Après la belle série des monoplans Antoinette, l'ordre chronologique

appelle le _Koechlin-de Pischoff nº 1_, et le _Raoul Vendôme nº 2_

(fig. 111 et 112, page 153), dont nous parlerons plus loin, afin de

passer plus vite au _Baby_ de M. Santos-Dumont, qui contraste par ses

dimensions avec les modèles d'Antoinette, et surtout avec le _VIII_,

type de ce nom, puisqu'il est le plus grand des monoplans consacrés

par d'éclatants succès.

[Illustration: FIG. 111 ET 112

MONOPLAN RAOUL VENDÔME nº 2.--_a a_ sont des volets mobiles jouant le

rôle d'ailerons stabilisateurs avant.]

[Illustration: FIG. 113

MONOPLAN BABY DE SANTOS-DUMONT.--Schéma du plan.]

[Illustration: FIG. 114

Le MONOPLAN BABY vu de face pour montrer la disposition en V des plans

sustentateurs et son haubanage inférieur.]

Le _Baby_ ou _Santos-Dumont nº 20_ est, en effet, le plus petit des

aéroplanes. Né de la _Demoiselle_ ou _Santos-Dumont 19 bis_, il n'a

que 10 mètres carrés de surfaces portantes, et ne pèse que 118 kil.

en ordre de marche. Il est vrai que son inventeur-constructeur et

pilote, le célèbre Parisien du Brésil, M. Santos, détient en quelque

sorte lui-même le record du faible poids matériel humain.

Le _Baby_ (fig. 113, 114 et 115, pages 154 et 155) a les

caractéristiques suivantes:

CORPS DE L'APPAREIL.--Un fuselage triangulaire extrêmement effilé, en

bambou, portant à l'avant, au-dessous des ailes, un peu en arrière du

train de roulement amortisseur, le pilote assis presque au ras du sol

et, en avant, au-dessus de lui et un peu au-dessus du bord d'attaque

des ailes, le moteur et l'hélice. Celle-ci tourne dans une étroite

échancrure des surfaces portantes.

[Illustration: FIG. 115

MONOPLAN BABY de Santos-Dumont vu de profil.]

Un système de câbles tendus du dessous des ailes au fuselage, concourt

à la solidité et la rigidité de l'ensemble.

SURFACES PORTANTES.--Deux ailes en V très ouvert d'une envergure

totale de 5 m. 50, et d'une profondeur de 2 mètres. Surface totale, 11

mètres carrés. Ces ailes sont gauchissables par mouvements du torse de

l'aviateur.

STABILISATION.--Les directions et la stabilité sont données par une

queue cruciforme située à l'extrémité arrière du fuselage qui forme

empennage et, par la mobilité de ses plans horizontaux et verticaux,

constitue à la fois gouvernail de profondeur et gouvernail de

direction latérale.

Le gauchissement des ailes produit par les mouvements du torse du

pilote, complète cette stabilisation.

FORCE MOTRICE.--La force motrice est fournie par un moteur Darracq, à

deux cylindres opposés, qui pèse 50 kilogr. et donne 20 HP.

Ce moteur, qui fait 1.800 tours à la minute, actionne, en prise

directe, une hélice intégrale de Chauvière de 1 m. 80 de diamètre

(1.800 tours).

DISPOSITIF DE DÉPART ET D'ATTERRISSAGE.--Un train de roulement

constitué par deux roues de bicyclette montées sur amortisseurs de

chocs, à l'avant du monoplan, et une béquille terminée en crosse

renversée qui supporte à l'arrière l'extrémité du fuselage et les

plans de direction et de stabilisation (queue cruciforme).

POIDS EN ORDRE DE MARCHE: 118 kilogrammes.

LONGUEUR TOTALE DE L'AÉROPLANE: 6 mètres.

Avec cet appareil si réduit,--mais peut-être un peu trop

particulièrement à la mesure de son pilote-inventeur,--M.

Santos-Dumont a débuté par un aviat de 200 mètres le 6 mars 1909 à

Issy. Le mois suivant (8 avril), il parcourait 2 kilom. 500 m. à

travers la campagne de St-Cyr.

Le 13 septembre, il se rendait de St-Cyr à Buc en 5' et revenait le

lendemain en 7' à St-Cyr.

Pour démontrer que son appareil peut être conduit par un pilote moyen,

M. Santos-Dumont s'est enlevé avec une surcharge de 20 kilogrammes.

Enfin, le 15 septembre, il a conquis le record du monde de la brièveté

du lancement par roulement en 70 mètres et s'est élevé le 18 du même

mois à 70 mètres de hauteur.

