Leurs grands bonds sont de 1.500, 2.004 métros (Farman), 2.500, 3.925

mètres, 12 kilom. 750 m. (Delagrange, le 30 mai, à Issy-les-Moulineaux).

Farman prend un passager (M. Archdeacon) et l'enlève pendant un

parcours de 1.241 mètres, à Gand (Belgique), le jour même où

Delagrange fait près de 13 kilomètres à Issy. Ensuite, cessant de

raser le sol, il monte à 12 m. de hauteur, plus du tiers de l'altitude

atteinte par les frères Wright l'année précédente (30 mètres).

Le mois suivant (juin), Delagrange renchérit sur ses précédents

exploits à Milan, par un aviat de 14 kil. 270 m. d'une durée de 18

minutes.

Moins de 15 jours plus tard, Farman, à Issy, dépasse son rival et

s'adjuge le _record du monde_ de durée par 20' 20" d'aviat à Issy.

Deux mois plus tard, le 6 septembre, Delagrange, sur le même terrain

d'essais, le dépassera par une sustentation de 29' 53" en couvrant 24

kilom. 727 m. et le 17 du même mois, par une durée de 30' 27".

Mais le même jour au camp d'Auvours, Wilbur Wright vient d'avier 32'

47" durant: et la veille, il s'est soutenu 39' 18" dans l'air.

Pendant que son frère Orville, à Fort-Myers (E.-U.), devant le «Signal

corps», commençait à démontrer au gouvernement des États-Unis les

capacités de leur biplan, Wilbur Wright s'était, en effet, rendu en

France pour y faire au camp militaire d'Auvours des expériences non

moins démonstratives.

Pendant ces quatre derniers mois de 1908, les biplans américains

pilotés par Orville et Wilbur Wright vont écraser _provisoirement_

l'école française parleurs prouesses progressives.

C'est en vain que Farman, sur son biplan 1 _bis_ (type du biplan

Voisin) tiendra l'air 43' et rouvrira 43 kilomètres à la même allure

que les Wright en 1905 (57 à 58 kilomètres à l'heure), Orville, à

Fort-Myers, avie 1 h. 2', puis 1 h. 15' 20" du 9 au 12 septembre. À

cette date, il reste dans l'air 9' 6" avec un passager (record du

monde), le Comm. Squiero. Mais six jours plus tard, le 18 septembre

1908, aviant avec le lieutenant Selfridge, la rupture d'une des deux

hélices de son biplan le précipite sur le sol; il se blesse

grièvement; son passager est tué net.

Lilienthal et Pilcher étaient morts en 1896 et 1897 des chutes de

leurs aéroplanes sans moteur. Selfridge fut, après eux, la première

victime de l'aviation mécanique.

Cependant, le terrible accident d'Orville ne réduit en rien la

hardiesse de Wilbur Wright, qui bat, huit jours plus tard, au camp

d'Auvours, le record de durée de son frère par 1 h. 31' 25" d'aviat

continu (record du monde à cette date: 21 septembre 1908).

Enlevant successivement MM. Frantz-Reichel, Fordyce et M. Painlevé de

l'Institut, pendant des durées de 55', de 1 h. 4 et de 1 h. 9, il bat

ses propres records comme à plaisir.

Le 18 décembre il dépasse les 42 kilomètres de parcours de Farman par

99 kilomètres. Farman monte en vain le 31 octobre à 25 mètres

au-dessus du sol de Bouy; le 13 novembre, au camp d'Auvours, Wilbur

monte à 60 mètres, le 16 décembre, il atteint 90 mètres et le 18 du

même mois 115 mètres d'altitude! Le même jour, il a tenu l'air 1 h.

54'! Enfin, le 31 décembre, il clôture triomphalement la campagne de

1908 par un splendide aviat de 2 h. 20' 23" en accomplissant un

parcours de 124 kilom. 700! (Records du monde de durée et de

distance).

L'école française de Ferber-Voisin-Blériot serait complètement battue

cette année-là sans les qualités de souplesse et de _praticabilité_

qui la caractérisent, car Farman la sauve glorieusement de cette

complète défaite par le premier voyage accompli de ville à ville: de

Châlons à Reims (le 30 octobre). Et le lendemain (31 octobre),

Blériot accentue cette belle revanche par le premier voyage de ville à

ville _aller et retour avec escales_: Toury-Artenay, en dépassant les

vitesses de Wright (14 kilomètres en 11', soit 21 mètres à la seconde;

75 kilomètres à l'heure).

