pour arrêter les progrès des Français et les forcer à lever le siége
d’Aiguillon[137]. Après avoir nommé le comte de Kent[138], son
cousin, gardien du royaume en son absence, il s’embarque vers la
Saint-Jean[139] à Southampton[140] en compagnie du prince de Galles son
fils aîné et de Godefroi de Harcourt. Noms des principaux chevaliers
qui font partie de l’expédition. La flotte anglaise fait voile vers
Bordeaux et la Gascogne, mais les vents contraires la repoussent sur
les côtes d’Angleterre[141]. Godefroi de Harcourt profite adroitement
de cette circonstance pour décider le roi d’Angleterre à débarquer en
Cotentin.--Préparatifs de défense du roi de France[142].--Descente
d’Édouard III à Saint-Vaast-de-la-Hougue[143]. P. 128 à 133, 351 à 360.
[137] Édouard III, dans une lettre du 6 mai 1346 où il demande
des prières et actions de grâces pour les succès remportés en
Guienne par le comte de Lancastre qui lutte contre des forces
écrasantes (magnum et superimmensum exercitum), annonce qu’il
va partir à la tête d’une armée pour porter secours à son
lieutenant. V. Rymer, _Fœdera_, vol. III, p. 81.
[138] Le 25 juin 1346, Édouard III nomme son fils Lionel régent
du royaume pendant son absence. V. Rymer, _ibid._, p. 84.
[139] Édouard III mit à la voile le dimanche 2 juillet. V.
Rymer, _ibid._, p. 85.
[140] L’embarquement eut lieu à Portchester où divers actes
signalent la présence du roi d’Angleterre à partir du 20 juin
1346 (Rymer, p. 83 à 85). Portchester, village du comté de
Southampton, situé sur la côte septentrionale du havre de
Portsmouth, à une lieue de cette dernière ville, avait au
moyen âge un port très-important aujourd’hui comblé par des
atterrissements. Le 2 juillet au soir, Édouard III était à l’île
de Wight, et c’est à dater de ce moment que le sceau spécial, en
usage en cas d’absence du roi, fut remis à la chancellerie.
[141] La flotte anglaise était revenue à son point de départ le
10 juillet, comme le prouve une charte datée de ce jour et donnée
par Édouard III en pleine mer, en vue de l’île de Wight, pendant
un arrêt de sa traversée (Rymer, _Fœdera_, vol. III, p. 85). Le
lendemain 11 juillet, le roi anglais expédia encore une charte
datée du port de Sainte-Hélène, dans l’île de Wight (aujourd’hui
St-Helens, à la pointe orientale de l’île), avant de mettre à la
voile pour Saint-Vaast-de-la-Hougue où il débarqua le lendemain
12 juillet.
[142] La seconde rédaction est la seule où Froissart nous
montre Philippe de Valois opposant dès le début à l’envahisseur
des moyens de défense proportionnés à l’attaque (p. 357).
D’après les autres rédactions (p. 137 et 138, 367 et 368), ces
préparatifs furent faits après coup et quand il était déjà trop
tard. On remarquera qu’ici comme en beaucoup d’autres endroits,
la seconde rédaction, représentée par le manuscrit d’Amiens,
est la plus favorable à la France en général et à Philippe de
Valois en particulier. Il est certain que Philippe de Valois
fit rassembler, à Harfleur et à Caen, un assez grand nombre de
gens d’armes sous les ordres de Raoul, comte d’Eu et de Guines,
connétable de France. Le rôle de la retenue de ces gens d’armes,
parmi lesquels figure le comte de Flandre, nous a été conservé
par une copie de De Camps, portef. 83, fₒₛ 472 à 475, au Dép. des
mss. de la Bibl. nat.
[143] Manche, ar. Valognes, c. Quettehou. D’après la seconde
rédaction, le débarquement d’Édouard III à Saint-Vaast aurait
eu lieu le jour de la Madeleine, c’est-à-dire le 22 juillet (p.
