Avoecques le roi et moult proçains de li, se tenoit mesires Godefrois

de Harcourt, liquel estoit banis et escaciés dou roiaulme de France,

ensi que vous savés et que dit est en l’istore ichi desus. Chils

Godefrois de Harcourt fu uns chevaliers de grant corage, et moult

vaillans de consel et d’armes, selonch sa poissance, car il fu boisteus

moult fort. Mais pour ce ne demora mies que il ne fust hardis et

entreprendans, et ne daigna onques fuir en bataille; et avoit pris ce

que on l’avoit escachiet hors de France et bani, en grande ingratitude

et desplaisance. Et proposoit que, par envie, fraude et mauvesté, on

li avoit fait ce blame, et que tout estoit pour garder et tenir en

droit et soustenir les coustumes et libertés normandes. Et pour ce

que trop avant il en avoit parlé à l’encontre de la majesté roiale,

on l’avoit pris en indignation, si ques trop volentiers il en veroit,

ce disoit il au roi d’Engleterre et à auquns barons d’Engleterre, son

coer esclarchi et sa contrevengance. Et rendoit grant painne à ce, et

consilloit que li rois d’Engleterre et sa navie presissent terre en

Normendie; et leur disoit que trop bien il les menroit et ou millour

pais, plus rice, plus cras et mieuls pourveus de tous biens qui fust

ou monde. Et disoit ensi: «Sire, de une marée, nous i serons et ne

trouverons honme qui nous contredie.» Li rois d’Engleterre entendoit

as paroles messire Godefroi de Harcourt et les sentoit, contenoit

assés, et trouvoit bien dalés li qui li consilloit à faire; mais son

corage s’enclinoit à ce que ses gens, qui estoient enclos dedens le

chastiel d’Agillon, fuissent réconforté, car il gissoient là en peril

et en dangier. Et respondoit à ce, et disoit: «Godefroi, je sçai assés

que vous me consilliés loiaument, mais il faut premierement entendre

au plus disseteus, et [qant auerons] nous esté par de delà et viseté

Bourdiaus et le pais, jamais en Engleterre ne retournerons, si auerés

veu une partie de vostre desir.»

Ensi se devisoient li rois d’Engleterre et messires Godefrois de

Harcourt ensamble. Et tant vinrent que il se trouvèrent à lor passage,

où toutes les nefs estoient apparillies et cargies, ensi que conmandé

et ordonné estoit. Et euls venu, il n’i sejournèrent point longement,

car il avoient tout pourveu, et vent à volenté. Si entrèrent tout

generaulment en lors vassiaus, et se desancrèrent et entrèrent en la

mer, et levèrent les voilles amont. Et estoit li intention dou roi de

prendre la mer pour aler en Gascongne et à Bourdiaus, mais qant il

furent en la mer et il quidièrent esploitier et avoir le vent pour

euls, ils l’orent tantos si contraire que il ne pooient aler avant.

Et les couvint jesir à l’ancre à l’encontre des isles de Normendie,

et tant que li rois en estoit tous anoieus. Adonc li dist messires

Godefrois de Harcourt: «Sire, soiiés tous certains que Dieus voelt

que nous alons en Normendie. Si vous pri que vous creés Dieu et le

vent, et vous verés proçainnement que vostres besongnes en vaudront

mieuls.»--«Godefroi, respondi li rois d’Engleterre, se li chastiaus

d’Agillon et chil qui sont dedens enclos, estoient en Normendie, je

seroie bien tos consilliés de traire celle part; mais il fault et si

apertient que nous alons à plus digeteus devant, et reconfortons ceuls

qui gissent en dangier et en peril.» A ces paroles respondi messires

Godefrois de Harcourt et dist: «Sire, conment les poés vous faire plus

grande aïe que de entrer dedens le roiaulme de France et tantos, et

faire forte gerre? Vous chevaucerés et tout vostre hoost jusques ens

ès portes de Paris, et jà ne trouverés qui vous empèce, ne contredie

vostre cemin. Et par le voiage que vous ferés ensi parmi le roiaulme

de France, se levera li sièges de devant Agillon; car toutes gens

d’armes, où que il soient, seront mandé pour venir à l’encontre de vous

et vous combattre. Et li dus de Normendie et li grant baron de France,

qui seent devant Agillon, ne seront pas oubliié, ne mis derrière que

il ne soient remandé.» Adonc regarda li rois d’Engleterre sus le conte

de Warvich et le conte de Arondiel, qui estoient dalés li, et lor

demanda: «Que vous en samble de ce que Godefrois de Harcourt conselle?»