Ces diverses épreuves sont extrêmement intéressantes parce qu'elles

démontrent que l'étendue des surfaces portantes indispensables pour

supporter le poids d'un aviateur et des parties les plus pesantes d'un

aéroplane (moteur, fuselage, etc.) peut être très réduite. On remarque

néanmoins, que le _Baby_ ne modifie guère les proportions de poids et

de surfaces portantes des autres aéroplanes, car si 11 mètres carrés

de surfaces lui suffisent pour enlever 118 kilogr. ou même 138

kilogr., les monoplans ou les biplans qui ont 30, 40 ou 50 mètres

carrés de surfaces portantes enlèvent 420, 460, 520 kilogrammes et

même, en outre, un ou deux passagers qui augmentent ces poids de 75 ou

150 kilogr. au moins.

VI

Le génie de l'Aviation.--Appareils divers

|Triplans.--Essais français.|

|Aviation étrangère.|

|Ornithoptères et hélicoptères.|

_Les triplans._--Lancé dans l'espace, le génie humain devait

promptement imaginer d'autres types d'aéroplanes que le biplan et le

monoplan.

Le multiplan fut bientôt imaginé, construit, essayé... Avant de

l'examiner, il convient de passer rapidement en revue les triplans qui

ne sont d'ailleurs pas nombreux.

Parmi les plus notables, l'un des premiers en date est celui

d'Ambroise Goupy, qui fut construit sur ses données par les frères

Voisin.

Cet aéroplane se composait de trois plans égaux superposés, pareils à

ceux des biplans Voisin mais un peu moins profonds (1 m. 60 au lieu de

2 mètres) et plus rapprochés (0 m. 95 au lieu de 1 m. 50).

Un fuselage entièrement entoilé reliait les surfaces portantes à une

cellule stabilisatrice ordinaire; enfin, des cloisons verticales,

situées entre les trois plans sustentateurs, contribuaient à la

stabilité de marche comme dans le type du biplan Delagrange.

Cet aéroplane fit à Issy en 1908 une série d'essais, parcourant 150

mètres au-dessus du sol, puis fut modifié, réduit, et finalement

abandonné par Ambroise Goupy.

* * * * *

La même année, mais un peu plus tard, les frères Voisin

construisirent encore pour M. le baron de Caters un biplan fort peu

différent de celui d'Ambroise Goupy, qui couvrit une distance de 800

mètres à Issy, le 25 octobre 1908 et 200 mètres, le 30 novembre à

Brecht, en Belgique.

* * * * *

À la même époque (novembre 1908) Henri Farman, pour augmenter la

sustentation du biplan nº 1 _bis_ qui lui avait été construit par les

frères Voisin, y fit ajouter un plan supérieur de 6 m. 50 d'envergure

et de 1 m. 50 de profondeur, disposé en avant des surfaces portantes

initiales.

Ce biplan augmenté ainsi d'une troisième surface portante accomplit,

du 16 au 20 novembre 1908, des aviats de 5 à 10 kilom. à Bouy, dont

deux pendant la nuit et quelques autres, moins importants, par grand

vent.

Le mois suivant (décembre 1908), modifié et réduit, cet aéroplane

devint complètement triplan de 7 mètres d'envergure. Il effectua une

nouvelle série d'aviats en décembre 1908 et janvier 1909 (le 16

janvier 1909, 10 kilom. à Bouy), puis fut expérimenté et vendu à

Vienne en Autriche.

À ces trois appareils, aujourd'hui délaissés, il faut ajouter le

triplan militaire du capitaine Durand, secrètement construit à

Chalais-Meudon, jusqu'au milieu de 1909.

Les curieuses dispositions de cet aéroplane ont pour but de le

stabiliser automatiquement, et de lui permettre d'atterrir de lui-même

sans intervention du pilote, en cas de panne du moteur.

Le poids du triplan, sans l'aviateur, atteint 440 kilogr. Les surfaces

portantes fort distantes les unes des autres, et la grande hauteur

totale de l'ensemble dans lequel pilote et moteur sont placés bas,

doivent donner en principe une stabilité plus grande à l'aéroplane;

mais on n'a pas publié les caractéristiques de ce modèle militaire, et

jusqu'à présent on ignore les résultats des essais qu'il a dû

faire[34].

[Note 34: Ce triplan a fait vers la fin de 1910 une chute

dans laquelle le capitaine Durand s'est grièvement blessé.]