Wilbur détient presque tous les records, mais il est cloué à son camp

d'Auvours, tandis que le type du biplan de Voisin et celui du monoplan

de Blériot sont les libres oiseaux de l'air, et les personnes les plus

étrangères à l'aviation entrevoient, pressentant que l'école

française, plus pratique et plus sûre que l'école américaine,--plus

élégante aussi par ses monoplans,--sera bientôt capable de rivaliser

avec son aînée du Nouveau Monde.

Dès les premiers beaux jours de 1909, en effet (le 31 mai), Blériot

renouvelle ses libres aviats par le retentissant voyage de Toury à

Château-Gaillard et retour sur son monoplan nº XI.

Le 13 juillet, il gagne le prix du voyage de l'Aéro-Club de France, en

ajoutant à ses précédentes randonnées celle de Mondésir (Étampes) à

Chevilly (Orléans), avec escale à Arbouville (41 kilom. 200 m. en

44').

Cinq jours après, Paulhan, sur un biplan Voisin: l'_Octavie nº 3_,

reprend le record de la hauteur aux Wright, par un aviat de 150 mètres

d'altitude (record du monde à cette date).

Le lendemain Latham, autre intrépide aviateur de l'école française,

sur un monoplan qui va glorieusement rivaliser avec celui de Blériot,

l'_Antoinette nº 4_, créé et construit par la «Société Antoinette»,

tente la traversée de la Manche.

Puis Paulhan va de Douai à Arras (biplan Voisin). Six jours après,

Blériot reprend la tentative de Latham et franchit le détroit de

Calais à Douvres en 27'!

Deux jours après, Hubert Latham échoue dans cette même traversée,

tombant à un mille de Douvres, victime d'une _panne_ de son moteur;

mais cet échec est presque aussi méritoire qu'un succès, car

l'aviateur arrivait littéralement au port.

Le 7 du mois suivant (août), Henri Farman sur son biplan Farman, né du

biplan Voisin, reprend aux Wright le _record du monde_ de durée par 2

h. 27' 15" d'aviat... et le 25 du même mois, Paulhan, à Bétheny, sur

son biplan Voisin: l'_Octavie nº 3_, reprend aux Américains et à

Farman les records du monde de durée et de distance, par 133 kilom.

676 m. en 2 h. 43'.

Sont-ce les biplans français, est-ce les Voisins frères, qui battent

seuls, sous quelque nom que ce soit, l'école américaine? Non pas!

Latham entre aussi en lice à Bétheny et conquiert le record du monde

de distance sur Paulhan par 154 kilom. 620 m. d'un seul aviat (26

août), sur l'_Antoinette nº 4_.

Farman (type de biplan Voisin) s'élance dès le lendemain et se fait à

son tour attribuer les records du monde de durée et de distance par

180 kilom. en 3 h. 41' 56" d'aviat continu!

Il faut qu'un nouvel Américain: Glenn Curtiss, intervienne pour

s'emparer de la Coupe Gordon-Bennett en dépassant de vitesse tous les

autres aviateurs, mais son appareil, d'abord intermédiaire entre les

Wright et le Voisin, s'est finalement plus rapproché du type français

que du type américain, et cette victoire américaine est presque une

victoire française, par cela même, quant à l'appareil tout au moins.

Dépouillé du record de la distance par Farman, Latham se console de

cette reprise en dépouillant à son tour Paulhan du record du monde de

la hauteur par un aviat de 155 mètres d'altitude qui termine les

victoires de la grande semaine de Reims.

À Brescia, le 9 septembre, Glenn Curtiss conquiert encore un record du

monde, celui du lancement en 80 mètres. Mais six jours plus tard,

notre Santos-Dumont le lui reprend par un lancement en 70 mètres à

St-Cyr, sur son monoplan _Baby_, le plus petit aéroplane du monde.

À Berlin, le 18 septembre, Orville Wright enlève à Latham le record

du monde de la hauteur par une ascension de 172 mètres. Mais deux

jours après, sur biplan Voisin, Rougier lui reprend brillamment ce

record par un aviat de 198 mètres d'altitude.

