Je travaille comme les deux jours précédents aux Enfants[237].
*
29 _septembre._--Je rencontre ce soir dans ma promenade Godde[238], qui
me dit avoir vu dans des lettres de Latour[239] qu'il était l'homme le
plus inhabile de la main, et qu'il s'était donné son adresse à force de
travail. Il m'en cite encore un autre.
[237] Quatre fresques en grisaille (écoinçons du plafond) pour la
chapelle des Saints-Anges, à Saint-Sulpice. (Voir _Catalogue Robaut_,
nos 1342 à 1345.)
[238] _Étienne-Hippolyte Godde_ (1781-1869), architecte en chef de la
ville de Paris, qui s'occupa tout particulièrement de la restauration
des édifices religieux et de l'agrandissement de l'Hôtel de ville.
[239] _Maurice Quentin de Latour_, le fameux pastelliste du
XVIIIe siècle.
* * * * *
_Ante_, 1er _octobre._--Parti à sept heures pour Ante.
Désappointement au chemin de fer. Le convoi n'arrête pas à Châlons.
M. Blaize, des Vosges, que je rencontre à propos, me fait partir. À
Châlons vers dix heures et demie.
Promenades dans la ville: la cathédrale, pierres tumulaires;
Notre-Dame, passage du roman au gothique.
J'attends jusqu'à deux heures passées pour partir. J'éprouve au
commencement de la route de Sainte-Menehould combien le voyage en
voiture favorise la rêverie, au contraire du chemin de fer. Bientôt
l'insipidité de la route crayeuse et monotone l'emporte.
Arrivé à Sainte-Menehould à six heures environ. Je trouve le cousin qui
m'amène à Ante, où nous dînons gaiement.
* * * * *
2 _octobre._--Pluie affreuse jusqu'à près de deux heures; ma ressource
est la promenade dans le jardin des fleurs.
Le soir, dans les pierres du haut, le chien fait lever un lapin.
*
3 _octobre._--C'est ce jour que nous allons à la pêche. Pendant ce
temps, le cousin Delacroix reste à chasser.
Quand nous revenons du moulin, le bon juge de paix nous
rejoint.--Joyeux dîner ensuite.
*
5 _octobre._--Le matin, dessiné des moutons: nous montons avec le
troupeau. Sensation de plaisir venant du beau temps.
En rentrant, lu les traductions de Dante et autres. Je remarquais
combien notre langue pratique se plie difficilement à la traduction des
poètes tout à fait naïfs comme Dante. La nécessité de la rime ou de
sauver la vulgarité d'un mot force à des circonlocutions qui énervent
le sens, et cependant nous lisions la veille des fables de La Fontaine,
aussi naïf, plus orné, qui dit tout sans ornements parasites et sans
périphrases.
Il ne faut dire que ce qui est à dire: voilà la qualité qu'il faut
réunir à l'élégance. Les Deschamps[240] et autres modernes, qui ont
senti, comme je le fais, combien est fade cette poésie, qui a des
formules toutes prêtes et qui est celle du dix-huitième siècle, ont des
passages où le sentiment de l'original se retrouve: mais tout cela est
aussi barbare que le serait une langue étrangère; en un mot, ce n'est
pas traduit en français, et l'élégance est absente. Dans Horace, que
nous lisions ensuite, même élégance, mais aussi même force: il n'y a
pas de vrai poète sans cela.
--Le soir à table: nous dînons tard. Une nuée de cousins est arrivée
à la grande et légitime humeur du cousin. Nous achevions en paix de
dîner; il a fallu réchauffer les plats, se serrer et assister, l'arme
au bras, et sans lâcher pied, à l'assaut que la troupe a livré à la
victuaille.
J'ai été me promener à la clarté des étoiles qui brillaient
admirablement.
*
6 _octobre._--Je m'échappe le matin, et pendant ce temps les nouveaux
arrivés se mettent à table pour déjeuner.
J'avais été sur la hauteur revoir la vue de la maison du cousin.
Conversation, promenade sous les noisetiers et dîné à une heure; reste
de la journée assez insipide, à cause du dîner de bonne heure. J'avais
dessiné le matin une vue très étendue, vers la droite, marquée au 6
octobre dans l'album. C'est ce qui m'avait mis en retard.
