XIII

Cyprien Darquet et l'institutrice, s'étant retournés, aperçurent Cady à

quelque distance, au bras de son compagnon.

Le député s'étonna.

--Qui diable a-t-elle raccroché?

Et reconnaissant le jeune magistrat, il l'interpella, en riant, à voix

haute.

--Comment, Renaudin, c'est vous qui enlevez ma fille?

Cady quitta le jeune homme et courut à son père en bondissant comme

une chèvre. Toute trace de larmes et de chagrin avait disparu de son

visage mobile.

--Pardi! cria-t-elle de sa voix cinglante et insoucieuse, quand un père

est en bonne fortune, la fille peut bien se barrer avec son type!

--Qu'est-ce qu'elle dit? s'exclama le député, une seconde décontenancé

et ahuri.

Puis, il haussa les épaules: la petite parlait à tort et à travers,

sans comprendre la portée de ses paroles.

Renaudin, qui arrivait plus lentement, désireux de s'esquiver, n'avait

pas saisi le sens de la remarque de Cady.

Il serra la main de Cyprien, s'enquérant banalement:

--Mme Darquet va bien? Elle n'est pas avec vous?

--Non. Oh! ma femme est rarement libre le dimanche. Vous savez qu'elle

est à la tête de nombreuses œuvres charitables, et son concours, tel

qu'elle le donne, n'est pas une sinécure, je vous en réponds! C'est une

femme qui s'entend parfaitement à l'administration et qui a conscience

de ses devoirs, de ses responsabilités. Aujourd'hui, il y aura séance

fort orageuse à l'Œuvre de l'Enfance abandonnée, dont elle est le plus

ferme soutien. Renouvellement du bureau, approbation des comptes. Et il

ne s'agit pas de laisser triompher certaines influences qui feraient

tomber l'œuvre entre les mains de nos adversaires politiques, qui s'en

feraient une arme...

Renaudin acheva en souriant:

--Qu'il vaut mieux garder entre les vôtres?

Cyprien sourit.

--Vous croyez plaisanter, mon cher, mais rien n'est plus vrai. Tout se

tient dans la machine sociale.

Cady le tirait par le bras.

--Papa, je meurs de faim!... Allons prendre du chocolat au restaurant

de la Cascade!...

--Venez-vous avec nous, Renaudin? proposa Darquet.

Le jeune homme s'excusa.

--Je vous remercie; j'ai du travail, et je rentre chez moi au plus vite.

Dans la rotonde du café, comble de consommateurs, Cady, agile et pleine

d'aisance, devança un couple qui se dirigeait vers l'unique table libre

et se carra, le coude sur la nappe.

--Trois chocolats et des biscuits! jeta-t-elle au garçon qui souriait.

Mlle Armande s'assit, intimidée.

--Que de monde!

L'orchestre en veste rouge attaquait une valse bruyamment, et sans

cesse de nouveaux arrivants entraient, venant du Bois ou déposés par

des taxi-autos ou des fiacres.

Darquet repoussa son chocolat.

--Enlevez ça!... Un porto.

Cady voulut s'interposer.

--Oh! papa, tu ne vas pas encore boire de ces saletés!

Mais, fronçant les sourcils, le député la pria rudement de se taire.

--Tu deviens impossible! s'écria-t-il sèchement.

Puis il se remit à causer en riant avec Mlle Armande.

Cady demeura interdite. C'était la première fois que Darquet la

traitait avec cette dureté... Ah! c'était bien fini la joie de ses

dimanches d'enfant gâtée aux côtés de son père!... Et cela, grâce à

cette étrangère!...

Brusquement, tout lui parut affreux, triste, odieux autour d'elle.

Elle examina ses compagnons et nota les veinules violettes du nez de

Darquet, la patte d'oie striant profondément ses tempes, ses paupières

et ses oreilles flasques. Auprès de lui, l'œil émerillonné, Mlle

Armande montrait une peau jaune, au grain grossier, sur laquelle la

chaleur de la salle commençait à faire luire de minuscules gouttelettes

de sueur.

