LES CURIOSITÉS DU VEUVAGE.

Les statisticiens sont, on le sait, professionnellement indiscrets.

Aussi, dans les opérations de l'état civil, ont-ils pris l'habitude de

poser mille questions insidieuses et qui n'ont l'air de rien. Le public

y répond, tout naturellement, et de la sorte fournit des documents dont

quelques-uns sont fort curieux, tels que ceux qui permettent au

statisticien de savoir combien de temps, en moyenne, à Paris, dure le

veuvage chez les personnes qui ne s'y éternisent point. La plus récente

statistique municipale fait voir que la durée du veuvage chez les

personnes qui se remarient varie beaucoup: de un à vingt ans et plus

encore. Mais les veufs ne se comportent pas comme les veuves. La plupart

des veufs se remarient vite, au bout d'un an environ, et cela, qu'ils

aient vingt-cinq ou bien soixante-quinze ans. Il y a encore une forte

proportion de mariages après deux ans de veuvage, mais pour les veufs de

trois et quatre ans, la proportion diminue: le nombre des remariages ne

s'élève un peu que chez les veufs de cinq à neuf ans de veuvage.

Autrement dit les veufs qui se remarient le font surtout après un an

(753 cas), après deux ans (393) et, après, de cinq à neuf ans (341 cas)

de veuvage. Ajoutons que les veufs se remarient plus que ne le font les

veuves: il y a eu en 1903, à Paris, 2.088 remariages de veufs contre

1.849 remariages de veuves.

Pour ces dernières, la hâte à reprendre le lien conjugal est moins

marquée que pour les veufs. Le veuf qui se remarie se remarie surtout au

bout d'un an, et, à un moindre degré, après deux ans de veuvage. Les

veuves qui se remarient après un an de veuvage sont en faible

proportion: elles attendent plutôt deux ans, et de préférence cinq ou

dix ans. En 1902, sur 1.849 veuves remariées, 283 avaient plus d'un an

de veuvage; 292, de deux ans; 235, de trois ans; 160, de quatre ans, et

526, de cinq à dix ans. La veuve est moins pressée de se remarier, et

entre plus rarement dans un second mariage, évidemment. Il en est

pourtant qui se remarient à un âge avancé: à soixante-quinze ans et

plus, après quinze ou vingt ans de veuvage. Quelques hommes font de

même; se remarient à soixante-dix et soixante-quinze ans passés, après

plus de vingt ans de veuvage. Tout ceci fait l'éloge du mariage, mais la

condition conjugale semble; être plus appréciée de l'homme que de la

femme, puisque le veuf est, plus que la veuve, enclin à y entrer de

nouveau.

L'Illustration, No. 3239, 25 Mars 1905 · 第 21 / 30 题