Après déjeuner, esquivé la première partie de la promenade et acheminé
par le jardin, à moitié chemin du même endroit.
Le matin et dans ce moment, éprouvé les plus douces sensations à la vue
de cette nature.
Le soir, nous nous réfugions dans la salle de billard, éclairée avec
des bougies placées de çà et de là; le bischoff et la partie nous
conduisent jusqu'à onze heures.
*
7 _octobre._--Je sors encore le matin par le jardin dans les coteaux et
le petit bois. Dessiné les soleils.
*
8 _octobre._-- Nous partons à sept heures pour Givry[241]. Beau
soleil; je fais un dernier croquis du terrain qui monte, de la fenêtre
au nord.
Vu La Neuville-au-Bois, pays de La Valette. Vu, j'allais dire revu,
Givry!
Ce lieu, que je ne connaissais que par les récits de tous ceux que j'ai
aimés, a réveillé leur souvenir avec une douce émotion. J'ai vu la
maison paternelle[242] comme elle est, mais, à ce que je suppose, sans
beaucoup de changement; la pierre de ma grand'mère est encore à l'angle
du cimetière, que l'on va exproprier, comme on fait de tout. Cette
cendre n'aura qu'à déménager, comme les marchands qu'on envoie tenir
boutique ailleurs.
Je vois, en arrivant, un vieux Delacroix, en blouse, ancien officier
qui, à mon nom, me presse à plusieurs reprises les mains, presque les
larmes aux yeux.
Je suis dans une mauvaise disposition de santé, et j'assiste au
déjeuner du bon juge de paix sans presque toucher à rien.
L'étang de Givry, etc.;--la halle, etc.
Nous repartons vers dix heures et demie avec le juge de paix; nous
traversons une partie de forêt.
Vu Le Chatellier, origine des Berryer: c'est là qu'étaient les Vauréal.
On me conte leur histoire.
Arrivé à Revigny et parti vers deux heures, seul une grande partie de
la route. J'ai beaucoup joui de ce voyage par le beau temps.
Je couche pour la première fois dans mon appartement du premier.
*
_Paris_, 9 _octobre._--Fait de souvenir deux vues à l'huile de chez
le cousin. J'apprends le soir, par Boissard, la mort de ce pauvre
Chassériau.
*
10 _octobre._--Convoi du pauvre Chassériau[243]. J'y trouve Dauzats,
Diaz et le jeune Moreau[244] le peintre. Il me plaît assez. Je rentre
de l'église avec Émile Lassalle[245].
*
_Augerville._ 11 _octobre._--Parti à sept heures pour Fontainebleau et
arrivé à Augerville vers une heure par un beau temps: première partie
du voyage agréable à traverser la forêt.
Je trouve à Augerville Batta, Cadillan, Richomme et la bru de Berryer:
il va demain et après-demain à Paris.
*
12 _octobre._--Il faut le complément du souvenir pour que la
jouissance soit parfaite, et malheureusement on ne peut à la fois jouir
et se souvenir de la jouissance. C'est l'idéal ajouté au réel. La
mémoire dégage le moment délicieux ou fait l'illusion nécessaire.
*
13 _octobre._--En présence de ce bois, le cri d'une grive éveille en
moi le souvenir de moments analogues et dont le souvenir me plaît plus
que le moment présent.
Le contentement de soi est le plus grand des contentements, et, dans
un sens qui n'est pas si détourné qu'il peut le paraître, on veut
être content de l'opinion que les autres ont de vous. Seulement les
uns puisent ce sentiment dans la vertu, les autres dans les avantages
extérieurs qui attirent les yeux de l'envie.
J'admire cette multitude de petites toiles d'araignée que le brouillard
du matin fait découvrir à l'œil en les chargeant d'humidité. Quelle
quantité de mouches ou d'insectes doivent se prendre dans ces filets
pour nourrir les tissandières, et quelle multitude de ces dernières
offertes à l'appétit des oiseaux, etc.!
*
15 _octobre._--Je rencontre une limace exactement mouchetée comme une
panthère: anneaux larges sur le dos et sur les flancs, devenant des
taches et des points à la tête, près du ventre qui est clair comme dans
les quadrupèdes.
