amiral de France, Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, grand

maître d’hôtel de France, Jean d’Armagnac, comte de Comminges, maréchal

de France et gouverneur du Dauphiné, Georges de la Trémouille,

seigneur de Craon, Gilbert de Chabannes, seigneur de Courton, sénéchal

de Guyenne, Louis, seigneur de Crussol, sénéchal de Poitou, et

Tanneguy-du-Châtel, gouverneur des pays de Roussillon et de Sardaigne.

Pour notifier à un chevalier son admission dans l’ordre de

Saint-Michel, le roi lui envoyait «un collier d’or, fait (de) coquilles

lacées l’une avec l’autre, d’un double (lacs), assises sur (chaînettes)

ou mailles d’or, au milieu duquel sur un roc (pendait) un imaige d’or

de Monsieur sainct Michel,» avec la devise: «_Immensi tremor Oceani_,»

il est la terreur du vaste Océan:

«Pour dompter la terreur des démons et de l’onde,

«Qui nous peut plus ayder que cet Archange au monde!»

Le souverain et les chevaliers de l’Ordre devaient porter ce collier

à découvert sur leur poitrine, sous peine de faire dire une messe et

de donner une aumône de sept «solz six deniers tournoiz;» cependant, à

l’armée, en voyage, dans leurs maisons ou à la chasse, ils pouvaient

porter une simple médaille de saint Michel attachée à une chaîne d’or,

ou à un cordonnet de soie noire; mais ils ne devaient jamais quitter

ce dernier insigne, même dans les plus grands dangers et pour sauver

leur vie. Le grand collier était du poids de deux cents écus d’or, sans

pierres précieuses ni ornements superflus (fig. 96); il appartenait à

l’Ordre et il était remis au trésorier après la mort de chaque membre.

La fraternité la plus cordiale régnait entre le souverain et les

chevaliers; ils se prêtaient un mutuel appui, et travaillaient

ensemble au maintien de la paix et à la prospérité du royaume; avant

d’entreprendre une guerre, ils prenaient conseil de leurs frères, et,

s’ils étaient Français, ils ne s’engageaient point au service d’un

autre prince et ne faisaient jamais de longs voyages sans la permission

du roi; d’autre part, les membres étrangers ne devaient pas prendre

les armes contre la France, sinon dans les cas exceptionnels où ils ne

pouvaient s’en dispenser; alors tout chevalier qui faisait un confrère

prisonnier de guerre, lui rendait la liberté. Le roi, de son côté,

s’engageait à protéger les membres de l’ordre, à les maintenir dans

leurs privilèges, et à n’entreprendre aucune guerre, ni aucune affaire

importante sans avoir leur avis, sauf dans les circonstances où il

fallait agir en secret et sans retard. Il était défendu sous la foi du

serment de révéler les entreprises sur lesquelles le souverain avait

consulté les chevaliers.

[Illustration:

Fig. 96 et 97.--Collier de l’ordre de Saint-Michel et médaille de

pèlerin de Notre-Dame de Boulogne, portant sur le revers le collier

de l’ordre de Saint-Michel, disposé selon la prescription des

statuts royaux de 1469.]

Tout membre convaincu d’hérésie, de trahison ou de lâcheté, devait

être dépouillé de ses insignes et rayé de la liste des frères; parfois

même, il était condamné à la peine capitale. Nous en avons un exemple

frappant dans la personne du connétable de Saint-Pol: comme il s’était

rendu coupable du crime de lèse-majesté, il fut condamné à mort et

amené au palais du Parlement. Au moment où il entrait, dit Philippe

de Commines, le chancelier lui adressa ces paroles: «Monseigneur de

Saint-Pol, vous avez été par cy-devant, et jusqu’à présent réputé le

plus ferme et le plus constant chevalier de ce royaume, et puis donc

que tel avez été jusqu’à maintenant, il est encore mieux requis que

jamais que ayez meilleure constance que oncques vous eutes.» On lui

enleva ensuite le collier de Saint-Michel dont il était décoré, et on

lui lut la sentence qui le déclarait «crimineux» et le condamnait à

mort: «Dieu soit loué, répondit le connétable; véez bien dure sentence;

je lui supplie et requiers qu’il me donne la grace de le bien connoitre

aujourd’huy.» Au contraire, tout chevalier fidèle à ses engagements

était environné d’honneur pendant sa vie, et, à sa mort, le dernier

frère reçu dans l’Ordre faisait chanter vingt messes et donnait six

écus d’or en aumône pour le repos de son âme.

