SIRE,

Dans mes audiences de congé, j'ai reçu de la part de tous les

souverains, des témoignages des meilleurs sentiments pour Votre

Majesté. Ces audiences n'ont pas été seulement de forme; elles ont été

beaucoup plus longues que celles qui sont ordinairement accordées dans

de semblables circonstances. J'aurai l'honneur d'en rendre compte à

Votre Majesté.

Quoique tout ne soit pas encore achevé, l'empressement que j'ai de me

trouver auprès de Votre Majesté m'avait déterminé à partir demain.

Mais M. de Metternich, M. de Nesselrode, ainsi que le chancelier de

Hardenberg, m'ayant prié de signer avec tous les chefs de cabinet les

protocoles qui contiennent les arrangements arrêtés par le congrès,

j'ai cru devoir céder à leur demande, qui ne retarde mon départ que de

deux ou trois jours. Les protocoles contiendront la rédaction

définitive, à quelques légères modifications près, et qui ne

pourront porter que sur les expressions des articles qui devront

former l'instrument du congrès. Une commission, composée d'un

plénipotentiaire de chaque puissance, sera laissée ici pour mettre ces

articles dans l'ordre convenable, et séparer ce qui fixe les relations

particulières de ce qui tient à l'intérêt général. Je laisserai ici M.

de Dalberg, pour représenter la France dans cette commission. Ce

travail ne durera guère que huit à dix jours, si ces délégués

travaillent avec un peu plus d'assiduité que ne l'ont fait leurs

chefs.

J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté deux lettres de M. le duc

d'Angoulême. J'avais eu l'honneur de lui en écrire une qui,

probablement, est perdue. Nous la retrouverons peut-être quelque jour

dans les journaux français. J'ai adressé par le courrier de ce jour à

milady Castlereagh[235] une lettre pour madame la duchesse

d'Angoulême.

[235] Variante: _à lord_ Castlereagh.

Pour que Votre Majesté ait la collection complète de ma volumineuse

correspondance, j'ai l'honneur de lui envoyer les copies des numéros

que je prévois ne pas lui être arrivés.

Si je n'éprouve pas d'obstacles inattendus, je serai aux ordres de

Votre Majesté à Gand le dimanche 4 de juin.

Je suis...

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No 58.--LE PRINCE DE TALLEYRAND AU ROI LOUIS XVIII.

Vienne, le 27 mai 1815.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 3 · 第 78 / 145 题