357). Nous voyons par une lettre de Michel de Northburgh, clerc
et conseiller d’Edouard III, qui accompagna le roi anglais dans
cette expédition, lettre rapportée textuellement par Robert
d’Avesbury (_Hist. Ed. III_, p. 123), que ce débarquement se
fit le mercredi 12 juillet. D’après la seconde rédaction aussi,
Robert Bertran, à la tête de deux mille combattants, aurait
essayé de s’opposer à ce débarquement, et il aurait été mis en
déroute après un combat acharné où il aurait reçu une blessure
et perdu l’un de ses fils (p. 357 et 359); mais il n’y a pas
lieu d’ajouter foi à ce prétendu combat dont les deux autres
rédactions et surtout Michel de Northburgh ne disent pas un mot.
Édouard III trouva à Saint-Vaast onze navires dont huit étaient
munis de châteaux devant et derrière; il y fit mettre le feu.
Le roi d’Angleterre se tint six jours en cet endroit depuis le
mercredi 12 jusqu’au mardi 18 juillet; ce temps fut employé à
reposer les troupes, à débarquer les chevaux et à cuire du pain
pour l’armée (_Hist. Ed. III_, p. 123 et 124).
Prise, pillage et incendie de Barfleur[144], de Cherbourg[145], de
Valognes[146], de Montebourg[147] et de Carentan[148]. P. 133 à 136,
360 à 364.
[144] Pendant que l’armée anglaise campait à Saint-Vaast, une
partie de la flotte se rendit le vendredi 14 juillet devant
Barfleur. Les habitants avaient pris la fuite; les Anglais mirent
le feu aux maisons ainsi qu’à neuf navires munis de châteaux
devant et derrière et à deux _crayers_ en bon état qu’on trouva
dans le port, sans compter un certain nombre de petits bateaux.
Michel de Northburg, qui rapporte ces détails (_Hist. Ed. III_,
p. 124), estime que Barfleur est aussi important que Sandwich
(port du comté de Kent, situé à quatre lieues N. de Douvres,
assez important au moyen âge, mais aujourd’hui obstrué par des
alluvions).
[145] D’après Michel de Northburgh (_Ibid._, p. 127), ce fut
la flotte anglaise, et non l’armée de terre qui, après la prise
de Barfleur, alla brûler la ville et l’abbaye de Cherbourg. Le
clerc d’Édouard III dit, comme Froissart (p. 134 et 135), que les
Anglais ne parvinrent pas à s’emparer du château de Cherbourg.
[146] C’est le mardi 18 juillet, d’après Michel de Northburgh,
qu’Édouard III partit de Saint-Vaast pour aller à Valognes, où il
passa la nuit et où il trouva beaucoup de provisions.
[147] Michel de Northburgh ne mentionne pas Montebourg. Jean le
Bel, auquel Froissart a emprunté cette indication, paraît s’être
trompé, en plaçant Montebourg avant Valognes dans l’itinéraire
suivi par Édouard III. Il existait, il est vrai, dès le moyen
âge, une route se dirigeant directement de Saint-Vaast sur
Montebourg; mais Édouard III, qui s’avançait du nord au sud, dut
passer à Valognes avant d’aller à Montebourg.
[148] D’après Michel de Northburgh, Édouard III partit de
Valognes le mercredi matin 19 juillet, et, après avoir marché une
grande journée, arriva le soir au Pont-d’Ouve (aujourd’hui hameau
de la comm. de Saint-Côme-du-Mont, Manche) que les habitants de
Carentan avaient détruit pour s’opposer à la marche des Anglais,
Édouard III fit reconstruire ce pont pendant la nuit, et entra
le lendemain jeudi 20 juillet dans Carentan, qui n’est qu’à une
lieue anglaise du Pont-d’Ouve. On y trouva vivres et viandes en
abondance, mais le roi d’Angleterre ne put empêcher qu’une grande
partie de la ville ne fût brûlée. Michel de Northburgh compare
Carentan, pour l’importance, à Leicester (chef-lieu du comté de
ce nom, à 32 I. N. N. O. de Londres, dont cinq églises anciennes
attestent l’importance, dès le moyen âge).
De Carentan, Édouard III se dirige vers Saint-Lô, mais avant d’y
arriver, il fait halte trois jours sur le bord d’une rivière[149].