La grande semaine de Port-Aviation (Juvisy) est toute au profit de

l'école française. Il faut l'exploit du comte de Lambert: Juvisy-Paris

et retour à Juvisy, sur biplan du type Wright, avec passage au-dessus

de la tour Eiffel (400 mètres d'altitude) pour «sauver l'honneur» de

l'école américaine, car le 3 novembre Henri Farman sur son biplan

(type de biplan français Voisin) s'adjuge encore les records du monde

de distance et de durée par 234 kilom. 212 m., parcourus d'un seul

aviat, et 4 h. 17' 53" de sustentation sans arrêt!

Mais, en outre, dans la première quinzaine de décembre à Mourmelon,

sur son monoplan _Antoinette_, Latham atteint 475 mètres d'altitude

(officiellement contrôlé) par un vent de 15 mètres à la seconde! Tous

les records étrangers, sauf un, celui de la vitesse par Glenn Curtiss,

sont battus!

* * * * *

Quel est en résumé le bilan des six années d'aviation américaine, et

de ces trois années d'aviation française, à quelques mois près[36] (à

la fin de 1909)?

[Note 36: Le premier aviat mécanique des frères Wright est du

17 décembre 1903.--Le premier aviat français contrôlé est du

23 octobre 1906 (Santos-Dumont, à Bagatelle).]

Les aéroplanes, biplans ou monoplans, qui se contentaient d'abord de

raser le sol des champs de manoeuvres ou aérodromes à 1, 2, 3, ou 5

mètres de hauteur se sont élevés jusqu'à près de 500 mètres

d'altitude.

Ils ont quitté leurs lieux d'évolutions démonstratives pour s'élancer

à travers les campagnes, aller de ville à ville et revenir à leurs

points de départ, avec ou sans escales, planant sur les villages, sur

les grandes villes avec une superbe quiétude.

Les quelques mètres, si timides, de leurs premiers parcours sont

oubliés. On a compté par centaines de mètres, puis par kilomètres

franchis. Les records de distance sont aujourd'hui de centaines de

kilomètres.

Les aéroplanes ont avié quelques secondes, puis quelques minutes. Des

quarts d'heure, ils ont passé aux demi-heures, puis aux heures. On

avie désormais toute une matinée ou tout un après-midi durant. La

fatigue du pilote, le froid ou l'épuisement de la provision d'essence

et d'huile obligent seuls les biplans ou monoplans à reprendre contact

avec la terre.

On roulait pendant des kilomètres sans réussir à s'enlever

complètement en 1906, tandis que, à la fin de 1909, c'est en moins de

cent mètres, en 80 mètres, ou 70 mètres qu'un aéroplane quitte la

terre.

Quant aux vitesses, elles ont passé de 8, de 10, de 12, à 15, 16, 18,

et 21 mètres à la seconde. On fait en aviant, de 65 à 80 kilomètres à

l'heure.

Sont-ce là prouesses exceptionnelles? Le classement des aviateurs fait

par l'Aéro-Club de France, en novembre 1909, pour l'attribution du

_prix de la tenue de l'air_, répond à cette question d'une manière

éclatante et démontre que le problème de l'aviation est positivement

résolu.

Il a coûté la vie à Lilienthal, à Pilcher, au lieutenant Selfridge, à

Lefebvre, au commandant Ferber, perte plus désolante que toutes les

autres, enfin, plus récemment, à une série d'autres..., et l'on ne

compte plus les contusionnés ou les blessés, on ne compte plus surtout

les appareils brisés dans les aviats. Mais, est-ce à dire que

l'aviateur pilotant un aéroplane risque à chaque instant son

existence? Les milliers de kilomètres parcourus dans l'air au cours de

milliers d'aviats, démontrent surabondamment qu'il n'en est rien.

On est trop porté encore à croire que le pilote d'un aéroplane est à

la merci d'une panne de moteur ou d'un trouble quelconque de

l'atmosphère. Il est impossible, assurément, d'avier par de très

mauvais temps, comme il est dangereux pour un navire d'être dans

l'ouragan. Les oiseaux eux-mêmes se mettent à l'abri quand le vent

souffle en tempête. Mais par des vents modérés, ou même assez frais,

les aéroplanes évoluent fort bien, et le «coupage de l'allumage» à de

hautes altitudes (plus de 1.000 mètres) pour descendre en «vol plané»

est aujourd'hui une manoeuvre accomplie à plaisir par tous les

aviateurs exercés.

