La fillette fit la grimace

--Oui.

Et, peu après, elle se rapprocha de l'institutrice, la flattant de la

main, jouant avec les frisons de son cou.

--Ça vous amuse? dit-elle.

--Quoi?

--Ben, la conférence, la tragédie... tout le machin.

Mlle Armande se consulta, indécise.

--Mais, certainement, dit-elle sans conviction.

La fillette se détourna.

--Ah! c'est malheureux.

--Pourquoi?

Cady revint à elle, scruta sa physionomie, s'éloigna, revint encore.

Mlle Armande se mit à rire.

--Qu'avez-vous à faire le cirque?

Cady attira une petite chaise et s'assit tout contre son institutrice,

levant sur elle des yeux brillants, pleins de mystère.

--C'est que, si ça vous embêtait autant que moi, et que vous soyez

gentille, il y aurait moyen de s'arranger pour passer une bonne journée

autre part!...

Mlle Armande se récria, avec inquiétude.

--Ah! quelle diablerie allez-vous encore proposer?

Cady fit la moue.

--Rien de bien méchant, je vous assure! On va jusqu'à l'Odéon... A la

porte, on refile les billets pour vingt sous chaque au père Nicolas...

et, en quelques tours d'auto, on est au Palais de Glace, où on retrouve

mes cousines Serveroy.

--Ah! fit Mlle Armande désarmée. Il est vrai que ce n'est pas

pendable!

La fillette dansa, joyeuse.

--Vous voulez bien?

Armande hésita.

--Et si votre mère l'apprenait?

Cady laissa tomber ses bras.

--Maman?... Bon Dieu, comment voulez-vous?... Elle est à la Chambre,

maman, aujourd'hui, pour l'interpellation; elle ne lâchera pas pied

jusqu'à sept heures!

--Ah! il y a une interpellation?... De qui? Pourquoi?

Cady fit un geste dédaigneux.

--Dame! vous ne lisez pas les journaux! Tenez, un beau matin, nous

serons ministre et vous ne vous en apercevrez pas!

Sans insister, ayant conscience de son infériorité, Mlle Armande

observa:

--Au fait... si nous brûlons l'Odéon, autant vaudrait n'y pas aller du

tout... Le prix du taxi pour revenir sera plus élevé que les quarante

sous des deux places perdues.

Cady secoua la tête.

--Pas de blague!... Faut y aller, parce que c'est le sapin que prend

toujours maman pour moi qui nous conduira, et il nous vendrait... Quant

à l'auto... ce sera une chic auto, vous verrez!... et elle ne nous

coûtera que vingt sous de pourboire au chauffeur! On aura encore un

franc pour le vestiaire du Palais.

Mlle Armande s'effraya.

--Mais les entrées, c'est très cher...

--Phutt!... j'ai un abonnement.

--Qui vous l'a donné?

--Un ami.

--Qui cela?

Cady fit un geste.

--Vous ne le connaissez pas, ainsi!...

Mlle Armande branla la tête.

--Cady, vous m'épouvantez, fit-elle sérieusement.

La fillette enlaça la taille de la jeune fille et caressa

affectueusement sa main.

--Puisque je vous affirme qu'on trouvera mes cousines... Vous savez

bien que maman vous a dit que c'étaient des jeunes filles modèles!...

Et vous verrez leur institutrice, c'est une perfection... Et puis, une

femme respectable!... pas une gamine, pas une jolie fille comme vous!...

Mlle Armande rougit.

--Petite enjôleuse!... Et d'abord, comment savez-vous si je suis jolie?

--Pardi! il n'y a qu'à regarder les yeux que papa vous fait!...

Mlle Armande s'effondra.

--Cady! voulez-vous bien vous taire! balbutia-t-elle.

Le rire aigu de Cady sonna.

--Parions que, dimanche, il vous emmènera promener avec moi!... Et je

vous promets que vous ne vous embêterez pas!... Vous verrez comme il

est chic, papa, quand il est avec des femmes!...

Mlle Armande poussa un cri.

Dans son émoi, elle avait fait un faux mouvement et s'était cruellement

piqué le doigt avec une aiguille.

Cela coupa court à la conversation qui devenait trop scabreuse pour

l'institutrice, encore insuffisamment «dessalée», comme disait Valentin.

La petite Cady · 第 17 / 43 题