Cet appareil a fait jusqu'à 770 mètres à Issy dans ses premiers

essais (26 octobre 1909). Puis 1.030 mètres en circuit fermé (9

novembre 1907.) Enfin 1.500 mètres avec virage en 1 h. 33, le 15

janvier 1908 (à Issy).

Sur un autre type de biplan _Voisin_, très peu différent de celui de

Farman, Léon Delagrange, dès 1908, accomplit des aviats qui

enthousiasmèrent le monde de l'aviation et même le grand public.

Les figures 100, 101 et 102 représentent schématiquement ce type

d'aéroplane biplan qui eut deux modèles presque identiques: le

_Delagrange II_ et le _Delagrange III_, dont les caractéristiques sont

(p. 134):

SURFACES PORTANTES.--Envergure, 10 mètres; profondeur, 2 mètres;

distance verticale des plans, 1 m. 50; soit 40 mètres carrés de

surfaces portantes proprement dites.

On remarquera que les deux plans sustentateurs sont cellulaires;

c'est-à-dire réunis aux extrémités et à environ 2 mètres de celles-ci

par des plans verticaux (_cccc_) formant cellules.

Si l'on ajoute à ces 40 mètres carrés de surfaces portantes proprement

dites, les surfaces horizontales de la cellule stabilisatrice arrière,

qui a 2 m. 10 d'envergure et 2 mètres de profondeur, on obtient le

total de 48 mètres carrés.

DIMENSIONS EXTRÊMES.--Largeur ou envergure, 10 mètres. Profondeur ou

étendue totale de l'aéroplane, 12 mètres.

DIRECTION.--Les organes de direction des _Delagrange II_ et _III_ sont

les mêmes que ceux du _Farman I_, mais un seul volant permet de

manoeuvrer le gouvernail de profondeur, monoplan, formé de deux

parties situées de chaque côté de l'extrémité avant du fuselage, et le

gouvernail de direction latérale situé dans la cellule stabilisatrice

arrière (_plan vertical_).

Le pilote est assis dans le fuselage, en avant des surfaces portantes.

STABILISATION.--La stabilisation est la même que dans le biplan

_Farman I_.

FORCE MOTRICE.--Constituée par un moteur _Antoinette_ à 8 cylindres de

40/50 HP qui tourne à 1.050 tours et se trouve placé derrière le

pilote, la force motrice actionne une hélice _Voisin_ à 2 pales, de 2

m. 31 de diamètre, et de 1 m. 40 de pas, en prise directe sur l'arbre

du moteur (1.050 tours). Cette hélice est propulsive derrière les

surfaces portantes.

LE POIDS TOTAL EN ORDRE DE MARCHE atteint 530 kilogrammes.

LE DISPOSITIF DE DÉPART ET D'ATTERRISSAGE est un châssis amortisseur

analogue à celui du biplan _Farman I_.

Avec ces types de biplans, Delagrange a conquis, le 11 avril 1908, la

Coupe Archdeacon par un aviat de 3.925 mètres en 6'30" à Issy.

Sur le même champ de manoeuvres, il couvrait le 30 mai suivant, 12

kilomètres 750 mètres en 15'25". Un peu plus tard, le 23 juin, à

Milan, 14 kilomètres 270 mètres en 18'30".

Le 4 février 1909, le capitaine Ferber pilota ce biplan avec

Legagneux.

* * * * *

La plupart des biplans français sont des copies ou des dérivés plus ou

moins directs des types de biplans précités construits par les frères

Voisin. Ceux-ci créent sans cesse des aéroplanes qui se signalent par

les aviats de leurs pilotes et que le public ne connaît point sous

d'autres noms que ceux de ces aviateurs plus ou moins célèbres. On

dit: le _biplan Farman 1 bis_; le _biplan Delagrange III_; le _biplan

Gobron_; l'_Octavie nº 3_ (Paulhan); le _Daumont I_ (Gaudart), etc...