Ceux-ci ne sont pas encore très nombreux, mais après les

principaux,--en tête desquels il faut placer les frères Orville et

Wilbur Wright, Farman, Santos-Dumont, Blériot, Paulhan, Latham, le

comte de Lambert, Glenn Curtiss, Tissandier, Delagrange, Sommer,

Rougier, Cody, Gobron, Château, Gaudart,--qui ont piloté par un vent

de 20 mètres à la seconde,--et Bunau-Varilla,--il y a plus d'une

cinquantaine de pilotes déjà connus par leurs essais; sans compter

ceux qui existent à l'étranger, et que nous ignorons.

Avant peu, le nombre décès aviateurs sera-t-il doublé, quadruplé, ou

décuplé?... on ne saurait le prévoir. Le bilan des débuts de la

locomotion aérienne par le plus lourd que l'air est trop déroutant en

raison de la rapidité des résultats obtenus, pour permettre des

conjectures rationnelles à cet égard.

Ce que l'on constate, aisément, en revanche, par les épreuves de la

France et de l'étranger, c'est qu'un fort petit nombre d'aviateurs,

toujours les mêmes, accomplit tous les exploits d'aviation.

Est-ce parce que ces pilotes ont sur leurs émules une supériorité

considérable? Oui, _dans une certaine mesure_, notamment pour des

intrépides comme Santos-Dumont, Henri Farman, les Wright, Latham,

Paulhan, Blériot, le comte de Lambert, etc., =mais aussi parce que les

appareils qu'ils montent sont particulièrement favorables à leurs

prouesses=.

Il y a entre l'appareil et le pilote une étroite relation de cause à

effet, qui s'exerce avec réciprocité. «TEL APPAREIL, TEL PILOTE» est

un axiome d'aviation. Et, inversement, nous exposerons plus loin

comment, dans une large mesure, la part du pilote doit être faite pour

expliquer les succès des appareils.

Pour conclure sur ce bilan, contentons-nous à présent, après avoir

noté la grande prépondérance d'un très petit nombre de pilotes, de

constater,--non sans surprises peut-être,--que le nombre des types

d'appareils victorieux est encore bien plus restreint. Il se réduit,

en effet, à _quatre_, qui ne sont même réellement que TROIS, si l'on

met tout à fait à part, comme il y a lieu, le merveilleux _Baby_ de

Santos-Dumont.

Ici le bilan de l'aviation que nous avons dressé sans omettre la

moindre épreuve marquante s'impose avec la rigueur inéluctable du fait

matériel: les seuls appareils qui ont exécuté les grandes prouesses de

la glorieuse conquête de l'air, sont ceux de quatre créateurs

constructeurs: les frères Wright, les frères Voisin, Blériot et la

Société Antoinette.

Les appareils Farman, Delagrange, Rougier, Paulhan, Sommer, etc., sont

tous, en effet, du type Voisin, comme les appareils du comte de

Lambert et de Tissandier sont du type Wright. Les biplans de la

Herring-Curtiss et C^o, nous l'avons dit, sont mixtes: mi-partie

Voisin et Wright, mais toutefois plus Voisin que Wright.

Seuls, Blériot et la Société Antoinette ont des monoplans bien

distincts, quoique fort cousins.

À l'étranger, sauf de rares exceptions, les appareils qui peuvent

avier réellement dérivent encore directement du type Voisin ou du type

Wright. Il ne s'ensuit pas que les autres types actuellement en essais

ne donneront point de résultats équivalents ou même supérieurs, mais

quant à présent, tous les éclatants succès de l'aviation sont dus à

quatre types d'aéroplanes: les biplans des Wright et de Voisin; les

monoplans de Blériot et de la Société Antoinette.

Il convient, en outre, de noter à la gloire de ces quatre

créateurs-constructeurs, qu'ils ont accompli avec une rapidité

vraiment stupéfiante des travaux presque sans équivalents dans

l'histoire universelle des inventions et de la construction.

En moins de trois ans, de 1907 à 1909, la «Société Antoinette» n'a pas

construit moins de huit modèles de monoplans ayant tous avié.

Blériot est à son treizième type de monoplan.

Le _Baby_ est le Santos-Dumont nº 20.

Les Wright ont créé eux-mêmes une belle série de biplans de leur type.

L'Herring-Curtiss et C^o est dans le même cas.

Quant aux frères Voisin, ils ont établi plus de vingt-cinq types

d'aéroplanes depuis trois ans, sans compter les innombrables essais

ignorés auxquels ils doivent aussi la maîtrise qui les met si

justement à la tête de l'aviation française.

Ceci explique cela. On s'étonne un peu moins de l'importance des

succès obtenus quand on sait quelle somme colossale d'efforts

acharnés les a préparés.