À l'étranger, divers types de triplans ont été étudiés et réalisés;

nous les citerons en parlant plus loin des tentatives étrangères.

Mais, en résumé,--sauf pour ce qui concerne le triplan militaire

Durand, sur lequel il est impossible d'avoir une opinion faute

d'informations suffisantes,--les triplans essayés ne paraissent pas

avoir donné satisfaction à leurs créateurs, puisqu'ils les ont

abandonnés après des expériences de courte durée.

|Les essais français.|

En considérant que l'aviation est comme née d'hier, on est stupéfait

de la quantité et de la variété des tentatives faites en France,

depuis les premiers aviats de Ferber et de Santos-Dumont. Nous ne

citerons ici que les plus intéressants ou les plus curieux des essais

faits, et cette sélection sévère suffira pour faire entrevoir la somme

prodigieuse d'activité et d'ingéniosité dépensée depuis quatre années

à peine sur les questions d'aviation dans notre pays.

Examinons d'abord la série des monoplans. Après les types consacrés

que nous avons analysés sommairement dans le chapitre précédent, il

faut mentionner quatre modèles qui dominent plus de trente autres

essais en raison de leur importance ou des principes qu'ils

représentent.

Par sa forme et surtout par son plan stabilisateur arrière en «queue

d'aronde» le _Raoul Vendôme_, construit par les fils de Régy frères,

se distingue des autres monoplans (fig. 111 et 112, page 153). Très

incurvée d'avant en arrière et très développée, cette queue est en

même temps gouvernail de profondeur.

Il n'y a pas de gouvernail de direction latérale arrière, mais des

ailerons (_a a_) repliés sur l'avant de l'extrémité des ailes sont

commandés par des pédales et déterminent les virages.

[Illustration: FIG. 116

Monoplan AUFFIN-ORDT.]

Mobiles sur un axe horizontal et indépendantes, les ailes changent

d'incidence, ensemble ou séparément, symétriquement ou inversement

par la commande de leviers, ce qui réalise un _gauchissement

universel_, facilitant les virages, la stabilité transversale et

provoquant aussi la montée ou la descente, lorsque les changements

d'incidence sont symétriques.

Envergure, 9 mètres. Surfaces portantes, 24 mètres carrés. Longueur

totale du monoplan, 12 mètres. Moteur Anzani, 8 cylindres 50 HP (108

kilogr.). Hélice à deux pales, en prise directe. Diamètre: 2 m. 45,

pas: 2 mètres. Train de roulement à trois roues.

Cet appareil a exécuté en janvier 1909, à Bagatelle, plusieurs aviats

rapides (40 kilom.) contre un vent fort (10 mètres à la seconde).

* * * * *

Construit dans les ateliers Voisin, le monoplan _Auffin-Ordt_ (fig.

116, page 161) emprunte au biplan classique sa cellule stabilisatrice

arrière. En outre, ses ailes se divisent en deux parties, les unes,

les plus grandes, restent fixes, tandis que les autres, contiguës au

fuselage et articulées sur lui, oscillent à volonté pour assurer

automatiquement (?) l'équilibre transversal.

Les essais feront connaître la valeur de ce dispositif, mais il

marque, en tous cas, une fois de plus, le souci d'imitation de la

Nature, qui existe chez tant de créateurs de monoplans.

Incidemment il convient de signaler le _monoplan Péan_ à cause de la

disposition en V très accentué de ses ailes et de son emploi de deux

hélices tournant en sens contraire. L'expérience apprendra ce qu'il

faut penser de ce modèle (fig. 117. p. 163).

* * * * *

[Illustration: FIG. 117

Monoplan PÉAN.]

[Illustration: FIG. 118

Monoplan PUISEUX (plan).]

[Illustration: FIG. 119

Monoplan PUISEUX.--Profil montrant la disposition du monoplan très

élevé sur son chariot de roulement.]

Avec l'aéroplane monoplan de M. de Puiseux (fig. 118, 119 et 120,

pages 164, 165 et 166), les dispositions classiques sont profondément

modifiées. Au lieu d'être bas placé sur le sol, le corps de

l'appareil se perche fort au-dessus d'un véritable chariot de

roulement portant le pilote, le moteur, les approvisionnements et les

organes de direction. Une queue stabilisatrice et directrice

(profondeur et direction latérale), des ailes repliables sur les côtés

du chariot, et une série d'autres commodités semblent vouloir répondre

aux «desiderata» des amateurs d'aviation. Mais la voiture automobile

aéroplane de M. de Puiseux n'a pas encore marché. Ses tentatives

d'essor réservent peut-être des surprises agréables ou pénibles; mieux

vaut ne pas insister aujourd'hui.

