Mon cher Cobden, vous ne devez pas douter de mon empressement à
assister au meeting du 30 octobre, si mes devoirs parlementaires n'y
font pas un obstacle absolu. Avoir le plaisir de vous serrer la main
et être témoin du progrès de l'opinion en Angleterre, en faveur de
la paix, ce sera pour moi une double bonne fortune. Il me sera bien
agréable aussi de remercier M. B. Smith[24] de sa gracieuse
hospitalité, que j'accepte avec reconnaissance.
[Note 24: M. John B. Smith, membre de la Ligue. V. t. III, p.
404 et suiv. (_Note de l'éditeur._)]
Vous sentez que je ferai tous mes efforts pour entraîner notre
excellent ami M. Say. Je crains que ses occupations du conseil
d'État ne le retiennent. Je tiendrais d'autant plus à l'avoir pour
compagnon de voyage que sa foi n'est pas entière à l'endroit du
congrès de la paix. Le spectacle de vos meetings ne pourra que
retremper sa confiance. Je le verrai ce soir.
Mon ami, les nations comme les individus subissent la loi de la
responsabilité. L'Angleterre aura bien de la peine à faire croire à
la sincérité de ses efforts pacifiques. Pendant longtemps, pendant
des siècles peut-être, on dira sur le continent: L'Angleterre prêche
la modération et la paix; mais elle a cinquante-trois colonies et
deux cents millions de sujets dans l'Inde.--Ce seul mot neutralisera
beaucoup de beaux discours. Quand est-ce que l'Angleterre sera assez
avancée pour renoncer volontairement à quelques-unes de ses
onéreuses conquêtes? ce serait un beau moyen de propagande.
Croyez-vous qu'il fût imprudent ou déplacé de toucher ce sujet
délicat?