[66] Arnaud d’Euze ou d’Evèze, vicomte de Caraman, n’avait pas

encore payé sa rançon à la date du 30 mai 1346; «car à cette

date, dit M. Bertrandy (_Études_, p. 124, note 3), les habitants

de Montricoux (Tarn-et-Garonne, ar. Montauban, c. Négrepelisse),

localité dont Arnaud était seigneur, engagèrent les revenus

communaux de la Devèze et du port de Montricoux, à l’effet de

concourir, pour une somme de 200 livres de petits tournois, au

payement de la rançon de leur seigneur.» Orig., Archives de M. le

vicomte de Malartic.

[67] Le sénéchal de Querci, tué à Auberoche, fut sans doute

Henri de Montigny, qui remplissait encore ces fonctions le 15

août 1435, et dont une lettre de Philippe de Valois au receveur

de Cahors, datée de Vincennes, le 3 février 1347 (n. st.),

mentionne la mort. [Bibl. nat., dép. des mss., Orig. du Cab.

des Titres, au mot _Montigny_.] D’un autre côté, le sénéchal

de Querci était le 27 novembre 1345 Guillaume de Montfaucon,

seigneur du Verdrac, capitaine général et sénéchal de Périgord et

de Querci, à qui le duc de Normandie signifie qu’il a donné au

comte de Périgord toute la terre ayant appartenu, dans le diocèse

de Périgueux, au seigneur de Montfaut, partisan des Anglais.

Bibl. nat., dép. des mss., fonds Doat, vol. 243, fº 158. V.

Bertrandy, _Études_, etc., p. 121, note 1, et p. 129.

[68] Agout des Baux, sénéchal de Toulouse et d’Alby dès 1342,

fut sans doute fait prisonnier à Auberoche, comme l’affirment

Villani et Froissart, car dès le 6 novembre 1345, Girard de

Montfaucon, chevalier, était sénéchal de Toulouse, probablement

au lieu et place d’Agout des Baux (Bibl. nat., dép. des mss.,

_Titres scellés_, vol. I, fº 319); et, d’un autre côté, le 15

janvier 1347 (n. st.) Agout des Baux était redevenu gouverneur

et sénéchal de Toulouse et d’Alby (Bibl. nat., _Titres scellés_,

vol. 9, au mot _Barbazan_).

[69] Le seigneur dont il s’agit ici est Raymond Jourdain de

Tarride, auquel Jean, duc de Normandie donna, en août 1346,

trois cents livres tournois de rente annuelle à asseoir en la

sénéchaussée de Toulouse pour ses services en Flandre et en

Guienne. Arch. nat., JJ82, fº 380, p. 255.

[70] Roger était oncle, d’après la première rédaction (p. 70),

et d’après la troisième (p. 289), frère du comte de Périgord.

[71] Aymar de Poitiers, cinquième fils d’Aymar IV du nom,

seigneur de Chalançon, puis de Veyne le 11 juillet 1345, ne fut

pas tué, mais seulement fait prisonnier à Auberoche; et Jean, duc

de Normandie, par lettres du 25 novembre 1345, confirmées le 31

décembre 1350, lui donna 300 livres tournois en récompense de ses

services (Anselme, _Hist, généal._, t. II, p. 195). Hautecuer de

Poitiers, auquel le duc de Normandie donna, par lettres datées

«ès tentes devant Aiguillon, le 29 avril 1346» cent livres «pour

soi remonter et armer» et qui fut aussi pris par les ennemis à

Auberoche, appartenait sans doute à la même famille que Louis et

Aymar de Poitiers.

[72] Sur cet énigmatique _vicomte de Murendon_ qui aurait été

tué à Auberoche, voyez le t. I de cette édition, p. CCXLV du

sommaire, note 378. «Lo vescomte de Monredon» est mentionné dans

une montre de 1376 parmi les parents de Gaston Phœbus, comte de

Foix. V. _Rôles de l’armée de Gaston Phœbus_ (1376-1378) publiés

par P. Raymond, p. 40. Bordeaux, 1872, in-4º.