Il respondirent: «Sire, nous n’i veons que tout bien, et voirement

dist il verité de une cose: li voiages est lons de chi en Gascongne,

et si avons le vent contraire pour nous, et vous ne poés aler avant ne

esploitier fors que par le vent. Et se vous prendés terre en Normendie,

et cevauchiés avant ou roiaulme de France, de legier, ensi que il

dist, se leveront chil qui tiennent siège devant Agillon.» Adonc dist

li rois: «Or avant, faites tourner deviers Normendie, car nous volons

prendre et aler ce cemin, et Dieux soit sus nostre voiage!» Fₒₛ 109 vº

et 110.

P. 129, l. 12: Cartesée.--_Mss. A 1 à 7, 11 à 14, 18, 19_: Cartasée. Fº

133 vº.--_Mss. A 20 à 22_: Carcassée. Fº 195.

P. 129, l. 17: Kent.--_Mss. A 11 à 14, 18, 19_: Kenk. Fº 128.--_Mss. A

15 à 17_: Ken. Fº 135.

P. 129, l. 24 et 25: mil trois cens quarante cinq.--_Mss. A 18, 19, 23

à 29_: mil trois cens quarante six. Fº 137.

P. 129, l. 29: quatre.--_Mss. A 20 à 22_: trois. Fº 195.

P. 129, l. 32: Durem.--_Mss. A 15 à 17_: Durennes. Fº 135.

P. 130, l. 8: Si pooient.--_Ms. B 6_: Et entrèrent ens le roy son filz,

six contes, vingt deux barons, quatre cens chevaliers et tout en somme

six mille hommes d’armes et douze mille archiés et environ six mille

Gallois. C’estoit grant bieauté à veoir la navire nagier sur mer et

ces ensaignes et ces banières venteler sur la mer. Sy y avoit environ

quatre cens nefs. Là sist le roy sur mer, et fist messire Godefroy de

Harcour estre patron de toute la navire. Fº 294.

P. 130, l. 8: sept mil.--_Mss. A 1 à 33_: quatre mille. Fº 134.

P. 130, l. 9: trois.--_Ms. A 8_: Yrlois. Fº 121 vº.--_Mss. A 15 à 17_:

Yrlandois. Fº 135 vº.

P. 130, l. 14: treize.--_Mss. A 15 à 17_: dix sept. Fº 135 vº.--_Mss.

A 20 à 22_: quatorze. Fº 195 vº.

P. 130, l. 14: Herfort.--_Mss. A 20 à 22_: Harfort. Fº 195 vº.

P. 130, l. 15: Norenton.--_Ms. A 7_: Noreton. Fº 128 vº.--_Mss. A 20 à

22_: Norton. Fº 195 vº.

P. 130, l. 17: Hostidonne.--_Mss. A 1 à 6_: Hastidonne. Fº 134.--_Mss.

A 15 à 17_: Hostidionne. Fº 135 vº.--_Mss. A 23 à 29_: Hontindonne. Fº

153.

P. 130, l. 17 et 18: Askesufforc.--_Mss. A 11 à 14_: Hasquesufford. Fº

128 vº.--_Mss. A 20 à 22_: Acquesuffort. Fº 195 vº.--_Mss. A 1 à 6_:

Stanfort. Fº 134.--_Mss. A 15 à 17_: Kenforth. Fº 135 vº.

P. 130, l. 20: Biaucamp.--_Mss. A 15 à 17_: Beaux Champs. Fº 135 vº.

P. 130, l. 21: Gobehen.--_Mss. A 11 à 17_: Gobehan. Fº 128 vº.

P. 130, l. 22: Ros.--_Mss. A 30 à 33_: Rooz. Fº 181.

P. 130, l. 22: Lussi.--_Mss. A 18, 19, 23 à 33_: Lucy. Fº 137.

P. 130, l. 22: Felleton.--_Mss. A 20 à 22_: Filleton. Fº 195 vº.

P. 130, l. 23: Brasseton.--_Mss. A 15 à 17_: Busenton. Fº 135

vº.--_Mss. A 20 à 33_: Braston. Fº 195 vº.

P. 130, l. 23: Multon.--_Mss. A 30 à 33_: Millon. Fº 181.

P. 130, l. 23 et 24: le Ware.--_Mss. A 1 à 6_: Ware. Fº 134.--Mss. A 7

à 17: la Ware. Fº 128 vº.--_Mss. A 23 à 33_: Labbar. Fº 153.

