Ainsi, l'on n'a pour ainsi dire rien fait qu'Ader n'ait réalisé, au

moins en principe, et toute la supériorité,--d'ailleurs évidente et

prouvée,--des monoplans d'aujourd'hui réside dans une meilleure

application des données initiales d'Ader.

Ceci, bien entendu, ne réduit en rien le mérite incontestable des

constructeurs qui viennent de conquérir l'atmosphère, car, on peut

affirmer que, loin de tenir compte des expériences d'Ader, ils ont eu

plutôt le tort de les ignorer, de les méconnaître, ou de les négliger.

Leurs créations ne sont point des imitations; elles leur appartiennent

pleinement, et le surprenant mérite de Clément Ader est précisément

d'avoir été un précurseur si complet.

Nous ne pouvons ici nous étendre davantage sur les comparaisons de

principes dont il s'agit, mais en étudiant les détails du brevet pris

pour l'_Avion nº 3_,--brevet qui a été publié par le journal «_La

France automobile et aérienne_» (janvier 1910),--on constatera des

analogies ou des similitudes encore bien plus frappantes entre cet

ancêtre du «plus lourd que l'air» et les appareils planant

aujourd'hui.

[Illustration: FIG. 93

Échafaudage de l'appareil LANGLEY pour son lancement sur le fleuve

Potomac (Amérique du Nord).]

[Illustration: FIG. 94

Lancement de l'appareil LANGLEY.]

Le Bris, Lilienthal, Pilcher, Chanute, Langley, comme nous l'avons

indiqué précédemment (voir _les étapes de l'Aviation_, chap. III, p.

29), ont été les initiateurs des frères Wright. Nous allons décrire

bientôt le dispositif de ces deux jeunes aviateurs-constructeurs

américains. Mais, auparavant, pour achever la soudure du passé avec le

présent, il convient de mentionner encore les coûteuses tentatives de

sir Hiram Maxim, qui fit construire, vers 1895, un énorme aéroplane de

4.000 kilogrammes, actionné par un moteur à vapeur de 300 chevaux. Une

immense surface portante de 500 mètres carrés devait soutenir cet

aéroplane entraîné par deux grandes hélices.

L'appareil s'éleva, mais, totalement dépourvu de stabilité, il ne put

gouverner et se brisa. Sir Maxim perdit un million dans ces essais

décourageants, pour n'avoir pas assez étudié d'abord les surfaces

portantes et leur gouverne comme l'avaient fait Le Bris et surtout

Lilienthal.

Presque en même temps que Sir Maxime, en 1896, M. Langley, secrétaire

de la _Smithsonian Institution de Washington_, construisit un modèle

réduit qui s'enleva et parcourut 1.200 mètres au-dessus du fleuve

Potomac.

Une subvention du gouvernement américain permit à M. Langley de

répéter ces essais dans des dimensions normales, en lançant

l'aéroplane avec un pilote: le professeur Manley, du haut d'un

échafaudage flottant sur le Potomac (7 octobre 1903) et à

Arsenal-Point (Washington) (décembre 1903) (fig. 93 et 94, page 121).

Mais ces expériences, en raison de causes accidentelles, n'ayant pas

paru assez concluantes, le gouvernement cessa d'encourager M. Langley,

qui dut abandonner le perfectionnement de ses dispositifs.

On peut regretter ce défaut de confiance et de constance du

«Département de la guerre» américain, car, l'appareil de Langley, avec

des améliorations faciles, déjà tout, indiquées par l'expérience,

aurait assurément tenu les promesses faites par le premier aéroplane

réduit qui s'était si bien comporté quelques années plus tôt.

Pendant que M. Langley se trouvait ainsi arrêté dans ses travaux, les

frères Orville et Wilbur Wright, qui s'étaient mieux préparés à la

gouverne de «l'aviat plané» en reprenant les expériences de M.

Chanute, avec cet émule de Lilienthal, depuis l'année 1900,

réussissaient deux mois plus tard, en décembre 1903, la sustentation

d'un plus lourd que l'air, en faisant un trajet horizontal de 200

mètres.

