VII

Mes anciens troubles me revinrent donc après une année de répit, et je

finis même par être plongé dans une inquiétude pénible. Mais cette

inquiétude, je pus le constater dès lors, avait sa source beaucoup plus

dans la région des sentiments que dans celle de l’intelligence. J’avais

beau lire des livres de controverse anglicans, et me nourrir du recueil

de sarcasmes anti-catholiques du savant Littledale, je sentais bien que

tout cela n’atteignait pas la source profonde de mes troubles. Ceux-ci

provenaient surtout, me semble-t-il, de deux choses: tout d’abord, de

cette impression d’isolement que m’avait laissée mon voyage sur le

continent, en me faisant voir l’abîme qui séparait mon anglicanisme du

reste des Églises chrétiennes; et secondement ils venaient de la

nécessité où j’étais de reconnaître la force des prétentions romaines à

continuer l’Église d’avant la Réforme, comme aussi la faiblesse

respective de nos propres prétentions anglicanes. Ces deux choses me

furent encore bien cruellement rappelées pendant un mois que je passai à

Cadenabbia, et pendant lequel je m’étais chargé des fonctions de

chapelain anglican dans cette charmante petite station italienne. A

Kemsing même, j’ai souvenir d’une circonstance encore qui, s’ajoutant à

celles que j’ai mentionnées plus haut, tendait également à accroître mon

inquiétude.

A quelques milles de notre paroisse se trouvait un couvent de

religieuses anglicanes dont les pratiques extérieures étaient absolument

pareilles à celles d’un couvent catholique. Les jours de fêtes non

prévues par notre _Livre de Prières_, telles que la Fête-Dieu et

l’Assomption, l’habitude était que certains pasteurs, à la fois de

Londres et des paroisses d’alentour, vinssent assister aux offices du

couvent; et c’est ainsi que, plusieurs fois, j’eus l’occasion d’y

prendre part. Le missel romain était employé là avec tous ses articles;

et, le jour de la Fête-Dieu, une procession s’organisait qui se

conformait jusque dans le moindre détail aux directions précises de la

liturgie catholique. Un reposoir était installé dans le beau jardin du

couvent, et la procession chantait le _Pange lingua_. Or, il faut savoir

que ces nonnes ne se contentaient nullement de jouer à la vie

religieuse: elles célébraient l’office de nuit toutes les nuits, selon

l’observance la plus stricte, récitaient naturellement le bréviaire

monastique, et vivaient une vie de prière, dans une retraite absolue.

Mais il m’était impossible de me persuader, malgré tous mes efforts, que

l’atmosphère d’une telle maison eût rien de commun avec celle de notre

Église d’Angleterre. Je discutais à l’occasion avec le chapelain du

couvent, qui, tout de même que son successeur, allaient me précéder dans

l’Église catholique. Je critiquais certains détails: mais les réponses

du chapelain, toutes pleines de la science la plus sûre, avait beau

vouloir me prouver que l’Église d’Angleterre, étant catholique, pouvait

prétendre à tous les privilèges catholiques, ces réponses ne parvenaient

pas à me satisfaire. Loin de là, elles m’amenaient à sentir plus

vivement que les privilèges catholiques étaient tout à fait étrangers au

caractère essentiel de l’Église anglicane, ce qui, du même coup,

paraissait impliquer comme conclusion que cette Église n’était pas

catholique. Aussi suis-je certain aujourd’hui que ces visites, plus

encore peut-être que tout le reste, ont commencé à mettre en pleine

lumière devant mes yeux le gouffre qui me séparait de la chrétienté

catholique. Je me souviens d’avoir fait don d’une lampe d’argent pour la

statue de la Vierge, dans ce couvent, par manière d’entraînement, afin

d’essayer de fortifier mes droits à faire partie de l’Église

universelle.

Les confessions d'un converti · 第 22 / 60 题