Un grand nombre de ces appareils ne diffèrent d'ailleurs les uns des

autres que par quelques détails: tel est muni d'un _moteur Gnome_ au

lieu d'un _moteur Voisin_; tel autre emprunte sa force à un _moteur

Itala_ (_R. Henri Fournier_), à un _Vivinus_ (_B. Hansen_), à un

_Renault_, ou à un _E. N. V._ (_G. Rougier_).

[Illustration: FIG. 103

Ancien Biplan FARMAN en plein vol, à 6 mètres de hauteur.]

Les frères Voisin se prêtent à toutes les combinaisons qui leur sont

demandées, s'appliquent à réaliser les modifications ou les

innovations qu'on veut étudier dans leurs ateliers, et recherchent

eux-mêmes constamment de nouveaux dispositifs.

MONOPLANS BLÉRIOT.--Entre l'_Avion_ d'Ader et les premiers aéroplanes

de Blériot, il convient de signaler suivant le «Stude Book de

l'Aviation»[30], le _Vuia nº 1_ et le _Vuia nº 1 bis_, monoplans

conçus et construits par M. Trajan Vuia, docteur en droit de la

Faculté de Budapest (Hongrie), qui effectuèrent à Montesson, à Issy et

à Bagatelle quelques petits parcours de 4 à 24 mètres en 1906.

[Note 30: A. DUMAS. _Ceux qui ont volé et leurs appareils._

Stude Book de l'Aviation.]

Louis Blériot, déçu par de vains essais d'aviation au moyen

d'ornithoptères, revint pourtant à l'étude des aéroplanes biplans avec

Voisin, puis essaya seul une série de monoplans, tels que le _Blériot

IV_, dont les aviats furent insignifiants et qui se brisa dans un

atterrissage, le _Blériot V_ (type de monoplan de Langley), qui

parcourut jusqu'à 150 mètres en 10' le 25 juillet 1907, et le _Blériot

VI_ qui fit 184 mètres le 17 septembre de la même année, à Issy.

Deux mois plus tard, ces encourageants résultats furent dépassés à

Buc, par l'aviat de 600 mètres (16 novembre 1907) d'un monoplan

construit par M. Robert Esnault-Pelterie, type d'aéroplane sur lequel

nous reviendrons plus loin.

Mais le même jour, à Issy, et le 6 décembre 1907, un nouveau monoplan

du persévérant constructeur: le _Blériot VII_, couvrait 500 mètres en

ligne droite, puis avec virage (6 décembre).

Presque en même temps, le 17 novembre, sur le même champ de

manoeuvres, Santos-Dumont parcourait 200 mètres avec un tout petit

monoplan: le _Santos-Dumont XIX_, premier type de la _Demoiselle_ qui

devait accomplir de si beaux aviats en 1909.

L'ordre chronologique des expériences appelle encore la mention d'un

monoplan de M. de la Vaulx, construit par Mallet et expérimenté à

St-Cyr (50 et 70 mètres de parcours en novembre 1907). Puis celle du

monoplan de MM. Gastambide et Mangin (Levavasseur), construit par la

Société Antoinette (150 mètres le 13 février 1908 à Bagatelle), qui

fut le premier type de la série si triomphante des _monoplans

Antoinette_.

À Buc, le 8 juin 1908, un second modèle de M. Robert Esnault-Pelterie,

le _R.E.P. II_, parcourut 800 mètres. Mais ce «record» ne fut pas

longtemps en sa possession: les types de monoplans _Blériot VIII_ et

_VIII ter_ couvrirent bientôt 700 mètres (29 juin 1908 à Issy); 900

mètres (10 septembre 1908 à Issy); 4 kilom. 500 (le 9 octobre). Enfin,

le voyage Toury-Artenay et retour, avec deux escales, représentant un

parcours de 14 kilomètres exécuté en 11 minutes, consacra les mérites

du modèle Blériot le 31 octobre de la même année[31].