Prise, pillage et incendie de Saint-Lô, ville trois fois plus peuplée
que Coutances, dont les habitants, au nombre de huit ou neuf mille, se
livrent surtout à la fabrication des draps. De Saint-Lô, les Anglais se
dirigent vers Caen[150]. P. 136 à 140, 364 à 370.
[149] Le roi d’Angleterre partit de Carentan le vendredi 21
juillet d’après Michel de Northburgh (_Ibid._, p. 124 et 125), et
fit une halte, mais d’un jour seulement, et non de trois comme
le dit Froissart, sur le bord d’une rivière, en un village où se
trouve un pont que les habitants de Saint-Lô avaient rompu. Cette
rivière est certainement la Vire, puisqu’on voit, par une lettre
d’Édouard III à Thomas de Lucy, que le pont dont il s’agit ici
est Pont-Hébert (Manche, ar. Saint-Lô, c. Saint-Jean-de-Daye). Le
roi d’Angleterre fit rétablir ce pont, traversa la Vire, lui et
son armée, le lendemain samedi 22 juillet, et vint camper tout
près de Saint-Lô. Les habitants de cette ville avaient commencé
à la mettre en état de défense; mais les gens d’armes qu’ils y
avaient rassemblés quittèrent la place, à l’approche des Anglais,
sans même attendre l’arrivée des ennemis. Ceux-ci entrèrent
dans Saint-Lô et y trouvèrent bien mille tonneaux de vin, sans
compter une foule d’autres richesses. Michel de Northburgh estime
Saint-Lô plus important que Lincoln (chef-lieu du comté de ce
nom, à quarante-trois lieues N. de Londres; cette ville était, au
moyen âge et avant les guerres civiles, une des plus riches et
des plus populeuses de l’Angleterre).
[150] D’après Michel de Northburgh, il fallut trois journées
de marche aux Anglais pour aller de Saint-Lô à Caen. Édouard
III quitta Saint-Lô le dimanche 23 juillet et passa sa journée
dans une abbaye que Michel de Northburgh ne nomme point
(Cerisy-l’Abbaye), pendant que ses gens portaient le ravage par
tout le pays environnant, à cinq ou six lieues à la ronde. Les
lundi et mardi 24 et 25 juillet, le roi anglais poursuivit sa
marche et campa chaque soir dans les villages; il arriva devant
Caen le mercredi 26 juillet, à trois heures après-midi.
Caen est trois fois plus considérable que Saint-Lô et presque aussi
important que Rouen[151]. Deux riches abbayes, Saint-Étienne[152] et
la Trinité, sont aux deux extrémités de la ville dont le château[153]
est un des plus beaux et des plus forts de toute la Normandie. Robert
de Wargnies est capitaine de ce château, et il a sous ses ordres une
garnison de trois cents Génois. La ville proprement dite est défendue
par les bourgeois renforcés d’un certain nombre de gens d’armes,
commandés par le comte d’Eu, connétable de France et le [sire[154]]
de Tancarville. Au moment où Édouard III arrive devant Caen, sa
flotte[155], qui n’a cessé de suivre tous les mouvements de l’armée de
terre en côtoyant le rivage, vient jeter l’ancre à Ouistreham, havre
situé à l’embouchure de la rivière d’Orne qui traverse Caen, à deux
petites lieues de cette ville. P. 140 et 141, 370 à 372.
[151] «Caame, dit Michel de Northburgh, est la ville plus
grosse que nulle ville d’Engleterre horspris Loundres.» (Robert
d’Avesbury, _Hist. Ed. III_, p. 126 et 127.)
[152] Quoique cette abbaye fût entourée de murs crénelés et
bastilles, les moines l’avaient abandonnée à l’approche des
Anglais. (_Ibid._, p. 125 et 126.)
[153] D’après Michel de Northburgh (_Ibid._, p. 125), et les
_Grandes Chroniques de France_ (éd. de M. P. Paris, t. V, p.
453), Guillaume Bertran, évêque de Bayeux, frère du maréchal de
France Robert Bertran, était au nombre des défenseurs du château
de Caen.
[154] Froissart s’est trompé en donnant dès 1346 à Jean, sire de
Tancarville, vicomte de Melun, le titre de comte qui ne lui fut
conféré par le roi Jean que le 4 février 1352. (Arch. nat., JJ81,
p. 85, fº 101.)