Les articles XIX et XX sont conçus en ces termes: «_Pour la très

singulière confiance et dévotion qu’avons à Monsieur saint Michel_,

premier chevalier, qui pour la querelle de Dieu victorieusement

batailla, et qui son lieu et oratoire à tousiours gardé et défendu,

sans estre prins ne subjugué des anciens ennemis de la couronne

de France, et est invincible; Et soubs le nom et tiltre duquel

est par Nous ce présent Ordre fondé et institué: Nous avons

institué et ordonné, que tous divins services, et autres cérémonies

Ecclésiastiques, biens faicts et fondations qu’entendrons faire, et

qui se feront, tant par Nous, que par nos successeurs Souverains de

l’Ordre, et les frères et Chevaliers d’iceluy, se feront, célébrèront

et emploiront au lieu et Église du Mont sainct Michel: lequel lieu nous

élisons et ordonnons, tant pour les choses dessusdites, qu’autres;

ainsi qu’après sera déclaré.... Au cueur de ladicte Église, seront

ordonnez sièges, ausquels seront le Souverain et lesdicts Chevaliers

de l’Ordre, quand ilz seront illec rassemblez: et au-dessus desdicts

sièges, contre le mur, premièrement dessus le siège du Souverain, sera

mis et affiché l’escu de ses armes, et dessus son heaulme et timbre,

et subséquemment de chacun desdicts chevaliers, en gardant l’ordre de

préférence.»

Les assemblées générales où se traitaient les plus graves intérêts

de l’ordre devaient se tenir le jour de la fête de saint Michel. La

veille, tous les membres se présentaient devant le souverain à l’heure

des vêpres, et allaient ensemble à l’Église revêtus de manteaux de

damas blanc traînant à terre, «brodez» d’or, avec des coquilles «d’or»

et lacs d’amour en broderie et «fourrez d’hermines,» la tête couverte

d’un chaperon

[Illustration: Fig. 98.--Chapitre de l’ordre de Saint-Michel, tenu

par le roi Henri II, en 1548. Fac-simile d’une gravure des _Statuts

de l’ordre de Saint-Michel_, édition de 1725, appartenant à M. Ed.

Corroyer.]

de velours cramoisi «à longue cornette.» Le jour de la solennité ils

assistaient à la messe, et, à l’offertoire, ils donnaient une pièce

d’or; ensuite ils dînaient avec le roi; le soir, ils se rendaient de

nouveau à l’église pour entendre les vêpres; mais ils portaient alors

un manteau noir et un chaperon de même couleur, excepté le roi qui

était vêtu d’un manteau violet. Les vêpres étaient suivies de l’office

des morts. Le lendemain, à la messe, tous les chevaliers offraient

un cierge d’une livre, auquel leurs armes étaient attachées; le jour

suivant une autre messe était chantée en l’honneur de la sainte Vierge;

mais chaque membre pouvait y assister sans le costume de l’ordre.

D’après les premiers statuts, le nombre des officiers était de quatre

seulement: le chancelier qui devait être prêtre, le greffier, le

trésorier et le héraut nommé _Mont-Saint-Michel_. Ce dernier, qu’on

appelait aussi «roy d’armes,» devait être «homme prudent et de bonne

renommée, souffisant et expert;» il portait un émail comme signe de

distinction et jouissait d’une pension de douze cents francs. Sa

charge consistait à porter les lettres du souverain aux frères de

l’ordre, à signifier les trépas des membres défunts et à notifier

les nominations faites dans les assemblées générales; il avait aussi

l’obligation de s’enquérir «des prouesses» et hauts faits du souverain

et des chevaliers. A la messe solennelle, le jour de l’assemblée

générale, ces officiers portaient «des robes longues de camelot de

soye blanc, fourrez de menu ver, et des chaperons d’escarlate.» Le 22

décembre 1476 Louis XI créa un prévôt ou maître des cérémonies, et

le chargea d’établir à Paris une collégiale «pour célébrer, chanter

et dire l’office divin, et faire les prières condignes à obtenir la

très bénigne grâce de Dieu nostre Saulveur et Rédempteur, au moyen de

la très vertueuse intercession de (Monseigneur) sainct Michel, qui

continuellement sans intermission» a conduit les affaires du royaume. A

cette occasion vingt-six articles furent ajoutés aux premiers statuts.

