Je ne sors pas depuis le départ du cousin. Je défends ma porte et
m'enterre dans ma solitude.
*
28 _juillet._--Repris le travail de l'église avec Andrieu. Il avait
travaillé jusqu'au 17 pour compléter le mois, lorsque j'étais parti
pour Champrosay vers le 2 ou 3.
[217] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1384.
[218] Voir _Catalogue Robaut_, nos 1063-1065.
[219] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1817.
[220] Il est certain que Delacroix préférait encore le père au fils,
qui n'avait alors que trente et un ans.
[221] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1348.
[222] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1442.
[223] Le petit livre de croquis dont il est question ici est celui qui
a été reproduit dans ce Journal, t. I, p. 145. (_Voyage au Maroc._)
[224] Le _cousin Lamey._
[225] _Eugène Leroux_ (1811-1863), lithographe, qui a reproduit
plusieurs tableaux d'après Delacroix et surtout d'après Decamps.
[226] _Saint Sébastien._ (Voir _Catalogue Robaut_, n° 1381.) Delacroix
avait gardé une sincère reconnaissance envers M. Haro, qui, en 1855,
avait vaincu ses résistances et l'avait décidé à exposer. C'est M. Haro
qui avait installé la salle où Delacroix réunit trente-cinq de ses
œuvres choisies, qui furent si remarquées.
[227] Eugène Delacroix, qui avait depuis longtemps ses entrées à la
Comédie-Française, put applaudir ce soir-là MM. _Provost, Geffroy,
Régnier, Got_, Mmes _Nathalie, Bonval_ et _Thénard_ dans la première
pièce, où Mlle _Édile Riquer_ continuait ses débuts par le rôle
d'Henriette, et MM. _Samson, Régnier, Beauvallet, Geffroy_ et Mlle
_Judith_ dans _Amphitryon._ L'administrateur général était alors M.
_Empis._
[228] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1403.
* * * * *
7 _août._--Je ne vais pas à Saint-Sulpice, devant aller au Val[229]
pour la première fois. J'y trouve Chaix[230] et Jalabert[231], avec
lesquels je reviens le soir. J'avais promis un peu à regret à Mme Fould
de revenir samedi.
*
8 _août._--Les plus beaux ouvrages des arts sont ceux qui expriment la
pure fantaisie de l'artiste: de là l'infériorité de l'École française
en sculpture et en peinture, qui fait toujours passer l'étude du
modèle avant l'expression du sentiment qui domine le peintre ou le
sculpteur. Les Français, à toutes les époques, sont toujours retombés
avec des styles ou des engouements d'école suffisants dans cette route,
qui se croit la seule vraie et qui est la plus fausse de toutes. Leur
amour de la raison en tout leur a fait...[232].
*
9 _août._--Après la matinée et travail à l'église, parti à cinq heures
pour Saint-Germain pour aller au Val. Fait route avec M. de Romilly et
sa machine de physique. Mme Fould était en avant avec Pastré. Remonté
dans ma chambre vers dix heures, ce qui est l'habitude de la maison. Je
ne me suis couché qu'à minuit; je me suis promené dans ma chambre et le
petit salon, admirant, mais sans envier le luxe du lieu.
*
10 _août._--Je passe la journée au Val. Je cause dans la bibliothèque
avec Fould[233]. Mme Fould me parle de sa maladie.
Promenade avec elle et Romilly dans la forêt et en voiture. Il fait
toujours une chaleur affreuse depuis plus de quinze jours.
Lagnier vient dîner, il est inconsolable de vieillir. Le jeune Achille
Fould[234] vient aussi et s'en retourne avec nous.
*
15 _août._--J'attendais Louis Fould, qui n'est pas venu. J'ai travaillé
au _Bord de mer de Tanger_, ne pouvant aller à l'église. Je me suis
dispensé du _Te Deum_ et du banquet municipal d'hier jeudi.
Dîné avec Schwiter, rue Montorgueil; le pauvre garçon est tout plein de
ses illustres connaissances: il pourra éprouver des déceptions de ce
côté. Je l'aime beaucoup.
*
18 _août._--J'ai promis à Robert, de Sèvres, un tableau pour un de ses
amis, pour le mois de janvier environ.
*
25 _août._--J'ai reçu la lettre où on me demande lettres et
souvenirs... J'ai éprouvé de la tristesse de cet adieu anticipé.