[155] Cette flotte, d’après Michel de Northburgh, était composée
d’environ deux cents navires qui cinglèrent vers _Rothemasse_
(lisez: _Roche Massé_, aujourd’hui la Roche de Maizy, Calvados, à
l’embouchure de la Vire), pendant que l’armée de terre marchait
sur Saint-Lô; les gens d’armes qui montaient ces navires
faisaient des descentes continuelles sur le rivage, pillant et
brûlant le pays à deux ou trois lieues dans l’intérieur. Quand
l’armée de terre, maîtresse de Saint-Lô, reprit sa marche sur
Caen, la flotte anglaise quitta le mouillage de la Roche de
Maizy et mit à la voile pour Ouistreham (Calvados, ar. Caen, c.
Douvres), à l’entrée de la baie de Caen. De la Roche de Maizy
à Ouistreham, sur une étendue de côtes de vingt-six lieues
anglaises, cette flotte captura et brûla soixante onze navires
de guerre français avec château devant et derrière, vingt-trois
crayers, sans compter une foule de petits bateaux de vingt et un
à trente tonneaux de vin (_Hist. Ed. III_, p. 127).
Le comte d’Eu et le [sire] de Tancarville sont d’avis d’évacuer une
partie de la ville et de se retirer de l’autre côté de la Rivière[156],
pour y attendre l’ennemi; mais l’impatience des bourgeois les force
à marcher en avant et à offrir la bataille aux Anglais. L’action
est à peine engagée que ces mêmes bourgeois, saisis de panique, se
livrent à un sauve-qui-peut général[157]. Le comte d’Eu et le [sire]
de Tancarville, impuissants à les retenir au combat, veulent défendre
l’entrée du pont qui réunit deux parties de la ville séparées par la
Rivière, mais ils sont bientôt obligés de se rendre avec vingt-cinq
autres chevaliers à un seigneur anglais nommé Thomas de Holland.
Édouard III, irrité de la perte de cinq cents[158] des siens qui
viennent d’être tués à l’attaque de la ville, se dispose à mettre tout
à feu et à sang pour les venger, lorsque Godefroi de Harcourt, dont il
a fait le maréchal de son armée, réussit à l’en empêcher. Les Anglais
occupent Caen pendant trois jours. Édouard III achète le comte d’Eu
et le [sire] de Tancarville vingt mille nobles à Thomas de Holland,
et charge le comte de Huntingdon[159], commandant de la flotte ancrée
à Ouistreham, de conduire ces deux seigneurs en Angleterre, ainsi
que soixante chevaliers et trois cents riches bourgeois faits aussi
prisonniers à la prise de Caen. P. 141 à 147, 372 à 379.
[156] Par cette rivière _qui keurt parmi le ville de Kem, qui
porte grosse navire_ (p. 145), Froissart semble entendre le bras
de l’Orne, où venait se jeter l’Odon, un peu avant l’intersection
des rues Saint-Pierre et Saint-Jean, et qui, entourant d’eau
de tous côtés le quartier autrefois appelé pour cette raison
_île_ Saint-Jean, le séparait de la _vieille ville_. Ce bras a
été comblé depuis le dernier siècle dans sa partie S. E., entre
l’ancien pont Millet et l’église Saint-Pierre, mais sa partie N.
O., entre le quartier Saint-Jean et le faubourg Saint-Gilles,
sert aujourd’hui, comme au temps de Froissart, de port à la
ville de Caen. Michel de Northburgh, d’accord sur ce point avec
notre chroniqueur, dit que, du côté de l’eau où sont situées
les abbayes de Saint-Étienne et de la Trinité, il ne resta de
défenseurs que dans le château. D’où l’on peut conclure que
la partie évacuée fut la _vieille ville_, dont les habitants
cherchèrent un refuge et essayèrent de se retrancher dans l’_île_
Saint-Jean. Le continuateur de Nangis dit, de son côté, que le
combat eut lieu au milieu de la ville, à l’entrée du pont et un
peu au-dessus, en face de l’église Saint-Pierre. Enfin, d’après
la version très-vraisemblable des _Grandes Chroniques de France_,
le comte d’Eu et le sire de Tancarville ne sortirent du château
qu’au milieu de l’action et pour seconder l’énergique résistance
des habitants. Il résulte de tous ces témoignages concordants que
le fort du combat eut lieu au passage du bras de l’Orne le plus
rapproché du château et à l’assaut de l’ancien pont Saint-Pierre.