[Note 31: Le premier voyage de ville à ville avait été

effectué un mois auparavant, le 30 septembre 1908, par

Farman, de Châlons à Reims, sur le biplan _Farman 1 bis_, dix

jours après un aviat de 16 kilomètres à Bourg.]

«À partir du _nº VIII_, dit Ferber, qui se réjouissait autant des

succès de ses concurrents que des siens, les monoplans Blériot volent

dans la perfection.»

Pour éviter des redites, il convient pourtant de ne pas s'arrêter à

ces modèles et de passer d'emblée au _Blériot XI_ qui effectua le 25

juillet 1909 la traversée de la Manche (Calais-Douvres, en 27') et se

trouve désormais au Conservatoire des Arts et Métiers.

Les figures 104 et 105 représentent schématiquement ce glorieux

monoplan dont les caractéristiques sont:

CORPS DU MONOPLAN.--Un fuselage de poutres ou langerons entretoisés,

recouvert dans sa partie antérieure d'un entoilage, et portant: en

avant les surfaces sustentatrices ou ailes, le moteur, le pilote et

l'hélice, ainsi que le train de roulement amortisseur; et en arrière

les plans stabilisateurs, les organes de gouverne pour les directions

dans l'espace, ainsi qu'une roulette de soutènement sur le sol[32].

[Note 32: Ce fuselage en bois de frêne et de peuplier pèse 20

kilogr. 500 et peut supporter en son milieu une charge de 300

kilos.]

[Illustration: FIG. 104 ET 105

MONOPLAN BLÉRIOT.--_H_, Hélice; _A A_, Plans sustentateurs: _a a'_,

Ailerons stabilisateurs; _F F_, Fuselage; _Ps_, Plan stabilisateur

arrière; _gp_, Gouvernail de profondeur par ailerons mobiles; _G_,

Gouvernail de direction latérale.]

SURFACES PORTANTES.--Deux ailes fixes, presque droites, mais

auxquelles la résistance de l'air, en marche, donne un très léger

relèvement au-dessus de l'horizontale; de telle sorte que ces ailes

forment un angle extrêmement obtus, à peine visible. Ces ailes

découpées aux extrémités à droite et à gauche du monoplan, suivant une

courbe qui réduit leur surface d'avant en arrière, ont en totalité 7

m. 20 d'envergure et 2 mètres ou 2 m. 50 de profondeur au fort,

c'est-à-dire dans leur partie la plus profonde, contre le fuselage.

Leur surface totale est de 12 à 14 mètres (suivant les modèles

peut-être, car les indications données à ce sujet varient).

Incurvées, ces ailes ont un angle d'attaque de 7°. Elles se terminent

aux extrémités par des parties articulées ou ailerons (_a' a_), sur

lesquelles nous reviendrons à propos de la gouverne du monoplan.

STABILISATION.--À l'arrière du fuselage et de chaque côté de celui-ci,

deux plans fixes d'une surface totale de 2 mètres carrés formant

empennage horizontal, incurvés et orientés comme les ailes du

monoplan, assurent la stabilisation longitudinale, et en partie la

stabilisation transversale (Armengaud, v. p. 73). Par leur orientation

(à 7°) et leur incurvation, ils démontrent qu'ils sont considérés par

le constructeur comme supplément de surfaces portantes. Si l'on ajoute

leur étendue (2 mètres carrés) à celle des ailes ou plans

sustentateurs proprement dits (12 mètres carrés environ), on voit que

le total des surfaces sustentatrices atteindrait bien la somme de 14

mètres carrés indiquée par beaucoup d'auteurs.

Au-dessus de l'avant du fuselage, au niveau de l'avant des ailes et

entre elles, un petit plan de dérive, triangulaire mais arrondi à sa

partie avant, et très apparent dans la figure 34, page 49, qui

représente le monoplan vu de trois quarts en avant, sert de point

d'appui à l'action du gouvernail de direction latérale. (Voir aussi

fig.-schéma 53, page 62, profil).

DIRECTIONS:--_Les directions latérales_ sont commandées par un

gouvernail vertical placé à l'extrémité arrière du fuselage, en partie

au-dessus des plans stabilisateurs fixes.