Dans son beau livre sur l'_Aviation_, le capitaine Ferber a conté en

termes brefs, mais émouvants, le calvaire des frères Wright,

inventeurs méconnus dans le monde entier. Ferber par M. Chanute, puis

par les frères Wright, eux-mêmes, était tenu au courant des résultats

de leurs travaux sans toutefois connaître les détails de leurs

appareils soigneusement cachés. Il poursuivit (de 1902 à 1906) des

essais de sustentation analogues aux leurs d'après les données de

Lilienthal et de Chanute. Il réussit des glissades (sans moteur) aussi

probantes que celles de l'Allemand et des Américains. Bref, il

arrivait aux mêmes résultats que les frères Wright avec des moyens un

peu différents, mais après eux, parce qu'ils avaient deux ans d'avance

sur lui, et parce que l'administration militaire, au lieu de le

seconder pleinement, le retardait, l'embarrassait ou même sacrifiait

ses travaux avec la plus déplorable inclairvoyance.

N'ayant pu devancer ou seulement rattraper les Wright, Ferber essaya

du moins,--dévouement bien rare et bien touchant,--de faire acquérir

leur invention par l'État français. Les démarches faites à ce sujet ne

furent point couronnées de succès... et n'attirèrent à notre généreux

compatriote que les foudres de son administration!

Cette digression «historique» sort un peu du cadre de cet A. B. C.,

mais elle n'est pas inutile pourtant, parce qu'elle expliquera comment

l'_école française_ de l'aviation par biplan diffère de l'_école

américaine_ et ne doit rien aux frères Wright, puisqu'elle ne fut pas

renseignée sur leur modèle.

Les grandes analogies qu'on remarque entre les appareils de Ferber,

des frères Voisin et des frères Wright viennent en effet du fond

commun qui fut le point de départ de tous.

[Illustration: FIG. 95

Cerf-volant de HARGRAVE.]

Lilienthal reprend les essais bien rudimentaires, mais admirablement

judicieux de Le Bris. Chanute continue Lilienthal en perfectionnant

ses expériences par une ingénieuse fusion de ses principes avec ceux

du cerf-volant cellulaire de L. Hargrave (fig. 95).

Les Wright en Amérique, et Ferber en France, avec Chanute pour trait

d'union, trouvent l'un après l'autre, mais séparément, la solution de

l'aviat plané, d'où découlent, avec leurs différences de moyens,

l'_école américaine_ et l'_école française_; voilà le passé de

l'aviation actuelle qui tient tout entier en moins de cinq années,

puisqu'il part de 1900 pour l'Amérique, et de 1902 pour la France, et

que les premiers aviats résolvant le problème furent exécutés à la fin

de 1903 à Kitty-Hawk, et à la fin de mai 1905 à Chalais-Meudon (seize

mois 1/2 plus tard).

Des travaux d'Ader, ces initiateurs n'ont guère tenu compte,--si même

ils les prirent en considération,--parce qu'ils avaient été trop

cachés et même contestés (comme les premières sustentations des

Wright). En revanche, ils connurent plus ou moins les belles et

précieuses observations de Marey sur le vol des insectes et des

oiseaux (1873-1890), les savantes études du colonel Renard, les

théories si justes et les démonstrations expérimentales de Pénaud

(1872), de Tatin (1874) et les publications de Mouillard (1881).

Ferber rapporte lui-même qu'à la fin de janvier 1904, il venait de

faire à Lyon une conférence de propagande, lorsque Gabriel Voisin,

enthousiasmé, l'aborda en lui déclarant qu'il voulait se consacrer à

l'étude des problèmes passionnants de l'aviation.

Adressé au colonel Renard, puis recommandé à M. Archdeacon, il

entreprit presque aussitôt avec ce distingué et sympathique apôtre de

la locomotion aérienne, des essais de sustentation sans moteur à

Berck-sur-Mer.

Guidé par Ferber et secondé par M. Archdeacon, il réussit quelques

glissements qu'il tenta de renouveler à Issy-les-Moulineaux en

utilisant, faute de pente et de vent ascendant, la traction d'une

voiture automobile.

Ces essais continuèrent sur la Seine à Billancourt. Ils coïncidèrent

en juillet 1904 avec ceux que faisait Blériot au même endroit. De

cette coïncidence naquit la courte association de Voisin et de

Blériot.

Voisin, dans ces recherches de 1904 et de 1905, avait apprécié

l'importance des plans stabilisateurs préconisés depuis longtemps par

Pénaud et Tatin; il les avait essayés. On serait injuste en ne

signalant pas que l'une des principales caractéristiques, et l'une des

principales supériorités de l'école française sur l'école américaine,

dérive de ces travaux qui font nommer avec reconnaissance en même

temps que Voisin, Pénaud, Tatin, Ferber, Archdeacon et Blériot.