VIII

L'appréciation des épreuves et des aéroplanes.

L'orientation de l'Aviation

Connaissant les inventeurs ou créateurs et constructeurs ainsi que

leurs appareils, connaissant les pilotes et leurs exploits, il semble

que l'on devrait aisément apprécier les divers modèles d'aéroplanes,

en motivant les jugements portés... Mais cela est impossible, parce

que les éléments de comparaison sont encore trop insuffisants.

Si l'on examine, par exemple, le tableau du bilan de l'aviation du

chapitre précédent on constate, à première vue, que même pour l'année

1909, il contient des lacunes considérables.

Aucune des caractéristiques des aviats n'est complète, et pourtant ces

caractéristiques sont réduites à des données bien rudimentaires.

Sur les vingt-cinq épreuves principales inscrites pour 1909, deux

seulement font mention de l'état de l'air. On voit que le 26 août

(1909) Hubert Latham, sur monoplan _Antoinette_, a conquis le record

du monde de la distance parcourue à cette date par un aviat de 154

kilomètres et 620 mètres accomplis en 2 h. 17' 21" par un vent de 8

mètres à la seconde... mais c'est tout! On ignore comment ce vent

était orienté par rapport à la marche du monoplan. La hauteur de

l'aviat n'est pas indiquée. Ses vitesses sont inconnues. Il faut faire

un calcul pour déduire de la distance et de la durée une vitesse

moyenne qui est une indication trop sommaire!

Le record du monde de la hauteur fut établi par le même pilote, sur le

même monoplan (ou sur un monoplan _Antoinette_ du même type), le 1er

décembre, par une altitude de 473 mètres, malgré un vent de 12 à 15

mètres à la seconde, mais sur quelle distance d'aviat? pendant quelle

durée? à quelle vitesse de marche?... On ne sait!

Le tableau du bilan n'a pas de colonne pour mentionner les dépenses

d'essence et d'huile, le poids du pilote et celui des passagers dans

les aviats où des passagers ont été pilotés, parce que ces indications

ne sont jamais données. D'autres éléments d'appréciation seraient non

moins nécessaires: ils font absolument défaut. Comment, dès lors,

pourrait-on tenter des comparaisons précises et motivées entre des

épreuves similaires? Il faut se borner à enregistrer les résultats

tels qu'ils sont communiqués et se contenter de constater des faits

d'ordre général du genre de ceux-ci.

Les monoplans Blériot (les derniers types notamment) semblaient être

des aéroplanes plus rapides que les biplans. Blériot fit maintes fois

19, 20 et même 21 mètres à la seconde, tandis que les biplans de

l'école américaine ou française ne dépassaient guère 14 à 17 m. à la

seconde.

Néanmoins Glenn Curtiss, sur un biplan d'abord analogue à celui des

frères Wright, puis plus rapproché du type de biplan des frères

Voisin, conquit à Bétheny (Reims) la Coupe Gordon-Bennett par une

vitesse contrôlée de 21 mètres à la seconde, égale à celle du monoplan

Blériot et plusieurs fois renouvelée.

Malgré ses deux surfaces portantes, le biplan n'est donc pas moins

rapide que le monoplan; du moins les épreuves tendent à le faire

penser. Mais il est impossible de tenir cette indication pour

définitive, parce que les conditions des expériences ne sont pas assez

connues dans leurs détails pour permettre de les comparer. On ignore

dans ce cas presque toutes les données essentielles dont il faudrait

tenir compte, mais il est bien certain que ni les poids, ni les

surfaces, ni les angles d'attaque, ni les hélices, ni les moteurs, ni

l'état de l'air, n'étaient semblables pour les aviats de Glenn Curtiss

et ceux de Louis Blériot.

Il aurait fallu se contenter de dire en 1909: «Le monoplan peut faire

76 kilomètres à l'heure; mais le biplan atteint aussi cette vitesse.»

Aujourd'hui les aéroplanes rapides font plus de 100 kilomètres à

l'heure et en marche moyenne 80 à 90 kilomètres!

Les records de distance et de durée étaient, en 1909, détenus par

Henri Farman qui fit un aviat de 234 kilomètres et de près de 4 h. 1/2

sur son biplan (du type Voisin). Mais Latham sur son _monoplan

Antoinette_ avait aussi tenu l'air 3 h. 3/4 et couvert 180 kilomètres.

