IV

Un coup nouveau m’attendait à Damas. Je lus dans le _Guardian_ que le

prédicateur à qui je devais ma notion d’une doctrine distinctement

catholique, celui-là même qui m’avait amené à faire ma première

confession, venait de se soumettre à l’Église romaine. Je ne saurais

décrire le choc et l’horreur que fut pour moi cette nouvelle. J’écrivis

de Damas au susdit prédicateur une lettre qui--ou du moins je me plais

maintenant à le supposer--ne contenait pas un seul mot amer: mais le

fait est que je ne reçus aucune réponse. Le destinataire m’a simplement

dit, depuis, que l’absence de reproches, dans le ton de ma lettre,

l’avait étonné.

Ce fut également à Damas que, une fois de plus, je revins à mon projet

de fondation d’une maison religieuse; et, par une sorte de défi aux

sentiments qui commençaient à me troubler, je décidai avec un ami que la

constitution et le cérémonial de notre fondation seraient expressément

«anglais». Nous ne devions porter aucun vêtement eucharistique, mais des

surplis et écharpes noires; après quoi, nous ne devions, dans notre

ordre nouveau, rien faire de particulier, trop heureux simplement

d’appartenir à une maison pieuse.

Ce fut dans ces dispositions que je revins en Angleterre, avec l’espoir

d’y trouver un havre de paix. Là, du moins, je le savais, je ne serais

plus agité à chaque instant par des preuves trop évidentes de mon

isolement; sans compter que j’y trouverais aussi, exactement,

l’atmosphère de repos et de beauté dont j’avais besoin. J’avais été

nommé vicaire assistant à Kemsing, le village même où avait eu lieu

cette inoubliable retraite qui m’avait initié pour la première fois à

l’idée d’un dogme ordonné. L’emploi que l’on m’avait imposé était des

plus faciles: car l’état de ma santé m’empêchait encore de me livrer à

tout travail un peu fatigant.

V

Et, en vérité, je vécus à Kemsing une vie extraordinairement heureuse,

pendant environ une année. La vieille église avait été restaurée avec un

goût exquis, la musique était fort belle, le cérémonial plein de

dignité, et nettement «catholique». Le presbytère où je demeurais avec

l’un de mes amis était une maison charmante, toujours peuplée de

personnes charmantes; et, dans cette atmosphère appropriée, mes troubles

disparurent aussi complètement que possible.

Ce fut là que, pour la première fois, après une seconde retraite prêchée

par le Père Mathurin, mon curé introduisit régulièrement l’usage de

célébrer la communion, chaque dimanche, avec des surplis de toile. Nous

n’employions cependant ces surplis, ainsi que les lumières et les

hosties, que dans la matinée du dimanche, et non pas aux offices

solennels de midi: car nous avions à considérer les vues très

anti-catholiques du châtelain du lieu, qui, tout en étant un vieillard

des plus courtois, apportait un véritable fanatisme à affirmer sa

position d’ultra-protestant. J’ai souvent admiré l’étonnante réserve de

ce châtelain pendant qu’il nous accueillait, mon curé et moi, dans sa

belle vieille maison: car je savais qu’au fond de son cœur il nous

croyait des ennemis avérés de la croix du Christ, et des collaborateurs

plus ou moins conscients de la Femme Écarlate de Rome. J’ajouterai que

je n’aimais pas beaucoup, pour ma part, cette façon d’adopter une

certaine forme de culte le matin et une autre à midi: car je me

fortifiais de jour en jour dans les principes de la Haute Église, et je

me souviens d’avoir été félicité de mes instincts «catholiques» par le

pasteur de Londres à qui j’allais régulièrement me confesser quatre fois

par année. Ce fut aussi durant cette période que je m’affiliai à trois

sociétés ritualistes de Londres. Mais l’essentiel est que, pendant tout

ce temps, je me sentais infiniment heureux à Kemsing.

Il m’était redevenu tout à fait possible, en concentrant résolument mes

regards sur les seuls objets qui me convenaient, de croire que l’Église

d’Angleterre était ce qu’elle prétendait être, la mère spirituelle du

peuple anglais et une partie authentique de l’Église universelle du

Christ. Je m’étais lié d’amitié avec des personnes excellentes, dont je

suis heureux de pouvoir dire que leur affection m’est restée fidèle

jusqu’à ce jour; j’avais commencé à m’occuper soigneusement de mes

prédications; et je travaillais beaucoup à instruire les enfants du

village. Les seules occasions que j’eusse de me rappeler les faits

extérieurs étaient, de temps à autre, des réunions ecclésiastiques, et

puis aussi, parfois, de petits paragraphes secs et coupants, dans les

journaux, m’apprenant que telle ou telle personne que j’avais connue

autrefois venait d’être «reçue dans l’Église catholique romaine».

Les confessions d'un converti · 第 20 / 60 题