[157] Ce que dit Froissart de la lâcheté présomptueuse des
bourgeois de Caen en cette circonstance est une erreur grossière
empruntée à Jean le Bel (_Chron._, t. II, p. 72 et 73). Nos
gens, dit Michel de Northburgh «... avoient _mult affeare_, et
les _Fraunceys_ defendèrent le dit pount _fortment_ et eaux
portèrent _mult bien_...» (_Hist. Ed. III_, p. 126.) La vérité
est que les habitants de Caen, en essayant de défendre contre une
puissante armée leur ville, alors complétement ouverte, firent
preuve d’un courage intrépide et poussé jusqu’à la témérité. Du
côté des Français, cent chevaliers environ et cent vingt ou cent
quarante écuyers furent faits prisonniers avec le comte d’Eu et
le sire de Tancarville; il y eut également beaucoup de morts,
mais on n’en put savoir le chiffre exact, parce que les cadavres
gisaient épars par les rues, maisons et jardins, et qu’ils furent
dépouillés sur-le-champ de leurs vêtements par la rapacité des
vainqueurs.
[158] «Et _nul gentil homme_ mort des noz, rapporte Michel de
Northburgh, fors qe un esquier qe fust blescé et morust deux
jours après.» Cette dernière phrase n’est point précisément en
contradiction avec ce que dit Froissart du dommage éprouvé par
l’armée d’Édouard III à la prise de Caen; car, si un seigneur
seulement succomba, les pertes en archers et simples gens
d’armes purent être relativement assez considérables. N’oublions
pas d’ailleurs que la lettre de Michel de Northburgh, clerc
d’Édouard III, est un bulletin de victoire rédigé au point de
vue de l’effet que l’on voulait produire en Angleterre; or on
sait que le silence sur les pertes des vainqueurs, ou du moins
l’atténuation de ces pertes, est une habitude constante dans les
documents de ce genre.
[159] Le comte de Huntingdon, qui s’était battu à la prise de
Caen, ayant été atteint de la fièvre à la suite de ce combat,
dut regagner l’Angleterre, où il porta la fameuse convention du
23 mars 1338 entre le roi de France et les seigneurs normands
au sujet d’une invasion en Angleterre, dont on avait trouvé le
texte dans le sac de Caen. Jean de Strafford, archevêque de
Canterbury, donna lecture de cette convention dans le cimetière
de l’église Saint-Paul, la veille de l’Assomption, 14 août 1346,
devant toute la population de Londres assemblée, pour surexciter
le patriotisme des Anglais contre la France. _(Hist. Ed. III_, p.
130 à 136.)
Une fois maître de Caen, Édouard III poursuit sa marche
victorieuse[160] dans la direction[161] d’Évreux et de Rouen[162].
Prise, pillage, incendie de Louviers, de Vernon, de Verneuil, de Pont
de l’Arche et de tout le pays environnant par les Anglais. P. 148 et
149, 379 à 382.
[160] Bayeux se rendit le jeudi 27 juillet, c’est-à-dire le
lendemain de l’arrivée d’Édouard III à Caen. V. _Hist. Ed. III_,
p. 127 et 128.
[161] Édouard III passa par Lisieux où il délivra le 3 août à
Annibal de Ceccano, cardinal évêque de Frascati, et à Étienne
Alberti, cardinal prêtre des Saints Jean et Paul, des lettres de
sauvegarde dont le texte a été publié par Rymer (_Fœdera_, vol.
III, p. 88). Nous voyons par une lettre du confesseur d’Édouard
III, dont Robert d’Avesbury cite un fragment (_Hist. Ed. III_, p.
128 et 129), que ces cardinaux, chargés par le pape de traiter de
la paix entre les deux rois, échouèrent complétement dans leur
mission.
