SIRE,

Cette lettre est portée à Votre Majesté par un courrier prussien qui

part aujourd'hui.

Je viens d'avoir communication d'une lettre de Bonaparte, écrite tout

entière de sa main à[161] Marie-Louise. Elle est du 11, datée de Lyon,

et annonçant qu'il serait à Paris vers le 21. Cette lettre qu'il a

fait remettre par le général Songeon[162], qui a trahi Votre Majesté,

a été portée par un officier du 7e de hussards nommé Nyon à M. de

Bubna[163], qui l'a fait parvenir ici. Elle est écrite dans deux vues:

la première, de faire croire à son armée et à ses partisans qu'il est

en relation avec l'Autriche; la seconde, de persuader à l'Autriche

qu'il a une immensité de partisans en France. A cette lettre, étaient

jointes une foule de proclamations toutes horribles. Il parle d'une

lettre antérieure, mais qui n'est point parvenue[164].

[161] Variante: à _l'archiduchesse_.

[162] Jean-Marie Songeon, né en 1771, engagé en 1793. Il était

général de brigade depuis 1813. Il prit sa retraite en 1816 et

mourut en 1824.

[163] Ferdinand, comte de Bubna-Littiz, feld-maréchal autrichien,

commandait alors a Turin. Il avait été en 1805 président du

conseil aulique et en 1813 ambassadeur à Paris. Il devint en 1821

gouverneur de l'Italie et mourut en 1825.

[164] Napoléon avait écrit à l'impératrice Marie-Louise une

première lettre datée de Grenoble, le 8 mars.

A Lyon, ses forces étaient composées du 14e de hussards; des 23e, 24e,

5e, 7e et 11e de ligne; chacun de ces régiments n'ayant pas plus de

mille hommes. Cela, joint avec ce qu'il avait déjà, lui donne une

armée au plus de neuf à dix mille hommes. (Je[165] parle à la date du

11.)

[165] Variante: _Il parle_...

On annonçait qu'il se dirigeait vers le Charolais, dont en général

l'esprit ne passe pas pour être très bon. Il était encore à Lyon le

13.

Ici, l'accord est parfait[166]: Votre Majesté peut y compter; je lui

en réponds.

[166] Variante: _complet_.

Pour accélérer les affaires, l'empereur de Russie a proposé de rédiger

en traité particulier entre la Russie, l'Autriche et la Prusse, les

stipulations relatives à la Pologne. Cela a été convenu à la

conférence de ce matin. Cet accord particulier prendra place dans le

traité général.

Le prince souverain des Pays-Bas prend[167] le titre de roi des

Pays-Bas. La notification en sera faite demain, et l'adhésion donnée

le même jour.

[167] Variante: _prendra_.

Nous allons entrer dans les affaires d'Italie, pour lesquelles nous

avons gagné beaucoup de terrain contre Murat.

J'ai obtenu que M. de Schraut, ministre d'Autriche en Suisse, qui a

tenu un fort mauvais langage soit rappelé. Il paraît que ses torts

tiennent à sa santé.

J'envoie en France M. de La Tour du Pin, qui, dans le moment présent,

ne m'est d'aucune utilité. Mon objet est de le faire arriver auprès du

maréchal Masséna; d'encourager le maréchal à prendre possession, pour

Votre Majesté, de tout ce qui a été momentanément occupé par

Bonaparte; de lui faire connaître, sans qu'il puisse jamais en être

effrayé, les dispositions des puissances, et de lui offrir tous les

secours extérieurs dont Votre Majesté jugerait qu'il peut avoir

besoin. On n'agirait, à cet égard, que d'après un ordre formel, signé

par elle.

Je suis...

* * * * *

No V[168].--LE COMTE DE BLACAS D'AULPS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

[168] Cette lettre ne figure pas dans le recueil de M. Pallain.

Bruges, ce 24 mars 1815, à deux heures après-midi, au moment du

départ du roi pour Ostende[169].

[169] Louis XVIII avait quitté les Tuileries le 19 mars à onze

heures du soir; il arriva à Abbeville le 20, y passa la nuit et la

journée suivante, et en repartit le 21 au soir pour Lille, où il

arriva le lendemain à midi. Le 23, il sortit de la ville et gagna

la Belgique. Il passa à Bruges et arriva à Ostende le 24 mars. De

là, il rebroussa chemin sur Gand où il se fixa.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 3 · 第 55 / 145 题