--Ils sont laids!... laids!... marmotta la fillette avec dégoût, avec

désespérance, se sentant prodigieusement éloignée moralement de ces

deux êtres dont le mutuel désir sensuel qui la frôlait l'emplissait

d'une immense répulsion.

Jusque-là, elle avait gaiement raillé les liaisons, les fugues

passionnelles de son père, que lui révélaient seulement les propos

grossiers des domestiques.

Mais ce n'était chez elle que du verbiage, un machinal cynisme

d'emprunt devant des faits intangibles. Face à face avec la réalité,

le contact de celle-ci l'écœurait et désorientait sa pauvre petite âme

de fillette, qui, d'instinct et obscurément, conservait pour son père

un besoin de confiance et de respect, gardait le désir exaspéré d'une

affection pure et protectrice de sa part.

--Oh! oui, ils sont laids! se répétait-elle rageusement, sans démêler

que son horreur dépassait les personnes physiques, allait jusqu'aux

âmes vulgaires de ce couple.

--Qu'est-ce que tu dis? demanda Cyprien qui recouvrait sa bonne humeur,

son genou pressant celui de l'institutrice, sous la table.

Cady éleva une voix dédaigneuse.

--Je dis que tout le monde est affreux.

Mlle Armande promena autour d'elle un regard déçu.

--Le fait est que j'aurais cru le public plus élégant ici!

Le député s'esclaffa:

--Mais, ma chère, c'est dimanche, aujourd'hui, ne l'oubliez pas!... On

vient casser la croûte!...

Et clignant de l'œil, il désignait un ménage qui se faisait servir un

pain, du gruyère et du vin blanc.

Justement, un individu cocasse, tête blafarde, moustaches jaunes

hérissées se penchait, très intimidé, devant Cady, que magnifiait sa

pelisse de loutre et son large chapeau.

--Madame, balbutia-t-il, voulez-vous me permettre de prendre cette

chaise libre?...

Mais, retrouvant tout à coup sa drôlerie primesautière habituelle, Cady

protesta, d'une voix pointue de douairière revêche:

--Du tout, monsieur!... C'est la chaise de mon mari!...

L'homme s'éclipsa, effaré, avec force excuses.

Darquet se renversa sur son siège pour mieux rire.

--Ah! mauvais petit microbe, va!

Cady redevenait morose.

--Partons, papa, implora-telle. On s'embête ici. Allons au thé de la

rue Royale.

Il acquiesça.

--C'est cela, faisons l'éducation parisienne de Mlle Lavernière.

Un taxi-auto les emporta de nouveau.

Cette fois, dans l'ombre de cette fin de journée d'hiver qui tombait

rapidement, Cady n'essaya plus d'entraver les mystérieux rapprochements

qui s'effectuaient soi-disant à son insu.

Elle parlait, égrenait une folle suite de mots, pour s'étourdir et ne

plus penser.

Les autres riaient de ses propos saugrenus. Ils rirent plus fort

encore, croyant à une dernière singerie, lorsque, descendant rue

Royale, elle ouvrit deux larges yeux clairs, demandant:

--Qu'est-ce que j'ai dit depuis une demi-heure?... Je ne me souviens

plus de rien!

Elle était sincère.

Cette fois, Mlle Lavernière resta saisie de l'élégance du lieu

où l'on entrait et dont elle ne pouvait percevoir le frelaté et

l'équivoque.

Un domestique en livrée voyante se hâta de faire manœuvrer la porte

tournante, qui projeta l'institutrice à l'entrée d'une longue galerie

blanche, tapissée de glaces, remplie de plantes vertes, meublée de

canapés profonds, de moelleux fauteuils de panne claire, sur lesquels

une nuée de jolies femmes aux chapeaux extravagants, aux toilettes de

prix, aux fourrures opulentes, causaient bas, avec des gestes étudiés

et toute une pantomime gracieuse et savante; car leur conversation sans

intérêt n'était qu'un prétexte à jolies attitudes.

