«Paris, le 28 juillet 1815.
»Monsieur le duc,
»En informant le roi du parti que vous m'assurez avoir irrévocablement
pris, j'aurais voulu, je vous l'avoue, pouvoir lui en justifier les
motifs mieux que vous ne me mettez en mesure de le faire. _Vous êtes
depuis longtemps_, dites-vous, _étranger aux hommes et aux choses de
ce pays_, mais, depuis que vous le revoyez, vous avez dû observer
qu'il y a un grand nombre de personnes qui, pour ne s'en être jamais
éloignées, n'en sont que plus étrangères aux idées d'ordre, de
modération et de sagesse que le roi a conçues et qu'il veut désormais
imposer à son ministère, et vous avez sur elles l'avantage de les
avoir conçues et mises avec talent en pratique dans des pays qui vous
étaient bien plus étrangers et plus nouveaux que la France. Vous voyez
de grandes difficultés, mais, je ne crains pas de vous le dire,
monsieur le duc, en acceptant la confiance du roi, aucun de nous ne
s'est aveuglé, ni sur le présent, ni sur l'avenir. Nous avons vu aussi
les difficultés sans mesure et sans nombre qui, tous les jours et à
tous les instants, doivent mettre notre zèle et notre caractère à
l'épreuve. Cette perspective nous a effrayés, et nous effraye encore;
mais nous avons vu la France accablée de maux, l'Europe environnée de
périls, le cœur du roi en proie à de cruels soucis, et dans de telles
circonstances, nous avons pensé que nous n'avions plus le droit de
choisir. Enfin, monsieur le duc, _vous êtes lié par des intérêts_, et
par des engagements envers un pays que vous avez longtemps servi.
Mais, permettez-moi de vous rappeler que le nom que vous portez a
brillé avec éclat pendant le cours des deux plus beaux siècles de
notre histoire; et ne pensez-vous pas que cette gloire qui lui est
attachée pour toujours, vous impose des obligations que d'autres
devoirs ne seront jamais capables de balancer, et dont il ne peut
aujourd'hui vous être permis de vous affranchir?
»J'ai, comme vous le voyez, différé de répondre à la lettre que vous
m'avez fait l'honneur de m'écrire; vous en concevrez facilement le
motif; j'espérais que quelques-unes de ces idées se présenteraient à
votre esprit, et vous suggéreraient quelque autre détermination.
»Agréez...
»Prince DE TALLEYRAND.»
* * * * *
Je ne ferai qu'une réflexion sur le refus de M. de Richelieu dans
lequel il persista. Ou les raisons qu'il allégua étaient mauvaises
pour refuser le ministère relativement indifférent de la maison du
roi, ou elles étaient valables; et alors comment deux mois plus tard
pouvait-il devenir président du conseil et gouverner la France?
Les refus de MM. Pozzo et de Richelieu obligèrent à donner l'_intérim_
du ministère de l'intérieur au garde des sceaux, M. Pasquier, et celui
du ministère de la maison, au comte de Pradel.
Le roi était rentré le 8 juillet à Paris, et dès le 13, une ordonnance
royale prononçant la dissolution de la Chambre des députés convoquait
les collèges électoraux pour le 15 août. Cette ordonnance est conçue
dans des idées sages et libérales pour l'époque, qui méritent d'être
rappelées.