A la seconde déclaration qui avait été projetée et dont j'ai eu
plusieurs fois l'honneur d'entretenir Votre Majesté, on est convenu de
substituer un rapport qui remplira le même objet. Ce rapport sera
publié demain dans la _Gazette de Vienne_; il le sera ensuite dans
les différents journaux de l'Allemagne et dans ceux des autres pays,
et on l'a, de plus, imprimé à l'imprimerie de la chancellerie
autrichienne. J'ai l'honneur d'en envoyer plusieurs exemplaires à
Votre Majesté.
Elle verra que ce rapport confirme pleinement les dispositions
manifestées par les puissances dans la déclaration du 13 mars; que les
sophismes de Bonaparte sont réfutés, ses impostures mises au grand
jour. Mais, elle remarquera surtout que l'Europe ne se présente pas
comme faisant la guerre pour Votre Majesté, et sur sa demande; qu'elle
la fait pour elle-même, parce que son intérêt le veut, parce que sa
sûreté l'exige. Non seulement cette manière de faire envisager la
guerre actuelle est la seule exacte, mais de plus, tout le monde pense
que c'est la seule qui convienne à Votre Majesté. C'est la seule qui
ne la mette pas dans une position fausse, à l'égard de ses sujets. Car
rien ne pourrait contribuer davantage à aliéner leurs sentiments, que
l'opinion qu'on leur laisserait prendre sur la cause de la guerre. Il
ne faut pas qu'ils puissent jamais attribuer à Votre Majesté les maux
dont la guerre va les accabler.
Je suis...
_P.-S._--J'ai, conformément aux ordres de Votre Majesté, écrit au
service des souverains, souveraines et archiducs qui sont ici, pour
demander à prendre congé.
J'adresse à M. de Jaucourt les lettres de M. de la Tour du Pin qui
pourront être de quelque intérêt pour Votre Majesté. Celle de M.
d'Osmond[233] qui les renferme, donne quelques détails sur les
affaires dernières d'Italie.
[233] M. d'Osmond était ambassadeur du roi à Turin. On a vu plus
haut que M. de la Tour du Pin s'était rendu de Vienne dans le Midi
de la France où il se flattait de l'espoir d'être utile à la cause
royale. (_Note de M. de Bacourt._)
* * * * *
No 57.--LE PRINCE DE TALLEYRAND AU ROI LOUIS XVIII.
Vienne, le 25 mai 1815[234].
[234] Variante: le _23 mai_ 1815.