*
17 _octobre._--Je lis dans la _Grèce_[246], d'About: «On peut dire
que le peuple grec n'a aucun penchant pour aucune sorte de débauche,
et qu'il use de tous les plaisirs avec une égale sobriété. Il est
sans passion, et je crois que de tout temps il a été de même, car les
habitudes monstrueuses dont l'histoire l'accuse, etc.»
Il prétend aussi qu'il n'est pas né pour l'agriculture, et je crains
qu'il n'ait raison. «L'agriculture réclame plus de patience, plus de
persévérance, plus d'esprit de suite, que les Hellènes n'en ont jamais
eu, etc.»
*
18 _octobre._--Promenade, avant dîner, avec Richomme et Batta, dans le
petit chemin boisé, au bas des rochers que j'ai dessinés, il y a deux
ans, et revenu par le moulin Baudon. Charmants paysages et effets de
soir.
*
19 _octobre._--Promenade avec Berryer et Cadillan dans la campagne;
plaine du haut. Vu les murs extérieurs du parc.
Cette campagne, toute plate et sans routes sablées, m'a fait un effet
charmant. Le bon Cadillan éprouvait la même chose: il semblait que nous
respirions plus librement.
Berryer me contait le soir que Pariset[247] lui disait que chaque
découverte un peu importante qu'il semblait que l'on fit en médecine,
ne faisait que lui expliquer ou même lui faire comprendre un trait
d'Hippocrate encore obscur.
Tous les soirs, pendant que ces messieurs font leur partie interminable
de billard, je me promène devant le château. J'ai eu au commencement
de la semaine des clairs de lune délicieux. Nous avons eu une éclipse
presque totale qui a donné à la lune cette couleur sanglante qu'on voit
racontée dans les poètes et que Berryer me disait ne pas connaître:
il en est de cela comme de Pariset avec Hippocrate. Les grands hommes
voient ce que le vulgaire ne voit point: c'est pour cela qu'ils sont
des grands hommes; ce qu'ils ont découvert et souvent crié sur les
toits, est négligé ou incompris de ceux à qui ils s'adressent. Le
temps, mais plus souvent un autre homme de leur trempe, retrouve le
phénomène et le montre à la foule à la fin.
Je voudrais me rappeler si Virgile, dans la description de la tempête,
fait tourner le ciel sur la tête de ses matelots, comme je l'ai vu en
allant à Tanger, dans ce coup de vent où le ciel, pendant la nuit,
était sans nuages et où il semblait, à cause des mouvements du navire,
que la lune et les étoiles fussent dans un continuel et immense
mouvement.
*
_Champrosay_, 21 _octobre._--Parti d'Augerville avec Berryer et
Cadillan. Temps magnifique.
J'éprouve toujours cet appétit de la nature, cette fraîcheur
d'impression qui n'est ordinaire que dans la jeunesse. Je crois que la
plupart des hommes ne les connaissent pas. Ils disent: Voilà du beau
temps, voilà de grands arbres, mais tout cela ne les pénètre pas d'un
contentement particulier, ravissant, qui est une poésie en action.
D'Étampes à Juvisy, je voyage avec eux; il se trouve dans le même
wagon cette personne si belle, d'une beauté étrange et faite pour la
peinture. Elle frappe même mes voisins, dont l'un, grand esprit sous
bien des rapports, est Français sous le rapport des sentiments que
j'exprimais là-haut. J'ai fait le lendemain des croquis de souvenir, de
cette belle créature.
Arrivé à Champrosay vers deux heures, Jenny n'avait pas reçu la lettre
par laquelle je la prévenais de mon arrivée.
Le général[248] vient m'inviter pour dîner le lendemain avec
Pélissier[249]. Je refuse aujourd'hui l'invitation de Mme Barbier.
Le dîner que je fais et la sottise de me coucher presque aussitôt après
m'ont rendu malade deux jours.
*
22 _octobre._--Mal disposé et souffrant toute la journée, je me traîne
chez Parchappe et j'assiste à son dîner auquel manquait Pélissier, ne
touchant qu'à un peu de rôti, etc.
*
23 _octobre._--Toute la journée du malaise; je travaille pourtant à
l'_Arabe qui porte la selle à son cheval_[250].
Vers trois heures, promenade dans la forêt avec ma pauvre Jenny, qui
est tout heureuse.
