25 _septembre._--Dernier jour de mon travail à Saint-Sulpice.

Je travaille comme les deux jours précédents aux Enfants[237].

*

29 _septembre._--Je rencontre ce soir dans ma promenade Godde[238], qui

me dit avoir vu dans des lettres de Latour[239] qu'il était l'homme le

plus inhabile de la main, et qu'il s'était donné son adresse à force de

travail. Il m'en cite encore un autre.

[237] Quatre fresques en grisaille (écoinçons du plafond) pour la

chapelle des Saints-Anges, à Saint-Sulpice. (Voir _Catalogue Robaut_,

nos 1342 à 1345.)

[238] _Étienne-Hippolyte Godde_ (1781-1869), architecte en chef de la

ville de Paris, qui s'occupa tout particulièrement de la restauration

des édifices religieux et de l'agrandissement de l'Hôtel de ville.

[239] _Maurice Quentin de Latour_, le fameux pastelliste du

XVIIIe siècle.

* * * * *

_Ante_, 1er _octobre._--Parti à sept heures pour Ante.

Désappointement au chemin de fer. Le convoi n'arrête pas à Châlons.

M. Blaize, des Vosges, que je rencontre à propos, me fait partir. À

Châlons vers dix heures et demie.

Promenades dans la ville: la cathédrale, pierres tumulaires;

Notre-Dame, passage du roman au gothique.

J'attends jusqu'à deux heures passées pour partir. J'éprouve au

commencement de la route de Sainte-Menehould combien le voyage en

voiture favorise la rêverie, au contraire du chemin de fer. Bientôt

l'insipidité de la route crayeuse et monotone l'emporte.

Arrivé à Sainte-Menehould à six heures environ. Je trouve le cousin qui

m'amène à Ante, où nous dînons gaiement.

* * * * *

2 _octobre._--Pluie affreuse jusqu'à près de deux heures; ma ressource

est la promenade dans le jardin des fleurs.

Le soir, dans les pierres du haut, le chien fait lever un lapin.

*

3 _octobre._--C'est ce jour que nous allons à la pêche. Pendant ce

temps, le cousin Delacroix reste à chasser.

Quand nous revenons du moulin, le bon juge de paix nous

rejoint.--Joyeux dîner ensuite.

*

5 _octobre._--Le matin, dessiné des moutons: nous montons avec le

troupeau. Sensation de plaisir venant du beau temps.

En rentrant, lu les traductions de Dante et autres. Je remarquais

combien notre langue pratique se plie difficilement à la traduction des

poètes tout à fait naïfs comme Dante. La nécessité de la rime ou de

sauver la vulgarité d'un mot force à des circonlocutions qui énervent

le sens, et cependant nous lisions la veille des fables de La Fontaine,

aussi naïf, plus orné, qui dit tout sans ornements parasites et sans

périphrases.

Il ne faut dire que ce qui est à dire: voilà la qualité qu'il faut

réunir à l'élégance. Les Deschamps[240] et autres modernes, qui ont

senti, comme je le fais, combien est fade cette poésie, qui a des

formules toutes prêtes et qui est celle du dix-huitième siècle, ont des

passages où le sentiment de l'original se retrouve: mais tout cela est

aussi barbare que le serait une langue étrangère; en un mot, ce n'est

pas traduit en français, et l'élégance est absente. Dans Horace, que

nous lisions ensuite, même élégance, mais aussi même force: il n'y a

pas de vrai poète sans cela.

--Le soir à table: nous dînons tard. Une nuée de cousins est arrivée

à la grande et légitime humeur du cousin. Nous achevions en paix de

dîner; il a fallu réchauffer les plats, se serrer et assister, l'arme

au bras, et sans lâcher pied, à l'assaut que la troupe a livré à la

victuaille.

J'ai été me promener à la clarté des étoiles qui brillaient

admirablement.

*

6 _octobre._--Je m'échappe le matin, et pendant ce temps les nouveaux

arrivés se mettent à table pour déjeuner.

J'avais été sur la hauteur revoir la vue de la maison du cousin.

Conversation, promenade sous les noisetiers et dîné à une heure; reste

de la journée assez insipide, à cause du dîner de bonne heure. J'avais

dessiné le matin une vue très étendue, vers la droite, marquée au 6

octobre dans l'album. C'est ce qui m'avait mis en retard.