[73] Amauri IV, vicomte de Lautrec et seigneur d’Ambres, ne fut

pas tué, mais seulement fait prisonnier; il n’avait pas encore

recouvré sa liberté au mois de mai 1346; il perdit à Auberoche

Pons, sous-sergent d’armes et prévôt de Réalmont, écuyer de sa

suite. Il avait obtenu du roi de France dès le 28 novembre 1345

des lettres de sauvegarde. Dom Vaissète, _Hist. de Languedoc_, t.

IV, p. 255.

CHAPITRE LV.

1345 ET 1346. BRUITS CALOMNIEUX CONTRE ÉDOUARD III.--SECONDE[74]

CAMPAGNE DU COMTE DE DERBY EN GUIENNE[75] (§§ 223 à 235).

[74] Froissart voit, à tort, une seconde campagne de Derby là

où il n’y eut en réalité que la continuation de la campagne

inaugurée par ce capitaine en juillet 1345: c’est une conséquence

de l’erreur qui lui a fait rapporter, d’après Jean le Bel, le

commencement de la campagne à l’année 1344.

[75] Cf. Jean le Bel, _Chroniques_, t. II. chap. LXV, p. 29 à 33

et chap. LXVII, p. 40 à 43.

«Vous[76] avez entendu parler ci-dessus de l’amour d’Edouard III pour

la comtesse de Salisbury. Toutefois, les Chroniques de Jean le Bel

parlent de cet amour plus avant et moins convenablement que je ne dois

faire, car, s’il plaît à Dieu, il ne saurait entrer dans ma pensée

d’inculper le roi d’Angleterre et la comtesse de Salisbury d’aucun

vilain reproche. Si les honnêtes gens se demandent pourquoi je parle

ici de cet amour, qu’ils sachent que messire Jean le Bel raconte dans

ses Chroniques que le roi anglais viola la comtesse de Salisbury. Or,

je déclare que je connais beaucoup l’Angleterre, où j’ai longtemps

séjourné, à la Cour principalement, et chez les grands seigneurs

de ce pays; et pourtant je n’ai jamais entendu parler de ce viol,

quoique j’aie interrogé là-dessus des personnes qui l’auraient bien

su, si jamais il en avait rien été. D’ailleurs, je ne pourrais croire

et il n’est pas croyable qu’un si haut et vaillant homme que le roi

d’Angleterre est et a été, se soit laissé aller à déshonorer une des

plus nobles dames de son royaume et un de ses chevaliers qui l’a servi

si loyalement et toute sa vie: aussi d’ores en avant je me tairai de

cet amour et reviendrai au comte de Derby et aux seigneurs d’Angleterre

qui se tenaient à Bordeaux.»

[76] Ce curieux passage, qui ne se trouve que dans la rédaction

d’Amiens (p. 293), est une réfutation du chapitre LXV de Jean le

Bel.

Vers la mi-mai[77] 1345, le comte de Derby quitte Bordeaux où il

vient de passer ses quartiers d’hiver[78], et, après avoir fait à

Bergerac sa jonction avec le comte de Pembroke, il marche contre

la Réole. Derby reçoit sur sa route la soumission des habitants de

Sainte-Bazeille[79]; il s’empare de la Roche Meilhan[80], et, après

avoir mis pendant quinze jours le siége devant Monségur[81], reçoit

à composition le capitaine de cette forteresse, se fait rendre

Aiguillon[82], emporte d’assaut Castelsagrat[83], après quoi il met le

siége devant la Réole. P. 73 à 80, 293 à 300.

[77] Froissart se trompe. La chevauchée de Derby contre la Réole

est postérieure au 8 octobre 1345, puisque dans des lettres qui

portent cette date et par lesquelles Édouard III donne à Raymond

Seguin la bladerie de la Réole, le roi anglais ajourne l’entrée

en jouissance au moment où la Réole sera retombée entre les

mains des Anglais (_Arch. hist. de la Gironde_, t. II, p. 419;

Bertrandy, _Études_ etc., p. 142).

[78] Derby n’eut pas à quitter Bordeaux, où il n’avait point

passé ses quartiers d’hiver. La bataille d’Auberoche ayant

été livrée le 21 octobre 1345, et la prise de la Réole par

les Anglais étant antérieure au 26 janvier 1346, date d’une

concession faite par Édouard III aux habitants de cette ville,

la chevauchée contre la Réole dut suivre immédiatement l’affaire

d’Auberoche. D’ailleurs, Robert d’Avesbury dit formellement

que Derby, après sa victoire d’Auberoche, poursuivit sans

discontinuer pendant tout l’hiver ses opérations militaires:

«subsequenterque per totum yemem subsequentem ibidem se strenue

gessit.» (_Hist. de mirabilibus gestis Edwardi III_, p.