Enfin, le 24 du même mois, la fondation de cette collégiale fut résolue

pour dix chanoines, un doyen et un chantre, huit chapelains, six

enfants de chœur, un maître, deux clercs, trois huissiers, un receveur

et un contrôleur; les offices devaient se célébrer dans l’église

Saint-Michel du Palais. Alexandre VI approuva et loua le projet de

Louis XI; mais, contrairement à l’assertion de plusieurs historiens, la

chapelle du Palais ne servit pas de lieu de réunion pour les chevaliers

de Saint-Michel.

Pendant de longues années, le nouvel ordre militaire jouit d’une haute

réputation. Non seulement les souverains de France; mais les

[Illustration:

Fig. 99.--Martin de Bellay, seigneur de Langey, prête serment de

chevalier de Saint-Michel en 1555, dans la chapelle de Vincennes.

Le cardinal de Lorraine tient le livre des Évangiles. Fac-simile

d’une gravure des _Statuts de l’Ordre de Saint-Michel_, édition de

1725, appartenant à M. Ed. Corroyer.]

rois d’Espagne et d’Angleterre, de Suède et de Danemarck, les princes,

les guerriers et les savants les plus illustres ambitionnèrent le titre

de chevalier de Saint-Michel. Cinq rois de France: François Iᵉʳ, Henri

II, Charles IX, Henri III, et Louis XIV modifièrent les règlements

de 1469. François Iᵉʳ remplaça «le double lacs» du collier par «une

cordelière»

[Illustration: _Comme le Roy donne l’accollade et fait les Chevaliers

de Sᵗ Michel le jour qui precede la Ceremonie de l’ordre du Sᵗ Esprit._

Fig. 100.--Fac-simile de la gravure d’Ab. Bosse.]

en mémoire d’Anne de Bretagne, qui l’en avait prié avant de mourir.

Ce prince, dit Brantôme, était très zélé pour son ordre et un jour

il fit une réprimande à un chevalier, qui, étant prisonnier de

guerre, avait caché ses insignes pour n’être pas condamné à une forte

rançon. Henri II introduisit des modifications dans l’habillement des

chevaliers. D’après les ordonnances de ce prince, les simples frères

devaient porter «le manteau de toile d’argent brodé à l’entour de sa

devise, savoir trois croissans d’argent entrelassez de trophées semez

de langues et de flammes de feu, avec le chaperon de velours rouge

cramoisi couvert de la même broderie;» le chancelier avait un manteau

de velours blanc et un chaperon de velours cramoisi; le prévôt et

maître des cérémonies, le trésorier, le greffier et le héraut portaient

un manteau de satin blanc et un chaperon de satin cramoisi, avec une

chaîne d’or au bout de laquelle pendait une coquille «d’or.» Charles IX

ordonna de limiter à cinquante le nombre des frères

[Illustration:

Fig. 101.--Armoiries de Gabriel de Rochechouart, marquis de

Mortemar, créé chevalier de l’ordre du Saint-Esprit par Louis XIII,

à Fontainebleau, le 14 mai 1633. Ces armoiries sont entourées des

deux colliers réunis.]

que François II avait beaucoup trop multipliés, au détriment de la

chevalerie et malgré la défense des statuts. Henri III ayant créé

l’ordre du Saint-Esprit, le fondit pour ainsi dire avec celui de

Saint-Michel. En effet, tous les membres de l’ordre du Saint-Esprit

prenaient l’ordre de Saint-Michel la veille de leur réception (fig.

100); ils faisaient entourer leurs armes des deux colliers réunis

et s’appelaient «les chevaliers des ordres du roi (fig. 101).»

