M. le Directeur le reconnaît lui-même.

«Cette application uniforme, dans le taux de l'intérêt, dit-il, a,

sans nul doute, influé sur les résultats présentés par l'une des

deux bases de la répartition, et il est inutile d'ajouter qu'elle

est venue favoriser, à la vérité dans une assez faible proportion,

la localité où le taux de l'intérêt est le plus élevé.»

La _faible proportion_ signalée par M. le Directeur peut aisément se

traduire en chiffres.

Supposons deux domaines vendus chacun 100,000 fr., l'un situé dans

la localité où le taux de intérêt à 4 p. 100, l'autre dans celle où

il est à 3 p. 100.

Le premier donne 4,000 fr. de revenu, le second 3,000 fr. et l'impôt

doit équitablement suivre cette proportion, puisqu'il se prélève sur

le revenu.

Selon le système de l'administration, chaque _cent francs_ d'impôts

se seraient répartis entre ces deux domaines savoir:

Quote-part afférente au domaine de la Lande. 57 fr. 15 c. pour

4,000 de revenu.

Quote-part afférente au domaine de la Chalosse. 42 fr. 85 c. pour

3,000 de revenu.

---------------

TOTAL 100 fr. 00 c.

Mais, selon le système de la commission, cent francs se sont

répartis ainsi:

Quote-part afférente au domaine de la Lande. 50 fr. 00 c.

---- ---- de la Chalosse. 50 00

--------------

TOTAL 100 fr. 00 c.

C'est-à-dire que la Lande s'est dégrevée de 14 pour 100 qu'elle a

appliqués à la Chalosse[36]. On dira, sans doute, que les actes de

vente n'étant qu'un des deux éléments de la répartition, ce résultat

a pu être atténué par l'influence de l'autre élément. Cela serait

vrai si les cantons agricoles et vinicoles avaient été favorisés par

l'application des _prix moyens_ des denrées; mais nous avons vu

qu'ils n'ont pas été plus ménagés par la première que par la seconde

base d'évaluation. Bien loin donc que les erreurs dont ces deux

procédés sont entachés se compensent et se neutralisent, on peut

dire qu'elles se multiplient les unes par les autres, et toujours au

préjudice des mêmes localités.

[Note 36: En admettant que l'intérêt ne variât, d'un pays à

l'autre, que dans la proportion de 3 à 4 p. 100.]

Ainsi les deux bases de la répartition de l'impôt ont été viciées,

dénaturées, et toujours au profit d'une nature de propriété, les

_pignadas_, au détriment des deux autres, les labourables et les

vignes.

Passons maintenant aux résultats.

Si l'on demandait à un homme désintéressé: Quels sont les cantons

qui paient le plus de contributions relativement aux vignes? il

répondrait, sans doute: Ce sont ceux qui ont le plus de superficie

consacrée à cette culture, les cantons de Montfort, Mugron,

Saint-Sever, Villeneuve, Gabarret; et cet homme ne se tromperait

pas. À eux seuls, ces cinq cantons paient les trois quarts de

l'impôt assigné aux vignobles.--Et si on lui demandait: Quels sont

ceux qui paient le plus de contributions pour les landes? il

répondrait sans hésiter: Ceux qui en contiennent d'immenses

étendues, Sabres, Arjuzanx, Labrit, etc. Mais ici notre

interlocuteur se tromperait grossièrement, et il serait probablement

bien surpris d'apprendre que ce sont la Chalosse et l'Armagnac, les

pays des vignes, qui paient, non-seulement la plus grande partie,

mais la presque totalité de l'impôt afférent aux landes.

Voici le tableau de nos vingt-huit cantons, rangés selon l'_ordre

décroissant_ de leur quote-part à la contribution afférente aux

landes[37].

[Note 37: Ces rapprochements sont puisés dans le rapport de

M. le Directeur des contributions directes publié en 1836. À

cette époque, quatre cantons n'étaient pas encore cadastrés,

en sorte que le document officiel ne pouvait donner sur la

distribution du contingent de ces cantons, entre leurs

diverses cultures, que des renseignements approximatifs.

Depuis, M. le Directeur a eu la bonté de m'envoyer des états

de rectification, et je dois à la vérité de dire que les

anomalies que je signale dans le texte sont moins choquantes

dans ces états définitifs que dans les tableaux provisoires.

Le temps me manque pour refaire le travail d'après les

nouvelles bases. Mais il ne faut pas perdre de vue que ce que

les landes paient _en plus_ dans ces quatre cantons, les pins

et les labourables le paient _en moins_, car le contingent

cantonal n'a pas varié.]

fr.

Saint-Sever 6,296

Grenade 5,599

Mugron 3,904

Roquefort 3,579

Hagetmau 3,327

Amou 3,000

Montfort 3,000

Pouillon 2,883

Aire 2,852

Saint-Vincent 2,663

Mont-de-Marsan 2,465

Gabarret 2,272

Peyrehorade 2,061

Villeneuve 1,817

Saint-Esprit 1,563

Sabres 1,561

Geaune 1,287

Dax 1,207

Arjuzanx 1,168

Labrit 1,074

Tartas (ouest) 914

Castets 600

Soustons 522

Tartas (est) 495

Pissos 166

Parentis 141

Sore 107

Mimizan 94

N'est-il pas assez singulier de voir figurer dans la première moitié

de cette liste tous les cantons vinicoles, Saint-Sever, Mugron,

Amou, Montfort, Villeneuve, etc., ainsi que tous les cantons

agricoles, Hagetmau, Aire, Peyrehorade, etc.; et dans la seconde

moitié, tous les cantons qui forment la Lande et le Maransin?

Voici un autre rapprochement non moins curieux.

Le canton de Saint-Sever, _à lui tout seul_, paie plus d'impôts pour

ses 5,583 hectares de landes que ces _neuf cantons réunis_: Mimizan,

Sore, Parentis, Castets, Soustons, Labrit, Arjuzanx et Sabres, qui

en présentent ensemble une superficie de 203,760 hectares; et quand

on ajouterait, à ces neuf cantons, neuf autres cantons égaux à celui

de Mimizan, on n'arriverait pas encore, par la répartition

actuelle, à tirer de ces effrayantes étendues ce qui se prélève sur

les landes du seul canton de Saint-Sever, ainsi qu'on peut s'en

convaincre par le tableau suivant:

Œuvres Complètes de Frédéric Bastiat, tome 1 mises en ordre, revues et annotées d'après les manuscrits de l'auteur · 第 90 / 148 题