Après déjeuner, esquivé la première partie de la promenade et acheminé

par le jardin, à moitié chemin du même endroit.

Le matin et dans ce moment, éprouvé les plus douces sensations à la vue

de cette nature.

Le soir, nous nous réfugions dans la salle de billard, éclairée avec

des bougies placées de çà et de là; le bischoff et la partie nous

conduisent jusqu'à onze heures.

*

7 _octobre._--Je sors encore le matin par le jardin dans les coteaux et

le petit bois. Dessiné les soleils.

*

8 _octobre._-- Nous partons à sept heures pour Givry[241]. Beau

soleil; je fais un dernier croquis du terrain qui monte, de la fenêtre

au nord.

Vu La Neuville-au-Bois, pays de La Valette. Vu, j'allais dire revu,

Givry!

Ce lieu, que je ne connaissais que par les récits de tous ceux que j'ai

aimés, a réveillé leur souvenir avec une douce émotion. J'ai vu la

maison paternelle[242] comme elle est, mais, à ce que je suppose, sans

beaucoup de changement; la pierre de ma grand'mère est encore à l'angle

du cimetière, que l'on va exproprier, comme on fait de tout. Cette

cendre n'aura qu'à déménager, comme les marchands qu'on envoie tenir

boutique ailleurs.

Je vois, en arrivant, un vieux Delacroix, en blouse, ancien officier

qui, à mon nom, me presse à plusieurs reprises les mains, presque les

larmes aux yeux.

Je suis dans une mauvaise disposition de santé, et j'assiste au

déjeuner du bon juge de paix sans presque toucher à rien.

L'étang de Givry, etc.;--la halle, etc.

Nous repartons vers dix heures et demie avec le juge de paix; nous

traversons une partie de forêt.

Vu Le Chatellier, origine des Berryer: c'est là qu'étaient les Vauréal.

On me conte leur histoire.

Arrivé à Revigny et parti vers deux heures, seul une grande partie de

la route. J'ai beaucoup joui de ce voyage par le beau temps.

Je couche pour la première fois dans mon appartement du premier.

*

_Paris_, 9 _octobre._--Fait de souvenir deux vues à l'huile de chez

le cousin. J'apprends le soir, par Boissard, la mort de ce pauvre

Chassériau.

*

10 _octobre._--Convoi du pauvre Chassériau[243]. J'y trouve Dauzats,

Diaz et le jeune Moreau[244] le peintre. Il me plaît assez. Je rentre

de l'église avec Émile Lassalle[245].

*

_Augerville._ 11 _octobre._--Parti à sept heures pour Fontainebleau et

arrivé à Augerville vers une heure par un beau temps: première partie

du voyage agréable à traverser la forêt.

Je trouve à Augerville Batta, Cadillan, Richomme et la bru de Berryer:

il va demain et après-demain à Paris.

*

12 _octobre._--Il faut le complément du souvenir pour que la

jouissance soit parfaite, et malheureusement on ne peut à la fois jouir

et se souvenir de la jouissance. C'est l'idéal ajouté au réel. La

mémoire dégage le moment délicieux ou fait l'illusion nécessaire.

*

13 _octobre._--En présence de ce bois, le cri d'une grive éveille en

moi le souvenir de moments analogues et dont le souvenir me plaît plus

que le moment présent.

Le contentement de soi est le plus grand des contentements, et, dans

un sens qui n'est pas si détourné qu'il peut le paraître, on veut

être content de l'opinion que les autres ont de vous. Seulement les

uns puisent ce sentiment dans la vertu, les autres dans les avantages

extérieurs qui attirent les yeux de l'envie.

J'admire cette multitude de petites toiles d'araignée que le brouillard

du matin fait découvrir à l'œil en les chargeant d'humidité. Quelle

quantité de mouches ou d'insectes doivent se prendre dans ces filets

pour nourrir les tissandières, et quelle multitude de ces dernières

offertes à l'appétit des oiseaux, etc.!

*

15 _octobre._--Je rencontre une limace exactement mouchetée comme une

panthère: anneaux larges sur le dos et sur les flancs, devenant des

taches et des points à la tête, près du ventre qui est clair comme dans

les quadrupèdes.

