Paris, 9 décembre 1830.
... Plus votre congrès tarde à traiter avec les Belges, à leur faire
une proposition susceptible d'être acceptée par eux, plus les
difficultés augmentent. Je crains toujours d'après ce que nous savons
de leurs dispositions, et de _science certaine_, qu'à la suite de
cette déclaration déjà si fâcheuse de l'exclusion de la maison
d'Orange, ils n'en fassent une seconde qui serait encore bien plus
fâcheuse et plus embarrassante pour nous: celle de proclamer Nemours
pour leur roi. Il faut donc se dépêcher, d'accord avec les autres
puissances, de leur offrir un autre choix, sans cela, cette nouvelle
pomme de discorde nous arrivera, d'autant plus que ces malheureux
Belges ont le funeste aveuglement de ne pas craindre la guerre mais de
la désirer, et nous avons de faux esprits ici de même avis qu'eux.
Le _Moniteur_ annonce la nomination du maréchal Mortier comme
ambassadeur en Russie; le roi s'était refusé jusqu'à présent à cette
publication d'après la maussaderie, pour ne pas dire plus, de
l'empereur de Russie; mais dans la circonstance actuelle, il a cru
devoir faire un petit sacrifice personnel en se rendant à l'avis de
son conseil qui était unanime sur cela en faisant l'annonce de cette
nomination dans le _Moniteur_. Pozzo en est dans la joie: il croit que
cela va aplanir beaucoup de choses, surtout jointe à l'ouverture qui
va être faite à l'empereur Nicolas de lui envoyer en mission
extraordinaire une personne qui doit lui plaire et en qui, du moins,
il a eu dans un temps confiance et estime: vous savez sans doute de
qui je veux parler[455].
[455] Le duc de Mortemart.