122.) Froissart lui-même, en mentionnant le passage de Derby

à Bergerac, rend tout à fait invraisemblable son départ de

Bordeaux, tandis qu’au contraire Bergerac est sur le chemin

d’Auberoche à la Réole.

[79] Lot-et-Garonne, ar. et c. Marmande, sur la rive droite de

la Garonne, en amont de la Réole.

[80] Nous identifions _la Roche Millon_ de Froissart avec

Meilhan, chef-lieu de canton de Lot-et-Garonne, ar. de Marmande,

voisin de la Réole. Cette heureuse identification a été proposée

pour la première fois par M. Ribadieu, _Les campagnes du comte de

Derby en Guyenne_, p. 46, note 1.

[81] Jean le Bel, dont Froissart ne fait ici que développer le

texte, dit à propos de Monségur (_Chroniques_, t. II, p. 40):

«et puis aprez le fort chastel et grosse ville de Monségur, qui

siet sur une grosse rivière appellée Lot.» Cette phrase prouve

avec évidence que Jean le Bel et après lui Froissart entendent

parler de Monségur, Lot-et-Garonne, ar. Villeneuve-sur-Lot, c.

Monflanquin, et non de Monségur-Gironde, ar. la Réole, sur la

rive gauche du Drot, comme le suppose M. Bertrandy (_Études_

etc., p. 160). Il est probable que Derby, après sa victoire

d’Auberoche, sépara son armée en deux corps, chargés d’opérer,

l’un sur les bords de la Garonne, l’autre sur les rives du Lot;

au premier, qui avait la Réole pour objectif, reviendraient

les affaires de Sainte-Bazeille et de Meilhan; au second, dont

Aiguillon était le point de mire, devraient être rapportées

les entreprises contre Monségur sur Lot et Castelsagrat. Faute

d’avoir supposé cette division en deux corps d’armée, que les

nécessités stratégiques rendent au moins vraisemblable, Jean le

Bel et Froissart ont été amenés à confondre deux mouvements de

troupes parfaitement distincts et à présenter comme successives

des opérations qui ont pu être simultanées.

[82] Lot-et-Garonne, ar. Agen, c. Port-Sainte-Marie, au

confluent de la Garonne et du Lot. Aiguillon était déjà au

pouvoir des Anglais le 10 décembre 1345, jour où Raoul, baron

de Stafford, sénéchal de Guyenne, y donne à Guillaume de Lunas,

co-seigneur d’Aiguillon, partisan des Anglais, un droit de

péage sur la Garonne et le Lot vendu par Astorg de Lunas, père

de Guillaume, aux frères Sornard traités comme rebelles parce

qu’ils n’ont pas encore abandonné la cause du roi de France.

(Bibl. nat., mss. Bréquigny, t. 28, fº 279). V. Bertrandy,

_Études_ etc., p. 188. Raoul de Stafford était sans doute le

chef du corps d’armée qui avait été chargé d’opérer sur les

bords du Lot avec Aiguillon pour objectif, tandis que Derby

en personne opérait sur la Garonne contre la Réole. Il n’y a

pas de témérité à supposer que ce Guillaume de Lunas, dont il

est question dans la charte de Raoul de Stafford, et un autre

co-seigneur d’Aiguillon, nommé Raimfroid de Monpezat, jouèrent

un rôle décisif dans cette reddition si facile et si prompte

de l’importante forteresse d’Aiguillon. Les faveurs signalées

dont ces deux seigneurs, et surtout celui de Monpezat, furent

comblés par le roi d’Angleterre, autorisent pleinement cette

supposition. En effet, par lettres datées de Westminster le 20

août 1348 (Bibl. nat., mss. Bréquigny, t. 75, fº 210; Bertrandy,

_Études_ etc., p. 154, note 1), Édouard III confirme la donation

faite par Derby à Raimfroid de Monpezat des lieux de _Sancto

Sacerdocio_ (Saint-Sardos, Lot-et-Garonne, ar. Agen, c. Prayssas)

