CHAPITRE III

Le ravitaillement des entreprises nationalisées et le contrôle

d'État[9].

[Footnote 9: Voir Annexe II.]

§ 1. LES ENTREPRISES RAVITAILLÉES ET NON RAVITAILLÉES.

Depuis l'introduction de la nouvelle politique économique, toutes les

entreprises nationalisées qui restent sous la direction de l'État se

divisent en deux catégories: 1º les entreprises dont le ravitaillement

continue à être supporté par l'État et 2º celles que l'État ne

ravitaille plus.

D'après les résolutions du IXme Congrès des soviets «toutes les

entreprises de l'État, ravitaillées ou non par lui, doivent être gérées

d'après le principe du «rendement commercial», c'est-à-dire que tous les

facteurs de la production doivent être rigoureusement inscrits; les

dépenses supplémentaires doivent être restreintes et les organes de

l'administration réduits au minimum; de même, il faut tendre à diminuer

autant que possible les frais de production, sans toutefois réduire la

valeur des produits. À la base des relations entre les entrepreneurs et

leurs unions, d'un côté, et les organes économiques locaux et

départementaux de l'autre, se trouve le principe de la prestation

mutuelle de services stipulés par accords[10].

[Footnote 10: _Izvestia_, 31 décembre 1921.]

Les règlements concernant la gestion des entreprises ravitaillées par

l'État diffèrent de ceux qui s'appliquent aux entreprises non

ravitaillées par lui. La situation de ces deux catégories d'entreprises

est également différente au point de vue du contrôle d'État.

§ 2. LES ENTREPRISES RAVITAILLÉES PAR L'ÉTAT.

D'après les résolutions du IXme Congrès des soviets «l'État doit

continuer à ravitailler les branches de l'industrie dont la production

sert à l'entretien de l'armée ou à la reconstruction des branches

essentielles de l'économie nationale (industries de guerre, combustible

minéral, métallurgie, etc.) Pour autant que le rétablissement de cette

industrie et la production ininterrompue ne peuvent être assurés sans

avoir recours au marché intérieur, les entreprises de cette industrie

sont autorisées à réaliser sur le marché une partie de leur production,

d'accord avec les plans d'opération approuvés et en rapport avec la

partie des ressources que l'État n'a pas livrée pour le ravitaillement

de ces entreprises.»

* * * * *

L'article premier du décret du 6 février 1922 a précisé ces résolutions

en disposant que «seules doivent encore être alimentées totalement ou

partiellement par l'État les entreprises dont les produits ne peuvent

être utilisés que par lui et ne peuvent être placés sur le marché (par

exemple, les produits pour l'armée), ou bien les entreprises qui

fournissent la majeure partie de leurs produits à l'État (par exemple,

les fabriques de locomotives et les usines métallurgiques).»

* * * * *

La désignation des entreprises à ravitailler est effectuée par les

institutions suivantes: _a_) pour les trusts centraux et les trusts

régionaux de la région centrale industrielle, par le presidium du

Conseil suprême de l'économie nationale; _b_) pour les autres trusts

régionaux et les entreprises qui dépendent du Bureau industriel, par ce

dernier, sous réserve de l'approbation ultérieure du presidium du

Conseil suprême de l'économie nationale; _c_) pour les trusts

départementaux et les entreprises qui dépendent du Conseil départemental

de l'économie nationale, par ce dernier, sous réserve de l'approbation

ultérieure de la Conférence départementale de l'économie nationale (art.

5 du décret du 6 février 1922).

* * * * *

Le décret du 12 août 1921 a établi les règles suivantes en ce qui

concerne les entreprises et unions ravitaillées par l'État.

La direction de l'union (entreprise) reçoit les entreprises

correspondantes avec tout leur outillage, leur matériel, leur stock de

combustible, leurs matières premières, leurs produits demi-finis et les

entreprises accessoires indispensables (art. 3 du décret).

Afin d'assurer aux unions (entreprises) les sommes en espèces, les

denrées alimentaires, les matières premières, le combustible, etc.,

nécessaires à la production, l'État délivre aux directions, conformément

au plan du Conseil du travail et de la défense, un fonds déterminé qui

doit être couvert par une fraction de la production; afin de subvenir

aux besoins complémentaires la direction peut acquérir ces denrées

alimentaires, matières premières, combustible, etc., en ayant recours

directement au marché libre (art. 4 du décret).