[Illustration: FIG. 120

Monoplan PUISEUX vu de face.]

* * * * *

Le type d'aéroplane biplan donne encore plus de variétés dans les

tentatives. Un certain nombre de celles-ci ne sont d'ailleurs que

modifications peu profondes des modèles consacrés des frères Voisin.

RENÉ GASNIER a construit lui-même un biplan où toutes les directions

se trouvent réunies à l'avant. La surface portante inférieure possède

à ses extrémités des ailerons qui concourent à la stabilité

transversale.

À Rochefort-sur-Loire, ce biplan accomplit des aviats dont le plus

considérable fut de 500 mètres.

ARMAND ZIPFEL, ami d'enfance des frères Voisin, construisit dans les

«ateliers d'aviation du Sud-Est» un biplan cellulaire presque pareil à

celui de Delagrange, avec lequel il réussit à Lyon des parcours allant

jusqu'à 1.500 mètres (1908).

L'année suivante, à Tempelhof, il s'éleva avec ce biplan jusqu'à 25

mètres de hauteur (8 février) et couvrit le lendemain une distance de

2 kilomètres 500 mètres.

MAURICE FARMAN, stimulé par les succès de son frère Henri, entreprit

avec M. Neubauer, son associé, la création d'un biplan construit dans

les ateliers aéronautiques de M. Mallet pour joindre aux qualités des

appareils des frères Wright, celles des appareils des frères Voisin.

Cet appareil fit d'intéressants essais à Buc, et voyagea même pendant

un quart d'heure à travers champs.

AMBROISE GOUPY ayant renoncé au type du triplan étudia avec le

lieutenant italien Calderara un biplan, construit dans les ateliers de

Blériot, dont le plan supérieur était plus avancé que le plan

inférieur. Cet appareil fit à Buc, en mars 1909, quelques trajets de

100 à 200 mètres.

ODIER-VENDÔME.--En collaboration avec l'ingénieur Odier, Raoul

Vendôme, dont nous avons signalé le curieux monoplan, fit construire

dans les ateliers des fils de Régy frères, à Javel (Paris), un

intéressant biplan. Séparées par deux plans droits, les deux paires

d'ailes ont une concavité transversale prononcée (tournée vers le sol)

qui rappelle la forme des ailes de l'oiseau planant. La distance qui

sépare les deux plans est plus grande que dans les modèles Voisin. À

l'arrière, une queue stabilisatrice est formée de deux plans

superposés, incurvés comme les ailes, sans cloisons verticales, mais

précédés de deux «focs» verticaux. Ces plans triangulaires fixes

donnent point d'appui à l'action du gouvernail de direction latérale

placé entre les plans horizontaux incurvés de la queue stabilisatrice.

L'ensemble de l'aéroplane est porté sur quatre patins, mais ceux

d'avant sous les surfaces portantes sont munis de roulettes pour

faciliter le départ.

Le moteur du type Turcat-Méry donne 18 HP. Il actionne une hélice à 4

pales de 2 m. 80 de diamètre placée derrière les ailes.

On voit par ces diverses caractéristiques que l'_Odier-Vendôme_

atteste un souci de recherches fort méritoires.

[Illustration: FIG. 121

AUTOPLANE D'AIMÉ ET SALMSON.--_S P_, Surfaces portantes; _S E_,

Surfaces élévatoires (?); _Hl_, _Hp_, Hélices élévatoires et

propulsives.]

Les surfaces portantes n'ont que 8 mètres d'envergure (surface totale,

35 mètres carrés) et malgré la force relativement faible du moteur (18

HP) cet intéressant biplan s'est enlevé avec trois passagers. À Issy,

en juillet 1909, il a parcouru jusqu'à 2.500 mètres.

LOUIS BRÉGUET, dans ses ateliers de Douai, a créé, sans abandonner les

études d'hélicoptère qu'il poursuit, un biplan à _gauchissement

différentiel_ qui a pour but de fournir une stabilité transversale

automatique, tout en faisant effectuer les virages et les mouvements

en profondeur.

[Illustration: FIG. 122

Autoplane AIMÉ ET SALMSON.]

Expérimenté à Douai, puis à Bétheny (août 1909), ce biplan a parcouru

des distances allant jusqu'au demi-kilomètre. Le 29 août, après un

aviat de 300 mètres, il fit un écart qui le précipita sur le sol et

le démolit complètement; mais on conçoit que cette destruction

accidentelle n'infirme nullement la réussite des essais antérieurs.

