M. le duc de Rohan-Montbazon est arrivé l'avant-dernière nuit et m'a
remis la lettre de Votre Majesté dont il était porteur. Toutes les
mesures étaient prises _plusieurs jours_[160] avant son arrivée, et il
avait trouvé imprimée près du Rhin, la déclaration du 13 de ce mois.
Elle doit être aujourd'hui répandue dans toute la France. J'espère que
son effet sera d'ôter la confiance aux malveillants, et d'en donner
aux hommes fidèles.
[160] Supprimé dans le texte des archives.
Les forces que l'Autriche, la Russie, l'Angleterre, la Prusse, la
Bavière, la Hollande, les États d'Allemagne et la Sardaigne mettront
sur pied, formeront, les garnisons comprises, un total de plus de
sept cent mille hommes prêts à agir dès qu'ils seront requis. Les
Prussiens ont déjà quatre-vingt mille hommes sur le Rhin; les Anglais,
Hollandais, Hanovriens, un nombre semblable. Deux cent cinquante mille
Russes y arriveront à la fin d'avril, avec cinq cent quatre-vingt-dix
pièces de canon. Je crois qu'au lieu de trois armées actives, il y en
aura quatre, dont l'une sous le commandement du maréchal Blücher.
Les puissances souhaitent vivement elles-mêmes qu'aucune partie de ces
forces ne soit nécessaire, et que la France puisse se passer de leur
secours. Mais elles n'attendent pour les donner qu'une demande de
Votre Majesté.
Les papiers que nous avons reçus aujourd'hui de Paris et qui vont
jusqu'à la date du 14 inclusivement, me font espérer que Votre Majesté
ne sera pas obligée de quitter Paris. Dans le cas contraire, ce qui
paraît ici le plus désirable serait qu'elle se retirât, si cela était
absolument nécessaire, vers quelque place du Nord dont elle serait
entièrement sûre, et qu'elle y fut suivie par les deux Chambres et la
partie de l'armée restée fidèle, accrue d'une portion de la garde
nationale; ce qu'il importe le plus d'éviter, étant que Votre Majesté
ne semble isolée, et que cela n'induise à regarder comme distinctes,
sa cause et celle de la nation, qui n'en font qu'une seule et même.
Lord Wellington voudrait déjà être en Belgique, à la tête des troupes
qu'il doit avoir sous ses ordres, afin d'être en mesure à tout
événement, ce qui le rend fort disposé à presser les affaires qui
restent à terminer.
On a trouvé ici des inconvénients au départ de madame de Montesquiou;
et aujourd'hui on voulait l'envoyer à Lintz.
Votre Majesté sera sans doute fâchée d'apprendre que madame de Brionne
est morte hier. Elle avait quatre-vingt-un ans.
Je suis...
* * * * *
No 44.--LE PRINCE DE TALLEYRAND AU ROI LOUIS XVIII.
Vienne, le 23 mars 1815 (au soir).