et de _Sancto Damiano_ (_Sanctus Damianus_ désigne Monpezat où

une église était, si elle n’existe pas encore, sous l’invocation

de saint Damien; ce ne peut être _Saint-Amans?_ comme le

suppose M. Bertrandy), toute juridiction au lieu dit de _Podio

Bardaco_ (Pech-Bardat, hameau de la comm. de Lacépède), sur les

paroisses de _Sancte Fidis_ (Sainte-Foi-de-Pechbardat, hameau de

Lacépède; et non _La Fitte_, comme le suppose M. Bertrandy) et de

_Cepeda_ (Lacépède, Lot-et-Garonne, ar. Agen, cant. Prayssas),

des droits pareils dans les paroisses de _Sancto Michaele de

Bas_ (Saint-Michel, auj. hameau de la comm. de Dolmayrac,

Lot-et-Garonne, ar. Villeneuve-sur-Lot, cant. Sainte-Livrade;

et non _Sembas?_ comme le suppose M. Bertrandy) et de _Sancto

Calvario de Reda_ (Rides, auj. hameau de la comm. de Cours,

Lot-et-Garonne, ar. Agen, cant. Prayssas; et non _Saint-Caprais

et Ridès_, comme l’affirme M. Bertrandy); il le réintégra dans

les possessions de ses prédécesseurs au lieu ou territoire de

l’abbaye de Payrinhaco (Pérignac, aujourd’hui hameau de la

commune de Monpezat).

[83] Nous identifions avec Dacier (p. 254 de son édition) et M.

Ribadieu (_Campagnes de Derby_, p. 49, note 1) _Segrat, Sigrat,

Sograt, Segart_ de Froissart (p. 80 et 300) avec Castelsagrat,

Tarn-et-Garonne, ar. Moissac, cant. Valence-d’Agen. L’occupation

de Castelsagrat par les Anglais est postérieure au 21 novembre

1345, jour où dix-sept localités de l’Agenais, parmi lesquelles

figure Castelsagrat, envoient Pierre de Caseton vers le roi

de France avec une lettre de créance; d’un autre côté, elle

est antérieure au 5 avril 1346, car à cette date les consuls

d’Agen, invités à fournir un contingent à Jean, duc de Normandie,

pour le siége d’Aiguillon, motivent leur refus sur ce que les

Anglais occupent plusieurs localités de l’Agenais menaçantes

pour leur ville, entre autres, Castelsagrat (Arch. comm. d’Agen,

BB1; Bertrandy, _Études_ etc., p. 157 et 158). Le 22 juillet

1348, Édouard III donna à Gaillard de Durfort, seigneur de

Blanquefort et de Duras, les bastides et lieux de Miramont et de

_Castelsagrat_, au diocèse d’Agen, de Molières et de Beaumont,

au diocèse de Sarlat (Bibl. nat., mss. Bréquiguy, t. 28, fº 207;

Bertrandy, _Études_ etc., p. 158, note 2 et p. 150).

La garnison qui défend pour le roi de France la ville et le château

de la Réole a pour capitaine un chevalier provençal nommé Agout des

Baux. Après quelques assauts, les habitants de la ville font leur

soumission[84] à Derby au nom du roi d’Angleterre, malgré tous les

efforts d’Agout des Baux, qui se retire alors dans le château avec

ses compagnons. Les assiégeants font miner ce château.--Sur ces

entrefaites, Gautier de Mauny est informé que son père est enterré à

la Réole. Le Borgne de Mauny, père de Gautier, dans un tournoi qui

s’était tenu à Cambrai, avait tué par mégarde un neveu de l’évêque[85]

de cette ville, jeune chevalier de la famille de Mirepoix[86]; et un

jour que le Borgne de Mauny, au retour d’un pélerinage à Saint-Jacques

en Galice, était venu voir le comte de Valois qui assiégeait alors

la Réole[87], il avait trouvé la mort dans une embuscade et par une

vengeance des parents du jeune chevalier tué à Cambrai.--Agout des Baux

rend le château de la Réole au comte de Derby, moyennant que lui et ses

compagnons, originaires de Provence, de Savoie et du Dauphiné, pourront

aller où bon leur semblera et conserveront leurs armes[88]. P. 80 à 91,

300 à 309.