*

17 _octobre._--Je lis dans la _Grèce_[246], d'About: «On peut dire

que le peuple grec n'a aucun penchant pour aucune sorte de débauche,

et qu'il use de tous les plaisirs avec une égale sobriété. Il est

sans passion, et je crois que de tout temps il a été de même, car les

habitudes monstrueuses dont l'histoire l'accuse, etc.»

Il prétend aussi qu'il n'est pas né pour l'agriculture, et je crains

qu'il n'ait raison. «L'agriculture réclame plus de patience, plus de

persévérance, plus d'esprit de suite, que les Hellènes n'en ont jamais

eu, etc.»

*

18 _octobre._--Promenade, avant dîner, avec Richomme et Batta, dans le

petit chemin boisé, au bas des rochers que j'ai dessinés, il y a deux

ans, et revenu par le moulin Baudon. Charmants paysages et effets de

soir.

*

19 _octobre._--Promenade avec Berryer et Cadillan dans la campagne;

plaine du haut. Vu les murs extérieurs du parc.

Cette campagne, toute plate et sans routes sablées, m'a fait un effet

charmant. Le bon Cadillan éprouvait la même chose: il semblait que nous

respirions plus librement.

Berryer me contait le soir que Pariset[247] lui disait que chaque

découverte un peu importante qu'il semblait que l'on fit en médecine,

ne faisait que lui expliquer ou même lui faire comprendre un trait

d'Hippocrate encore obscur.

Tous les soirs, pendant que ces messieurs font leur partie interminable

de billard, je me promène devant le château. J'ai eu au commencement

de la semaine des clairs de lune délicieux. Nous avons eu une éclipse

presque totale qui a donné à la lune cette couleur sanglante qu'on voit

racontée dans les poètes et que Berryer me disait ne pas connaître:

il en est de cela comme de Pariset avec Hippocrate. Les grands hommes

voient ce que le vulgaire ne voit point: c'est pour cela qu'ils sont

des grands hommes; ce qu'ils ont découvert et souvent crié sur les

toits, est négligé ou incompris de ceux à qui ils s'adressent. Le

temps, mais plus souvent un autre homme de leur trempe, retrouve le

phénomène et le montre à la foule à la fin.

Je voudrais me rappeler si Virgile, dans la description de la tempête,

fait tourner le ciel sur la tête de ses matelots, comme je l'ai vu en

allant à Tanger, dans ce coup de vent où le ciel, pendant la nuit,

était sans nuages et où il semblait, à cause des mouvements du navire,

que la lune et les étoiles fussent dans un continuel et immense

mouvement.

*

_Champrosay_, 21 _octobre._--Parti d'Augerville avec Berryer et

Cadillan. Temps magnifique.

J'éprouve toujours cet appétit de la nature, cette fraîcheur

d'impression qui n'est ordinaire que dans la jeunesse. Je crois que la

plupart des hommes ne les connaissent pas. Ils disent: Voilà du beau

temps, voilà de grands arbres, mais tout cela ne les pénètre pas d'un

contentement particulier, ravissant, qui est une poésie en action.

D'Étampes à Juvisy, je voyage avec eux; il se trouve dans le même

wagon cette personne si belle, d'une beauté étrange et faite pour la

peinture. Elle frappe même mes voisins, dont l'un, grand esprit sous

bien des rapports, est Français sous le rapport des sentiments que

j'exprimais là-haut. J'ai fait le lendemain des croquis de souvenir, de

cette belle créature.

Arrivé à Champrosay vers deux heures, Jenny n'avait pas reçu la lettre

par laquelle je la prévenais de mon arrivée.

Le général[248] vient m'inviter pour dîner le lendemain avec

Pélissier[249]. Je refuse aujourd'hui l'invitation de Mme Barbier.

Le dîner que je fais et la sottise de me coucher presque aussitôt après

m'ont rendu malade deux jours.

*

22 _octobre._--Mal disposé et souffrant toute la journée, je me traîne

chez Parchappe et j'assiste à son dîner auquel manquait Pélissier, ne

touchant qu'à un peu de rôti, etc.

*

23 _octobre._--Toute la journée du malaise; je travaille pourtant à

l'_Arabe qui porte la selle à son cheval_[250].

Vers trois heures, promenade dans la forêt avec ma pauvre Jenny, qui

est tout heureuse.