*
26 _août._--Repris aujourd'hui le tableau de _Jacob_, à
Saint-Sulpice[235]. J'ai beaucoup fait dans la journée: remonté le
groupe entier, etc. L'ébauche était très bonne.
*
27 _août._--Je mène la vie d'un cénobite, et tous mes jours se
ressemblent[236]. Je travaille tous les jours à Saint-Sulpice, sauf les
dimanches, et ne vois personne.
[229] Le _Val Notre-Dame_, ancienne abbaye, propriété de la famille
Fould, située près d Argenteuil.
[230] _Chaix-d'Est-Ange_ (1800-1876), avocat, ancien bâtonnier
de l'ordre, qui devint procureur général en 1857, puis sénateur,
vice-président du conseil d'État. Grand amateur d'art, il réunit dans
ses galeries un certain nombre d'œuvres du plus haut mérite.
[231] _Jalabert_, peintre, né en 1819, élève de Paul Delaroche.
[232] La suite manque dans le manuscrit.
[233] M. _Fould_ fut nommé, en 1857, membre de l'Académie des
Beaux-Arts.
[234] _Achille Fould_, aujourd'hui député des Hautes-Pyrénées.
[235] Les compositions de Saint-Sulpice étaient en train depuis
six années; car le 22 janvier 1850, Delacroix écrivait déjà à son
praticien M. Lassalle-Bordes: «J'ai remis de jour en jour à répondre
à votre bonne lettre, dont je vous remercie bien, parce que j'étais
précisément en travail de me décider sur le sujet de mes peintures
à Saint-Sulpice: oui, mon cher ami, j'en suis encore là; cependant
je suis à peu près fixé, comme vous allez voir. Voici d'abord ce qui
m'est arrivé. La chapelle était celle des fonts baptismaux, les sujets
allaient d'eux-mêmes: _baptême, péché originel, expiation._ Je fais
agréer mes sujets par le curé, et je compose mes tableaux. Au bout de
trois mois, je reçois une lettre à la campagne, qui m'apprend que la
chapelle des fonts baptismaux se trouve sous le porche de l'église, au
lieu d'être dans celle que je devais peindre... La juste colère que
j'en ai ressentie m'a cassé bras et jambes: j'avais beau faire, je ne
pouvais m'occuper que de cela. Enfin, comme il faut que tout finisse,
je crois que nous consacrerons définitivement la chapelle aux Saints
Anges. J'hésite encore entre plusieurs, quoique je les aie à peu près
tous composés. Le plafond sera _l'Ange Michel terrassant le démon._»
(_Corresp.,_ t. II, p. 34.)
[236] Dans une lettre du 24 août 1857, adressée à Constant Dutilleux,
il parle de «son rude travail de Saint-Sulpice qu'il poursuivra
encore tout le mois suivant». Il ajoute: «Ce travail, tant retardé et
interrompu sans cesse, aurait pu être achevé dans cette campagne; mais
la clarté douteuse de la fin de l'automne me forcera à lâcher prise,
mais avec la résolution d'achever au printemps.» (_Corresp._, t. II, p.
147.)
* * * * *
7 _septembre._--Je vois de ma fenêtre un parqueteur qui travaille nu,
jusqu'à la ceinture, dans la galerie; je remarque, en comparant sa
couleur à celle de la muraille extérieure, combien les demi-teintes
de la chair sont colorées, en comparaison des matières inertes. J'ai
observé la même chose avant-hier sur la place Saint-Sulpice, où un
polisson était monté sur les statues de la fontaine au soleil: l'orangé
mat dans les clairs, les violets les plus vifs pour le passage de
l'ombre et des reflets dorés dans les ombres qui s'opposaient au sol.
L'orangé et le violet dominaient alternativement ou se mêlaient. Le ton
doré tenait du vert. La chair n'a sa vraie couleur qu'en plein air et
surtout au soleil; qu'un homme mette la tête à la fenêtre, il est tout
autre que dans l'intérieur; de là la sottise des études d'atelier, qui
s'appliquent à rendre cette couleur fausse.
J'ai vu ce matin le chanteur à la fenêtre, en face de la maison, c'est
ce qui m'a fait écrire ceci.
Je renvoie à Passy ce qui m'avait été demandé...
J'écris aussi au cousin à propos de la lettre de Saint-René Taillandier.
*