[84] La rédaction d’Amiens, en prêtant à la ville de la Réole

aussi bien qu’au château une résistance énergique (p. 301),

s’écarte plus de la vérité que les deux autres rédactions, car

il résulte de plusieurs documents authentiques, et notamment

des termes d’une donation faite par Derby le 26 janvier 1346

(_Archives historiques de la Gironde_, t. I, p. 302; Bertrandy,

_Études_ etc., p. 162 et 163), que les habitants de la Réole

se soumirent d’eux-mêmes et de bonne grâce: _sponte et gratis

ad fidelitatem et obedienciam veniendo_. Derby se montra

reconnaissant. Par acte daté de la Réole le 26 janvier 1346, il

affranchit de tous droits d’octroi, dans la ville de Bordeaux,

les vins recueillis sur les vignobles appartenant aux habitants

de la Réole dans le ressort et district de cette ville (Bibl.

nat., mss. Bréquigny, t. 28, fº 95; Bertrandy, _Études_ etc., p.

163, note 1.)

[85] Ce prélat se nommait Pierre de Lévis; il était le troisième

fils de Guy de Lévis, seigneur maréchal de Mirepoix et d’Isabel

de Montmorency-Marly. Le neveu de l’évêque, qui fut tué par

le Borgne de Mauny dans le tournoi dont il s’agit, s’appelait

Roger de Lévis; il était fils de Jean de Lévis, premier du nom,

seigneur de Mirepoix, et de Constance de Foix. Froissart commet

un anachronisme, en disant que Pierre de Lévis était _de ceux

de Buch_ (p. 85 et 306), car le premier mariage qui unit les

maisons de Grailly-de-Buch et de Foix est de 1343. (V. Bertrandy,

_Études_, p. 205.)

[86] Les Lévis-Mirepoix et les Mauny portaient les mêmes armes:

_d’or à trois chevrons de sable_. Ce fut sans doute cette

similitude qui, selon l’ingénieuse hypothèse de M. Lacabane,

fit dégénérer le tournoi de Cambrai en un combat à outrance

entre Roger de Lévis et les trois frères de Mauny. V. Bertrandy,

_Études_, p. 205 à 208.

[87] Le siége de la Réole par Charles, comte de Valois, est

de l’an 1324. Le 14 novembre 1325, Charles le Bel accorda

des lettres de grâce à Jean de Lévis, chevalier, seigneur de

Mirepoix, frère de Roger de Lévis, sur le fait de la mort de

Jean, dit le Borgne de Mauny, et de Mathieu dit Le Monnier tués:

«in exercitu nostro Vasconie novissime preterito vel prope dictum

exercitum.» Arch, nat., JJ62, p. 505.

[88] Sur Agout des Baux, sénéchal de Toulouse, voyez plus haut,

p. XVII, note 68.

Prise de Monpezat[89], de Castelmoron[90] et de Villefranche[91] en

Agenais par Derby,--de Miramont[92], de Tonneins[93] et de Damazan[94]

par les gens d’armes de Derby. P. 91 à 94, 309 à 312.

[89] D’après la rédaction de Rome (p. 310), les habitants de

Monpezat ne soutinrent pas de siége et se rendirent simplement à

Derby. Cette dernière version est plus vraisemblable que celle

que Froissart, dans ses deux premières rédactions (p. 91 et 309),

avait empruntée à Jean le Bel (t. II, p. 41). Il est probable

que la reddition de Monpezat, comme celle d’Aiguillon, fut due

à l’influence de Raimfroid, seigneur de Monpezat et co-seigneur

d’Aiguillon. Les donations dont nous avons vu plus haut que ce

chevalier fut comblé par Derby, donations qui furent confirmées

par Édouard III le 4 septembre 1347 (Bibl. nat., mss. Bréquigny,

t. XXVIII, fº 123) et le 20 août 1348, ces donations, dis-je,

furent sans doute la récompense de ces deux signalés services.

[90] Aujourd’hui Castelmoron-sur-Lot, Lot-et-Garonne, ar.