P. 130, l. 25: Bercler.--_Mss. A 1 à 7, 11 à 14, 18, 19_: Bercles. Fº

134.--_Mss. A 23 à 29_: Barcles. Fº 153.--_Mss. A. 30 à 33_: Barclet.

Fº 181.

P. 130, l. 25: Willebi.--_Mss. A 20 à 22_: Willebry. Fº 195 vº.

P. 130, l. 27: Guillaumes.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14_: Jehan. Fº 134.

P. 130, l. 28: James.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Jaques. Fº 121 vº.

P. 130, l. 28: Audelée.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 23 à 33_: Andelée. Fº

121 vº.

P. 130, l. 29: Wettevale.--_Mss. A 15 à 17_: Westevalle. Fº 135 vº.

P. 130, l. 29: Bietremieus de Brues.--_Mss. A 15 à 17, 23 à 33_:

Berthelemi de Brunes. Fº 135 vº.--_Mss. A 20 à 22_: Bertholomieu de

Brunis. Fº 195 vº.

P. 130, l. 31: nommer.--_Les mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19 ajoutent_:

singulierement. Fº 134.

P. 130, l. 32: Oulphars.--_Mss. A 11 à 14_: Oulfas. Fº 128 vº.

P. 131, l. 14: gras.--_Mss. A 15 à 17_: cras. Fº 135 vº.--_Mss. A 8, 9,

11 à 14_: grans. Fº 122.

P. 131, l. 27: voiage.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: Et pour certain

vous et nous tous en vauldrons mieulx, car nous y trouverons or,

argent, vivres et tous autres biens à grant plenté. Fº 135 vº.--_Ms. B

6_: car il n’i a rien, fontainne ne rivière où jou n’ay esté voller de

mes oisieaulx; et congnois tous les pasages par où on puelt entrer ne

yssir en Normendie. Fº 295.

§ =255=. P. 131, l. 28: Li rois d’Engleterre.--_Ms. d’Amiens_: Li

roys de Franche estoit bien enfourmés de l’arivée le roy englès et

dou grant appareil qu’il avoit fait, mès il ne savoit de quel part

il vorroit ariver. Si avoit garnis tous ses pors de mer et partout

envoiiéz gens d’armes. Et avoit envoiiet son connestable le comte de

Ghines et le comte cambrelent de Tamkarville, qui nouvellement estoit

revenu d’Agillon, à grant fuisson de gens d’armes, en Normendie, qui

se tenoient en le bonne ville de Kem. Et avoit envoiiet l’un de ses

marescaux, monseigneur Robert Bertran, en Constentin, à grant fuisson

de gens d’armez, car il supposoit que messires Godeffroys de Halcourt

poroit bien amenner les Englès celle part. Et avoit envoiiet à Harflues

monseigneur Godemar dou Fay à grant fuisson de gens d’armes, et li

avoit recargiet toutte celle marche mouvant de Harfluez tant c’à

Kalais. Tant singla li roys englèz qu’il ariva à l’entrée d’aoust

en l’ille que on claimme Grenesie, à l’encontre de Normendie, et se

tient celle terre françoise; si le trouva plaine et grasse durement,

et y sejourna sept jours, et l’ardi et essilla tout. Là eut consseil

li roys que il se trairoit en Normendie, et premiers ou boin pays de

Constentin. Si ordonnèrent leurs vaissiaux et leur navie et rentrèrent

ens, et tournèrent lez voilles deviers le Hoge Saint Vast, assés priès

de Saint Sauveur le Visconte, où li marescaux de Franche estoit à bien

deux mil combatans. Tant singla la navie au roy englès qu’il arivèrent

en le Hoge Saint Vast le jour de le Madelainne, l’an mil trois cens

quarante six.

Quant messires Robers Bertrans, marescaux de Franche, entendi que li

roys englèz avoit ars et essilliéz l’ille de Grenesie et pris le fort

castiel qui y estoit, et volloit ariver en Normendie, si manda par

touttez les garnisons gens d’armes et compaignons pour deffendre et

garder le pays, si comme ordonné et coummandé de par le roy li estoit.