Enfin, Louis XIV ajouta treize articles aux statuts rédigés par ses

prédécesseurs, et défendit de porter à plus de cent le nombre des

chevaliers, parmi lesquels devaient être six prêtres âgés au moins

de trente ans. D’après l’article IX, «aucun des confrères» ne pouvait

se dispenser de porter la croix de l’ordre; elle avait la «forme et

la figure» de la croix du Saint-Esprit; mais elle devait être moitié

plus petite. La colombe était remplacée par l’image en émail de saint

Michel, que les chevaliers portaient en écharpe avec un ruban noir.

Plus tard, par tolérance, ils attachèrent cette croix avec un ruban

bleu «à la boutonnière du just-au-corps.»

Telle est la constitution de cet ordre fameux, qui dut son origine à

l’héroïsme des défenseurs du mont Tombe, et à la confiance de nos pères

envers le saint Archange. Si le fondateur céda, en l’instituant, aux

vues d’une politique humaine, les statuts qu’il rédigea n’en respirent

pas moins un attachement sincère à la foi catholique et un amour

ardent pour la prospérité, l’honneur et la dignité de la France. Les

chevaliers ne marchèrent pas tous sur les traces des d’Estouteville,

mais la plupart se montrèrent dignes des marques de distinction et des

privilèges dont le souverain les gratifia; fiers d’être enrôlés sous

l’étendard de saint Michel, ils honorèrent dans leur céleste patron

l’ange des batailles ou le prince de la lumière, le type de la bravoure

ou le protecteur des sciences et des lettres; on compta parmi eux des

guerriers et des savants. Cet ordre, malgré des siècles de gloire, ne

trouva pas grâce aux yeux de la révolution; rétabli sous Louis XVIII et

Charles X, il fut aboli de nouveau, et, depuis la mort de son dernier

représentant, monsieur de Mortemar, il partage le sort des grandes et

nobles institutions du moyen âge.

VII.

APOGÉE DU CULTE DE SAINT-MICHEL.

Bien des fois, dans l’histoire du culte de saint Michel, un fait

remarquable a dû frapper le lecteur: dans les circonstances

solennelles, au moment où se formait notre unité nationale, dans

les dangers extrêmes et à l’heure du triomphe, la dévotion des

Français prenait comme un nouvel élan, la confiance grandissait, de

nombreuses caravanes s’acheminaient vers le mont Tombe, des confréries

s’établissaient, des temples et des autels s’élevaient sous le vocable

de l’Archange. Après la guerre de cent ans, la France venait d’échapper

au plus grand des périls et sa victoire était complète; aussi, jamais

le nom de saint Michel ne fut environné de plus d’honneur; jamais son

culte ne fut plus populaire, ni plus universel.

Non seulement en France, mais chez toutes les nations chrétiennes,

à Byzance et à Moscou, des princes et des guerriers, des familles

illustres, des magistrats, des prêtres, des artistes portaient le

nom de Michel; la fête de l’Archange était une date célèbre que l’on

choisissait

[Illustration: Fig. 102.--Méreau (face et revers) de la corporation des

pâtissiers-oublieurs. Quinzième siècle.]

pour tenir des cours plénières, pour rendre la justice, contracter des

obligations, élire un nouveau domicile ou entreprendre une affaire

importante; à côté de l’ordre militaire de Saint-Michel, plusieurs

corporations ouvrières, les ajusteurs de balances, les chapeliers,

les étuvistes, les boulangers, les pâtissiers-oublieurs et plusieurs

autres prirent saint Michel comme patron; dans la ville d’Argentan, les

tanneurs se placèrent sous la protection de l’Archange qui avait, dans

leur pensée «tanné la peau du diable» quand il le précipita du haut des

cieux. Ces corporations, surtout à Paris, gravaient sur les méreaux

l’image du saint patron (fig. 102), célébraient sa fête avec pompe,

et devaient envoyer tous les ans une députation en pèlerinage au mont

Tombe.

Mais avant tous ces patronages, presque sur la ligne de la chevalerie,

nous devons placer les nombreuses confréries qui s’établirent

sur divers points de la France, spécialement dans la province de

Normandie, sous le nom bien connu de _Charités_. Ces pieuses

associations, qui existent encore en certaines paroisses, ont pour but

l’ensevelissement des morts, et reconnaissent pour patron l’Archange,

gardien des sépultures, conducteur et peseur des âmes (fig. 103).