En rentrant, pris de mal de tête violent et d'indisposition. Je me

couche sans dîner.

Mérimée dînait chez Barbier. Je n'ai pu y aller, quoique je voulusse le

consulter sur l'étiquette des réceptions de Fontainebleau.

*

24 _octobre._--Meilleure disposition. Je déjeune un peu. Petite

promenade en pantoufles vers la fontaine de Baÿvet, et petit dîner qui

me réussit.

[240] _Émile Deschamps_ et son frère _Antony_ ont traduit en vers vingt

chants de la _Divine Comédie._

[241] _Givry en Argonne._

[242] Le père de Delacroix était né à Givry, le 15 avril 1741.

[243] _Théodore Chassériau_ (1819-1856) avait été un des admirateurs

et un des imitateurs de Delacroix, bien qu'avec le temps il fût arrivé

à dégager sa personnalité. «Il avait pour amis, écrit Ch. Blanc, la

plupart des écrivains romantiques, tels que M. Th. Gautier, qui lui

soufflaient l'audace, lui conseillaient la fièvre, lui recommandaient

Rubens, Véronèse, Delacroix et le soleil.»

[244] Il s'agit ici de M. _Gustave Moreau_, aujourd'hui membre de

l'Académie des Beaux-Arts.

[245] _Émile Lassalle_, né en 1813, mort en 1871, lithographe, a

reproduit notamment le _Dante et Virgile_ et la _Médée_ de Delacroix.

[246] _La Grèce contemporaine_, qui venait de paraître.

[247] _Étienne Pariset_ (1770-1847), médecin, connu surtout par ses

recherches sur les maladies épidémiques.

[248] Le général _Parchappe._

[249] Le maréchal _Pélissier, duc de Malakoff._

[250] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1317.

* * * * *

1er _novembre._--Café à la mode d'Athènes d'après le livre

d'About: «On grille le grain sans le brûler; on le réduit en poudre

impalpable, soit dans un mortier, soit dans un moulin très serré. On

met l'eau sur le feu jusqu'à ce quelle soit en ébullition; on la retire

pour y jeter une cuillerée de café et une cuillerée de sucre en poudre

par chaque tasse que l'on veut faire, etc. Ainsi préparé, le café peut

se prendre sans inconvénient dix fois par jour: on ne boirait pas

impunément tous les jours cinq tasses de café français. C'est que le

café des Turcs et des Grecs est un tonique _délayé_, et le nôtre est un

tonique _concentré._»

--Ce matin, Haro est venu me voir à Champrosay: je l'ai revu avec

plaisir. Il a déjeuné avec moi, et nous avons beaucoup causé.

--Dîné chez Barbier. Rodakowski m'apprend le retour delà princesse.

--Dans la journée, longue promenade dans la forêt avec Jenny. Revu

nos anciennes promenades. Vu Mainville: ce qui était alors de petits

taillis sont des bois épais. Le beau temps vraiment étonnant qui

éclaire tout cela depuis très longtemps ajoute un agrément infini.

*

3 _novembre._--Revenu de Champrosay. Trouvé à l'embarcadère M.

Talabot[251], revenu avec sa femme et Rodakowski chez Mérimée. Passé

chez Delaroche avant de rentrer.

*

4 _novembre._--Recommandé le neveu de Montfort[252] pour une

demi-bourse vacante à Chaptal.

*

6 _novembre._--Enterrement du pauvre Delaroche[253]. Je suis resté une

heure à la porte de l'église par une gelée intense, et j'ai dû enfin me

sauver avant la fin, tant le froid m'avait pénétré.

Le matin, enterrement aussi triste: celui de Tattet; j'ai revu ce

salon où nous avons passe des moments gais et agréables chez la bonne

Marlière.

Dumas fils et Penguilly[254] me parlaient des effets de la digestion

dans plusieurs cas: un nommé Rougé, athlète de son métier, ne mangeait

rien avant de lutter: il avait alors toute sa force. Penguilly nous

disait que l'étape du matin était excellente et se faisait gaiement,

quand les soldats sont en marche. Le matin, ils partent à jeun. Après

le déjeuner, elle se fait péniblement.