Pour améliorer la technique de la production, pour acquérir

exceptionnellement des machines auxiliaires ainsi que des denrées

alimentaires et des vêtements, les directions des groupements peuvent

faire des achats à l'étranger en consacrant à ces opérations une partie

de leur production, après accord avec le Conseil suprême de l'économie

nationale et le Commissaire du commerce extérieur, moyennant approbation

du Conseil du travail et de la défense (art. 5 du décret).

* * * * *

En ce qui concerne l'administration des fonds qui leur sont accordés, le

paragraphe 8 des résolutions du IXme Congrès des soviets s'exprime

comme suit: «Une large autonomie est garantie aux entreprises d'État et

à leurs unions dans le domaine de l'utilisation des ressources que

l'État met à leur disposition en matières premières, combustible et

matériaux accessoires.»

* * * * *

Quant à la destination de la production de ces entreprises, l'article 3

du décret du 12 août 1921 pose comme principe que toute leur production

rentre dans le fonds général de l'État. Le Conseil du travail et de la

défense établit en pourcentage pour chaque branche de l'industrie le

contingent de la production qui devra être livré à l'État. En dehors de

ce contingent et dans les limites de leur budget légalement approuvé,

les entreprises ont le droit de disposer de leur production aux prix du

marché. Les pourcentages de la production que les entreprises ou leurs

unions doivent livrer à l'État ont été établis de la façon suivante pour

les diverses branches de l'industrie[11].

[Footnote 11: _Economitcheskaia Jizn_, 2 février 1922.]

Pourcentage

Industries de la

production

Bois 100

Charbon 100

Pétrole 100

Mines (autres que charbon) 100

Électrotechnie 100

Papier 100

Sucre 100

Métallurgie 90

Textile 80

Travail des produits minéraux 80

Travail des produits animaux 80

Tourbe 75

Produits chimiques 70

Aliments (sans farine) 60

Le pourcentage maximum que l'entreprise ou l'union pouvait réaliser sur

le marché était fixé d'abord à cinquante pour cent de la production

totale. Ce droit a été largement utilisé par les entreprises. Afin de le

restreindre, le décret du 16 août 1921 a établi la règle suivante: les

ressources fournies par l'État sont destinées à l'exécution d'un certain

programme de production; toutefois, s'il est impossible de les utiliser

elles peuvent être employées par les entreprises pour couvrir les

déficits survenus dans d'autres parties du ravitaillement.

L'arrêté du IXme Congrès des soviets ne permet de réaliser la production

sur le marché libre que pour autant que l'État n'aura pas fourni la

quantité de matériaux promise.

* * * * *

La question du droit pour les entreprises et leurs unions de réaliser

une partie de leur production sur le marché libre a été l'objet de

nombreuses controverses qui ont donné lieu à une littérature assez

volumineuse[12].

[Footnote 12: Voir TRIFFONOV: «L'histoire d'un projet»,

_Economitcheskaia Jizn_, 11 décembre 1921.--LARINE: «Le libéralisme

nouveau», _Ibid._, 13 décembre 1921.--_Le Travail_, 14 décembre

1921.--CROUMINE: «Les fantaisies de la réaction», _Economitcheskaia

Jizn_, 13 décembre 1921.--LARINE: «Genre léger», _Ibid._, 22 décembre

1921.--A. LOMOV: «Un pas en avant, deux pas en arrière», _Ibid._, 11

janvier 1922.--CACTYNE: «Les voies du développement de notre

industrie», _Ibid._, 29 janvier 1922.]

Certains estimaient qu'il fallait accorder plus de liberté aux

entreprises ravitaillées par l'État et ne pas limiter la partie de la

production qu'elles pourraient vendre sur le marché libre par la

quantité de matériaux promise et non livrée par l'État. D'autres, par

contre, voyaient dans cette liberté un danger pour l'approvisionnement

de l'État en produits nécessaires et pour son contrôle sur l'industrie.

Les discussions ont abouti à l'élaboration par une commission spéciale

d'un projet de règlement de la grande industrie d'État. Ce projet a été

longuement commenté par la presse, mais n'a pas encore été adopté, ni

même simplement approuvé par aucun organe de l'État. En effet, la

plupart de ces organes sont arrivés à la conclusion que l'expérience de

la gestion à base commerciale n'était pas encore assez longue pour qu'on

pût porter un jugement définitif sur ses résultats. Toutefois, comme les

principes qui sont à la base du projet sont le plus souvent appliqués

dans la pratique, il est intéressant d'en retracer ici les lignes

générales.