Cette genèse esquissée, passons,--avec regret,--sur les essais si

nombreux, si coûteux, si persévérants, si méritoires, qui furent

accomplis avec une rapidité vraiment prodigieuse par tous ces

pionniers auxquels il faut ajouter Santos-Dumont, qui les distança le

23 octobre 1906 par le célèbre aviat exécuté et officiellement

constaté à Bagatelle, au moyen du 14 _bis_ (décrit dans notre chapitre

III, _les étapes de l'Aviation_, p. 29).

Ces belles recherches théoriques et pratiques aboutissent aux

dispositifs de monoplans et de biplans français, dont nous allons

décrire les principaux types, après avoir analysé celui du biplan

Wright.

|École américaine.|

|Appareil des frères Wright.|

Le biplan des frères Orville et Wilbur Wright est naturellement une

résultante directe des études,--peut-être plus pratiques que

théoriques,--qui donnèrent à ces deux hardis et persévérants

aviateurs-constructeurs les qualités de pilotes aériens, si

développées chez eux.

Ferber rappelle que dès le début ils osèrent se coucher à plat ventre

sur le plan inférieur des surfaces portantes de leur appareil pour

planer _littéralement comme l'oiseau_ en manoeuvrant seulement les

avant-plans qui leur tenaient lieu de stabilisateur longitudinal et de

gouvernail de profondeur.

N'usant de sa queue, comme direction, que pour les mouvements d'une

assez grande amplitude, l'oiseau se stabilise, et fait la plupart de

ses évolutions ou de ses réactions promptes avec sa tête et son cou

(Marey).

C'est exactement ce que faisaient, dès les début, les frères Wright

avec leur gouvernail de profondeur, et par la position horizontale

qu'ils avaient audacieusement adoptée. Cette gouverne, suffisante pour

la plupart des manoeuvres rapides de l'oiseau, leur suffit, et les

détourna sans doute des recherches de la stabilisation longitudinale

automatique française si bien réalisée par Voisin et Blériot, d'après

Pénaud et Tatin.

Un historique minutieux des trois années d'apprentissage d'aviat des

Wright (1900-1903), s'il pouvait être fait, expliquerait probablement

de même comment ils ne conçurent pas d'autre lancement de leur biplan

que le pylône à contrepoids ou le plan incliné.

Quoi qu'il en soit, leur appareil représenté en schéma par les figures

96, 97 et 98, p. 128, possède les caractéristiques suivantes:

SURFACES PORTANTES.--Deux plans superposés de 12 m. 50 de largeur sur

2 mètres de profondeur (sens de la marche), séparés par une distance

de 1 m. 80. Surface totale des deux plans: 50 mètres carrés.

[Illustration: FIG. 96, 97 et 98

SCHÉMA DU BIPLAN WRIGHT.--_Gp_, Gouvernail de profondeur; _PP_,

Patins; _SP_, Surfaces portantes; _Zg_, Partie souple des surfaces

portantes; _Gd_, Gouvernail de direction latérale; _HH_, Hélices;

_Pi_, Pilote; _M_, moteur.]

DIRECTION.--Un _gouvernail de profondeur_ constitué par deux plans

horizontaux superposés de 4 m. 50 de largeur sur 0 m. 75 de

profondeur, séparés par une distance de 0 m. 80. Entre ces deux plans,

deux ailes verticales, en forme de demi-lune, donnent point d'appui à

l'action du gouvernail de direction latérale situé à l'arrière du

biplan.

Ce gouvernail de profondeur situé à 3 mètres en avant des surfaces

portantes et à environ moitié de la distance qui les sépare est porté

par l'extrémité recourbée des patins qui supportent le biplan et

facilitent son atterrissage.

Le _gouvernail de direction latérale_, situé à 2 m. 50 en arrière des

surfaces portantes, est formé de deux plans verticaux parallèles de 1

m. 80 de hauteur et de 0 m. 60 de profondeur, écartés l'un de l'autre

de 0 m. 50.

STABILISATION.--La stabilisation est réalisée par un gauchissement

d'une partie des extrémités arrière des surfaces portantes intéressant

une zone importante de ces surfaces (indiquée par un pointillé sur la

fig. 96).

