«Paris, le 20 juillet 1815.
»Mon prince,
»Sa Majesté l'empereur de Russie a bien voulu m'informer de la
conversation que le roi avait eue avec lui à mon sujet. Ne doutant
pas, d'après ce que Votre Altesse m'a fait l'honneur de me dire
l'autre jour, que vous ne soyez, mon prince, la cause des instances
que le roi a faites à l'empereur, j'ai cru devoir vous soumettre les
motifs du parti que j'ai pris irrévocablement, vous suppliant de
vouloir bien en rendre compte au roi.
»Je suis absent de France depuis vingt-quatre ans; je n'y ai fait
durant ce long espace de temps, que deux apparitions très courtes. Je
suis étranger aux hommes comme aux choses, j'ignore la manière dont
les affaires se traitent: tout ce qui tient à l'administration m'est
inconnu. Dans quel temps serait-il plus indispensable de connaître
tout ce que j'ignore que dans celui où nous vivons? Personne n'est
moins propre que moi à occuper une place dans le ministère, nulle
part, et surtout ici. Je sais, mon prince, mieux que personne ce que
je vaux et ce à quoi je suis propre; il m'est parfaitement démontré
que je ne le suis pas du tout à ce qu'on me propose, tellement que si
j'occupais ce poste, je suis assuré que je n'y tiendrais pas six
semaines. Il me serait bien pénible de croire que mon refus pût faire
une impression fâcheuse dans le public; mais je ne pourrais m'en
attribuer la faute, puisque cette nomination a été faite à mon insu,
lorsque j'étais encore à Nancy. Excusez, mon prince, ma franchise,
mais j'ai préféré vous parler à cœur ouvert de la détermination que
j'ai prise. J'ajouterai encore, qu'attaché au service de Russie,
depuis vingt-quatre ans et occupé depuis douze d'un établissement
auquel je tiens extrêmement, je ne puis songer à l'abandonner en ce
moment.
»Veuillez bien, mon prince, mettre aux pieds du roi mes excuses et mes
regrets, et agréer l'hommage des sentiments respectueux avec lesquels
j'ai l'honneur d'être,
»De Votre Altesse,
»Le très humble et obéissant serviteur,
»RICHELIEU.»
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