5 janvier 1821.

«Je me suis levé tard,--morne et abattu;--tems humide et épais. De la

neige par terre, et le sirocco dans le ciel, comme hier. Les chemins

remplis jusqu'au ventre du cheval, en sorte que l'équitation (du moins

comme partie de plaisir) n'est pas praticable. Ajouté un postscriptum à

ma lettre à Murray. Lu la conclusion, pour la cinquième fois (j'ai lu

tous les romans de Walter-Scott au moins cinq fois) de la troisième

série des _Contes de mon Hôte_,--grand ouvrage,--Fielding écossais,

aussi bien que grand poète anglais;--homme merveilleux! Je désire boire

avec lui.

»Dîné vers six heures. Oublié qu'il y avait un _plum-pudding_ (j'ai

ajouté récemment la gourmandise à la famille de mes vices), et j'avais

dîné avant de le savoir. Bu une demi-bouteille d'une sorte de liqueur

spiritueuse,--probablement de l'esprit de vin; car, ce qu'on appelle

eau-de-vie, rum, etc., etc., n'est pas autre chose que de l'esprit de

vin avec telle ou telle couleur. Je n'ai pas mangé deux pommes, qui

avaient été servies en guise de dessert. Donné à manger aux deux chats,

au faucon, et à la corneille privée (mais non apprivoisée). Lu

l'_Histoire de la Grèce_ de Mitford,--la _Retraite des Dix Mille_ de

Xénophon. Écrit jusqu'au moment actuel, huit heures moins six

minutes,--heure française, non italienne.

»J'entends le carrosse,--je demande mes pistolets et ma redingote, comme

d'ordinaire,--ce sont des articles nécessaires. Tems froid,--promené en

carrosse découvert;--habitans un peu farouches,--perfides et enflammés

de vives passions politiques. Fins matois, néanmoins,--bons matériaux

pour une nation. C'est du chaos que Dieu tira le monde, et c'est du sein

des passions que sort un peuple.

»L'heure sonne;--sorti pour faire l'amour. C'est un peu périlleux, mais

non désagréable... ...............................................

»Le dégel continue;--j'espère qu'on pourra se promener à cheval demain.

Envoyé les journaux à ***;--grands événemens qui se préparent.

»Onze heures neuf minutes. Visité la comtesse Guiccioli, née G. Gamba.

Elle commençait ma lettre en réponse aux remercîmens que m'avait écrits

Alessio del Pinto de Rome, pour avoir assisté son frère, feu le

commandant, à ses derniers momens; car je l'avais priée d'écrire ma

réponse pour plus grande pureté de langage, moi qui suis natif de

par-delà les monts, et suis peu habile à faire une phrase de bon toscan.

Coupé court à la lettre;--on la finira un autre jour. Parlé de l'Italie,

du patriotisme d'Alfieri, de madame Albany, et autres branches de

savoir. Même la conspiration de Catilina, et la guerre de Jugurtha de

Salluste. A 9 heures, entre son frère _il conte_ Pietro;--à 10, son père

_conte_ Ruggiero.

»Parlé des divers usages militaires,--du maniement du grand sabre à la

mode hongroise et à celle des montagnards écossais, double exercice dans

lequel j'étais autrefois un assez habile maître d'escrime. Convenu que

la R. éclatera le 7 ou 8 mars, date à laquelle je me fierais, s'il

n'avait pas déjà été convenu que la chose devait éclater en octobre

1820...............................................................

»Rentré chez moi,--relu de nouveau les _Dix Mille_, et je vais aller me

coucher.

»Mémorandum.--Ordonné à Fletcher (à 4 heures après midi) de copier sept

ou huit apophthegmes de Bacon, dans lesquels j'ai découvert des bévues

qu'un écolier serait plutôt capable de découvrir que de commettre. Tels

sont les sages! Que faut-il qu'ils soient, pour qu'un homme comme moi

tombe sur leurs méprises ou leurs mensonges? Je vais me coucher, car je

trouve que je deviens cynique.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 138 / 366 题