[162] Philippe de Valois fit rassembler à Rouen des forces
imposantes et les chargea de se tenir sur la défensive en gardant
la rive droite de la Seine et en détruisant à l’avance tous
les ponts sur le passage de l’armée anglaise. Ce plan permit à
Édouard III de ravager impunément toute la rive gauche du fleuve.
V. _Hist. Ed. III_, p. 129.
CHAPITRE LIX.
1346, 14-25 AOÛT. ÉDOUARD III DANS L’ÎLE DE FRANCE, LA PICARDIE,
LE VIMEU ET LE PONTHIEU; PRÉLIMINAIRES DE LA BATAILLE DE CRÉCY[163]
(§§ 263 à 273).
[163] Cf. Jean le Bel, _Chron._, t. II, chap. LXXI et LXXII,
p. 75 à 80.
Édouard III arrive à Poissy[164] dont le pont a été rompu par les
Français. Incendie de Saint-Germain-en-Laye, de Montjoie[165], de
Saint-Cloud, de Boulogne, de Bourg-la-Reine, par les Anglais.--Frayeur
et murmures des Parisiens: Philippe de Valois se rend à Saint-Denis à
la tête d’une puissante armée, tandis qu’Édouard III se tient à Poissy
où il célèbre solennellement la fête de l’Assomption. P. 149 et 150,
382 à 384.
[164] D’après Michel de Northburgh (_Hist. Ed. III_, p. 136),
Édouard III arriva à Poissy la veille de l’Assomption (14 août)
1346.
[165] Le château de Montjoie était situé dans la forêt de Marly;
il venait d’être démoli lorsque Ducange publia son Dictionnaire.
V. cet ouvrage au mot _Mons Gaudii_.
Rencontre entre l’avant-garde de l’armée anglaise commandée par
Godefroi de Harcourt et des gens d’armes de la Commune d’Amiens[166]
qui se rendent à Paris pour obéir au mandement de Philippe de
Valois; les Amiénois sont mis en déroute. Départ de Poissy[167]
et chevauchée des Anglais à travers le Beauvaisis: incendie de
l’abbaye de Saint-Lucien[168] de Beauvais, malgré la défense expresse
d’Édouard III; halte à Milly[169]; incendie des faubourgs de Beauvais
après un assaut infructueux tenté contre cette ville défendue par
son évêque[170]; halte à Grandvilliers[171]; prise et incendie de
Dargies[172] et de Poix[173]; arrivée des Anglais à Airaines[174].--Sur
ces entrefaites, Philippe de Valois, parti de Saint-Denis à la
poursuite des Anglais, fait une halte à [Coppegueule[175]], à trois
lieues d’Amiens, pour attendre ses gens d’armes qui de toutes parts
accourent le rejoindre. P. 150 à 155, 384 à 388.
[166] Le premier soin d’Édouard III, dès qu’il fut arrivé à
Poissy, fut de faire travailler à la reconstruction du pont rompu
par les Français, pont dont il avait besoin pour passer sur la
rive droite de la Seine. Un certain nombre de gens d’armes à la
tête des contingents fournis par les villes environnantes et
notamment par la Commune d’Amiens, essayèrent, sans doute suivant
l’ordre du roi de France, de s’opposer à cette reconstruction.
Cette tentative échoua: les Français furent repoussés, après
avoir perdu cinq cents des leurs, par le comte de Northampton
(_Hist. Ed. III_, p. 136 et 137). Telle est la version de Michel
de Northburgh rapportée par Robert d’Avesbury. La mention des
gens d’armes de la Commune d’Amiens dans ce récit, d’ailleurs
un peu différent de celui de Froissart, indique clairement que
le clerc d’Édouard III a voulu parler de la même affaire que
Jean le Bel (_Chroniques_, t. II, p. 77) auquel le chroniqueur
de Valenciennes a emprunté cet épisode. Seulement, nous voyons,
grâce au témoignage d’un témoin oculaire et, qui plus est, d’un
ennemi, que Jean le Bel s’est trompé en reprochant durement à
Philippe de Valois (p. 76) de n’avoir rien fait pour s’opposer
à la reconstruction du pont de Poissy par les Anglais; et
Froissart a eu raison de ne pas reproduire les critiques injustes
et passionnées adressées à cette occasion par le chroniqueur
liégeois au roi de France.