En premier lieu, il y avait la vue générale de l’Église d’Angleterre, et
de ses relations avec le christianisme. Ces relations, comme je l’ai dit
déjà, reposaient maintenant entièrement sur ma théorie de «l’Église
diffusive». Or le livre de M. Mallock, après avoir exposé précisément
cette théorie avec une impartialité absolue, la démolissait de fond en
comble. Aussitôt que j’eus achevé la lecture de ce livre, je compris
trop sûrement que je n’avais plus rien à dire du point de vue anglican.
Un seul espoir me restait désormais, et celui-là même bien faible dans
mon état présent: l’espoir d’une retombée dans cette espèce
d’agnosticisme pieux qui est aujourd’hui le refuge d’un grand nombre de
pasteurs anglais. Mais j’ai l’idée que, avec cela, si les autres livres
que j’ai cités tout à l’heure n’étaient pas venus, vers le même temps,
me révéler très nettement les contours de l’Église catholique, j’aurais
fait en sorte de retomber de mon mieux dans cet agnosticisme, et en
serais resté au point où j’étais, en me confirmant par le souvenir de
l’extrême confusion de l’histoire de l’Église et par ma connaissance
positive des œuvres incontestablement accomplies par Dieu, de nos jours,
dans la communion anglicane.
Je n’ai pas à décrire tout au long l’argument de M. Mallock. Mais, en un
mot, le voici: la théorie de l’Église diffusive est bien considérée par
les ritualistes anglais comme le fondement de leurs croyances, mais, en
réalité, l’Église diffusive elle-même repousse cette théorie. Rome,
Moscou et Cantorbéry, tout en s’accordant sur d’autres points, sont
expressément en désaccord sur celui-là. Par conséquent, l’autorité à
laquelle ma théorie faisait appel se refuse implicitement à me servir
d’autorité; et, comme conséquence dernière, toute ma théorie n’est rien
qu’une illusion.
Plus d’une fois, depuis lors, j’ai sollicité une réponse à cet argument
de M. Mallock, et jamais encore je n’en ai reçu aucune. Tout au plus un
savant et zélé anglican a-t-il pu me dire que l’argument était trop
logique pour être vrai, et que le cœur avait des raisons que la raison
ne connaissait pas.
Je commençai maintenant à me tourner avec plus d’espoir vers les
ouvrages «constructifs». Dans celui de M. Spencer Jones, je trouvai une
systématisation méthodique des arguments qui m’aidait grandement à
éclaircir mes pensées, tandis que, par ailleurs, l’_Essai_ du Père
Carson m’offrait une sorte de variation brillante sur le grand thème de
Newman. Mais surtout c’était le livre fameux de Newman lui-même qui,
comme un magicien, effaçant devant moi les derniers nuages, me
permettait d’apercevoir la Cité de Dieu dans toute sa force et toute sa
beauté.