III

Cependant rien de tout cela ne contribua autant que la lecture des

Écritures elles-mêmes à me renseigner sur la valeur positive des titres

de Rome. De tous côtés mes amis me disaient d’étudier la parole écrite

de Dieu; et, en vérité, c’était le meilleur conseil que l’on pût me

donner, car mes amis et moi étions d’accord pour accepter les Écritures

comme l’œuvre inspirée de Dieu. Mais eux, dans ces Écritures

interprétées par ce qu’ils croyaient être l’Église, ils trouvaient la

confirmation de leurs propres vues, tandis que moi, depuis que j’avais

perdu confiance dans l’Église à laquelle j’appartenais, ou plutôt depuis

que j’avais cessé de recevoir de cette Église la moindre interprétation

positive qui eût de quoi me satisfaire, je me trouvais réduit aux

Écritures toutes seules. Je pouvais lire indéfiniment des livres de

controverse, et échouer à découvrir les erreurs et faiblesses humaines

qui les viciaient de part et d’autre; certes, je ferais mieux de

m’adresser à des écrits où l’erreur n’existait pas. Et ainsi, une fois

de plus, je me tournai vers le Nouveau Testament, en essayant d’y

trouver un fil qui rassemblerait toutes mes croyances, une autorité

vivante qui me renseignerait sur les titres authentiques de cette autre

autorité que des motifs tout humains me montraient comme la plus

consistante de toutes, l’autorité du successeur de saint Pierre

prétendant au droit d’être le Précepteur et le Maître de tous les

chrétiens.

On m’a dit alors, naturellement, que j’avais trouvé dans le Nouveau

Testament ce que j’espérais y trouver; que j’avais déjà accepté

entièrement les titres de Rome, que, par suite, je m’étais entraîné à

conclure que les Écritures les confirmaient aussi. De telle sorte que

l’on me prescrivait de m’adresser de nouveau aux théologiens pour

l’interprétation de l’Écriture, c’est-à-dire, en fait, de revenir à ce

même chaos de témoignages qui d’ailleurs, dans l’ensemble, m’avaient

paru plutôt appuyer la position romaine, mais dont on m’avait conseillé

auparavant de me dégager pour ne plus interroger que la propre parole de

Dieu. Et cependant que pouvais-je faire, sinon de tâcher honnêtement à

rechercher, dans le livre divin, les preuves des seuls titres qui me

semblaient à la fois cohérents, raisonnables, historiques, pratiques, et

même nécessaires d’une nécessité intrinsèque?

Après quoi je n’ai pas besoin de dire que j’ai trouvé dans les Écritures

une confirmation bien plus évidente et facile des titres de l’autorité

du pape que de bien d’autres doctrines que j’étais pleinement disposé à

accepter comme m’étant affirmées par les Saintes Écritures. Des dogmes

tels que celui de la Sainte Trinité, des sacrements tels que celui de la

Confirmation, et des institutions telles que celle de l’épiscopat,

toutes ces choses peuvent en vérité, pour l’anglican aussi bien que pour

le catholique, être découvertes dans l’Écriture, si l’on veut creuser

celle-ci pour les découvrir. Mais les titres des successeurs de Pierre,

eux, n’ont pas besoin que l’on creuse pour les découvrir: ils s’étalent

devant nous comme un grand diamant, rayonnant à la surface, pour peu que

l’on ait frotté ses yeux et qu’on se soit délivré de toute prévention

anti-catholique. Jésus déclare que sur Pierre il bâtira son Église: il

enjoint à ce même Pierre, au lendemain de son plus grave péché, de

«paître ses brebis». Il fait cela comme Bon Pasteur, et, comme Porte, il

donne à Pierre les clefs de son Église. J’ai trouvé en tout vingt-neuf

passages des Écritures où les prérogatives de Pierre sont tout au moins

impliquées, et je n’en ai pas trouvé un seul qui leur fût contraire, ou

incompatible avec leur admission. J’ai, d’ailleurs, reproduit ces

passages dans une petite brochure, écrite peu de temps après ma

conversion.

Il est, naturellement, tout à fait impossible pour moi de désigner telle

ou telle de ces diverses lectures comme étant celle qui m’a décidément

convaincu. Au reste, ce n’est pas un argument qui m’a convaincu, non

plus qu’un sentiment qui m’a poussé. Je me suis trouvé simplement

conduit par l’Esprit de Dieu vers un terrain d’où il m’est devenu aisé

de voir les faits tels qu’ils étaient. Mais je n’en suis pas moins forcé

de reconnaître que c’est surtout le livre de Newman qui m’a indiqué les

faits, qui a transporté mon regard de tel point à tel autre, et qui m’a

montré de quelle manière le glorieux monument tout entier se dressait

sur les fondements immuables de l’Évangile, pour s’élever de là jusque

dans le ciel.

Les confessions d'un converti · 第 41 / 60 题