Il est curieux et instructif à la fois d’en étudier la nature, afin

de bien comprendre quelle était alors l’influence du culte de saint

Michel. Bernay, Menneval et quelques autres paroisses du diocèse

d’Évreux ont probablement servi de berceau à ces confréries, dont

l’origine semble remonter à une peste qui ravagea le pays en 1080.

Comme la plupart des habitants avaient pris la fuite pour échapper au

terrible fléau, un petit groupe de personnes de toutes les classes de

la société se réunit pour inhumer les morts, et forma une association

sous le vocable de saint Michel. D’après un manuscrit du seizième

siècle, voici quels étaient les règlements de la _Charité_ de Menneval,

fondée par «J. Planquette, esquevin, J. Bolquier, prévost, et J.

Dumoutier.»

Quiconque voulait «bénignement» faire partie de ladite Charité, soit

homme ou femme, devait être «puissant de corps pour gaigner sa vie» et

n’avoir encouru aucune excommunication; de plus il payait dix deniers

tournois au moment de la réception, et autant aux deux principales

fêtes de saint Pierre et à la Saint-Michel. Ces mêmes jours de

solennité, on chantait une messe «à diacre et sous-diacre» pour le

«salut de l’âme des frères et bienfaiteurs tant vifs que trépassés.»

L’association était gouvernée par un échevin, un prévôt et treize

frères ou servants, tous gens «prudhommes et loyaux.» A chacune des

trois fêtes désignées, les treize frères ou officiers, portant des

torches de cire du poids de deux livres, allaient «quérir» l’échevin,

le conduisaient à l’église pour les premières vêpres et la messe, et le

ramenaient à son hôtel, après la fin de la cérémonie; ils pouvaient en

cette circonstance «porter croix, campenelle et bannière de la frairie

par toutes les paroisses.»

Le _placebo_ et le _dirige_ de l’office des morts devaient être chantés

par sept chapelains; on pouvait cependant se contenter d’un seul dans

les cas extraordinaires, par exemple dans les grandes mortalités. Le

luminaire pour les trépassés était de quatre gros cierges de trois

livres, qui brûlaient autour du corps, et de deux autres d’une livre

pour l’autel. Si un frère servant «allait de vie à trépas,» il était

accompagné de sa demeure à l’église et de l’église au cimetière par

deux officiers portant des torches du poids de trois livres; si le

défunt avait rempli les charges de prévôt ou d’échevin, quatre torches

devaient être allumées en son honneur pendant le service. Tous les

frères ou officiers servants étaient tenus «de lever le corps de

son hostel» pour le porter à l’église, où l’on «célébrait une messe

solennelle

[Illustration:

Fig. 103.--Saint Michel, peseur des âmes. Un homme ayant

été transporté en esprit au tribunal de Dieu, voit, grâce à

l’intervention de la sainte Vierge, le poids des bonnes actions

l’emporter sur celui des mauvaises. D’après un ms. du quinzième

siècle, peint en camaïeu: _Les Miracles de Notre-Dame_, nº 9199, à

la Bibl. nat.]

à diacre et sous-diacre.» Le même jour, chaque membre faisait dire

pour le frère défunt une messe basse aux frais de la Charité, et

treize pains étaient distribués à treize pauvres devant la fosse du

cimetière. A toutes les fêtes, la confrérie plaçait sur l’autel deux

cierges d’une livre, et deux torches de trois livres étaient tenues

par des officiers «à la lévation du corps de Nostre Seigneur Jesus

Christ;» les frères servants donnaient aussi «le pain benoist» à toute

l’assistance, et un clerc était spécialement chargé de servir le prêtre

à l’autel.

Si un membre était «ladre et séparé de la compagnie,» les frères avec

«la croix, campenelle et bannière,» l’accompagnaient jusqu’au lieu

où le curé de la paroisse devait le conduire. Les infirmes qui ne

pouvaient plus gagner leur vie sans mendier, et demandaient des secours

à la confrérie, recevaient «six blancs par semaine.» Ceux qui avaient

failli à leur devoir étaient condamnés à une amende: «les chapelains

payaient cinq deniers tournois» et «les frères serviteurs cinq deniers.»