Le pilote réalise ce gauchissement en agissant sur un levier qui

relève un côté des surfaces portantes, tandis qu'il abaisse l'autre

côté (dans la zone gauchissable). Le même mouvement du levier de

gauchissement actionne le gouvernail de direction latérale. De telle

sorte, qu'inversement, en actionnant le gouvernail pour virer, le

pilote gauchit les surfaces portantes dans le sens propre à redresser

le biplan que le virage tend à faire incliner à droite ou à gauche.

La manoeuvre du gouvernail de profondeur situé en avant peut réduire

les mouvements de tangage du biplan. Elle provoque sa montée, sa

descente et facilite l'atterrissage en faisant frein de vitesse et

relèvement du biplan. Les oiseaux pour atterrir ont une manoeuvre de

corps et d'ailes analogue, mais infiniment plus souple et plus

puissante.

En résumé, ces directions donnent une grande facilité d'évolution au

biplan, mais elles sont brutales dans leurs effets et, pour bien les

utiliser, un long apprentissage est nécessaire.

Le pilote n'est pas bien maître de ses évolutions tant qu'une longue

pratique préalable n'a pas rendu ses manoeuvres en quelque sorte

instinctives... et, même alors, la moindre défaillance peut avoir pour

l'appareil et pour lui, des conséquences fatales.

DIMENSIONS EXTRÊMES.--Envergure 12 m. 50; longueur totale 9 m. 35.

FORCE MOTRICE.--Moteur à gazoline système Wright, sans carburateur

(par pulvérisation directe du carburant dans le cylindre), à 4

cylindres (diamètre, 106 millimètres; course, 102 millimètres) pesant

90 kilogrammes. Allumage par magnéto, refroidissement par circulation

d'eau. Force: 25 HP; nombre de tours à la minute: 1.350. Emplacement

sur le plan inférieur sustentateur: _à droite du pilote_.

Cette force motrice actionne deux hélices propulsives, et de même pas

du système Wright. Elles tournent en sens contraire. Diamètre: 2 m.

60. Nombre de tours: 450 à la minute (par une démultiplication du

nombre de tours du vilebrequin du moteur.) Transmission par chaînes

croisées conduites en tubulures. Emplacement: derrière les surfaces

portantes.

[Illustration: FIG. 99

Pylône de lancement du biplan WRIGHT.]

POIDS TOTAL EN ORDRE DE MARCHE: 450 kilogrammes. Le biplan porte

aisément un passager lourd en plus du pilote et les épreuves ont

montré qu'il peut se soutenir pendant plus de 2 h. 20, couvrant

pendant cette durée une distance de 124 kilomètres 700 (31 décembre

1908, à Auvours, Coupe Michelin 1908, record du monde de durée et de

distance pour 1908)[29].

[Note 29: Les perfectionnements apportés au biplan Wright en

1909 et 1910 ont encore augmenté les capacités aviantes de

ces aéroplanes.]

DISPOSITIF DE DÉPART ET D'ATTERRISSAGE.--À défaut d'un plan incliné de

lancement, l'aéroplane Wright se lance en terrain plat sur un rail par

la chute d'un poids de 700 kilogrammes, disposé dans un pylône spécial

(fig. 99).

Cette propulsion violente donne au biplan une très prompte envolée sur

un fort court trajet. L'appareil semble s'élancer dans l'air d'un bond

avec une séduisante aisance, et réellement ce mode de lancement lui

épargne les efforts de départ inévitables dans tous les types

d'aéroplanes à lancement par train de roulement.

Mais en revanche, le dispositif de pylône et de rail lie l'aéroplane

Wright à son port d'attache ou l'oblige à se rendre dans un autre lieu

muni du même mode de lancement ou possédant les moyens de

l'improviser. Et même en ce cas, le pilote sera désemparé, si, en

cours de route, il est obligé d'atterrir parce qu'il ne pourra plus

repartir sans créer d'abord, au lieu quelconque où il se sera arrêté,

un dispositif du pylône et de rail avec câble, chariot à galets

portant le biplan, etc.

Malgré son élégance, ce mode de lancement est donc si restrictif de

l'emploi pratique du biplan américain, qu'on ne s'explique pas comment

les frères Wright commencent seulement aujourd'hui, c'est-à-dire après

quatre années d'usage de leur modèle, à se résigner à l'alourdir d'un

châssis de roulement comme ceux que les constructeurs français ont

créés dès le début de leurs essais.

