VIII

En second lieu, il y avait la question générale de la catholicité. La

théorie anglicane m’apparaissait simplement extravagante, maintenant que

je la considérais d’un point de vue moins «provincial». Je n’avais

aucune idée, par exemple, de celui qui se trouvait être l’évêque

légitime de Zanzibar: cela dépendait surtout, dans ma théorie d’alors,

de la question de savoir quelle communion, la romaine ou l’anglicane,

avait par hasard débarqué la première sur la côte d’Afrique! En fait, la

juridiction religieuse se présentait à moi comme une espèce de course au

clocher pieuse. En Irlande, je savais fort bien que j’étais en communion

avec des personnes qui, d’après mes vues individuelles, étaient

absolument des hérétiques, et hors de communion avec des personnes dont

les vues religieuses étaient exactement les miennes. Au contraire, la

théorie romaine était, simplement, la même partout. Tout catholique

romain pouvait dire avec saint Jérôme: «Je suis en communion avec le

Christ, représenté par la chaire de Pierre. Sur ce rocher est construite

toute l’Église.» Ici encore, la théorie romaine était logique et

agissait, tandis que ma théorie anglicane n’avait ni consistance, ni

action pratique.

Après cela, il va sans dire que ces considérations ne résolvaient pas le

problème. On me rappelait que Notre-Seigneur aimait à parler par

paraboles, et se refusait volontiers à trancher les nœuds par des

réponses simples et directes. Il n’y avait rien d’impossible à ce que le

fil doré de Son plan divin passât précisément à travers ces fourrés qui

me semblaient impénétrables, et que la grande route toute droite ne fût

qu’un monument de l’impuissance et de l’erreur humaines.

Aussi, bien que ces points me prédisposassent en faveur de l’Église de

Rome, estimais-je qu’il m’était encore nécessaire de beaucoup lire et de

beaucoup réfléchir avant de me décider. Sans compter que d’autres points

dérivaient de ceux-là, qui exigeaient également une élucidation

minutieuse. Par exemple, comment se pouvait-il que des dogmes qui

contraignaient aujourd’hui la conscience des fidèles ne l’eussent pas

contrainte il y a cent ans? Que penser de dogmes nouvellement proclamés,

comme celui de l’Immaculée-Conception--qui d’ailleurs, comme matière

d’opinion privée, me paraissait parfaitement acceptable--et comme celui

de l’infaillibilité papale? Et puis enfin, il restait toujours encore le

vieux problème, vainement étudié, des textes relatifs à saint Pierre et

des commentaires patristiques à leur sujet.

Les confessions d'un converti · 第 36 / 60 题