AIMÉ ET SALMSON ont imaginé un _autoplane_ qui fut exposé au Salon de

l'aéronautique et représenté dans ses dispositions essentielles, monté

sur patins.

Cet étrange biplan n'a pas encore été expérimenté. Il faut donc se

borner à exposer son principe: un plan supérieur, constitué par deux

ailes droites, _surface portante_ proprement dite pour planer comme

dans tous les aéroplanes. Mais le second plan inférieur, fortement

cintré, tourne sa concavité vers le sol et constitue plutôt une

_surface élévatrice_. En effet, il a pour but d'enlever l'appareil,

soit sur place, soit par une oblique ascendante rapide, sous la

poussée d'air de deux hélices latérales (h.l.); tandis que deux autres

hélices (HP), placées à l'arrière, sont propulsives, en direction

horizontale, et doivent agir aussi sur deux plans horizontaux, mais

incurvables à volonté, ensemble ou séparément, qui déterminent par

leurs incurvations les directions du biplan dans l'espace.

Si ce curieux appareil ne donne pas aux essais les résultats que ses

créateurs en attendent et qui semblent promis par un modèle réduit

ayant déjà fonctionné, il servira du moins à éliminer des erreurs de

principe, et cela n'est pas négligeable (fig. 121 et 122, pp. 168 et

169).

BONNET-LABRANCHE.--Avec le biplan Bonnet-Labranche, on rentre dans la

normale des recherches originales, rationnelles, car s'il diffère

beaucoup du biplan classique, il ne repose du moins sur aucun principe

douteux.

Dans ce modèle, au-dessus d'un plan inférieur sustentateur de

dimensions ordinaires s'étend, en se rétrécissant, d'avant en arrière,

un vaste plan supérieur qui rejoint la cellule stabilisatrice caudale.

L'ensemble des surfaces portantes atteint 80 mètres carrés. Ce plan

supérieur a 10 mètres d'envergure et 7 mètres de profondeur, mais à

l'arrière, il est réduit à 4 mètres de largeur.

Un moteur de 70 HP constitue la force importante destinée à faire

agir ces larges étendues sur l'air au moyen de deux hélices, l'une

propulsive, placée derrière le plan sustentateur inférieur, l'autre

tractive, plus petite, située à l'avant, au bout de la nacelle. Cette

dernière, orientable, doit concourir à la conduite du biplan jusqu'au

point de suppléer à l'action de l'équilibreur ou gouvernail de

profondeur de l'avant.

Les extrémités antérieures de la surface portante supérieure sont

munies d'ailerons mobiles dont l'inventeur précise le rôle en les

appelant _régulateurs de roulis_.

À Palaiseau, puis à Juvisy, les premiers essais du _Bonnet-Labranche_

ont été encourageants. Son constructeur, M. Espinosa, qui dirige les

ateliers de la «Société de construction d'appareils aériens», est un

ancien collaborateur qu'Ader appréciait beaucoup et dont l'expérience

sera précieuse pour la «mise au point» du nouveau biplan dont il

s'agit.

ROBART.--Au cours de 1908, M. Henri Robart,--qui avait abordé

l'aviation en 1904 à Berck, avec Gabriel Voisin,--construisit un

curieux biplan.

Dans cet aéroplane, à l'inverse du type de M. Bonnet-Labranche, c'est

le plan inférieur de sustentation dont l'envergure et l'étendue sont

beaucoup plus importantes que celles du plan supérieur.

Cintré comme le plan inférieur du modèle Aimé-Salmson, mais moins

fortement, ce plan tourne au contraire sa concavité vers le ciel.

L'appareil se termine par un plan stabilisateur horizontal en forme de

queue d'aronde. Il est actionné par un moteur Anzani de 40/50 HP qui

fait tourner en sens contraire deux hélices tractives placées en avant

du plan inférieur. Longueur totale de l'appareil, 12 mètres. Envergure

du plan supérieur, 5 mètres. Profondeur, 1 m. 40; surface, 7 mètres.

Envergure du plan inférieur, 12 m. 75; profondeur, 3 mètres. Ensemble

des surfaces portantes y compris la queue stabilisatrice, 50 mètres

carrés.