L'adjonction de ce train de roulement _indispensable_ alourdira le

type Wright de 50 à 60 kilogrammes et entraînera sans doute des

modifications assez notables dans les caractéristiques de l'appareil,

mais sans changer ses principes.

Les caractéristiques énumérées ci-dessus sont celles du deuxième

modèle Wright de 1908, qui permit les célèbres expériences du camp

militaire d'Auvours, près le Mans.

Pendant la campagne de 1909, les Wright ont obtenu d'autres grands

succès avec un modèle presque semblable, mais légèrement réduit. Il

n'a que 11 mètres d'envergure, 42 mètres carrés de surfaces portantes,

et les hélices n'ont que 2 m. 50 de diamètre. Toutes les autres

caractéristiques sont celles du type de 1908. C'est ce modèle de 1909

auquel les aviateurs-constructeurs américains ont adapté un châssis

amortisseur de roulement du système Voisin.

En vertu d'une licence de fabrication accordée par les frères Wright,

les «Ateliers des constructions navales» de Dunkerque construisent des

biplans qui ont été montés notamment par le comte de Lambert et M.

Tissandier, élèves des inventeurs et par M. Baratoux.

On voit que le comte de Lambert avec cet aéroplane a fait pendant la

grande semaine de Port-Aviation (octobre 1909) le voyage de

Juvisy-Paris et retour à Juvisy, virant autour de la tour Eiffel, à

plus de cent mètres au-dessus de son sommet. Cette sensationnelle

randonnée fut le gros événement d'aviation de l'année 1909, surtout

par la hauteur atteinte. Mais quelques semaines plus tard, Paulhan

accomplissait un aviat d'égale hauteur, et coupait l'allumage pour

descendre en une superbe planée.

|École française.|

|Biplans et Monoplans.--Appareils Voisin.|

Tandis que les frères Wright poursuivaient en Amérique dans le plus

grand secret leurs études, d'abord, de 1900 à 1903, ensuite leurs

constructions et leurs tentatives de vente de leur invention, de 1903

à 1906, Ferber, puis la pléiade des premiers chercheurs français, tels

que Voisin, Archdeacon, Blériot, etc., auxquels il faut ajouter le

sympathique Brésilien presque plus Parisien qu'étranger:

Santos-Dumont, recherchaient au grand jour la solution du problème de

l'aviation et faisaient tant d'émulés par leurs éclatantes

démonstrations que les «plus lourds que l'air» furent vite nombreux.

Nous avons déjà signalé comment Ferber, dès 1905, aurait été le

légitime triomphateur de cette course au génie de l'aviation, si

l'autorité militaire n'avait pas entravé ses travaux.

Santos-Dumont arriva bon premier chez nous par les aviats du 14 _bis_

en 1906. Il est inutile de décrire plus exactement que nous ne l'avons

fait déjà cet appareil, puisqu'il l'a lui-même abandonné, et qu'il

triomphe encore aujourd'hui avec un monoplan dont nous parlerons plus

loin, et qui détient le record du faible volume et de la légèreté.

Progressant parallèlement dans deux voies différentes après une courte

association préalable, Voisin et Blériot, si justement couronnés

ensemble par l'Académie, ont créé en quelque sorte l'école française

des monoplans et des biplans.

Nous allons donner les caractéristiques de leurs modèles, et celles

des principaux appareils qui rivalisent avec les leurs en suivant

l'ordre chronologique de leurs créations.

BIPLANS VOISIN.--Le premier biplan français qui donna des résultats

tout à fait marquants, puisque après avoir réalisé des aviats de 25,

35, 50 et 60 mètres, il effectua en novembre 1907 un parcours de 500

mètres, sortait des ateliers Voisin-Blériot; il était monté par le

sculpteur Léon Delagrange (Delagrange nº 1). Nous nous abstiendrons de

l'analyser car il fut bientôt remplacé par un type construit sur les

mêmes principes mais plus perfectionné.

[Illustration: FIG. 100, 101 et 102

BIPLAN VOISIN, type _Delagrange_, _II_ et _III_.--_G p_, Gouvernail de

profondeur; _S p_, Surfaces portantes; _CC_, Cloisons verticales;

_Pi_, Pilote; _M_, moteur; _H_, Hélice; _P S_, Plan stabilisateur; _G

d_, Gouvernail de direction latérale; _R_ _r_; Roues et Roulettes.]

