[Donnée à Cambrai le 28 juin 1815.]
«J'apprends qu'une porte de mon royaume est ouverte, et j'accours.
J'accours pour ramener mes sujets égarés, pour adoucir les maux que
j'avais voulu prévenir, pour me placer une seconde fois entre les
armées alliées et les Français, dans l'espoir que les égards dont je
peux être l'objet tourneront à leur salut; c'est la seule manière dont
j'ai voulu prendre part à la guerre; je n'ai pas permis qu'aucun
prince de ma famille parût dans les rangs des étrangers, et j'ai
enchaîné le courage de ceux de mes serviteurs qui avaient pu se ranger
autour de moi.
»Revenu sur le sol de la patrie, je me plais à parler de confiance à
mes peuples. Lorsque j'ai reparu au milieu d'eux, j'ai trouvé les
esprits agités et emportés par des passions contraires; les regards
ne rencontraient de toute part que des difficultés et des obstacles.
Mon gouvernement devait faire des fautes; peut-être en a-t-il fait. Il
est des temps où les intentions les plus pures ne suffisent pas pour
diriger, où quelquefois même elles égarent; l'expérience seule pouvait
avertir; elle ne sera pas perdue. Je veux tout ce qui sauvera la
France; mes sujets ont appris par de cruelles épreuves que le principe
de la légitimité des souverains est une des bases fondamentales de
l'ordre social, la seule sur laquelle puisse s'établir, au milieu d'un
grand peuple, une liberté sage et bien ordonnée. Cette doctrine vient
d'être proclamée comme celle de l'Europe entière. Je l'avais consacrée
d'avance, par ma charte, et je prétends ajouter à cette charte toutes
les garanties qui peuvent en assurer le bienfait. L'unité du ministère
est la plus forte que je puisse offrir: j'entends qu'elle existe, et
que la marche franche et assurée de mon conseil garantisse tous les
intérêts et calme toutes les inquiétudes. On a parlé dans les derniers
temps du rétablissement de la dîme et des droits féodaux. Cette fable,
inventée par l'ennemi commun, n'a pas besoin d'être réfutée: on ne
s'attendra pas que le roi de France s'abaisse jusqu'à repousser des
calomnies et des mensonges dont les succès ont trop indiqué la source.
Si les acquéreurs des domaines nationaux ont conçu des inquiétudes, la
charte aurait dû suffire pour les rassurer. N'ai-je pas moi-même
proposé aux Chambres et fait exécuter des ventes de ces biens? Cette
preuve de ma sincérité est sans réplique.
»J'ai reçu dans ces derniers temps, de mes sujets de toutes les
classes, des preuves égales d'amour et de fidélité. Je veux qu'ils
sachent combien j'y ai été sensible; et c'est parmi tous les Français
que j'aimerai à choisir ceux qui doivent approcher de ma personne et
de ma famille.
«Je ne veux exclure de ma présence que ces hommes dont la renommée est
un sujet de douleur pour la France, et d'effroi pour l'Europe. Dans la
trame qu'ils ont ourdie, j'aperçois beaucoup de mes sujets égarés et
quelques coupables. Je promets, moi qui n'ai jamais promis en vain,
l'Europe entière le sait, de pardonner, à l'égard des Français égarés,
tout ce qui s'est passé depuis le jour où j'ai quitté Lille, au milieu
de tant de larmes, jusqu'au jour où je suis rentré dans Cambrai, au
milieu de tant d'acclamations. Cependant, le sang de mes sujets a
coulé par une trahison dont les annales du monde n'offrent pas
d'exemple. Cette trahison a appelé l'étranger dans le cœur de la
France; chaque jour me révèle un désastre nouveau. Je dois donc pour
la dignité de mon trône, pour l'intérêt de mes peuples, pour le repos
de l'Europe, excepter du pardon les instigateurs et les acteurs de
cette trame horrible. Ils seront désignés à la vengeance des lois par
les deux Chambres, que je me propose d'assembler incessamment.
«Français, tels sont les sentiments que je rapporte au milieu de vous;
celui que le temps n'a pu changer, que le malheur n'a pu fatiguer, que
l'injustice n'a pu abattre, le roi, dont les pères règnent depuis huit
siècles sur les vôtres, revient pour consacrer le reste de ses jours à
vous défendre et à vous consoler.