Au cours de ses premiers essais, à Asnières, le _Robart_ a fait un

bond de 10 mètres.

|L'Aviation étrangère.|

Pendant que ces principaux essais, et un très grand nombre d'autres

moins marquants, s'effectuaient en France par des Français, les

problèmes de l'aviation étaient abordés à l'étranger par des émules

des frères Wright ou de nos compatriotes qu'il serait injuste de ne

pas citer en indiquant ce que furent, ou ce que sont leurs créations

les plus originales, ou les plus réussies.

Les plus anciens essais sont ceux du Danois Ellehammer, qui débuta par

un monoplan, puis fit un second appareil biplan.

Dans celui-ci, les surfaces portantes inférieures étaient

triangulaires et rigides, tandis que les surfaces supérieures souples

se gonflaient en cours de route comme des voiles. Plusieurs aviats

furent effectués par ce deuxième modèle, notamment un, plus important

que les autres, le 12 septembre, dans l'île de Sindholm (Danemark);

mais ces expériences n'ont pas été officiellement enregistrées, et les

caractéristiques de l'appareil n'ont pas été publiées.

Par un triplan à ailes triangulaires superposées, Ellehammer

poursuivit ses essais et fit un parcours de 175 mètres le 14 janvier

1908, à Sindholm (Danemark).Mais il ne tarda pas à ramener ce

troisième modèle à la forme du biplan par simple suppression du plan

inférieur.

Le docteur hongrois Trajan Vuia, que nous avons déjà signalé parmi les

précurseurs de l'aviation moderne, parce qu'il fit ses essais en

France dès 1906, établit successivement trois modèles de monoplans

dont le dernier (_Vuia nº 2_) parcourut 20 mètres le 5 juillet 1907, à

Bagatelle.

L'Allemagne n'a encore fait connaître que le triplan de l'ingénieur

Grade, de Magdebourg. Mais on nous révélait récemment la préparation

d'une importante flotte militaire d'aéroplanes, et cette entreprise

sous-entend des essais préalables plus étendus que ceux de Grade.

[Illustration: FIG. 123

Biplan HERRING CURTISS en plein vol.]

Dans l'état actuel de nos connaissances sur l'aviation, il est à

supposer que cette flotte militaire sera plutôt composée de biplans et

de monoplans que de triplans. Néanmoins l'aéroplane de Grade, qui

n'avait d'ailleurs rien de très particulier, a parcouru le 18 février

1908, à Magdebourg, une distance de 400 mètres qui démontre bien sa

réelle capacité aviatrice[35].

[Note 35: Depuis cette époque, Grade a fait construire un

monoplan avec lequel il a accompli des aviats très

intéressants.]

L'Amérique, sans parler des Wright, est la nation qui se place en tête

des pays étrangers par le nombre et les bons résultats de ses

tentatives.

On connaît malheureusement fort mal ce qui se fait dans la patrie des

Wright par défaut d'informations d'abord, puis, peut-être aussi parce

que l'Amérique n'est pas encore en état de lutter assez

avantageusement contre nos constructeurs.

Néanmoins les essais d'une importante Société placée sous la direction

de Graham Bell: «l'Aérial expériments Association» ont été signalés

par H. Dumas dans son «Stud book de l'aviation». Ils débutèrent en

1908 par un biplan nommé l'_aile rouge_ (_Red wing_), dont les

surfaces légèrement cintrées s'opposaient l'une à l'autre par leur

concavité. Cet appareil, muni d'une queue stabilisatrice, ne portait

pas sur un train de roues, mais sur patins, parce qu'il s'enlevait sur

la glace. Ses caractéristiques, sauf les détails pré-signalés, étaient

celles de nos biplans classiques.

L'_aile blanche_ (_White wing_), deuxième type de l'«Aérial

expériments Association», possédait un train de roues pour le départ

et l'atterrissage. Quatre ailerons manoeuvrés par des mouvements de

torse du pilote et placés aux extrémités des surfaces portantes

contribuaient à la stabilité transversale. Ce second modèle,

expérimenté en mai 1908, à Hammondsport, vira et fit divers parcours

de 310 mètres, mais il fut brisé dans un atterrissage.

Sur le _Gune Bug_, troisième appareil de la même société, semblable au

_White wing_, mais de moindre surface totale, M. Glenn H. Curtiss

gagna la Coupe du _Scientific Américan_ (12.900 fr.) le 14 juillet

1908, par un trajet de 1.600 mètres accompli en 1' 42", et le 30 août

suivant, il parcourait 3 kilomètres 200 mètres en 3'.

L'A. B. C. de l'aviation: Biplans et monoplans · 第 9 / 15 段