*

10 _novembre._--Dîner du lundi. Panseron nous dit qu'après un travail

de onze mois très assidu, il demandait à Auber un congé[255], se

fondant sur cette assiduité pendant tout ce temps. Auber lui dit:

«Monsieur, quand on a beaucoup travaillé pendant onze mois, il faut

encore travailler pendant le douzième pour ne pas se rouiller et se

tenir en haleine.»

Le soir, vu About[256] chez Mme Cavé.

*

15 _novembre._--Dîné chez Perrier avec Halévy, Auber, Clapisson[257]

très aimable et très prévenant.

*

20 _novembre._--Au _Barbier_, avec le billet d'Alberthe, et plaisir

bien plus vif que je ne m'y attendais.

*

21 _novembre._--Je vais chez Rossini, j'y trouve Danton[258] et

Thierry[259].--Le matin au conseil. Dans la journée chez Chabrier qui

est malade, Saint-René Taillandier, Berryer que je ne trouve pas.

*

22 _novembre._--Thierry vient me trouver à table pour parler de

l'Institut[260].

*

23 _novembre._--Je vais à Saint-Germain dîner chez la bonne Alberthe;

j'y trouve Saint-Germain. Il faudra l'avoir avec elle et Mareste. Je

trouve Hédouin en venant.

*

24 _novembre._--Je pourrais mettre au Salon: le _Petit paysage avec

Grecs_[261], le _Christ_[262] de Troyon, le _Paysage_ que j'ai donné à

Piron et l'_Ovide_ de M. Fould[263].

Je vais à l'ouverture du conseil général.

De là, je retourne chez moi attendre Bornot qui vient me prendre à

trois heures pour le mariage de ses filles[264].

Le soir, en me promenant, je me figure que je pourrai reprendre les

articles sur le _Beau_; il y a plusieurs divisions à faire.....

*

25 _novembre._--Mariage des filles de Bornot: à dîner, près de M.

Barthe[265], il me recommande à la Bibliothèque un très beau manuscrit

des heures d'Anne de Bretagne.

[251] _Paulin Talabot_ (1799-1885), ingénieur, directeur général des

chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, député sous

l'Empire.

[252] _Antoine-Alphonse Montfort_, peintre, élève de Gros et d'Horace

Vernet, né à Paris en 1802, contemporain et sans doute ami de

Delacroix. Il a passé sa vie à peindre des sujets de Syrie, d'Arabie,

de Palestine, etc.

[253] _Paul Delaroche_, dont la santé était altérée depuis quelque

temps, mourut presque subitement le 4 novembre 1856.

[254] _Penguilly L'Haridon._ (Voir t. I, p. 271.)

[255] _Panseron_ (1795-1859) était professeur de chant au

Conservatoire, dont _Auber_ était alors le directeur.

[256] _Edmond About_ (1828-1885) était encore au début de sa carrière.

Indépendamment de la _Grèce contemporaine_ et du _Roi des montagnes_

(1856), il avait publié en 1855 un _Voyage à travers l'Exposition des

Beaux-Arts_ (peinture et sculpture).

[257] _Louis Clapisson_ (1808-1866), compositeur, auteur de nombreux

opéras-comiques.

[258] _Joseph-Arsène Danton_ (1814-1866), littérateur, alors membre du

Conseil supérieur de l'Instruction publique.

[259] _Édouard Thierry_ était à cette époque chargé du feuilleton

littéraire au _Moniteur universel._

[260] Il s'agissait du fauteuil devenu vacant par suite de la mort de

_Paul Delaroche._ Delacroix fut élu membre de l'Académie des Beaux-Arts

le 11 janvier suivant (1857).

[261] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1389.

[262] C'est le tableau du _Christ sur le lac de Genézareth._ «Ce

tableau, dit le _Catalogue Robaut_ (n° 1214), est le premier de la

série. Il figure à l'exposition Durand-Ruel en 1878. C'est celui que le

peintre Troyon avait acheté à la montre du marchand Beugniet, et que

Mme Troyon mère donna comme souvenir, après la mort de son fils, à M.

Frémyn.»

[263] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1376.

[264] Voir, sur la famille _Bornot_, t. I, p. 403, en note.

[265] _Félix Barthe_ (1795-1863), magistrat, qui fut ministre de

l'instruction publique et de la justice sous la monarchie de Juillet et

sénateur sous l'Empire.

