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No 19 _ter._--LE ROI LOUIS XVIII AU PRINCE DE TALLEYRAND.
Paris, ce 19 janvier 1815.
Mon cousin,
J'ai reçu votre numéro 21. Je n'étais pas en peine de votre opinion au
sujet de l'affaire d'Espagne; mais je suis bien aise de la voir
conforme aux mesures que j'ai prises. Je le suis aussi que M. de
Labrador ne partage pas les idées insensées de son cabinet:
puisse-t-il lui en inspirer de plus conformes à la raison et à ses
véritables intérêts!
J'étais fort content la semaine dernière, mais aujourd'hui, je ne vois
pas sans inquiétude la tendance de lord Castlereagh vers ses anciennes
faiblesses et la versatilité du prince de Metternich. Le premier
devrait songer que ce qui honore un caractère, c'est de se tenir
fermement attaché à ce qui est juste, ou d'y revenir loyalement quand
on a eu le malheur de s'en écarter. Le second oublie qu'augmenter le
lot de la Prusse, c'est affaiblir l'Autriche. Quant à moi, je ne me
prêterai jamais, vous le savez, à la spoliation entière du roi de
Saxe. Je conçois qu'il soit obligé à quelques cessions, mais si l'on
en exigeait qui le réduisissent à n'être plus qu'une puissance du
quatrième ou même du troisième ordre, je ne suis pas plus disposé à y
donner les mains. J'attends avec impatience le résultat de votre
conférence, et je n'en ai pas moins de voir enfin entamer la grande
affaire de Naples.
Nous sommes dans des jours de deuil et de tristesse; j'aurais voulu
être présent aux cérémonies qui auront lieu samedi; la crainte de la
goutte me retient; mais, l'on ne souffre pas moins de les ordonner que
d'y assister. Vous remercierez de ma part M. l'archevêque de Vienne
d'avoir officié lui-même au service. Sur quoi, je prie Dieu qu'il vous
ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde.