_P.-S._--Vos idées sur le mariage sont absolument les miennes. Je
verrai venir le général Pozzo di Borgo, et ne hâterai rien.
[50] Charles-Alain-Gabriel, prince de Rohan-Guémené duc de
Montbazon et de Bouillon, né en 1764, émigra en 1791, prit du
service dans l'armée autrichienne où il obtint le grade de
feld-maréchal lieutenant. En 1814, il fut nommé pair de France. Le
congrès de Vienne lui reconnut la souveraineté du duché de
Bouillon, mais elle lui fut contestée par l'amiral anglais
Philippe d'Auvergne. L'affaire, soumise par le congrès à un haut
arbitrage, fut résolue en faveur du prince de Rohan; les arbitres
reconnurent ses droits à une indemnité de la part du roi des
Pays-Bas pour la cession à lui faite du duché. Mais le tribunal de
Liège cassa cette décision. Le prince de Rohan mourut en 1836.
* * * * *
No 28 _bis_.--LES AMBASSADEURS DU ROI AU CONGRÈS,
AU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, A PARIS.
Vienne, le 8 février 1815.
Monsieur le comte,
Le projet sur les arrangements à prendre à l'égard du roi de Saxe et
de son pays, projet proposé par le cabinet autrichien, paraît être
accepté avec quelques modifications. Il est même question que le roi
de Saxe pourrait quitter Berlin, pour venir à Prague, et peut-être à
Vienne, si la cour d'Autriche le désirait.
Si, dans cette situation, on n'a pu obtenir en faveur de la Saxe et de
la Pologne au delà de ce que les résultats ont donné, on ne doit
l'attribuer qu'aux préjugés du cabinet anglais et à la faiblesse de
celui de Vienne. Les difficultés à vaincre étaient infinies; mais la
cause royale, celle de la légitimité et des droits sont sauvées, et la
partie du royaume de Saxe qui est conservée jointe aux territoires des
maisons ducales, présente une masse de deux millions d'habitants, qui
sépare les monarchies prussienne et autrichienne.
Les détails de l'arrangement qui va avoir lieu seront arrêtés d'ici à
quelques jours, et suivront de près cette dépêche qui annonce
préalablement que l'on a levé la principale difficulté à la marche des
affaires du congrès.
Lord Castlereagh part lundi prochain, et pour avoir l'honneur de voir
le roi, il prend la route de Paris et s'embarquera à Calais. Nous
espérons que son départ, et la manière dont lord Wellington se
prononce sur les affaires de Naples, ne nuiront point à cette cause, à
laquelle nous aurons à dévouer tout notre intérêt et tout notre zèle.
Les affaires de Suisse vont être traitées cette semaine. M. de
Metternich annonce une réponse sur celles d'Italie. Les conférences
pour régler les droits de la navigation sur les grands fleuves
continuent; et celles où l'on s'occupera de ce qui concerne
l'Allemagne vont être reprises.
Nous avons, monsieur le comte, à fixer de nouveau votre attention sur
les journaux français, et en particulier sur ce qu'ils rapportent du
prince royal de Suède. Ils le confondent avec Murat, sans avoir égard
à la différence de leur situation et de nos engagements avec eux.
L'état présent de l'Europe, qui a tout à craindre de l'esprit
d'envahissement du cabinet russe et tout à espérer d'un accord unanime
entre les anciens cabinets, nous commande de grands ménagements pour
la Suède, et semble nous faire une loi de ne rien négliger pour vivre
en amitié avec elle.
Nous croyons devoir vous rapporter quelques observations, d'un
caractère presque officiel, adressées à M. de Noailles par M. le comte
de Lowenhielm, plénipotentiaire suédois au congrès.
Nous vous citons ses propres paroles:
«Le ci-devant roi de Suède se propose de passer en France. J'ai lieu
de croire qu'il le désire; les gazettes le disent. Nous avons été
témoins de ce qu'il a fait pour la maison de Bourbon; nous ne saurions
imaginer que le roi de France, dont nous connaissons la générosité,
lui refusât un asile. Nous demandons seulement une communication
quelconque à ce sujet, et nous serons satisfaits.
«Le prince royal est parfaitement établi en Suède, depuis la réunion
de la Norvège. Il a une grande popularité et une grande autorité. Il
veut se lier d'amitié avec la France. Nous demandons de vous fort peu
de chose. Le prince de Suède n'a pas oublié son origine; il aura
toujours un sentiment d'inquiétude; il a besoin de quelques
témoignages de considération: c'est un parvenu enfin, et il en a les
susceptibilités que nous ne saurions empêcher. Mais, il sera sensible
aux moindres égards. Un mot, par exemple, une marque de bonté du roi à
la princesse royale, qui est à Paris, le touchera, et fera le meilleur
effet.
«Vos journaux ne cessent de parler du prince royal d'une manière
inconvenante; de citer les articles qui peuvent lui nuire, avec des
réflexions piquantes. Le département des affaires étrangères, en tout
pays, a de l'influence sur les gazettes. Empêchez donc ces invectives
qui ne viennent pas du cabinet; je vous en réitère la demande, je vous
en conjure.»
Agréez, monsieur le comte...
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No 26.--LE PRINCE DE TALLEYRAND AU ROI LOUIS XVIII.
Vienne, le 8 février 1815.