Ce magnifique résultat ne permettait pas de supposer qu'un monoplan

serait incapable de reprendre à Farman le record du monde qu'il avait

conquis avec un biplan.

La même indécision s'appliquait en 1909 à l'altitude. Latham atteignit

d'abord des hauteurs qu'aucun biplan n'avait osé risquer jusqu'au jour

où Orville Wright, à Berlin (le 18 septembre 1909), s'éleva de 172

mètres. Mais Rougier, à Brescia, monta le sur lendemain à 198 mètres;

le comte de Lambert parvint le 18 octobre à près de 400 mètres. Latham

lui ravit, le record du monde de hauteur par 473 mètres sur son

_monoplan Antoinette_. On a vu depuis, en 1910, que l'altitude de

2.600 mètres fut atteinte! Nous sommes à présent à plus de 3.000 m.

En résumé les capacités des monoplans et des biplans paraissent

équivalentes, quant à présent, en ce qui concerne les distances, les

durées, les altitudes et les vitesses.

Il faut remarquer cependant qu'une part du résultat est inhérente à

l'habileté du pilote, même lorsqu'il s'agit des appareils les moins

difficiles à conduire. Marcher, courir, descendre ou monter un

escalier sont des exercices pour lesquels nous avons dû faire un

apprentissage. Il est normal à plus forte raison, pour l'aviateur,

d'accoutumer ses sens et ses organes aux stabilités aériennes, aux

mouvements de l'atmosphère, et même aux visions surplombantes qui

déroutent et dont une ascension en ballon libre donne l'impression.

Un aéroplane quel qu'il soit est, enfin, un instrument auquel on

s'adapta; qu'on a plus ou moins «en main». On ne saurait qualifier

avec justesse les épreuves et les appareils sans tenir compte de tous

ces éléments. Or, nombre d'entre eux sont inconnus.

Veut-on comparer entre eux, soit les monoplans, soit les biplans?

Veut-on comparer entre eux ces deux types d'appareils (monoplans et

biplans)? Nouvelle impossibilité! Ces comparaisons ne peuvent se faire

avec précision parce que les caractéristiques des appareils sont

incomplètement déterminées.

Considérons par exemple les surfaces portantes. On connaît

l'envergure, la profondeur des plans, la surface totale, mais tantôt

ce total comprend les plans stabilisateurs longitudinaux, tantôt il ne

les comprend pas. L'angle d'attaque normal n'est presque jamais noté.

On ignore si les surfaces sont totalement rigides ou partiellement

flexibles, par exemple à l'arrière, et, en ce cas, comment cette

flexibilité est établie, son importance, son fonctionnement. On ignore

quelle est la courbe, l'incurvation des plans sustentateurs; quelle

est leur épaisseur et si, par le mode de construction, ils ont une

flexibilité transversale (lorsqu'il s'agit par exemple de monoplans).

Si le monoplan a ses ailes disposées en V très ouvert, l'angle de

cette ouverture n'est pas mentionné. Si les ailes sont incurvées

transversalement, on ne sait suivant quelle courbe, de quelle

quantité, etc...

Pour les biplans à queue stabilisatrice, on ignore souvent la distance

exacte qui sépare cette queue des plans sustentateurs.

Les parties mécaniques: moteur et hélices, sont généralement mieux

décrites; néanmoins, le pas de l'hélice n'est pas toujours inscrit; on

ne connaît pas son recul, sa forme, sa courbure, sa construction, sauf

lorsqu'il s'agit de certains modèles comme les hélices intégrales de

Chauvière.

Passons sur les autres lacunes trop nombreuses, qu'il serait aisé mais

fastidieux d'énumérer. On se les explique en tenant compte des

conditions dans lesquelles on construit encore actuellement les «plus

lourds que l'air».

Faute d'études scientifiques préalables, qui seraient extrêmement

longues et dispendieuses, l'empirisme gouverne la construction.

Constructeurs et pilotes tâtonnent sans cesse,--et ceci n'est pas pour

diminuer leurs mérites, au contraire, puisque leurs tâtonnements

précités ont déjà donné de superbes résultats. Mais on comprend les

lacunes des caractéristiques données, ou leurs inexactitudes,

lorsqu'on sait que d'une saison à l'autre, quelquefois même du jour au

lendemain, les dispositions d'un aéroplane sont changées.

Pour les appareils comme pour les épreuves, il faut donc observer la

plus grande réserve dans les appréciations.

L'A. B. C. de l'aviation: Biplans et monoplans · 第 11 / 15 段