Dans les virages, le monoplan s'incline forcément du côté où le virage

se fait, mais la commande du gouvernail de direction latérale par le

pilote déplace en même temps les ailerons articulés des extrémités des

ailes, qui s'orientent alors en travers du sens de la marche en sens

contraire, de telle sorte que l'un tend à relever l'aéroplane du côté

où il s'abaisse, tandis que l'autre tend à l'abaisser du côté où il se

relève. Cette double influence combat et restreint l'inclinaison

transversale née du virage; elle contribue à la stabilisation du

monoplan.

C'est l'équivalent du gauchissement de la partie arrière des surfaces

portantes du biplan Wright, mais par une solution du problème qui

semble «mécaniquement» plus «élégante».

LA DIRECTION EN ÉLÉVATION OU PROFONDEUR est donnée par des ailerons

(_a' a'_) plus petits que ceux des ailes, placés à chaque extrémité

des plans stabilisateurs arrière du monoplan. Ils concourent à

favoriser l'essor du monoplan lors de son lancement. En cours de

marche ils forment, par leur orientation, une résistance qui modifie

l'angle d'attaque des ailes et des plans stabilisateurs arrière et

produit la montée ou la descente.

La commande de ces divers organes est effectuée par un dispositif

extrêmement ingénieux, en forme de dôme, qui réalise par ses

mouvements la commande simultanée des organes dont les actions peuvent

être concordantes.

FORCE MOTRICE.--Le _Blériot XI_ a effectué la traversée de la Manche,

actionné par un moteur Anzani (3 cylindres) de 22/25 HP (105 millim.

d'alésage et 130 millim. de course) donnant 1.350 tours à la minute.

Il était tiré par une hélice intégrale Chauvière à deux pales, de 2 m.

08 de diamètre et de 0 m. 85 de pas, calée directement sur l'arbre du

moteur et donnant par conséquent le même nombre de tours (1.350).

Cette hélice était située à l'extrémité antérieure du fuselage.

Depuis, moteur et hélice ont été changés à plusieurs reprises pour

divers essais, mais nous ne décrivons ici que le modèle de la célèbre

traversée.

POIDS TOTAL EN ORDRE DE MARCHE: 310 kilogr.

DISPOSITIF DE DÉPART ET D'ATTERRISSAGE.--Un train de deux roues avec

ressorts amortisseurs, précédemment décrit p. 102, et une 3e roue

arrière située sous le fuselage entre les ailes et les plans

stabilisateurs.

Rappelons incidemment qu'avant d'accomplir la traversée de la Manche,

le _Blériot XI_ avait effectué deux voyages plus intéressants et plus

probants que cette traversée: Toury-Château-Gaillard et retour (le 3

mai 1909) et surtout: Mondésir (Étampes), Chevilly (Orléans), avec

escale à Arbouville (41 kilom. 200 m. en 44').

Pendant l'année 1909, M. L. Blériot fit en outre de nombreux aviats

avec un modèle plus puissant: le _Blériot XII_, construit pour

transporter plusieurs personnes. Mais ce dernier type de monoplan ne

diffère du _Blériot XI_, que par ses proportions et quelques détails

qui ne modifient point le principe de l'appareil.

L'envergure des ailes est augmentée (10 mètres au lieu de 7 m. 20).

Une quille entoilée surmonte le fuselage. La force motrice est

produite par un moteur E. N. V. de 30/35 HP à 8 cylindres et l'hélice,

de 2 m. 70 de diamètre, en prise directe, ne fait que 500 tours. La

surface portante du _Blériot XII_ atteint 22 mètres carrés, mais son

poids s'élève en ordre de marche à 620 kilogrammes.

* * * * *

Le _R. E. P._ (Robert Esnault-Pelterie) est un monoplan qui diffère

assez sensiblement du type créé par Blériot.

