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Madame de Dino ayant retardé son départ, j'avais laissé là ma lettre
que je reprends, et, dans cet intervalle, quelle grande nouvelle que
celle de la révolution à Varsovie! qu'il me tarde de savoir ce que
vous en pensez à Londres! Ces pauvres Polonais, depuis si longtemps
sacrifiés, m'intéressent, et je crains qu'ils ne soient accablés.
Cependant les noms qui sont à la tête de ce mouvement, me font espérer
qu'il a un peu d'importance. Quant à nous, cela nous donnera
certainement du temps.
Ah! si la Prusse et l'Autriche voulaient bien entendre leurs intérêts,
qu'il serait beau pour l'Angleterre et pour nous d'obtenir un ordre de
choses plus supportable et plus doux pour cette malheureuse Pologne!
L'intérêt pour elle est ici bien vif et bien général.
Les puissances recueillent à présent ce que la Sainte-Alliance a semé,
et si elles ne veulent pas le voir et sentir que pour se maintenir
elles doivent changer leur système, je crains bien que nous ne voyions
l'Europe en feu car elles y seront forcées; et il vaut mieux prévenir;
mais comment espérer qu'elles le feront d'après ce que nous voyons?
Mais cependant, j'espère beaucoup de l'Angleterre et de vous.
Il paraît, d'après les dernières lettres venues de Belgique qu'on y
devient plus raisonnable et plus sage, plus disposé à entrer en
pourparlers et à consentir à ce qui sera possible...
... J'en reste là de ma lettre. Madame de Dino vous dira tout ce que
je n'écris pas; que la translation des ministres au Luxembourg s'est
passée très tranquillement et qu'aujourd'hui, il y a eu une petite
tentative de faite par une centaine de jeunes gens et autres pour
troubler l'ordre au convoi de Benjamin Constant, en criant à la sortie
du Temple pour le faire porter au Panthéon; que la garde nationale a
été parfaite; que le peuple ne s'en est mêlé en rien, et que cela a
été déjoué sur-le-champ. On les a fait taire, et le corps a été porté
au cimetière du Père-Lachaise sans désordre ni rien. C'est un bon
préalable au procès.
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