D'après ce projet, les organes de l'État ne continueraient à exploiter

que les entreprises pouvant être approvisionnées d'une manière

suffisante en ressources matérielles et financières et dont les intérêts

locaux ou de l'État rendent l'existence souhaitable ou nécessaire (art.

premier). Toutes les autres entreprises de l'État, bien que restant

soumises à l'administration de celui-ci, doivent ou bien être fermées et

conservées dans leur état actuel, ou bien être liquidées,--leurs

outillages étant distribués à d'autres entreprises,--ou bien être

affermées ou concédées (art. 2). Elles reçoivent, lors de leur

constitution comme unités autonomes, tous les capitaux et l'outillage

nécessaires à leur fonctionnement, mais dès ce moment elles ne

travaillent plus que pour leur propre compte et peuvent acquérir des

fonds de roulement et augmenter leurs capitaux: _a_) en vendant leurs

produits; _b_) en se faisant ouvrir des crédits; _c_) en amenant

d'autres capitaux à l'entreprise.

Aucun organe de l'État n'a le droit d'exiger d'elles la livraison de

leur production ou d'une part de celle-ci autrement qu'en passant des

contrats avec elles.

§ 3. L'INDUSTRIE NATIONALISÉE, NON RAVITAILLÉE PAR L'ÉTAT[13].

[Footnote 13: Voir Annexe III.]

L'activité de l'industrie qui tout en restant nationalisée n'est plus

ravitaillée par l'État est réglementée par un décret du Conseil des

commissaires du peuple du 27 octobre 1921, par un décret du Conseil

suprême de l'économie nationale du 6 février 1922 et par les statuts de

la Banque d'État du 13 octobre 1921.

D'après le premier des décrets sus-indiqués, les entreprises qui ne sont

aucunement ravitaillées par l'État ont le droit de se procurer les

matériaux nécessaires sur le marché au moyen d'opérations commerciales

ordinaires et de vendre leurs produits aux prix du marché pour payer

leurs ouvriers et leurs employés, pour constituer les stocks de

matières premières, de combustible, etc. Les organes d'État n'ont pas le

droit d'exiger de ces entreprises la livraison gratuite de produits

fabriqués, de matières premières, etc. (art. 6 de l'arrêté du 27 octobre

1921).

Dans le cas où l'État attribuerait de l'argent, des matières premières,

du combustible, etc., aux entreprises qui ne sont pas régulièrement

ravitaillées par lui, celles-ci devront payer ces livraisons par la

fourniture de quantités proportionnées de produits fabriqués; ces

quantités devront être fixées par un contrat spécial conclu avec

l'institution qui leur fournira l'argent ou le matériel (art. 7 dudit

décret).

L'État peut d'autre part, en vertu d'un droit de priorité, acheter aux

entreprises tous les produits dont il a besoin. Ces produits devront

être payés par l'État soit aux prix du marché, soit aux conditions

prévues dans les contrats passés entre lui et ces entreprises. Le

payement pourra être effectué en tout ou en partie sous forme de

livraison de matières premières, de combustible, etc., dont ces

entreprises ont besoin (art. 2 du décret du 6 février 1922).

* * * * *

La Banque d'État a été créée afin de procurer les ressources financières

à l'industrie non ravitaillée par l'État. Dans ce but, elle ouvre des

crédits aux établissements et entreprises de la grande industrie d'État,

aux coopératives et autres organisations ainsi qu'aux entreprises

privées, à l'agriculture et à la petite industrie rurale, à la condition

que ces crédits soient garantis et répondent à un but économique. Elle

fait particulièrement les opérations suivantes: sur présentation de

projets et plans de l'emprunteur spécialement contrôlés par elle, la

Banque ouvre, sous forme de comptes courants, avec ou sans couverture,

des crédits en vue de mettre en marche des entreprises déterminées. Le

Commissaire du peuple aux Finances a à déterminer le maximum du crédit

qui peut être accordé à chaque emprunteur par décision autonome de la

direction.

Ce crédit ne peut être ouvert qu'aux entreprises de l'État qui ne sont

pas ravitaillées par lui (§ 29 des statuts de la Banque d'État).

L'organisation de l'industrie et les conditions du travail dans la Russie des Soviets · 第 17 / 89 题