Quoique ses divers modèles: _R. E. P. I_, _II_ et _II bis_ n'aient pas

été vulgarisés par des triomphes éclatants, ses aviats progressifs

ayant atteint jusqu'à 8 kilomètres (le 22 mai 1909 à Buc), démontrent

qu'il faut attendre pour le mieux apprécier, les perfectionnements que

son inventeur-constructeur saura certainement lui donner.

Les figures schématiques 106 et 107 montrent que les ailes de ce

monoplan sont réellement les seules surfaces portantes, car le vaste

plan stabilisateur pentagonal situé à l'arrière n'ayant point

l'incidence des ailes, et n'étant point incurvé (fig. 107) mais

parfaitement horizontal (théorie de Tatin), ne produit, en marche,

aucune résistance, sauf en cas d'inclinaison de l'appareil. En

revanche, sa large surface exerce évidemment une forte action

stabilisatrice, non seulement dans les inclinaisons accidentelles

longitudinales du monoplan (tangage), mais aussi dans ses inclinaisons

latérales (roulis), soit lors des virages, soit pour toute autre cause

d'inclinaison (théorie d'Armengaud, citée page 73).

[Illustration: FIG. 106 ET 107

MONOPLAN R. E. P.--_H_, Hélice; _R' R'_, Roulettes aux extrémités des

surfaces portantes; _Pi_, Pilote; _F_, Fuselage; _Ps_, Plan

stabilisateur arrière; _R_ et _r_, Roue et roulette du train de

lancement; _Q_, Quille verticale supérieure; _G d_, Gouvernail de

direction latérale.]

La quille (Q), qui domine le fuselage en arrière des ailes et la

disposition et la forme du gouvernail de direction latérale situé en

dessous du plan stabilisateur dans le prolongement du fuselage,

constituent, en direction rectiligne, un empennage vertical qui

augmente la stabilité du monoplan. Mais, en outre, les ailes sont

gauchissables par la traction de haubans.

Les caractéristiques suivantes sont celles du dernier type de ce

monoplan, le _R. E. P. II bis_:

CORPS DE L'APPAREIL.--Un fuselage en tube d'acier complètement

recouvert, à l'avant duquel se trouve le pilote au milieu des ailes.

SURFACES PORTANTES.--Deux ailes fixes, mais gauchissables d'une

envergure totale de 8 m. 60. Profondeur des ailes: 2 m. 25 au fort.

Totalité des surfaces portantes: 15 m. 75.

STABILISATION.--La stabilisation du _R. E. P. II bis_ est réalisée par

un plan pentagonal horizontal situé en arrière de l'appareil; par le

plan vertical formant quille au-dessus du fuselage derrière les ailes;

par le gouvernail de direction latérale, en marche rectiligne, et par

le gauchissement des surfaces portantes.

DIRECTION.--Le pilote placé dans le fuselage, entre les ailes,

commande au moyen de deux leviers le gouvernail de direction latérale,

le plan pentagonal ou gouvernail de profondeur, qui est en même temps

le plan stabilisateur et le gauchissement des ailes.

FORCE MOTRICE.--Un moteur R. E. P. de 7 cylindres ayant une force de

30/35 HP (68 kilogr.) placé en avant du monoplan, donne 1.400 tours à

la minute.

Il actionne une hélice métallique R. E. P. à 4 branches, en prise

directe sur l'arbre du moteur (1.400 tours) qui mesure 2 mètres de

diamètre.

DISPOSITIF DE DÉPART ET D'ATTERRISSAGE.--Le départ et l'atterrissage

se font sur deux roues; une grande et une plus petite, munies d'une

suspension spéciale (frein oléo-pneumatique) et disposées sous le

fuselage en tandem.