Parmi elles, peu d'hommes; et ceux-ci, de très jeunes gens--silhouettes

de snobs--ou des étrangers cossus, d'un certain âge.

Des garçons en habit noir s'empressaient autour des nouveaux arrivants,

qui s'installèrent à un guéridon nappé de blanche toile damassée ornée

de guipure. Un cornet de cristal contenait une gerbe de roses, de

mimosas, d'anémones bleues et cramoisies, au doux parfum frais.

Ici, l'orchestre revêtu de l'inévitable veste rouge, mais qui affectait

la forme d'un smoking et dédaignait les soutaches d'or, jouait presque

continuellement en sourdine des morceaux qui accompagnaient sans les

troubler les causeries, les flirts, qui rythmaient harmonieusement les

allées et venues des femmes qui entraient, sortaient ou voisinaient de

table en table, avec l'allure factice et spéciale des comédiennes en

scène.

Au premier étage, une série de petits salons en galerie surplombante

dominaient la salle du rez-de-chaussée, tels que des loges de théâtre,

que l'on pouvait clore en baissant des stores.

Trois de ces cabinets étaient occupés et de derrière les frêles

cloisons venaient parfois des rires féminins, des éclats de voix

bruyants.

--On s'amuse là-haut! dit Cady en levant la tête.

Juste à ce moment, deux stores se levaient, et un homme et une femme se

penchèrent en riant, examinant la salle en bas.

Mlle Lavernière ébaucha un cri de surprise.

--Mais, cette dame c'est...

Elle se tut, son pied écrasé sous celui de Cady. D'ailleurs, M. Darquet

souriait, sans l'entendre.

--Tiens, mais, c'est Lénine! fit-il à demi-voix.

L'homme était, en effet, le diplomate russe, son ami. Quant à la

femme, Mlle Armande ne pouvait s'y tromper; ces cheveux blonds, ce

délicieux ovale de vierge de Raphaël, appartenaient à la dame du Palais

de Glace, à la mère du petit Georges.

Et voici que, suivant les regards de Cady impassible, elle apercevait

à une table proche le jeune homme maquillé et teint, à l'œil poché, en

compagnie de deux individus cuivrés, à la chevelure aile de corbeau,

aux diamants étincelants piqués à la cravate et encerclant les doigts.

On avait apporté le service à thé, d'argenterie reluisante: et pendant

que Cady servait avec une adresse déjà experte, un maître d'hôtel

solennel faisait flamber du rhum sur des crêpes minuscules dans une

poêle de nickel à réchaud d'alcool: la spécialité de la maison.

--C'est très mauvais, déclarait Cady, mais c'est amusant à voir

brûler... Chaque fois, je crois que le garçon aura le nez roussi.

Là-haut, Lénine et la jeune femme avaient disparu; l'on referma les

stores; de nouveau des rires éclataient.

Darquet, qui avait dévisagé avec une surprise admirative la compagne de

son ami, n'y tint plus.

Il se leva.

--Attendez-moi, je vais serrer la main de Lénine; j'ai précisément

quelque chose d'urgent à lui communiquer.

A peine était-il éloigné que Cady apostropha son institutrice à voix

basse:

--Eh bien, un peu de plus, c'était la gaffe!...

Mlle Lavernière fit un geste confus et vexé.

--Que voulez-vous, je n'ai pas l'habitude de tous ces mensonges.

Cady lui lança un regard chargé d'obscurs ressentiments.

--Bah! plus vous irez, et mieux vous saurez mentir... et sans que cela

vous coûte, allez!...

Puis, gâchant sa crêpe, et abandonnant sa tasse de thé à demi-pleine:

--Tout ça, c'est détestable et je m'ennuie! dit-elle d'un ton crispé.

Allons-nous-en... Au thé Duphot, c'est moins snob et plus amusant.

Elle se levait déjà, remontant sa pelisse sur ses épaules.

--Mais, ma chérie, objecta Mlle Armande, nous ne pouvons pas partir

sans votre père.

