La nouvelle Babel,
Immense, audacieuse,
Superbe et gracieuse,
Qui monte au firmament,
Est notre étonnement!
Ô sublime merveille!
Belle tour sans pareille, etc.
Le ton se soutient. Voici quatre vers qui figurent sur un des côtés de
la première plate-forme:
Ô France! ô Révolution!
Vive, vive la République!
Et vive cette tour unique,
Orgueil de notre nation!
Mais pourquoi railler? Il est évident que le brave homme qui a écrit
cette poésie saugrenue et turriforme a été profondément et
véhémentement ému par le colosse de fonte. Il y a vu le triomphe de la
science, de 89, de la démocratie, la fin de la souffrance et de la
misère, la fraternité universelle... C'est là un sentiment tout à fait
respectable. Il me paraît qu'il y a quelque chose de religieux dans
l'admiration que la tour inspire à la foule. Le peuple comprend que
cet énorme édifice est l'expression la plus concrète, la plus
sensible, de toute une période du développement humain. Il a raison.
Cette tour qui est _inutile_, et qui, cependant, est construite comme
une machine _utile_ et n'admet aucun ornement superflu, cette tour est
bien le monument symbolique du plus récent état de civilisation, le
Parthénon de fer d'une société démocratique et industrielle. Elle sera
un jour aussi sacrée et plus significative encore (car elle sera
unique) que les cathédrales gothiques et que les temples en ruine de
l'Acropole.
Soyons peuple, ma cousine; ayons l'espérance et la foi.
* * * * *
Paris, 4 juin.