Cette disposition entraînant forcément, au repos, l'aéroplane à

tomber, à droite ou à gauche, sur l'une de ses ailes étendues, les

extrémités de celles-ci sont munies de roues légères. De telle sorte

qu'au départ l'aéroplane roule d'abord incliné à droite ou à gauche

portant sur trois roues: les deux en tandem et celle de l'une des

ailes, jusqu'au moment où la vitesse acquise commence à donner une

pression d'air suffisante pour relever l'inclinaison. Une légère

augmentation de la rapidité suffit alors pour enlever l'aéroplane qui

ne roule plus que sur les deux roues disposées en tandem. La même

manoeuvre s'effectue en sens inverse à l'atterrissage.

POIDS TOTAL DU MONOPLAN EN ORDRE DE MARCHE: 420 kilogrammes.

Le capitaine Ferber approuvait beaucoup le système d'atterrissage et

de départ du _R. E. P._ et signalait à propos de ce monoplan

particulier, un détail à rappeler:

«En 1908, dans un essai qui a fait quelque bruit, M. Esnault-Pelterie

s'est heurté à cette difficulté insoupçonnée du public, qu'un

aéroplane jouissant d'un certain excès de force ne peut pas descendre.

M. Esnault-Pelterie, les mains occupées par les gouvernails, ne

pouvait pas atteindre l'avance à l'allumage, et plus il mettait le

gouvernail pour descendre, plus il diminuait son angle d'attaque, plus

sa vitesse augmentait.

«La force portante due à (la résistance de) l'air augmentant alors

comme le carré de cette vitesse, devient excessive. L'air semble

devenir de plus en plus impénétrable (en descente) et l'aéroplane

bondit de plus en plus haut par à-coups successifs correspondant aux

mouvements du gouvernail (de profondeur).

«Ce jour-là, le 8 juin, les témoins s'accordent pour indiquer un

trajet de 1.200 mètres et une hauteur finale de 30 mètres. Le tout se

termina par une chute grave pour l'aéroplane, mais qui ne laissa à

l'aviateur que de fortes contusions[33].»

[Note 33: CAP. FERBER. _L'Aviation_, pp. 133-134.]

* * * * *

Sur les plans de MM. Gastambide et Mangin, ses administrateurs, la

Société Antoinette construisit dès la fin de 1907 un monoplan qui fit

un premier aviat de 40 mètres à Bagatelle, le 8 février 1908.

Monté soit par M. R. Gastambide, soit par le pilote Boyer, ce premier

modèle couvrit jusqu'à 150 mètres (le 19 février 1908, à Bagatelle) et

se soutint en l'air pendant 96 secondes (21 août 1908, à Issy). Mais

il fut remplacé dès le dernier trimestre de la même année par un autre

modèle, l'_Antoinette IV_, qui accomplit sous la direction de

Welferinger des trajets beaucoup plus démonstratifs; notamment un

parcours de 5 kilomètres le 19 février 1909, à Mourmelon.

Peu après, en mars, Hubert Latham succédait à Welferinger dans la

conduite de ce monoplan et, promptement, réalisait des prouesses tout

à fait sensationnelles.

Dès le mois de mai, il enlevait une série de passagers qui furent

successivement MM. Demanest, Prunard, Labouchère, E. Bunau-Varilla, J.

Gobron (Mourmelon).

Le 22 mai, il aviait pendant 37'37" à 40 mètres de hauteur. Le 6 juin,

à Mourmelon, il se risquait pendant 14' à planer hors de l'aérodrome.

Le 12 juin (1909), six jours plus tard, il couvrait 40 kilomètres en

39' et descendait en vol plané.

Le 15 du même mois, pendant 12', il se maintenait à 60 mètres de

hauteur.

On n'a pas oublié que Latham faillit accomplir comme Blériot la

traversée de la Manche avec le modèle _Antoinette VII_ et qu'il arriva

bien près du but: à 1 mille de Douvres. Son échec en cette

circonstance fut presque une victoire. Enfin, le 26 août 1909, à

Bétheny, il conquit le record du monde pour la distance par 154

kilom. 620 m. en 2 h. 17'21" et trois jours plus tard le record de la

hauteur par un aviat de 155 mètres d'altitude. Depuis, il a battu

lui-même ces records d'une manière magistrale. C'est, avec raison,

l'un des plus réputés parmi les pilotes français.