En rentrant, pris de mal de tête violent et d'indisposition. Je me
couche sans dîner.
Mérimée dînait chez Barbier. Je n'ai pu y aller, quoique je voulusse le
consulter sur l'étiquette des réceptions de Fontainebleau.
*
24 _octobre._--Meilleure disposition. Je déjeune un peu. Petite
promenade en pantoufles vers la fontaine de Baÿvet, et petit dîner qui
me réussit.
[240] _Émile Deschamps_ et son frère _Antony_ ont traduit en vers vingt
chants de la _Divine Comédie._
[241] _Givry en Argonne._
[242] Le père de Delacroix était né à Givry, le 15 avril 1741.
[243] _Théodore Chassériau_ (1819-1856) avait été un des admirateurs
et un des imitateurs de Delacroix, bien qu'avec le temps il fût arrivé
à dégager sa personnalité. «Il avait pour amis, écrit Ch. Blanc, la
plupart des écrivains romantiques, tels que M. Th. Gautier, qui lui
soufflaient l'audace, lui conseillaient la fièvre, lui recommandaient
Rubens, Véronèse, Delacroix et le soleil.»
[244] Il s'agit ici de M. _Gustave Moreau_, aujourd'hui membre de
l'Académie des Beaux-Arts.
[245] _Émile Lassalle_, né en 1813, mort en 1871, lithographe, a
reproduit notamment le _Dante et Virgile_ et la _Médée_ de Delacroix.
[246] _La Grèce contemporaine_, qui venait de paraître.
[247] _Étienne Pariset_ (1770-1847), médecin, connu surtout par ses
recherches sur les maladies épidémiques.
[248] Le général _Parchappe._
[249] Le maréchal _Pélissier, duc de Malakoff._
[250] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1317.
* * * * *
1er _novembre._--Café à la mode d'Athènes d'après le livre
d'About: «On grille le grain sans le brûler; on le réduit en poudre
impalpable, soit dans un mortier, soit dans un moulin très serré. On
met l'eau sur le feu jusqu'à ce quelle soit en ébullition; on la retire
pour y jeter une cuillerée de café et une cuillerée de sucre en poudre
par chaque tasse que l'on veut faire, etc. Ainsi préparé, le café peut
se prendre sans inconvénient dix fois par jour: on ne boirait pas
impunément tous les jours cinq tasses de café français. C'est que le
café des Turcs et des Grecs est un tonique _délayé_, et le nôtre est un
tonique _concentré._»
--Ce matin, Haro est venu me voir à Champrosay: je l'ai revu avec
plaisir. Il a déjeuné avec moi, et nous avons beaucoup causé.
--Dîné chez Barbier. Rodakowski m'apprend le retour delà princesse.
--Dans la journée, longue promenade dans la forêt avec Jenny. Revu
nos anciennes promenades. Vu Mainville: ce qui était alors de petits
taillis sont des bois épais. Le beau temps vraiment étonnant qui
éclaire tout cela depuis très longtemps ajoute un agrément infini.
*
3 _novembre._--Revenu de Champrosay. Trouvé à l'embarcadère M.
Talabot[251], revenu avec sa femme et Rodakowski chez Mérimée. Passé
chez Delaroche avant de rentrer.
*
4 _novembre._--Recommandé le neveu de Montfort[252] pour une
demi-bourse vacante à Chaptal.
*
6 _novembre._--Enterrement du pauvre Delaroche[253]. Je suis resté une
heure à la porte de l'église par une gelée intense, et j'ai dû enfin me
sauver avant la fin, tant le froid m'avait pénétré.
Le matin, enterrement aussi triste: celui de Tattet; j'ai revu ce
salon où nous avons passe des moments gais et agréables chez la bonne
Marlière.
Dumas fils et Penguilly[254] me parlaient des effets de la digestion
dans plusieurs cas: un nommé Rougé, athlète de son métier, ne mangeait
rien avant de lutter: il avait alors toute sa force. Penguilly nous
disait que l'étape du matin était excellente et se faisait gaiement,
quand les soldats sont en marche. Le matin, ils partent à jeun. Après
le déjeuner, elle se fait péniblement.