Marmande. La rédaction de Rome (p. 310) ne mentionne pas cette

prise de Castelmoron par Derby, racontée par Froissart d’après

Jean le Bel qui l’attribue à une ruse d’Alexandre de Caumont.

Quoiqu’en dise M. Ribadieu (_Les campagnes du comte de Derby_,

p. 55, note 1), il y avait d’étroites relations entre Caumont et

Castelmoron, comme le prouve une donation faite le 21 janvier

1339 par Jean, roi de Bohême, à Pierre de Galart, des biens

que «... Arnaut de Cautrain, rebelles du roy nostre sire à

Caumont, a ou puet avoir ou lieu de _Chastiau Mauron_.» Arch.

nat., sect. hist., JJ63, fº 193, p. 247. D’après un registre des

délibérations communales d’Agen, Castelmoron fut pris par les

Anglais le 8 janvier 1347.

[91] Aujourd’hui Villefranche-du-Queyran, Lot-et-Garonne, ar.

Nérac, c. Casteljaloux.

[92] «Quant li contes Derby, dit Froissart (p. 93) eut fait sa

volenté de Villefrance, il chevauça vers Miremont, _en raproçant

Bourdiaus_.» Ces dernières expressions prouvent qu’il s’agit de

Miramont, Lot-et-Garonne, ar. Marmande, c. Lauzun.

[93] Lot-et-Garonne, ar. Marmande.

[94] Lot-et-Garonne, ar. Nérac.

Le comte de Derby met le siége devant Angoulême[95] dont les habitants

prennent l’engagement de se rendre, s’ils ne sont pas secourus dans

un mois.--Tentatives infructueuses des Anglais contre Blaye[96],

Mortagne[97] en Poitou, _Mirabel_[98] et Aulnay[99]. Reddition

d’Angoulême et rentrée de Derby à Bordeaux. P. 94 à 96, 312 et 313.

[95] Cette expédition de Derby en personne dans l’Angoumois à la

fin de 1345 et au commencement de 1346, est une erreur historique

où Froissart a été induit par la désignation chevaleresque et

romanesque donnée par Jean le Bel à Agen que le chroniqueur

liégeois (t. II, p. 42) appelle «la cité d’Agolem ou d’Agolent»,

sans doute en souvenir du siége fabuleux soutenu dans cette ville

par le sarrazin _Agolant_ contre Charlemagne (v. plus bas, p.

XXIX, note 124). Du reste la prise d’Agen en 1345 par Derby dans

Jean le Bel n’est pas plus exacte que celle d’Angoulême dans

Froissart. Il faut dire toutefois que ce dernier chroniqueur

a pris soin de se corriger lui-même, en ne mentionnant pas ce

siége et cette reddition imaginaires d’Angoulême dans la dernière

rédaction de ses Chroniques, c’est-à-dire dans le texte de Rome

(p. 311 à 313). Il appert de titres authentiques que le Limousin

(Arch, nat., JJ76, p. 290), la Saintonge (Arch. nat., JJ76, p.

321, fº 195 et fº 166), notamment les châtellenies de Soubise

et de Taillebourg (Arch. nat., JJ77, p. 34) et même le Poitou

(Arch. nat., JJ77, p. 51) et l’Angoumois (Arch. nat., JJ75, p.

6), il appert, dis-je, de plusieurs titres authentiques que

le Limousin, la Saintonge, le Poitou et l’Angoumois furent le

théâtre d’escarmouches nombreuses et d’hostilités continuelles

entre Français et Anglais pendant les derniers mois de 1345 et

les premiers mois de 1346; mais il n’est nulle part question du

siége et de la prise d’Angoulême par les Anglais. Dans tous les

cas Derby, dont la présence à cette époque dans le Périgord,

l’Agenais et le Bordelais est attestée par les documents les

plus dignes de foi, ne put diriger en même temps, du moins en

personne, les hostilités dans la Saintonge et l’Angoumois.

[96] Quoique la rédaction de Rome, en général plus exacte que

les autres, mentionne la prise de Blaye par les Anglais (p.