--Vraiment?... Eh bien, vous allez voir cela!

Elle fit signe à un garçon.

--Vous direz au gros monsieur, quand il redescendra qu'il nous

retrouvera au thé Duphot...

Le domestique s'inclina.

--Bien, mademoiselle.

Et auprès de la porte, le larbin ajouta avec un accent de regret

pénétré:

--Alors, mademoiselle s'ennuie chez nous?

--Tu parles, mon vieux!...

Et elle s'enfourna dans l'alvéole de la porte tournante, en entraînant

son institutrice avec elle.

Mlle Armande protesta, indignée:

--Dieu, comme vous vous tenez mal!...

Dehors, Cady prit son bras en jetant un regard satisfait autour d'elle.

--J'aime bien Paris, le soir...

L'air était calme, le ciel obscur, et la vive clarté provenant des

magasins et des cafés qui enveloppait la foule des promeneurs sur le

trottoir ne franchissait pas le premier étage: c'était comme la coulée

d'un fleuve lumineux encaissé entre de hautes berges sombres.

Les deux jeunes filles dépassèrent la lourde masse ténébreuse de la

Madeleine, s'arrêtèrent un instant aux étalages coquets brillamment

illuminés des _Trois-Quartiers_ et s'engagèrent dans la rue Duphot.

Tout de suite elles se trouvèrent en face des devantures voilées de

linon et de guipures de la maison de thé.

Au moment où elles allaient entrer, une femme sortit de la porte

cochère précédente, regarda vaguement de leur côté, sans les

apercevoir, et vira, regagnant le boulevard.

Cady arracha brusquement son bras de dessous celui de Mlle Armande.

--Ça, par exemple, c'est drôle! s'écria-t-elle Vous l'avez reconnue?

Mlle Lavernière hésita.

--C'est-à-dire, il me semble bien...

--Pardi, c'est Mme Garnier, le cornac de mes cousines Serveroy!...

Que diable fait-elle dans cette maison?

Et Cady examina soupçonneusement le porche sombre. De chaque côté de

l'entrée étaient appendues des plaques commerciales appartenant à une

couturière, une modiste, une agence de contentieux.

La jeune fille revint désappointée.

--Entrons.

Dans la salle aux tentures vertes encadrées d'acajou, éclairée par des

guirlandes de fleurs électriques, la musique assez bruyante couvrait à

peine le bourdonnement des conversations très élevées.

Toutes les tables étaient occupées; des arrivants allaient et venaient,

montaient au premier étage pour découvrir un guéridon libre et

redescendaient désappointés. Les uns sortaient, l'air déçu; d'autres

s'entêtaient, attendaient debout et anxieux que quelqu'un sortît. Il

semblait qu'il y eût un attrait immense à consommer du chocolat huileux

et du thé de l'Inde exécrable en ce lieu, que desservaient avec une

négligence pleine de désinvolture des «maids» en tabliers à bretelles

et des nègres vêtus de blanc, le visage d'un noir d'ébène poli couronné

de la masse crépue de leur épaisse chevelure.

Mlle Lavernière s'inquiétait.

--Mon Dieu, nous ne pourrons trouver de place... Alors, comment votre

père nous rejoindra-t-il?

Cady répondit avec tranquillité:

--Mais si, on va se caser tout de même, vous verrez...

Elle avança dans la salle, se frayant un chemin entre les groupes avec

aplomb. Et, soudain, elle eut un sourire de contentement.

--Voilà notre affaire!

Et elle fonça résolument jusqu'à une table occupée par deux jeunes

gens.

Elle avait reconnu Maurice Deber et Jacques Laumière.

--Vous... vous allez nous faire place! déclara-t-elle en s'emparant

d'une chaise.

Et, couvant le jeune peintre d'yeux subitement attendris, sans

s'occuper de son institutrice ni du compagnon de son ami, elle ajouta,

dégonflant son cœur:

--Mon petit Jacques, je suis si heureuse de te trouver, aujourd'hui, si

tu savais!...

