Promenade le matin avec le cousin dans la plaine riante où sont ses
pièces. J'y ai dessiné.
Je trouve dans Bayle: «Notez que les dogmes des philosophes païens
étaient si mal liés et si mal combinés.....» (Thalès.)
* * * * *
12 _octobre._--Les vraies beautés dans les arts sont éternelles, et
elles seraient admises dans tous les temps; mais elles ont l'habit
de leur siècle: il leur en reste quelque chose, et malheur surtout
aux ouvrages qui paraissent dans les époques où le goût général est
corrompu!
On nous peint la vérité toute nue: je ne le conçois que pour des
vérités abstraites; mais toute vérité dans les arts se produit par des
moyens dans lesquels la main de l'homme se fait sentir, par conséquent
avec la forme _convenue_[492] et adoptée dans le temps où vit l'artiste.
Le langage de son temps donne une couleur particulière à l'ouvrage
du poète; cela est si vrai qu'il est impossible de donner, dans une
traduction faite beaucoup plus tard, une idée exacte d'un poème. Celui
de _Dante_, malgré toutes les tentatives plus ou moins heureuses, ne
sera jamais rendu dans sa beauté naïve par la langue de Racine et de
Voltaire. Homère de même. Virgile, venu dans une époque plus raffinée,
qui ressemblait à la nôtre, Horace même, malgré la concision de son
langage, seront rendus plus heureusement en français; l'abbé Delille
a traduit Virgile; Boileau eût traduit Horace; ce serait donc moins
la difficulté résultant de la diversité des langues que de l'esprit
différent des époques qui serait un obstacle à une vraie traduction.
L'italien du Dante n'est pas l'italien de nos jours; des idées antiques
vont à une langue antique. Nous appelons naïfs ces auteurs anciens:
c'est leur époque qui l'était, par rapport à la nôtre seulement.
Les usages d'une époque diffèrent entièrement; la manière d'être
expressif, d'être plaisant, de s'exprimer, en un mot, sont en
harmonie avec la tournure des esprits. Nous ne voyons les Italiens du
quatorzième siècle qu'à travers la _Divine Comédie_; ils vivaient comme
nous, mais s'égayaient des choses plaisantes de leur temps.
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25 _octobre._--Le mot de M. Pasquier, en parlant de Solferino: «C'est
comme la confiance; cela se gagne, cela ne se commande pas.»
Hugo disait à Berryer: «_Nous sommes tous comme cela._» Il faisait
allusion à la crainte de devenir aveugle.
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_Augerville_, 31 _octobre._--Montaigne[493] ayant été élu maire de
Bordeaux..... (_Revue britannique._)
[492] Cette idée paraît bien l'avoir préoccupé à cette époque, car à
la date du 1er septembre, sur un album qu'il avait emporté
à Strasbourg, Delacroix écrivait: «Le réaliste le plus obstiné est
bien forcé d'employer, pour rendre la nature, certaines conventions de
composition ou d'exécution. S'il est question de la composition, il ne
peut prendre un morceau isolé ou même une collection de morceaux pour
en faire un tableau... Le réaliste obstiné corrigera dans un tableau
cette inflexible perspective qui fausse la vue des objets à force de
justesse.» (EUGÈNE DELACROIX, _sa vie et ses œuvres_, p. 406 et 407.)
[493] Les lacunes du Journal en 1859, si intéressants que soient les
passages qui nous restent, sont d'autant plus regrettables que ce
fut l'année de sa plus belle exposition, celle aussi où la critique
manifesta vis-à-vis du maître le plus impitoyable acharnement.
Delacroix avait envoyé au Salon la _Montée au Calvaire_, le _Christ
descendu au tombeau_, un _Saint Sébastien, Ovide en exil chez les
Scythes, Herminie et les bergers, Rebecca enlevée par le templier,
Hamlet, Les bords du fleuve Sébou._ Les vrais artistes qui ont conservé
le souvenir de cette exposition se la rappellent comme une des plus
imposantes du peintre. Il eût été curieux de retrouver dans les notes
intimes de Delacroix la trace des amertumes et des légitimes colères
que l'injustice de ses contemporains dut susciter en lui après tant
d'années de luttes!
1860
3 _janvier._--Extrait de _Consuelo:_ «...Comme le héros fabuleux,
Consuelo était descendue dans le Tartare pour en tirer son ami, et elle
en avait rapporté l'épouvante et l'égarement.»
--Article sur l'Égypte, de M. Lèbre[494]: «...Les justes, au contraire,
présentent des offrandes aux dieux, cueillent les fruits des arbres de
vie, ou, des faucilles à la main, moissonnent les campagnes du ciel;
d'autres se baignent et jouent dans des bassins d'eau primordiale.»
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