*
10 _novembre._--Dîner du lundi. Panseron nous dit qu'après un travail
de onze mois très assidu, il demandait à Auber un congé[255], se
fondant sur cette assiduité pendant tout ce temps. Auber lui dit:
«Monsieur, quand on a beaucoup travaillé pendant onze mois, il faut
encore travailler pendant le douzième pour ne pas se rouiller et se
tenir en haleine.»
Le soir, vu About[256] chez Mme Cavé.
*
15 _novembre._--Dîné chez Perrier avec Halévy, Auber, Clapisson[257]
très aimable et très prévenant.
*
20 _novembre._--Au _Barbier_, avec le billet d'Alberthe, et plaisir
bien plus vif que je ne m'y attendais.
*
21 _novembre._--Je vais chez Rossini, j'y trouve Danton[258] et
Thierry[259].--Le matin au conseil. Dans la journée chez Chabrier qui
est malade, Saint-René Taillandier, Berryer que je ne trouve pas.
*
22 _novembre._--Thierry vient me trouver à table pour parler de
l'Institut[260].
*
23 _novembre._--Je vais à Saint-Germain dîner chez la bonne Alberthe;
j'y trouve Saint-Germain. Il faudra l'avoir avec elle et Mareste. Je
trouve Hédouin en venant.
*
24 _novembre._--Je pourrais mettre au Salon: le _Petit paysage avec
Grecs_[261], le _Christ_[262] de Troyon, le _Paysage_ que j'ai donné à
Piron et l'_Ovide_ de M. Fould[263].
Je vais à l'ouverture du conseil général.
De là, je retourne chez moi attendre Bornot qui vient me prendre à
trois heures pour le mariage de ses filles[264].
Le soir, en me promenant, je me figure que je pourrai reprendre les
articles sur le _Beau_; il y a plusieurs divisions à faire.....
*
25 _novembre._--Mariage des filles de Bornot: à dîner, près de M.
Barthe[265], il me recommande à la Bibliothèque un très beau manuscrit
des heures d'Anne de Bretagne.
[251] _Paulin Talabot_ (1799-1885), ingénieur, directeur général des
chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, député sous
l'Empire.
[252] _Antoine-Alphonse Montfort_, peintre, élève de Gros et d'Horace
Vernet, né à Paris en 1802, contemporain et sans doute ami de
Delacroix. Il a passé sa vie à peindre des sujets de Syrie, d'Arabie,
de Palestine, etc.
[253] _Paul Delaroche_, dont la santé était altérée depuis quelque
temps, mourut presque subitement le 4 novembre 1856.
[254] _Penguilly L'Haridon._ (Voir t. I, p. 271.)
[255] _Panseron_ (1795-1859) était professeur de chant au
Conservatoire, dont _Auber_ était alors le directeur.
[256] _Edmond About_ (1828-1885) était encore au début de sa carrière.
Indépendamment de la _Grèce contemporaine_ et du _Roi des montagnes_
(1856), il avait publié en 1855 un _Voyage à travers l'Exposition des
Beaux-Arts_ (peinture et sculpture).
[257] _Louis Clapisson_ (1808-1866), compositeur, auteur de nombreux
opéras-comiques.
[258] _Joseph-Arsène Danton_ (1814-1866), littérateur, alors membre du
Conseil supérieur de l'Instruction publique.
[259] _Édouard Thierry_ était à cette époque chargé du feuilleton
littéraire au _Moniteur universel._
[260] Il s'agissait du fauteuil devenu vacant par suite de la mort de
_Paul Delaroche._ Delacroix fut élu membre de l'Académie des Beaux-Arts
le 11 janvier suivant (1857).
[261] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1389.
[262] C'est le tableau du _Christ sur le lac de Genézareth._ «Ce
tableau, dit le _Catalogue Robaut_ (n° 1214), est le premier de la
série. Il figure à l'exposition Durand-Ruel en 1878. C'est celui que le
peintre Troyon avait acheté à la montre du marchand Beugniet, et que
Mme Troyon mère donna comme souvenir, après la mort de son fils, à M.
Frémyn.»
[263] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1376.
[264] Voir, sur la famille _Bornot_, t. I, p. 403, en note.
[265] _Félix Barthe_ (1795-1863), magistrat, qui fut ministre de
l'instruction publique et de la justice sous la monarchie de Juillet et
sénateur sous l'Empire.
