III

Je voudrais expliquer, à ce propos, de quelle façon je réussissais à

conserver ma foi dans les ordres anglicans. Je me disais qu’il y a deux

choses dans la réception d’une grâce: le fait lui-même et le mode de

réception. Le fait est affaire d’intuition spirituelle, le mode, de

perception intellectuelle. Pour ce qui concernait le fait, la

communication réelle entre Notre-Seigneur et mon âme, telle qu’elle se

produisait surtout dans certains moments solennels, là-dessus je

n’éprouvais pas le moindre doute; non plus que je n’en éprouve encore

aujourd’hui. Sans aucune espèce d’hésitation, je continue à déclarer que

mes communions, dans notre chapelle de Mierfield et ailleurs, les

confessions que je faisais ou celles que j’entendais pendant ma période

d’anglicanisme, demeureront toujours parmi les moments les plus sacrés

de ma vie. Leur dénier toute réalité, ce serait en vérité trahir

Notre-Seigneur et répudier Son amour. Mais il en va tout autrement du

mode de réception. Pendant que j’étais dans l’Église d’Angleterre,

j’acceptais, à peu près jusqu’au dernier jour, l’affirmation par

laquelle cette Église garantissait que j’étais un prêtre, et j’en

déduisais naturellement que la grâce de mon ordination avait une valeur

sacramentelle; tandis que plus tard, lorsque je me suis soumis à Rome,

j’ai accepté avec une sécurité bien plus grande, avec un consentement

intérieur tout autant qu’extérieur, l’affirmation suivant laquelle je

n’avais jamais été prêtre si peu que ce fût. Rome ne m’a jamais demandé

de rien admettre des choses parfaitement absurdes et blasphématoires que

les anglicans l’accusent volontiers d’exiger de ses nouveaux fidèles,

comme, par exemple, la nature diabolique, ou même simplement illusoire,

de la grâce accordée par Dieu à ceux qui sont de bonne foi dans des

croyances erronées. Dans mes confessions anglicanes, je faisais des

actes de contrition parfaitement valables, et tâchais de mon mieux à

accomplir le sacrement de pénitence; dans mes communions, j’élevais mon

cœur vers le Pain de Vie; et, en conséquence, Notre-Seigneur n’aurait

pas été le Récompenseur de tous ceux qui le servent s’Il n’était pas

venu à moi durant ces instants, et n’avait pas répondu à mon appel par

Sa sainte visitation.

Toutes ces choses que je viens d’écrire, je les ai comprises bien

longtemps avant que ma soumission à Rome devînt imminente; et lorsque

mes supérieurs ou mes frères me disaient que je coupais des cheveux en

quatre, ce reproche ne parvenait aucunement à me troubler. Je savais,

dès lors, que l’épaisseur d’un quart de cheveu pouvait parfois

constituer une grande distance.

Les confessions d'un converti · 第 32 / 60 题