En second lieu, il y avait la question générale de la catholicité. La
théorie anglicane m’apparaissait simplement extravagante, maintenant que
je la considérais d’un point de vue moins «provincial». Je n’avais
aucune idée, par exemple, de celui qui se trouvait être l’évêque
légitime de Zanzibar: cela dépendait surtout, dans ma théorie d’alors,
de la question de savoir quelle communion, la romaine ou l’anglicane,
avait par hasard débarqué la première sur la côte d’Afrique! En fait, la
juridiction religieuse se présentait à moi comme une espèce de course au
clocher pieuse. En Irlande, je savais fort bien que j’étais en communion
avec des personnes qui, d’après mes vues individuelles, étaient
absolument des hérétiques, et hors de communion avec des personnes dont
les vues religieuses étaient exactement les miennes. Au contraire, la
théorie romaine était, simplement, la même partout. Tout catholique
romain pouvait dire avec saint Jérôme: «Je suis en communion avec le
Christ, représenté par la chaire de Pierre. Sur ce rocher est construite
toute l’Église.» Ici encore, la théorie romaine était logique et
agissait, tandis que ma théorie anglicane n’avait ni consistance, ni
action pratique.
Après cela, il va sans dire que ces considérations ne résolvaient pas le
problème. On me rappelait que Notre-Seigneur aimait à parler par
paraboles, et se refusait volontiers à trancher les nœuds par des
réponses simples et directes. Il n’y avait rien d’impossible à ce que le
fil doré de Son plan divin passât précisément à travers ces fourrés qui
me semblaient impénétrables, et que la grande route toute droite ne fût
qu’un monument de l’impuissance et de l’erreur humaines.
Aussi, bien que ces points me prédisposassent en faveur de l’Église de
Rome, estimais-je qu’il m’était encore nécessaire de beaucoup lire et de
beaucoup réfléchir avant de me décider. Sans compter que d’autres points
dérivaient de ceux-là, qui exigeaient également une élucidation
minutieuse. Par exemple, comment se pouvait-il que des dogmes qui
contraignaient aujourd’hui la conscience des fidèles ne l’eussent pas
contrainte il y a cent ans? Que penser de dogmes nouvellement proclamés,
comme celui de l’Immaculée-Conception--qui d’ailleurs, comme matière
d’opinion privée, me paraissait parfaitement acceptable--et comme celui
de l’infaillibilité papale? Et puis enfin, il restait toujours encore le
vieux problème, vainement étudié, des textes relatifs à saint Pierre et
des commentaires patristiques à leur sujet.