311), il y a lieu de préférer ici par exception la version des

deux premières redactions (p. 94 à 96, 311) et de Jean le Bel

(_Chroniques_, t. II, p. 42). En effet, par un acte du 3 août

1348, signalé et publié par M. Bertrandy (_Études_, p. 231,

note 1), Édouard III donne à Guillaume Sanche de Pomiers, en

récompense de ses services, le lieu de _Mountasetz_ (aujourd’hui

Montanceix, Dordogne, ar. Périgueux, c. Saint-Astier, comm.

Montrem), et cette concession doit durer: «... quamdiu locus

de Blavia in rebellione nostra persteterit.» Bibl. nat., mss.

Bréquigny, t. XXVIII, fº 239.

[97] Pierre Clari, et non Boucicaut, comme le dit Froissart (p.

95), était capitaine de Mortagne le 23 septembre 1345, car à

cette date il reçut de Jean Chauvel, trésorier des guerres, «...

sur ses gages et de ses gens d’armes et de pié ou dit lieu, sous

le gouvernement de M. l’evesque de Beauvez, lieutenant du roy ez

parties de la Langue d’oc, Poitou, Xaintonge, Limousin et lieux

voisins, cent vingt trois livres tournois. A Pons, 23 septembre

1345.» Bibl. nat., dép. des mss., Titres scellés de Clairambaul,

au mot _Clari_. V. Bertrandy, _Etudes_ etc., p. 101.

[98] Sans doute Mirebeau ou Mirebeau-en-Poitou, Vienne, ar.

Poitiers. Par une charte inachevée et non datée, mais qui

paraît être de la fin de 1345 par la place qu’elle occupe dans

un registre du Trésor des Chartes où presque toutes les pièces

remontent à cette date, Jean de Marigny, évêque de Beauvais,

lieutenant du roi en Languedoc, Poitou, Saintonge et Limousin,

accorde des priviléges aux habitants de _Mirabel_, en récompense

de leur fidélité. Arch. nat., sect. hist., JJ74, p. 564.

[99] Aulnay ou Aulnay-de-Saintonge, Charente-Inférieure, ar.

Saint-Jean-d’Angély. La résistance du château d’Aulnay est

confirmée par des lettres de Philippe de Valois accordées le 16

février 1348 (n. st.) en faveur de Pons de Mortagne, vicomte

d’Aulnay, pour la bonne garde et défense «... de son chastel

d’Aunay, assis à trois lieues près de Saint Jehan d’Angely,

lequel nos ennemis prendroient et assaudroient volontiers, et

plusieurs fois se sont efforciez de prendre et assaillir.»

Bibl. nat., dép. des mss., Parlement 12, fₒₛ 293 vº et 294. V.

Bertrandy, _Études_, p. 233.

CHAPITRE LVI.

1344. BANNISSEMENT DE GODEFROI DE HARCOURT.--1345. MORT DE JACQUES

D’ARTEVELD ET DU COMTE DE HAINAUT.--1346. JEAN DE HAINAUT EMBRASSE LE

PARTI DE PHILIPPE DE VALOIS[100] (§§ 236 à 240).

[100] Cf. Jean le Bel, _Chroniques_, chap. LXVI, p. 35 à 37.

Godefroi de Harcourt, frère du comte de Harcourt et sire de

Saint-Sauveur-le-Vicomte en Normandie, s’attire la haine de Philippe

de Valois qui le bannit du royaume[101]. Godefroi de Harcourt se

réfugie d’abord en Brabant[102] auprès du duc Jean son cousin; plus

tard il passe en Angleterre[103] où il fait hommage à Édouard III qui

l’accueille favorablement et lui assigne une pension. P. 96 et 97, 313

et 315.

[101] L’arrêt de bannissement, entraînant la confiscation des

biens de Godefroi, est du 15 juillet 1344 (Arch. nat., sect.

jud., X 8837, fº 204 vº). V. Delisle, _Histoire du château et des

sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte_, p. 56 et _Preuves_, p. 105.

Valognes, 1867, in-8.

[102] L’exil de Godefroi semble avoir commencé au plus tard en

1343, comme en témoigne une charte originale datée du château

d’Aerschot, le 6 mai de cette année. Godefroi possédait cette

seigneurie du chef d’Alix de Brabant sa mère. V. Delisle,

_Ibid._, p. 59 et _Preuves_, p. 96.

Chroniques de J. Froissart, tome 03/13 · 第 2 / 45 段