Je puis dire aujourd'hui à Votre Majesté toutes les craintes que j'ai
éprouvées depuis huit jours. On avait mis en question si les
circonstances, qui forcent à laisser quelques points indécis, ne
devaient pas déterminer à remettre à un autre temps la signature de
l'acte du congrès. Une intrigue assez forte agissait dans ce sens. Son
objet était de remettre en question des choses décidées et de ne point
prendre de détermination sur plusieurs de celles qui devaient l'être.
Rien n'importait plus aux intérêts de Votre Majesté, que d'avoir son
nom placé dans un acte qui devait annoncer l'union de toutes les
puissances. Aussi, ai-je dû faire tous mes efforts pour atteindre ce
but. J'ai été très bien secondé par l'ambassade d'Angleterre et par
l'Autriche. La signature aura lieu demain ou après-demain.
J'ai l'honneur d'envoyer à Votre Majesté une déclaration adressée par
la Diète helvétique aux ministres accrédités près d'elle, et une
convention signée entre ces ministres et ceux de la Suisse. Votre
Majesté verra que si, dans la déclaration, la Suisse semble vouloir
conserver sa neutralité, son intention qui se trouve clairement
expliquée par la convention, est pourtant de faire tout ce qu'il est
possible d'attendre d'elle pour la cause de l'Europe. L'urgence dont
les généraux de la coalition sont juges, autorisera le passage des
troupes alliées par le territoire de la Suisse. Dans toutes les
lettres reçues hier par les ministres des puissances à Vienne, on se
loue de ce qui a été fait par M. Auguste de Talleyrand pour atteindre
ce but salutaire. Moralement et militairement, la conduite de la
Suisse est regardée, par les alliés, comme leur étant de la plus
grande utilité.
Je n'aurai plus l'honneur d'écrire à Votre Majesté de Vienne. Je vais
me mettre en route et porter à ses pieds l'hommage de mon respect et
de mon dévouement.
Je n'emporte aucun papier avec moi.
Je suis...