[Illustration: FIG. 108 ET 109

MONOPLAN ANTOINETTE.--_a a_, ailerons stabilisateurs: _g g_, galets

d'atterrissage.]

On distingue cinq principaux types de monoplans _Antoinette_: le _IV_,

le _V_, le _VI_, le _VII_ et le _VIII_. C'est le _IV_ et surtout le

_VII_ qui ont servi aux plus sensationnelles victoires de ce genre de

monoplan, mais ils ne diffèrent pas très sensiblement des autres

modèles, et les caractéristiques du _VII_ s'appliquent à peu près à

tous (fig. 108, 109 et 110).

CORPS DE L'APPAREIL.--Un fuselage métallique, dans lequel l'aluminium

domine et qu'un entoilage recouvre entièrement. Ce fuselage, taillé à

l'avant en proue de yole, porte à son extrémité antérieure l'hélice,

puis le moteur, le mât de haubanage des ailes, enfin le pilote assis à

l'arrière des ailes, dans un «coke-pitt» matelassé. La section

transversale de ce fuselage est triangulaire. Très effilé, il rappelle

beaucoup le long corps de la libellule, mais il n'est pas à segments

articulés comme celui de l'insecte de ce nom.

[Illustration: FIG. 110

MONOPLAN ANTOINETTE, vu de face, pour montrer le haubanage, la

disposition des plans sustentateurs en V, le train de roulement et les

galets d'atterrissage.]

SURFACES PORTANTES.--Deux ailes donnant une envergure totale de 12 m.

80 et dont la forme est celle d'un trapèze isocèle dont le plus grand

côté inégal, contre le fuselage, mesure 3 mètres de profondeur, tandis

que le plus petit, à l'extrémité des côtés égaux, mesure 2 mètres de

profondeur (sens de la marche).

Ces ailes légèrement relevées en V très ouvert ont une superficie

totale de 36 mètres carrés.

Elles sont ou gauchissables, ou munies à l'arrière de leurs extrémités

d'ailerons mobiles (indiqués en pointillé sur la fig. 108) pour

concourir à la stabilité transversale du monoplan (_a a_).

L'angle d'attaque de ces ailes est de 4°.

STABILISATION.--Un important empennage horizontal et vertical à partir

du milieu du fuselage jusqu'au delà de son extrémité assure la

stabilité du monoplan. Cet empennage se termine, dans les plans

verticaux, au-dessus et au-dessous du fuselage, par deux gouvernails

de direction triangulaires, et dans le plan horizontal de ce même

empennage.

FORCE MOTRICE.--Un moteur «Antoinette» à 8 cylindres de 50 HP donnant

1.100 tours, actionne une hélice «Antoinette» à 2 pales métalliques en

prise directe sur l'arbre du moteur et tournant par conséquent à 1.100

tours comme celui-ci. Le diamètre de cette hélice est de 2 m. 20 et

son pas de 1 m. 30.

DISPOSITIF DE DÉPART ET D'ATTERRISSAGE.--Un train de roulement

amortisseur de chocs, composé de deux roues sous l'avant du fuselage

et d'un patin à galet en avant.

Sous les ailes, deux béquilles amortisseuses de chocs, terminées par

galets de roulement et un patin en crosse à l'arrière, sous le

gouvernail inférieur de direction latérale, achèvent d'assurer la

stabilité de roulement du monoplan, soit avant son envol, soit à sa

reposée sur le sol.

POIDS TOTAL EN ORDRE DE MARCHE: 460 kilogrammes.

LONGUEUR TOTALE DU MONOPLAN: 11 m. 50 ou 12 mètres.

L'_Antoinette VIII_ en ordre de marche pèse 520 kilogrammes, mais il a

50 mètres carrés de surfaces portantes. Pour toutes les autres

données, il est pareil au type précédent.

* * * * *

L'A. B. C. de l'aviation: Biplans et monoplans · 第 8 / 15 段