* * * * *
1er _décembre._--Boulangé, venu le matin, me donne la
manière de fixer la détrempe pour repeindre à l'huile, ayant le ton
frais de dessous:
Peindre la détrempe avec de la colle coupée: 6 parties d'eau, une
partie de colle. Passer ensuite de l'amidon bien passé et bien battu;
passer lentement avec une brosse large. Pour peindre à la détrempe une
toile à l'huile et par conséquent pour retoucher un tableau à l'huile,
mêler à la détrempe de la bière qu'on rend plus forte en la faisant
recuire.
Le vernis Sœhnée bon pour vernir la détrempe.
*
7 _décembre._--Se rappeler le magnifique sujet mentionné ailleurs,
de _Noé sacrifiant_, avec sa famille, aptes le déluge;... les animaux
se répandent sur la terre;... les oiseaux dans les airs, les monstres
condamnés par la sagesse divine gisant à moitié enfouis dans la vase.
Les branches des arbres distillent encore les eaux et se redressent
vers le ciel.
Ce jour, posé une heure et demie chez Mme Herbelin[266]: Mme Villot
y était. Je vais, en sortant de là, voir M. Mesnard, au Luxembourg.
M. Mesnard me dit qu'il croit que le travail que l'œil et le
cerveau font sur la couleur, contribue beaucoup à la fatigue que
cause la peinture: le fait est qu'il me faut une disposition de santé
complètement bonne pour travailler à la peinture. Pour écrire, ce
n'est pas aussi nécessaire: les idées peuvent me venir, quand je suis
souffrant et que je tiens la plume. À mon chevalet et le pinceau à la
main, ce n'est pas de même.
*
8 _décembre._--Dîné à l'Hôtel de ville pour la clôture du conseil
général. Revenu, bien malgré moi, avec B..., qui ne veut pas me lâcher,
etc.
*
9 _décembre._--Mauvaise disposition et pourtant quelque bon travail sur
le _Saint Jean-Baptiste_[267] que je destine à Robert, de Sèvres.
Je fais une longue promenade de quatre à six heures: Paris me paraît
charmant. De la place Louis XV je traverse les Tuileries pour rentrer
par la rue de la Paix; ce beau jardin est tout à fait abandonné: que de
souvenirs il me rappelle de ma jeunesse!
Le soir, chez Thiers, il n'y avait que Roger[268]. Je vois le portrait
de Delaroche, faible ouvrage, sans caractère et sans exécution. On
peut dire des choses fermes, raisonnables, intéressantes même, et l'on
n'a pas fait cependant de la littérature;... en peinture de même. Ce
portrait flamand, en pied, d'un homme en noir, qu'il me montre, est
admirable et plaira toujours, et cela par l'_exécution._
*
12 _décembre._--Dîné chez Mme d'Annibeau: Gisors, Halévy, Perrier,
Frémy[269], etc., etc.
Le soir, à l'Opéra-Comique, voir l'_Avocat Pathelin_[270].
Causé avec Rouland, qui est très bon et très simple[271].
Mozart écrit quelque part, dans une lettre, à propos de ce principe
que la musique peut exprimer toutes les passions, toutes les douleurs,
toutes les souffrances: «Néanmoins, dit-il, les passions, violentes ou
non, ne doivent jamais être exprimées jusqu'au dégoût, et _la musique,
même dans les situations les plus horribles, ne doit pas affecter
l'oreille, mais la flatter et la charmer, et par conséquent rester
toujours musique._»
*
14 _décembre._--Chez Billault[272]. Vu là Mlle Gérard, peintre, élève
de Delaroche, qui m'a fait de son maître un triste portrait, qui
confirme bien l'opinion que j'en ai toujours eue. Les Bornot y étaient.
Vielliard venu dans la journée.
*
16 _décembre._--Chez Frémy: Gisors, Halévy, les mêmes personnes à peu
près que chez d'Annibeau; Boulatignier[273] y était.
Je m'enrhume dans la journée de la manière la plus sotte.
Je me suis fait rouler dans une grande voiture chez Mme de Forget, pour
voir son plafond[274], chez Andrieu, puis chez Galimard[275], qui m'a
surpris et causé du dégoût, par la quantité de petites machines qu'on
fait jouer, pour faire manquer mon élection.
*