Mieux connu par les belles épreuves dans lesquelles il se signala, le

type d'aéroplane biplan dénommé _Henri Farman nº 1_, du nom de son

pilote Henri Farman (fig. 103), avait les caractéristiques suivantes:

SURFACES PORTANTES.--Deux plans cintrés superposés de 10 mètres 20 de

largeur sur 2 mètres de profondeur, séparés par une distance de 1 m.

50 et formant avec l'horizon un angle de 6 à 8°.

La surface totale de ces deux plans atteint 40m,80 carrés; ils sont

légèrement concaves, en forme de V très ouvert mais par une courbe

élégante; c'est-à-dire sans angle.

DIRECTION.--Un _gouvernail de profondeur_ constitué par deux plans

horizontaux situés au niveau de la surface portante inférieure et en

avant de celle-ci à l'extrémité d'un court fuselage de 4 mètres qui

les sépare et les supporte.

LE GOUVERNAIL DE DIRECTION LATÉRALE constitué par un plan vertical, se

trouve à l'extrémité arrière du biplan.

STABILISATION.--La stabilisation de ce biplan est faite

automatiquement par une cellule caudale de 3 mètres d'envergure et de

2 mètres de profondeur dont les deux plans, supérieurs et inférieurs,

incurvés comme ceux des surfaces portantes, sont distants de 1 m. 50

et reliés aux extrémités, à gauche et à droite de l'appareil, par des

plans de toile verticaux.

Cette queue stabilisatrice, préconisée par Pénaud et Tatin pour jouer

un rôle stabilisateur analogue à celui de la queue de l'oiseau,

remplit parfaitement cet office.

Dans tous les biplans et monoplans français, elle équilibre si bien

l'aéroplane qu'un débutant, après quelques essais, conduit aisément un

avion et se sent, après une courte pratique, en pleine sécurité.

Néanmoins, il faut signaler que dans beaucoup de biplans,--presque

dans la plupart,--elle n'est pas considérée comme un organe

exclusivement stabilisateur, ainsi que Tatin le recommande, mais comme

concourant à la sustentation de l'ensemble de l'aéroplane, puisque ses

plans horizontaux sont incurvés comme ceux des surfaces portantes et

possèdent le même _angle d'attaque_.

Dans l'énoncé des caractéristiques, on a coutume d'ajouter les

surfaces des plans horizontaux de cette queue à celles des surfaces

portantes proprement dites, ce qui démontre bien qu'on les tient pour

sustentatrices... Des essais comparatifs,--qui sont encore à

faire,--avec des moyens de mesure _ad hoc_, pourront seuls déterminer

avec précision, si la neutralité de la surface ou des surfaces

stabilisatrices, en tant que soutènement, doit prévaloir contre

l'opinion qui tend à les faire concourir à la sustentation par leur

incidence et par leur incurvation.

Assis au milieu du plan inférieur de sustentation, près du bord

antérieur, le pilote occupe une position très rationnelle, puisqu'il

repose au point où le maximum d'effort de sustentation se produit. Ses

organes de gouverne sont devant lui, et, derrière lui, le moteur.

DIMENSIONS EXTRÊMES.--Envergure: 10 m. 20. Longueur totale: 12 mètres.

FORCE MOTRICE.--Moteur _Antoinette_ de 40/50 HP (8 cylindres); nombre

de tours: 1.000 (80 kilogr.) _Emplacement_: derrière le pilote.

Ce moteur actionne une hélice _Voisin_ métallique à deux branches de 2

m. 10 de diamètre et de 1 m. 10 de pas, en prise directe sur l'arbre

du moteur; elle donne donc 1.000 tours à la minute, derrière les

surfaces portantes et entre elles.

POIDS TOTAL EN ORDRE DE MARCHE: 520 kilogrammes.

DISPOSITIF DE DÉPART ET D'ATTERRISSAGE.--Un châssis de roulement

amortisseur formé de tubes d'acier portant sur deux roues de

bicyclette, à bandages pneumatiques (diamètre 0 m. 50), sous le plan

sustentateur inférieur, et deux roues semblables mais plus petites (0

m. 30 c. de diamètre) placées sous l'avant de la cellule

stabilisatrice caudale.

L'A. B. C. de l'aviation: Biplans et monoplans · 第 7 / 15 段