Et fist sen asamblée à Saint Salveur, qui solloit estre au dessus dit

monseigneur Godefroy de Halcourt, mès li roys de Franche li avoit tolut

et toutte se terre ossi; et se mist as camps et dist que il veeroit

au roy englèz le passaige. Si avoit li dis marescaux de Franche adonc

avoecq lui pluisseurs chevaliers et escuiers de Normendie, dou Maine,

dou Perce, de le comté d’Allenchon. Si se ordonnèrent li Franchois

bien et hardiement par le fait de leur souverain, seloncq le marinne,

et missent tout devant chiaux qui archiers et arbalestriers estoient.

Quant li roys englès et se navie durent ariver, il trouvèrent cel

encontre. Là fist li roys englès le prinche de Gallez, son fil,

chevalier, et le recoumanda à deux des milleurs chevalierz de son host,

le seigneur de Stanfort, qui revenus estoit nouvellement de Gascoingne

et dou comte Derbi, et monseigneur Renart de Gobehem. Et puis coummanda

li roys à ordonner les archers seloncq le marine et de prendre terre.

Dont s’aroutèrent vaissiel, chacuns qui mieux mieux. Là estoient li

Franchois qui bien s’aquittoient d’iaux veer et deffendre le passaige;

et y eut dur hustin et fort malement, et dura li trais moult longement.

Fº 89.

--_Ms. de Rome_: En ce jour estoit amirauls de la mer et institués

de par le roi et son consel, li contes de Warvich, et connestables,

li sires de Biaucamp, et marescauls, mesires Thomas de Hollandes, et

mestres cambrelens d’Engleterre, li contes de Honstidonne. Et avoit li

rois d’Engleterre en celle flote et route quatre mille hommes d’armes

et douse mille archiers. Adonc furent les nefs tournées au conmandement

et ordenance dou roi, au lés deviers Normendie; et tantos il orent si

plain vent que à droit souhet il euissent assés perdu, et prissent

terre en l’ille de Coustentin, en la Hoge Saint Vast. Dont messires

Godefrois de Harcourt estoit si resjois de ce que il veoit que il

enteroient en Normendie, que de joie il ne s’en pooit ravoir, et disoit

bien: «Nous enterons ou plus cras pais dou monde, ou plus plentiveus,

et si en ferons nostre volenté, car ce sont simples gens qui ne scèvent

que c’est de gerre.» Fº 110.

§ =256=. P. 133, l. 7: Quant la navie.--_Ms. d’Amiens_: Quant li

vaissiaux le roy englès deut approchier terre, il, de grande vollenté,

se mist à deus piés le bort de se nef et s’esquella tous armés et

sailli à terre. Ad ce qu’il sailli, li ungs de ses piés li glicha,

et chei trop durement en dens sus le sablon, tant que li sans li

volla hors dou viaire. Adonc le prissent li chevalier qui dallés

lui estoient, et li dissent: «Sire, sire, rentrés en vostre nef;

vous n’avés que faire de traire avant pour combattre. Nous ferons

bien ceste journée sans vous. Che que vous estez cheus et si dur

blechiés, nous esbahist grandement, et le tenons à mauvais signe.»

Adonc respondi li roys et dist à ses chevaliers qui ces parollez li

avoient dittez: «Signeur, signeur, il n’est miez enssi, mais est

ungs très bons signez, car la terre me desire et connoist que je sui

ses sirez naturelx. Pour ce a elle pris de mon sanc. Alons avant,

ou nom de Dieu et de saint Jorge, et requerons nos ennemis.» De le

responsce dou roy furent chil qui dallés lui estoient, tout sollet,

et dissent entr’iaux que il se confortoit grandement de soy meysmez.

Touttesfois il se tinrent là tant que il fust estanciés, et entroes se

combattoient li autre. Là eut bataille dure et forte, et dura moult

longement. Et prendoient li Englèz terre à grant meschief; car li

Franchois leur estoient au devant, qui lez traioient et berssoient, et

en navrèrent de coumencement pluisseurs, ainschois que il pewissent

ariver. Touttesfois, li archier d’Engleterre moutepliièrent si, et tant

ouniement traioient, que il efforcièrent les Normans qui là estoient,

et les reculèrent. Et prissent terre premierement li princes de Gallez

et se bataille, et puis messires Godeffroit de Halcourt et li comtez

de Sufforch, qui estoit marescaux de l’ost. Là furent li Franchois

reculet, et ne peurent tenir plache, et mis à desconfiture. Et y fu

messires Robers Bertrans durement navrés, et uns siens fils, uns juenez

et mout appers chevaliers, mors, et pluisseurs autrez. Et vous di que

se li Englès ewissent eu lors chevaux, qui encorres estoient en lors

vaissiaux, jà homs ne s’en fuist partis, que il n’ewissent esté ou

mors ou pris. A grant dur et à grant meschief se sauva li marescaux de

France.

