étant affirmées par les Saintes Écritures. Des dogmes
tels que celui de la Sainte Trinité, des sacrements tels que celui de la
Confirmation, et des institutions telles que celle de l’épiscopat,
toutes ces choses peuvent en vérité, pour l’anglican aussi bien que pour
le catholique, être découvertes dans l’Écriture, si l’on veut creuser
celle-ci pour les découvrir. Mais les titres des successeurs de Pierre,
eux, n’ont pas besoin que l’on creuse pour les découvrir: ils s’étalent
devant nous comme un grand diamant, rayonnant à la surface, pour peu que
l’on ait frotté ses yeux et qu’on se soit délivré de toute prévention
anti-catholique. Jésus déclare que sur Pierre il bâtira son Église: il
enjoint à ce même Pierre, au lendemain de son plus grave péché, de
«paître ses brebis». Il fait cela comme Bon Pasteur, et, comme Porte, il
donne à Pierre les clefs de son Église. J’ai trouvé en tout vingt-neuf
passages des Écritures où les prérogatives de Pierre sont tout au moins
impliquées, et je n’en ai pas trouvé un seul qui leur fût contraire, ou
incompatible avec leur admission. J’ai, d’ailleurs, reproduit ces
passages dans une petite brochure, écrite peu de temps après ma
conversion.
Il est, naturellement, tout à fait impossible pour moi de désigner telle
ou telle de ces diverses lectures comme étant celle qui m’a décidément
convaincu. Au reste, ce n’est pas un argument qui m’a convaincu, non
plus qu’un sentiment qui m’a poussé. Je me suis trouvé simplement
conduit par l’Esprit de Dieu vers un terrain d’où il m’est devenu aisé
de voir les faits tels qu’ils étaient. Mais je n’en suis pas moins forcé
de reconnaître que c’est surtout le livre de Newman qui m’a indiqué les
faits, qui a transporté mon regard de tel point à tel autre, et qui m’a
montré de quelle manière le glorieux monument tout entier se dressait
sur les fondements immuables de l’Évangile, pour s’élever de là jusque
dans le ciel.