Dans les temps de grande mortalité, quand le service de la charité

devenait trop difficile et trop «grevable,» les frères ou officiers

pouvaient s’adjoindre des aides. Quatre ou six serviteurs restaient

le dimanche à la table de la recette pour régler après la messe

les intérêts de la Charité, et accueillir les nouveaux frères qui

demandaient à entrer dans la confrérie.

Outre les divers ornements d’église, l’association possédait un drap

mortuaire chargé au milieu d’une croix blanche. Sur la bannière on

représentait l’image de l’Archange gardien des sépultures et conducteur

des âmes. Le costume des frères se composait ordinairement d’une

soutanelle assez longue, d’une ceinture noire à frange blanche, d’un

rabat en mousseline, et d’un chaperon qui fut transformé plus tard en

barrette conique; ce chaperon portait, bordés sur le devant, le nom

de la paroisse et la date de l’institution. Sur une écharpe placée en

sautoir, on voyait l’image de saint Michel terrassant le démon.

Dans toutes les confréries on admettait des membres honoraires, qui

prenaient part aux frais et assistaient aux réunions des frères

serviteurs, sans partager leurs modestes et pénibles fonctions; ainsi,

dans la commune des Chambrais les chefs de la famille de Broglie ont

toujours compté parmi les membres honoraires de la Charité. Plusieurs

de ces confréries avaient également un dignitaire appelé _roi_; son

emploi consistait surtout à présider les réunions générales, à servir

de guide aux pèlerins que l’association députait au Mont-Saint-Michel;

au bout d’un an, il devenait prévôt, puis l’année suivante échevin, et

ensuite il rentrait parmi les simples frères; son costume et celui des

deux autres frères dignitaires, se distinguait par la richesse et les

couleurs; il portait, comme le prévôt et l’échevin, un bâton historié,

surmonté d’une petite niche, tandis que les officiers servants

n’avaient à la main que des torches allumées. Un ou deux frères avaient

le titre de sonneurs et convoquaient les membres à la réunion; dans

les enterrements, ils étaient vêtus d’une dalmatique et agitaient une

clochette pour inviter les fidèles à la prière.

D’autres associations non moins florissantes s’étaient établies

dans le but d’honorer l’Archange et de favoriser les pèlerinages au

Mont-Saint-Michel. Leur nombre se multiplia au quinzième siècle,

mais pour en trouver l’origine, il faut remonter plus haut dans le

moyen âge. Dès l’année 1210, d’après le frère Jacques du Breul, le

roi Philippe-Auguste «fonda la confrérie de saint Michel l’Ange, du

Mont de la mer, en l’église Saint-Michel près le palais, à Paris,

pour les pèlerins et pèlerines» qui avaient fait le «voyage» du mont

Tombe. Quelques-unes de ces confréries possédaient des hôtels, où

l’on hébergeait gratuitement les pèlerins de passage à Paris; on y

distribuait aussi des secours aux enfants et aux pauvres qui n’avaient

pas les ressources nécessaires pour aller visiter le Mont-Saint-Michel,

Saint-Jacques de Compostelle, ou tout autre sanctuaire vénéré. Le

nombre de ces pieux voyageurs devint si considérable au quinzième

siècle que le seul hôpital de la confrérie de _Saint Jacques aux

pélerins_, à Paris, en hébergea 16,690 en moins d’un an; et, comme nous

l’apprend une requête de la même époque, 36 à 40 «povres pelerins et

austres povres» logeaient chaque nuit dans cet hôpital, qui se trouvait

par là «moult chargé et en grande nécessité de liz, de couvertures

et de draps.» En certaines contrées où ces confréries n’existaient

pas, des quêtes étaient faites pour venir en aide aux pèlerins du

Mont-Saint-Michel; dans les paroisses où elles étaient établies, comme

à Bernay, Menneval, Argentan, les confrères possédaient leur chapelle,

et même leur sacristie particulière; ils avaient leur jour de fête

et de réjouissance. Par exemple, à Moulins-sur-Orne, si célèbre par

sa confrérie de saint Michel, la solennité de l’Archange est suivie

d’une véritable fête de famille; après les vêpres, tous les assistants

chantent le cantique traditionnel, et le soir les associés donnent un

repas auquel 60 à 80 personnes prennent part chaque année.

Saint Michel et le Mont-Saint-Michel · 第 23 / 42 段