Apriès celle desconfiture, ariva li roys englès et tout sen host

paisieulement en le Hoge Saint Vast, et se tinrent là sus les camps

quatre jours en descargant leur navie, et en ordonnant leurs besoingnes

et en regardant quel part il se trairoient. Si fu enssi conssilliet que

il partiraient leur host en trois pars; et yroit li une des parties par

mer pour ardoir et essillier le pays seloncq le marinne, là où il avoit

plenté de cras pays et plentiveus et grant fuisson de bonnes villez,

et prenderoient touttez lez naves et les vaissiaux qu’il trouveroient

sus les frontierrez de le marine. Et li roys et li prinches, ses filz,

yroient à tout une grosse bataille par terre, gastant et essillant le

pays, et li doy marescal, li comtez de Sufforch et messires Godeffrois

de Harcourt, à cinq cens hommez à cheval et deux mil archiers,

reprenderoient l’autre léz de le terre, et chevaucheroient un autre

chemin, et revenroient touttez les nuis en l’ost le roy englès, leur

seigneur. Chil qui s’en allèrent par mer, che furent: messires Richart

de Stamfort, messires Renaux de Gobehen, li sirez de Ros, li sire de

le Ware, messires Loeis de Biaucamp, messires Jehans Camdos, messires

Edouwart de Clifort, li sirez de Willebi et messires Thoumas de

Felleton et pluisseurs aultrez.

Chil chevalier et leurs gens, qui s’en aloient par mer seloncq le

marinne, prendoient touttes les naves, petittez et grandes, qu’il

trouvoient, et les enmenoient avoecq yaux. Archiers et gens de piet

aloient de piet seloncq le marinne d’encoste yaux, et reuboient et

ardoient villettez, enssi qu’il lez trouvoient. Et tant allèrent et

chil de terre et chil de mer que il vinrent à un bon port de mer et à

une moult forte ville que on claimme Blarefleu, et le concquissent, car

li bourgois se rendirent à yaux pour doubtance de mort; mès pour ce ne

demoura mies que toutte la ville ne fust reubée, et pris or et argent

et chiers jeuiaux, car il en trouvèrent si grant plenté que garchon

n’avoient cure de draps fourréz de vair, ne de couvretoirs, ne de telz

coses. Et fissent tous les hommes de le ville yssir hors, et monter en

naves et aller avoecq yaux, pour ce qu’il ne volloient mies que ces

gens se pewissent rassambler, quant il seroient oultre passet, pour

yaux grever. Fº 89.

--_Ms. de Rome_: Qant li rois Edouwars d’Engleterre, qui pour lors

estoit en la flour de sa jonèce, ot pris terre en la Hoge Saint Vast,

en l’ille de Coustentin, et que tout[e] la navie fu aroutée, et toutes

gens issoient de lors vassiaus et saloient sus le sabelon, car la mer

estoit retraite, li rois, qui estoit de grant volenté, mist son piet

sur le bort de sa nef et salli oultre sus la terre; et à ce que il

fist son sault, li piés li gliça et chei si roit sus le sabelon que li

sans li vola hors dou nés à grant randon. Donc dissent li chevalier

qui dalés li estoient: «Sire, retraiiés vous en vostre navie. Vechi un

povre et petit signe.»--«Pourquoi? respondi li rois, mais est li signes

très bons, car la terre me desire.» De ceste response se contentèrent

et resjoirent moult grandement tout chil qui l’oirent. Et issirent,

petit à petit, les Englois hors de la navie, et se logièrent là environ

au mieuls que il porent. Et qant toutes les nefs furent descargies,

le rois d’Engleterre eut consel que on les garniroit de gens d’armes

et d’archiers, et poursievroient tous jours la marine; et puis orent

consel conment il chevauceroient. Il ordonnèrent lors gens en trois

batailles, de quoi li une cemineroit d’un lés, costiant la marine, et

la bataille de l’avant garde chevauceroit sus le pais à destre, et

li rois en milieu de ces batailles; et devoit, toutes les nuis, la

bataille des marescaus retraire ou logeis dou roi. Si conmencièrent à

cevauchier et à aler ces batailles, ensi que ordonné estoient. Chil qui

s’en aloient par mer, selonch la marine, prendoient toutes les naves

petites et grandes que il trouvoient, et les enmenoient avoecques euls.