* * * * *

1er _décembre._--Boulangé, venu le matin, me donne la

manière de fixer la détrempe pour repeindre à l'huile, ayant le ton

frais de dessous:

Peindre la détrempe avec de la colle coupée: 6 parties d'eau, une

partie de colle. Passer ensuite de l'amidon bien passé et bien battu;

passer lentement avec une brosse large. Pour peindre à la détrempe une

toile à l'huile et par conséquent pour retoucher un tableau à l'huile,

mêler à la détrempe de la bière qu'on rend plus forte en la faisant

recuire.

Le vernis Sœhnée bon pour vernir la détrempe.

*

7 _décembre._--Se rappeler le magnifique sujet mentionné ailleurs,

de _Noé sacrifiant_, avec sa famille, aptes le déluge;... les animaux

se répandent sur la terre;... les oiseaux dans les airs, les monstres

condamnés par la sagesse divine gisant à moitié enfouis dans la vase.

Les branches des arbres distillent encore les eaux et se redressent

vers le ciel.

Ce jour, posé une heure et demie chez Mme Herbelin[266]: Mme Villot

y était. Je vais, en sortant de là, voir M. Mesnard, au Luxembourg.

M. Mesnard me dit qu'il croit que le travail que l'œil et le

cerveau font sur la couleur, contribue beaucoup à la fatigue que

cause la peinture: le fait est qu'il me faut une disposition de santé

complètement bonne pour travailler à la peinture. Pour écrire, ce

n'est pas aussi nécessaire: les idées peuvent me venir, quand je suis

souffrant et que je tiens la plume. À mon chevalet et le pinceau à la

main, ce n'est pas de même.

*

8 _décembre._--Dîné à l'Hôtel de ville pour la clôture du conseil

général. Revenu, bien malgré moi, avec B..., qui ne veut pas me lâcher,

etc.

*

9 _décembre._--Mauvaise disposition et pourtant quelque bon travail sur

le _Saint Jean-Baptiste_[267] que je destine à Robert, de Sèvres.

Je fais une longue promenade de quatre à six heures: Paris me paraît

charmant. De la place Louis XV je traverse les Tuileries pour rentrer

par la rue de la Paix; ce beau jardin est tout à fait abandonné: que de

souvenirs il me rappelle de ma jeunesse!

Le soir, chez Thiers, il n'y avait que Roger[268]. Je vois le portrait

de Delaroche, faible ouvrage, sans caractère et sans exécution. On

peut dire des choses fermes, raisonnables, intéressantes même, et l'on

n'a pas fait cependant de la littérature;... en peinture de même. Ce

portrait flamand, en pied, d'un homme en noir, qu'il me montre, est

admirable et plaira toujours, et cela par l'_exécution._

*

12 _décembre._--Dîné chez Mme d'Annibeau: Gisors, Halévy, Perrier,

Frémy[269], etc., etc.

Le soir, à l'Opéra-Comique, voir l'_Avocat Pathelin_[270].

Causé avec Rouland, qui est très bon et très simple[271].

Mozart écrit quelque part, dans une lettre, à propos de ce principe

que la musique peut exprimer toutes les passions, toutes les douleurs,

toutes les souffrances: «Néanmoins, dit-il, les passions, violentes ou

non, ne doivent jamais être exprimées jusqu'au dégoût, et _la musique,

même dans les situations les plus horribles, ne doit pas affecter

l'oreille, mais la flatter et la charmer, et par conséquent rester

toujours musique._»

*

14 _décembre._--Chez Billault[272]. Vu là Mlle Gérard, peintre, élève

de Delaroche, qui m'a fait de son maître un triste portrait, qui

confirme bien l'opinion que j'en ai toujours eue. Les Bornot y étaient.

Vielliard venu dans la journée.

*

16 _décembre._--Chez Frémy: Gisors, Halévy, les mêmes personnes à peu

près que chez d'Annibeau; Boulatignier[273] y était.

Je m'enrhume dans la journée de la manière la plus sotte.

Je me suis fait rouler dans une grande voiture chez Mme de Forget, pour

voir son plafond[274], chez Andrieu, puis chez Galimard[275], qui m'a

surpris et causé du dégoût, par la quantité de petites machines qu'on

fait jouer, pour faire manquer mon élection.

*

Journal de Eugène Delacroix, Tome 3 (de 3) 1855-1863 · 第 62 / 104 题