Des larmes involontaires montaient à ses paupières; elle se sentait

amollie, vaincue par toute la fatigue morale et physique de cette

journée.

Mais Deber s'était levé, offrant poliment une chaise à Mlle Armande,

qui restait debout, silencieuse et décontenancée.

--Merci, monsieur, fit-elle avec reconnaissance.

Laumière l'avait saluée d'un signe de tête familier. Sans se lever, il

aidait la fillette à retirer sa pelisse.

--Tu dois étouffer là-dessous?

--Du tout, j'ai froid... Jacques, je suis un pauvre petit oiseau tout

glacé...

Le jeune homme rit.

--Une tasse de thé te réchauffera.

Et il commanda au nègre qui approchait:

--Deux thés et sandwiches de foie gras.

Cady fit la grimace.

--Je suis écœurée de thé et de chocolat... Demande-moi un grog au

whisky...

--Tu es folle! D'ailleurs, tu sais bien que l'on ne sert cela qu'en

haut, au fumoir.

Elle se leva.

--Eh bien, viens... On redescendra après. Oh! si, je veux aller

là-haut... cela pue, cela sent exquis, le tabac, l'alcool, la poudre

de riz, le nègre et le vieux chien, qui dort sous le comptoir du

gérant!... J'adore cela! Ça donne envie de danser le cake-walk et de

pousser le cri des Sioux!...

Jacques se leva.

--Allons, cinq minutes seulement.

Mlle Armande s'interposa d'un air contrarié.

--Je vous en prie, monsieur, ne lui faites rien boire.

Il la rassura.

--Soyez tranquille, son grog ne sera que de l'eau chaude. J'y veillerai.

La fillette le pinça, lui glissant tout bas, d'une voix ardente:

--Il sera ce que je voudrai! Est-ce que tu sauras me refuser quelque

chose, par hasard, toi? Et puis, au fond, tu adores me griser.

Une gêne pesait sur Maurice Deber et Mlle Lavernière, restés seuls.

Le jeune fonctionnaire leva les yeux sur l'institutrice.

--C'est la première fois que vous conduisez Mlle Darquet ici?

demanda-t-il.

Elle devina dans ces mots un imperceptible blâme et rougit, répondant

avec précipitation:

--Oh! ce n'est pas moi qui l'ai amenée... Son père, M. Darquet, est

avec nous, et il va nous rejoindre.

--Ah!

Il jeta les yeux autour de lui et remarqua, souriant de l'air dépaysé

de l'institutrice:

--C'est une cohue assez amusante.

--Un peu effrayante, répondit-elle avec une timidité qui n'était pas

jouée.

Les types les plus divers se coudoyaient dans cette salle: rastas,

provinciaux, quarts de mondaines, honnêtes familles bourgeoises venues

pour observer le «grand monde», artistes, professionnels des deux sexes

de vices spéciaux...

Précisément à cette minute, la corpulente silhouette du député se

dressa au-dessus des tables. Il aperçut Mlle Armande, sourit et

fonça, la main tendue.

--Tiens, c'est vous, Deber?... Et ma gamine, que diable en avez-vous

fait?

Le fonctionnaire répondit avec une ironie que l'autre ne remarqua point:

--Elle est au fumoir, en train de faire des études comparées d'humanité

et d'alcools en compagnie de Jacques Laumière.

--Ah! parfait! dit Darquet avec indifférence.

Et il s'installa tout contre Mlle Armande, son gros pied écrasant la

bottine de celle-ci.

--Je viens de faire connaissance de la plus jolie femme de Paris,

commença-t-il, l'œil brillant, la lèvre inférieure gourmande, gonflée

et tremblotante.

Mais Cady, qui arrivait sans qu'on l'eût aperçue, se jeta sur une

chaise, pâle, le regard étrange.

--Oh! papa, s'écria-t-elle d'un ton crispé. Je t'en prie, ne parle pas

femmes devant moi!... Cela m'écœure!...

La petite Cady · 第 25 / 43 题