Archiers et honmes de piet aloient costiant la mer, et prendoient et

enportoient devant euls tout che que il trouvoient. Et tant alèrent

et chil de mer et chil de terre, que il vinrent à un bon port de mer

et une forte ville que on clainme Barflues, et entrèrent dedens; car

li bourgois se rendirent pour le doubtance de mort, mais li chastiaus

n’eut garde, car il est trop fors. Et pour ce ne demora pas que la

ville ne fust courue et roubée de tout ce de bon que il i trouvèrent;

et i trouvèrent or et argent à grant plenté, et [de] lor butin et

pillage, il cargoient lors vassiaus; et fissent entrer en lors vassiaus

tous les honmes aidables de la ville, et les enmenèrent avoecques

euls, afin que ils ne se requellaissent et mesissent ensamble et les

poursievissent. Fº 110 vº.

P. 133, l. 27: sus leur navie.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14_: sur le rivage.

Fº 135.

P. 133, l. 28: quatre cens.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 22_: trois

cens. Fº 135.

P. 133, l. 31: serrant.--_Ms. A 8_: suiant. Fº 122 vº.--_Mss. A 15 à

17_: suivant. Fº 136 vº.

P. 134, l. 13: Barflues.--_Mss. A 7, 15 à 17_: Barfleu. Fº 129

vº.--_Mss. A 11 à 14_: Barefleu. Fº 129 vº.--_Ms. A 8_: Harfleus. Fº

122 vº.--_Mss. A 1 à 6, 18 à 33_: Harefleu, Harfleu. Fº 135.

P. 134, l. 15: reubée.--_Ms. B 6_: car elle n’estoit point framée. Sy

fut toute pillie et arse et destruite, et l’avoir mis ès nefs. Et en

estoient les gouverneurs le conte de Hostidonne et messire Jehan de

Beaucamp. Fº 296.

§ =257=. P. 134, l. 24: Apriès ce que.--_Ms. d’Amiens_: Apriès ce

que la grosse ville de Barefleu fu prise et robée, il allèrent et

s’espandirent aval le pays seloncq le marinne, et faisoient touttes

leurs vollenté[s], car il ne trouvoient nul homme qui leur veast. Et

allèrent tant qu’il vinrent à une bonne ville et riche et grant port

de mer que on claimme Chierebourch, et le prissent et le robèrent en

tel mannierre qu’il avoient fait Barefleu. Et puisedi en tel mannierre

il fissent de Montebourc, d’Avaloingne et touttes autrez bonnes villez

qu’il trouvèrent là en celle marce; et gaegnièrent si grant tresor

qu’il n’avoient cure de draps ne de jeuiaux, tant fuissent bon, fors

d’or et d’argent seullement. Apriès, il vinrent à une moult grosse

ville et bien fremée et fort castiel que on claimme Quarentin, là où

il i avoit grant fuison de saudoiiers et de gens d’armes de par le

roy de Franche. Adonc descendirent li seigneur et les gens d’armes de

leurs naves, et vinrent devant le ville de Quarentin et l’assaillirent

fortement et vistement. Quant li bourgois virent chou, il eurent grant

paour de perdre corps et avoir; si se rendirent sauf leurs corps, leurs

femmes et leurs enfans, maugret lez gens d’armes et lez saudoiiers

qui avoecq yaux estoient, et missent leur avoir à vollenté, car il

savoient bien qu’il estoit perdu davantaige. Quant li saudoiier virent

che, il se traissent par deviers le castiel qui estoit mout fors, et

chil seigneur d’Engleterre ne veurent mies laissier le castiel enssi.

Si se traissent en le ville, puis fissent asaillir au dit castiel

deux jours si fortement, que chil qui dedens estoient et qui nul

secours ne veoient, le rendirent, sauf leurs corps et leur avoir; si

s’en partirent et en allèrent autre part. Et li Englèz fissent leur

vollentés de celle bonne ville et dou fort castiel, et regardèrent

qu’il ne le pooient tenir. Si l’ardirent et abatirent, et fissent les

bourgois de Quarentin entrer ens ès naves, et allèrent avoecq yaux,

enssi qu’il avoient fait les autres. Or parlerons ottant bien de le

chevaucie le roy englès que nous advons parlet de ceste. Fº 89 vº.

Chroniques de J. Froissart, tome 03/13 · 第 36 / 45 段